ALTEIRS LATINS. — SAINT AMBR0I8E
les jours de dimanches et de fêtes, qimm Jnm effîu/ere nnnpossimits officium docendi quod nobls refiujieiitibus imposuit sacerdotii necessitas\ Il s'y sentit obligé dès le commencement de son pontificat, « bien que, transporté soudainement des tribunaux et des emplois de la vie civile au sacerdoce, je fusse obligé d'enseigner ce que je n'avais pas appris, d'apprendre et d'enseigner en même temps'. » 11 ne prêcha d'abord que ce qu'il avait trouvé dans l'Ecriture sainte par un travail assidu et ce qui lui avait été révélé par Celui qui, étant le véritable Maître, est le seul qui n'ait pas besoin d'apprendre ce qu'il enseigne à tous ^.
Ses travaux littéraires ont pour but la réfutation ou plutôt la comparaison du paganisme avec le christianisme : ils roulent sur la controverse dogmatique, l'exégèse, la morale, l'ascétisme, sans parler de ses lettres et de ses hymnes.
1 . La première occasion de combattre le paganisme lui fut offerte sous les empereurs Gratien (382), Yalentinien II et Théodose^ lorsque Symmaque voulut relever l'autel de la Victoire dans le sénat romain. Dans ses lettres à Yalentinien'*, il réfute les accusations de Symmaque, qui imputait aux chrétiens la désertion des dieux du paganisme et la ruine du sénat : « Ce n'est pas aux dieux, dit-il, mais à sa vaillance, que Rome doit l'empire du monde. » A cette objection qu'il y a plusieurs chemins pour arriver à Dieu, il répondait : « Venez et entrez sur la terre dans la céleste mihce ; c'est là que nous vivons et combattons. Que j'apprenne les mystères du ciel par les témoignages du Dieu qui l'a créé, et non par celui de l'homme qui ne se connaît pas. » On disait aussi que les dieux se vengeaient par les calamités publiques qui désolaient l'empire de la désertion de leur culte. Saint Ambroise s'étonne que les dieux aient attendu que leur culte fût aboli pour se venger des offenses qu'on leur a faites. En exhortant l'empereur à ne point céder à ces suggestions, il lui montre que le paganisme est tout l'opposé du christianisme. Ici, c'est le vrai Dieu, source de tout salut ; là, ce sont de faux dieux, avec l'erreur et l'imposture. Le vrai Dieu doit être préféré à tout, et l'on ne fait tort à personne en donnant la préférence au Très-Haut. Votre foi lui appartient ; et comme vous ne pouvez forcer personne
^ De offic., I, 11. — ■' Ibid.. c. iv. — ' Ibid., c. m. — * Episl. xvii et xviii.
à honorer Dieu malgré lui, que la même chose vous soit permise à vous. Il n'est rien de plus grand que la religion, de plus sublime que la foi, surtout pour un empereur. De mêmie que tous le servent, il doit, lui, servir son Dieu et la vraie foi. « Si aujourd'hui, ce qu'à Dieu ne plaise, un empereur païen érigeait un autel aux idoles, et voulait forcer les chrétiens d'assister aux sacrifices des ministres des idoles, s'il portait cet ordre en plein sénat et en présence des chrétiens, qui y forment une si grande majorité, est-ce que tout chrétien ne considérerait pas cette démarche comme une persécution ? Mais que penserait-il d'un empereur chrétien qui commettrait un tel sacrilège ? Voilà pourtant, ô empereur, le crime dont vous vous rendrez coupable en signant le décret qu'on vous propose. Du reste, si vous commandiez cela, il n'est pas un évêque qui le supportât ou qui y fut indifférent. Vous pouvez venir à l'église, mais aucun évêque n'y sera pour vous recevoir ; ou, s'il y est, ce sera pour vous résister et refuser votre offrande. » Interpellant ensuite l'empereur : -( Que répondriezvous, lui dit-il, à votre frère Gratien, si, du fond de sa tombe, il vous disait : Je me console de mes malheurs parce que j "ai remis l'empire entre tes mains, et que je me survis dans les institutions que j'ai établies en faveur d'une religion immortelle. Mon assassin n'a pu m'cnlever que la vie; mais toi, en supprimant mes ordres, tu as fait plus que celui qui a porté les armes contre moi. Choisis entre les deux : si tu signes volontairement, tu condamnes ma foi; si tu cèdes à la violence, tu trahis ton frère. » Âmbroise l'emporta'.
