AUTEURS LATINS. — S. IIIJ.AIRE DE POITIERS
correspondît aux progrès des lecteurs, car je ne dois rien produire de désordonné et d'incohérent. Pour en faciliter l'intelligence, je donne dès maintenant un aperçu des matières à traiter. — Incapable moi-même d'exécuter avec succès cette entreprise, je recours à vous. Père Dieu tout-puissant, envers qui je m'acquitte de ce devoir de ma vie. Montrez-moi la valeur des paroles, la lumière de la science, la noblesse des expressions et la fidélité de la vérité, afin que nous ne disions rien d'inexact de vous, Dieu le Pèremiique, et de l'unique Seigneur Jésus-Christ, contre les négations des hérétiques, et que nous vous louions véritablement » (livr. I, ch. x-lvii).
Saint Augustin, le plus excellent interprète de la Trinité divine, félicite saint Hilaire d'avoir scruté avec beaucoup de profondeur le mystère de la vie trini taire ; il le nomme le puissant défenseur de l'Eglise catholique, l'évêque vénérable que tout l'univers connaît, et devant lequel .Julien le Pélagien devrait rougir et rentrer en lui-même [De Trinit., YI , x ; Contra Julian., I, lu).
OuvrcKjes exégétiques.
Saint Hilaire est, parmi les Latins, le premier exégète marquant. Nous avons de lui : 1. un Commentaire sur l'Evangile de saint Matthieu, écrit vers 355. La forme en est allégorique; il n'y est pas tenu compte du texte grec ni des ouvrages d'Origène. 2. Traité sur les Psaumes, composés après son retour de l'exil. Sont authentiques les traités sur les psaumes i, II, IX, xui, XIV, Li-LXix, xci, cxviii-cl; apocryphes les traités sur les psaumes xv, xxxi, xu. Les autres sont perdus.
Contrairement à la méthode suivie dans ses autres écrits, et particulièrement dans le livre sur la Trinité, où il avait adopté l'explication grammaticale et historique, l'auteur préfère ici, alors qu'il ne s'agit plus de démontrer à des hérétiques un dogme par l'autorité de la Bible, la méthode typique et allégorique, qui sert mieux à l'édification. Il tient plutôt à développer des idées théologiques d'après l'Ecriture qu'à faire un travail grammatical et historique. Sur le psaume cxiii, il déclare, en renvoyant à I Pierre, w, 11, qu'il faut traiter la parole de Dieu avec un grand respect. Si ceux qui composent les rescrits du roi prennent tous les soins imagi-
nables pour satisfaire à son honneur, combien les ministres de la parole de Dieu ne doivent-ils pas se montrer plus dignes de leur emploi, puisqu'ils sont les organes du Saint-Esprit, afin de ne pas justifier cette effrayante parole du prophète : « Maudit celui qui accompht négligemment l'œuvre du Seigneur » [Jérém., xlvui, 10). On s'aperçoit aussi qu'il est plus familiarisé avec la langue grecque et avec les exégètes, et l'on reconnaît l'influence du commentaire d'Origène sur les Psaumes, déjà remarquée par saint Jérôme : l7i quo opère îmitatus Origenem, nonnulla etiam de suo addidit '.
D'autres de ses ouvrages sont également perdus, notamment un petit livre contre un médecin païen, Dioscore, un ouvrage liturgique sur les Mystères et le livre des Hymnes. De même que le Psautier dit de saint Ambroise n'est certainement pas de lui, il est également très-douteux que l'explication des Epîtres de saint Paul, découverte par dom Pitra', soit authentique, aussi bien que les deux homélies sur les commencements du premier et du quatrième évangiles, trouvées par A. Maï^. Il en faut dire autant des hymnes qu'on lui attribue et de la lettre à sa fille Abra ^.
Doctrine de saint Hilaire.
\ . L'enseignement de saint Hilaire a pour but principal l'exposition du dogme chrétien, qu'il exprime de la manière la plus complète dans le passage suivant : Le Père et le Fils « sont un, non par le mystère de l'économie du salut, mais par une génération substantielle, car Dieu, en engendrant son Fils de lui-même, ne dégénère point en lui, » il ne produit point un être subordonné.
Sur le Saint-Esprit, il enseigne qu'il est une personne distincte et unie aux deux autres personnes *. Il l'appelle aussi l'Esprit de Dieu, qui scrute les profondeurs de la divinité''. Quant à sa procession, voici comment il s'exprime à la fin de son ouvrage, où il interpelle Dieu lui-même : Qiiod ex te per eum (Unigcuitum) sanctus Spirilus iuus est, etsi se?isu qiiidem
' Catal, cap. c. — ^ Spicil. Solesm., t. I. — ' Nom Bibl. Pair., t. I. Voy. Reinkens, Hilaire (en allem.), ch. vi. Etudes de li Bible. — * Reinkens, Hilarius, p iî7'2 et suiv. — s De Trin , lib. II, c, xxix. — '' I Covinlh., ii, 10; De Trin., U, ix; XH, i.v,