Saint Ambroise nous offre une intéressante comparaison de la morale chrétienne avec la morale païenne, dans son De officiis minhirorum, où il imite visiblement Cicé'ron par le titre, l'étendue, la forme et le partage des chapitres. Il remplace les exemples tirés de l'histoire païenne par des exemples empruntés à l'histoire sacrée. La différence' des deux morales éclate surtout dans le développement des quatre
' Cf. Schmieder, Griefs de Sijmmaqiie et r('ponses de saint Ambroise, Halle, 1790: ^'illemain, de Symmaqae et de S. Ambroise, tableau de l'éloquence chrélienne au quatrième siècle.
* Philosophi vitam heatam alii non in dolendo posuerunt ..., alii in rerunn scientia, alii voluptatem dixerunt, ut Epicurus, etc.: Scriptura autern divina vitain œteruam in cognitione posuit divinilatis et fructubonse operationis, Jean., xviii, 3 ; Mallh., xis, 29 (II, ii, n. -i et 5).
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vertus cartlinales, la prudence, la justice, la force et la tempérance. Suivant saint Am])roise, la vie éternelle est le but suprême de l'homme ; les rapports de l'homme avec Dieu sont réglés par la sagesse ; ses rapports avec l'humanité, par la justice; ses rapports avec les phénomènes de la vie, par la force ; ses rapports avec lui-même, par la tempérance. Cet ouvrage est un manuel de morale à l'usage de tous les chrétiens, bien qu'en certains passages il s'occupe spécialement des devoirs du prêtre. L'Eglise étant « une forme particulière de la justice', » c'est surtout dans TEgiise et dans ses.ministres qu'on doit chercher le modèle de la vie morale". Il est intéressant d'entendre saint Ambroise, à la fm de son ouvrage, inculquer aux clercs le devoir de l'amitié, en invoquant ce texte de l'Ecclésiastique, xxn, 31 : Amicum salutare non erubescam. Etenim si amici secundœ res amicos adjuvant, cur non et in adver'sis amici rehus amicorum adjumentiim suppetat ? Juvenms consilio, conferamus studia, compatiamur affectu. « Gardez donc, mes fds, l'amitié avec vos frères, car il n'est rien de plus beau parmi les choses de ce monde. La plus douce consolation dans la vie est de trouver quelqu'un à qui on puisse ouvrir son cœur, qui garde nos secrets au fond de son cœur et qui soit le confident de notre àme. Un ami toujours et partout fidèle se réjouit de nos joies, s'attriste de nos douleurs, et sa voix nous fortifie aux heures amères de l'épreuve. C'est David qui a dit ces belles paroles : Saûl et Jonathas, doux et beaux dans leur vie, n'ont pas été séparés dans la mort. »
» Quoi de plus précieux, en effet, que l'amitié, dont les anges et les hommes sont capables! Jésus-Chrisllui-même ne s'est-il pas appelé notre ami {Jean, xv, J i)? 11 nous a tracé de l'amitié le modèle (formam) que nous devons suivre. Il nous ouvrit son cœur, ouvrons-lui le nôtre » (livre III, ch. cxxix-cxxxvi).
Edition à part, par Gilbert, avec la Vie de saint Ambroise, par Paulin, Lips., 1839; avec d'importantes corrections du texte, par Krabinger, Tubing., [Soi ; cuni Comment, de philosoph. moraJi vetcr., par Fœrtsch, Stuttg., 1698. Cf. Bittner, De Cicero)tia)i. et A7nbro$ian. officior. h'bris commentatio, Brunsb., 1848, terminée par ces mots : Libenter profecto concedamus Ambrosiana quippe christiana officionim prœccpta tum documentis puviora, tum exemplis illustriom esse.
' I, XXIX, n, U2. — î I, xxxia, n. 187; I, lx, u. -240; II, xvi, n. 86.
-178 pathologie:.
2. Dans La coiilro verso dogmatique, saint Ambroise a suivi les Pères grecs, surtout saint Basile.
A cette classe appartiennent : a. Libri V de fide, sur la divinité du Fils et son union avec le Père, rédigés contre les ariens à la demande de l'empereur Gratien (378), pour le prémunir contre leurs atteintes ; b. Libri III de Spiritu sancto, publiés dans le même but (380), et pouvant servir de complément au premier. L'auteur "démontre la divinité du Saint-Esprit en s'appuyant sur saint Athanase, Didyme et saint Basile; c. Liber de incarnationis dominicx sacramento ; t e?>i le titre que lui donne saint Ambroise, bien qu'il ait été cité souvent sous un autre nom'. 11 y réfute d'abord les objections des ariens contre l'incarnation du Verbe, et se tourne ensuite contre les apollinaristes. On peut le considérer comme un appendice du De fide.
d. Liber de mi/steriis (sacramentis), analogue aux catéchèses mystagogiques de saint Cyrille. Ce sont des instructions adressées aux néophytes sur le baptême, la confirmation, l'Eucharistie et sur leurs cérémonies : Nimc de mysteriis dicere tempus admonet, alque ipsmn sacramentorum rationem edere; quam ante baptismum si putassemus insinuamlam nonduni initiatis,prodidisse potius quam edidisse œstimaremur. Deinde quod inopinantibus melius se ipsa lux mysleriorwn infuderit, quam si eam sermo aliquis prxcurrisset (n. 2).
Les six Lares des sacrements, sur lo même sujet, qu'ils nefunt souvent que développer, sont des di.scoui's adressés aux néophytes pendant la semaine sainte, t'eut-ètre sont-ils de Maxime de Turin, qui aura imité l'ouvrage de saint Ambroise. Cf. Prœf. gêner, in lib. de sacram., éd. bénéd.; Migne, t. XVt, p. 409; Ceillier.
€. Libri II de pœnitentia (vers 384) contre les novatiens. Saint Augustin les cite- trois fois comme étant de saint Ambroise, dont la paternité est du reste attestée par des raisons intrinsèques. Les doutes de plusieurs protestants sur leur authenticité ne viennent que de leurs préjugés anticatholiques sur la puissance des clefs et la rémission des péchés. L'auteur réfute parfaitement l'erreur des novatiens, suivant lesquels
' Cf. A. Mai, iVor. coll. vet. scripl., l. VII, p. 7 et to.
ArTETRS LATINS. — S. AMBROTSK. i7ft
(d'après Hébr., vi, i-O; Matth., xit, 31-32) l'Eglise n'a pas le pouvoir de remettre les crimes ' .
/. Libri II de excessii fratris, sm' la mort de son frère Satyre. Dans le premier livre, il dépeint les grandes vertus de ce frère, à qui il adresse de touchants adieux; au deuxième livre, il démontre le dogme de la résurrection '.
3. Les principaux ouvrages exégétiques de saint Ambroise, eu forme dhomélie, sont : V Hexaméron, les Enarrations sur douze psaumes de David (t, xxxv-xl, xlui, xlv, xi.vu, xlvui, Lxi\, V Exposition sur le psaume cxvni, et V Exposition de l'Evangile de saint Luc (livr. X:. Dans les autres traités, c'est la partie morale qui prédomine.
Dans Y Hexaméron isix livres) ou explication de la création d'après la Genèse, l'auteur s'attache surtout aux ouvrages analogues de saint Basile, d'Origène et d'Hippolyte. Les six discours dont il se composait primitivement furent prononcés en 389, pendant la semaine sainte.
Après avoir expliqué, d'après la Genèse, l'œuvre de la création jusqu'à l'endroit où les éléments se séparent, où la terre parait desséchée, où la place de la mer se creuse et est envahie par les eaux, il s'arrête à ces mots de l'Ecriture : « Dieu vit que la mer était bonne, >- et il dit : " Qu'elle est bonne, en effet, qu'elle est belle cette mer quand elle élève ses vagues écumantes et jette sa rosée de neige contre les rochers, ou quand sa surface, légèrement ridée par le souffle de l'air, se dore dans le crépuscule du soir et que ses ondes baignent doucement le rivage! Quel bruissement mélodieux, quel puissant gémissement! Quelle douce harmonie! Et pourtant qu'est-ce que la grandeur des choses créées auprès de l'infinie majesté du Créateur? » Enfin, quand l'homme parut avec son front illuminé, son corps droit, dans la vigueur de la jeunesse et dans sa ressemblance divine, l'Ecriture dit que a Dieu se reposa. » Gloire et actions de grâces lui soient rendues, il a accompli un ouvrage sur lequel il peut se reposer. Il a créé le ciel, et je ne lis pas qu'il se soit reposé. Il a créé les anges, et je ne lis pas qu'il se soit reposé. Il avait appelé à l'existence le soleil, la lune et les étoiles, et je ne lis pas qu'il se soit reposé. Mais je lis qu'il créa l'homme et qu'il se reposa, car
"Hurler, UiJusc. stled., l. V. — " Mijiue. ser. lat., t. XVI.
il avait quelqu'un sur qui il pouvait exercer sa miséricorde. »
Saint Ambroise a également imité saint Basile dans VEX" plication des douze psaumes, de même que dans le psaume cxvui, Beati immaculati, si heureusement appliqué dans les petites Heures du Bréviaire. Ce dernier travail, un des plus beaux du saint docteur, est de ceux où son génie personnel a le plus de part ; il renferme, dit Ceillier, un riche trésor de sentences morales et de maximes chrétiennes, exposées avec autant desprit et d'éloquence que de zèle et de piété.
L'Explication de V Evangile de saint Luc, quoique présentée dans la méthode allégorique des Grecs, contient beaucoup d'excellentes et ingénieuses remarques.
Les autres travaux de ce genre, à la fois homilétiques et exégétiques, roulent sur des textes particuliers, des personnes ou des faits, tels que : De Paradiso ; De Cain et Abel (37oj; Liber de Arca et Noe (379) ; De Abraham, Liber de Isaac et anima ; Liber de bono mortis, où il est question d'une triple mort : mort spirituelle, mort physique, mort mystique, avec explication des textes de l'Ecriture; Liber de fuga sseculi; JÂbri II de Jacob et vita beata ; Liber de Joseph patriarcha; JJber de benedictionibus patriar char uni; De E, lia et jejunio; De Nabnthe Jezraclita; De Tobia; De interpellatione Job et David (lib. IV), sur les souffrances de Ihomme et la puissance du péché ; Apologia prophetx David K
A. Traités moraux et ascétiques. Nous avons déjà cité le De officiis, cette contre-partie de la morale païenne. Nous avons là un exemple de la morale envisagée comme une branche spéciale de la théologie.
Les traités suivants se rattachent davantage à l'ascétisme : De virginibus ad Marcellinam, libri III (vers 377), dont saint Jérôme a dit dans sa lettre à Eustochium : Tanto se effudit eloquio, ut quidquid ad laudes virgimim pertinet, exquisierit, expresserit , ordinarit. Nous y lisons ce beau passage : « L'époux ne peut habiter que dans la sublimité des vertus ; il ne peut demeurer qu'avec ces Idles de l'Eghse qui ont droit de dire : Nous sommes la bonne odeur de Jésus-Christ'. » — De vidais (377) et De virginitate (378), intitulé autrefois, mais à tort : Liber tertius de virginibus; — De institutione virginis
^ Opéra exegetica, éd. bened., t. I; Migne, sér. lat., t. XV.— * Citation du traducteur.
AUTEUBS LATINS, — S. AMBROISE. -igl
et S. Marix v h' fjinitate perpétua vers 392); Exhortatio virrjinitatis. VObjurgatio ùi Siisminam lapsam, ou De lapsu virginis consecratœ, est classée non sans raison parmi les œuvres apocryphes.
A ces discours, dont la plupart sont devenus ensuite des traités, nous ajoutons les sermons suivants : Sermo contra Auxentium de basilicis tradendis ; Sermo de tramlatione reliquiarum SS. Gervasii et Protasii; Consolatio de obitu Valentiniani II; Oratio de obitu Theodosii Marjni.
5. Les 92 lettres, très-intéressantes pour l'histoire du temps, sont rangées, dans l'édition bénédictine, les unes par ordre chronologique (de 1 à 63), les autres plutôt par ordre de matières (de 64 à 92). Elles sont historiques, dogmatiques, morales, bibliques et famihères.
6. Mentionnons encore les travaux qu'il entreprit pour lembeUissement du culte, la hturgie ambrosienne ou Canon missœ ambrosianse. Dams ce chant, d'un caractère particulier, les chœurs alternent entre eux comme en Orient. Il est encore usité de nos jom's à Milan. Les hymnes, d'une beauté remarquable, ont une véritable valeur poétique. Parmi les douze reconnues authentiques, nous citerons : jEternae rerum conditor,hymi\ç> du matin ; Deus creator omnium, hymne du soir; Yeni Redemptor gentium, hymne de Noël ; Splendor xternae gloriœ et 0 lux beatissiina. Quant au Te Deum, qu'il aurait composé à l'occasion du baptême de saint Augustin, on doute fort qu'il soit de lui'.
Parmi les nombreux ouvrages, douteux ou apocryphes, insérés dans l'édition bénédictine, nous n'en citerons que deux:
1 . L' Amôrosiaste ou Comtnentaire sur treize Epîtres de saint Paul; d'une concision abondante, ces explications dogmatiques, souvent réussies, diffèrent totalement, pour le fond et la forme, des autres travaux exégétiques de saint Ambroise. Saint Augustin les attribue à un certain Hilaire, sans dire qui c'était ; en tout cas, ce n'est pas le style de saint Hilaire de Poitiers. S'agit-il d'un diacre de Rome, d'un évêque de Pavie, etc.?
^ Marx, d'après Usher, Hist. de l'archevêché de Trêves, l'attribue à Nicétius, évêque de Trêves.
* Les douze hymnes authentiques dans Migne, t. XVI j les autres, t. XVII.
Il serait à désirer que ce problème fût définitivement résolu'. 2. Histoire de la ruine de Jérusalem (cinq livres), sub cmentito Egesippi nornine passbn evulgati. Ce n'est guère qu'une reproduction libre de l'ouvrage de Josèphe , que Mazocchi et Gallaudi" ont voulu, saus trop de succès, attribuer à saint Ambroise.
Les anciens et les modernes ont souvent loué en saint Ambroise la beauté, la précision et la grâce du style. La préface de rédition bénédictine le fait avec quelque emphase.
Doctrines et particularités de saint Ambroise.
1. Imitateur des Pères grecs, surtout de saint Basile, on comprend que saint Ambroise n'ait rien de particulier dans ses discussions avec les hérétiques, surtout en ce qui concerne la sainte Trinité ; mais on a rendu hommage à la façon lumineuse et attrayante dont il a interprété ses devanciers, et sous ce rapport il a produit un bien considérable.
2. Il est plus original lorsqu'il parle du péché originel, de la grâce et de la rédemption, que son disciple saint Augustin devait développer avec tant de logique et de profondeur. « Nous avons tous péché dans le premier homme, dit-il, et, par la transmission de la nature, la faute s'est transmise d'un seul à tous. La nature humaine a péché dans un seul. Adam était, et nous étions tous en lui ; Adam est tombé, et en lui nous sommes tous tombés ^ »
Il enseigne aussi la nécessité de la grâce prévenante et efficace, sans exclure la coopération de l'homme : « Le Christ fait que ce qui est bon en soi nous paraisse bon à nousmêmes; car il appelle celui dont il a pitié. Celui donc qui suit Jésus-Christ et à qui on demande pourquoi il se fait chrétien peut répondre : Il m'a semblé que je devais le devenir. » Voici comment il s'exprime sur la gratuité de la grâce, en parlant des Israélites : « Pourquoi les uns arrivèrent-ils et les autres non? Parce que les derniers se voulaient justifier eux-mêmes,
< Voir YAdmonilio qui précède ce comment, dans l'éd. bénéd., t. Il; Migne, t. XVII, p. Z^. — ^Bibl, t. VII; Migne, t. XV. Nouv. édit. : Hegesippus qui dicilur Egesippits, De bello judaico, ope cocUcis Casellani recogn., éd. Weber, opus mterruplum absolvil Cxsarj Marb., i864. ~ ' Apoi David, II, XII, n. 71.
VITF.rRS LATTNS. — S. AMRROISF. 483
parce qu'ils se prévalaient de leurs œuvres et refusaient, de croire, parce qu'ils ne voulaient pas reconnaître la grâce. Les élus arrivèrent, parce quils écoutèrent Celui qui les appelait et qu'ils le reçurent quand il vint. Il appelle les lâches et réveille ceux qui dorment. Il frappe à la porte et veut toujours entrer ; s'il n'entre pas, c'est nous qui l'empêchons ; cette véritable lumière luit pour tous : celui qui lui ferme la fenêtre se prive de l'éternelle lumière. »
3. En traitant de l'Eglise, saint Ambroise relève la prééminence de l'Eglise romaine : (:bi ergo Petrifs , ibi Ecclesia (Ps.xL, n. 30). Et il entend par là, selon le langage de l'époque, la « chaire épiscopale ou singulière de Pierre, » ainsi qu'il l'explique ailleurs. Pour mettre un terme au malheureux schisme d'Antioche, sou avis était qu'il « fallait porter l'afTaire à notre frère le saint prêtre de l'Eglise romaine, car nous supposons que vous (Flavien) ne déciderez rien qui lui pût déplaire ... et je me réjouirai fort d'apprendre que vous avez pris une résolution qui aura infailliblement l'approbation de l'Eglise romaine » [Ep. lvi, n. 4 et 7').
i. Entre les sacrements, il traite en détail du baptême, de la pénitence, de rEucharistie et du mariage.
Le témoignage éloquent qu'il rend de l'Eucharistie a probablement provoqué la première controverse sur ce sacrement, par Paschase Radbert, au neuvième siècle. Il dit : Si ordinem quœrh, viro mixta femina generare consuevit. Liquet igitur quod prœter naturœ ordinem virgo generavit. Et hoc quod conficimvs corpus ex Virgine est : qiiid hic quxris nattirœ ordinem in Christi corpore, cum prœter naturam sit ipse Dominus Jésus partus ex Maria Virgine? Vera utique caro Christi, qiœ crucifixa est, quœ sepulta est : vere ergo carnis illius sacramentum est-.
Le mariage, il exhorte sévèrement à ne le point contracter
^ Saint Ambroise, In ps. xl, explique ainsi ces paroles : Cadit re- TRORSUM : « Audi quomodo super Ecclesiam cadat (Cbrislus). Rétro erat Petrus et sequebatur eum cum a Judœis ad Caïpbœ domum synagogae principis ducerelur. Is erat Petrus cui dixit : Tu es Petrus et super banc petram œdificabo Ecclesiam meam, Matth., xvi, 18. Ubi ergo Petrus, ibi Ecclesia; ubi Ecclesia, ibi nuUa mors, sed vita seterna. Et ideo addidit : Et portée inferi non prsevalebunt ei, et tibi dabo claves regni cœlorum, » etc., n. 28-30. Migne, sér. lat., t. IV. p. 1080.
» De myst., lib. I. c. ix, n. 33.
avec un hérétique : In conjugio una caro et imus spiritus est. Quomodo autem potest congniere caritas, si discrepet fides ' ? — Cum Ipswn conjagium velamine sacerdotali et benedictione sanctificari oporteat, quomodo potest coiijugiurn dici, ubi non est fidei concordia ^ ?
5. Le passage suivant de Foraison funèbre de Théodose, mérite d'être cité comme attestation de la doctrine de l'Eglise sur l'efficacité de la prière pour les morts et sur le purgatoire : Da (Deus) requiem perfectam servo tuo Theodosio, requiem illam quam prœparasti sa7ictis tuis. Dilexi et ideo prosequor eum usque ad regionem vivorum, nec deseram donec fletu et precibus inducam virum, quo sua mérita vocant, in montem Domini sanctum, ubi perennis est vita.
5. Cependant, nous l'avons dit déjà à propos du De officiis, c'est la morale qui est le véritable terrain de saint Ambroise. Il recommande surtout aux ministres de l'Eglise de pratiquer la miséricorde par leur exemple et par leur langage ; lui-même avait toujours un refuge pour les milliers de captifs que lui amenaient ces temps orageux, et, dans l'insuffisance de sa fortune , il employait à les secourir les vases précieux de l'église, bien qu'il considérât comme un des principaux devoirs du prêtre l'ornementation du sanctuaire : Maxime sacerdoti hoc convenit ornare Dei templum décore congrue, ut etiam hoc cultu aula Domini resplendeat^ . A ceux qui lui en faisaient un reproche il répondait : Melius fuerat ut vasa viventium servares quam metallorum. — Aurum sacramenta non quesrunt neque auro placent quœ aiiro non emuntur. Ornatus sacramentorum redemptio captivorum est. Vere illa sunt vasa preiiosa quœ redimunt animas a morte, llle verus thésaurus est Domini qui operatur quod sanguis ejus operatus est*.
11 divisait les devoirs en moyens et en parfaits : Officium omne aut médium aut perfectum csf^; il compte parmi ces derniers la miséricorde et surtout la virginité : Misericordia perfectos facit, quia imitatur perfectum Patrem^. Ses divers traités sur la virginité sont une véritable introduction à la vie parfaite. Il a été l'un des plus influents promoteurs de la vie religieuse en Occident, et c'est grâce à lui que « l'odeur de
' De Abrah., lib. I, c. vji. — > Ep. xix. — » De offic, II, xxi, 111. — * Ibid., II, xxvai, n. 137 et 138. — « Ibid., I, xi, û. 36. — « Ibid., n. 38,