AUTEURS LATINS. — SULPICE SÉVÈRE
la sainte religion s'est fait sentir dans toutes les parties de l'univers '. »
Ses travaux d'évêque et d'écrivain avaient conquis à saint Ambroise l'estime et l'admiration des hommes les plus renommés de son temps'.
Par l'ensemble de ses œuvres, gouvernement de l'Eglise, études, amour du culte et de la vie religieuse, c'est à saint Basile qu'il ressemble le plus. Nul n'a mieux vérifié que lui ce qu'il disait du prêtre : In sacerdote nihil tant periculosum est apud Deiim, tam turpe apud homines quam quod sentiat non libère denmiciare, si quidem scriptum est : Et loquebar de testimoniis in conspectu regum, et non confundebar {Sur le ps. cxvui, 46).
« De tous les Pères, dit Dupin, Ambroise est celui dont les œuvres étaient le plus corrompues dans les éditions ordinaires. Les ouvrages y étaient dans une grande confusion, sans ordre et sans distinction des supposés et des véritables. » Amerbacb, Basil., 1492, 3 vol. souv. réimp.; Paris, lo68; Rome, 1380, in-fol., 3 vol., surpassée par l'éd. bénéd., curantibus J. Du Friscbe et N. Le Xourry, Paris, 1686, in-fol., 2 vol., et variis opuscul., quée vel omisere vel ne memoravere quidem eruditi Benedictini, locuplet. in Migne, ser. lat., t. XV-XVII. Malgré les promesses de Migne, qui avait annoncé une édition om?n'6î{s numeris absoîuta (t. XV, p. 1962), il reste encore immensément à faire pour la critique et l'ordonnance des matières, la fixation des œuvres authentiques et apocryphes de ce Père : il suffit pour s'en convaincre de jeter un coup d'œil sur le De officiis publié à part par Krabinger. Cf. Tillemont, t. X ; Dupin, t. II; Ceillier, t. VII, 2« éd., t. V; Silbert, Vie de saint Ambroise, \ienne, 1841 ; Baunard, Histoire de saint Ambroise.
§ 72. Salptee Scvôrr (mort après 406).
Cf. Dissertât, in op. Hieron., de Prato, et Prolegomena ad Sulpic, Gallandi, Bibl. t. VIII.
Sévère, surnommé Sulpice, naquit vers 363 d'une famille noble de l'Aquitaine. Après avoir, comme son ami Paulin, fréquenté l'école des rhéteurs de Bordeaux, il se consacra à l'étude du droit. Ses succès comme avocat le firent appeler le palmier de l'éloquence et lui donnèrent pour épouse la fille
' De virg. (Cit. du trad.) — » Cf. Seîecta Vef. Testam. de S. Âmbr., éd. bened.. t. I; Migne, t XV, p. 113.
i86 PATHOLOGIE.
d'un proconsul de Trêves. Veuf de bonne heure, il se retira dans l'Aquitaine pour s'y consacrer à la vie éréinitique, encouragé par sa pieuse belle-mère, Bassula, et par l'exemple de son ami Paulin, qui, ayant été guéri miraculeusement d'une maladie d'yeux par saint Martin de Tours (39;2), avait distribué aux pauvres son immense patrimoine. On ignore s'il entra dans les ordres ; il passa le reste de sa vie dans les pratiques de la piété et dans la culture des lettres chrétiennes. Ses débuts dans les lettres datent probablement de l'époque où, à la prière de sa belle-mère, il était allé rendre visite à saint Martin (393) et avait conçu le dessein de transmettre à la postérité la vie de cet illustre pontife, dont il recueillit les matériaux dans de fréquentes visites. Selon de Prato, il serait mort peu de temps après l'an 400. Cette étrange nouvelle donnée par Gennade', que, « dans sa vieillesse, Sévère s'était laissé séduire au pélagianisme et s'était imposé pom* pénitence de se taire pendant toute sa vie, » a été sans doute imaginée pour expUquer sa subite disparition.
Ouvrages de Sulpice Sévère.
1 . Vie de saint Martin, composée pendant les sept dernières années de la vie du saint, et publiée après sa mort. Outre les miracles notoires dont ce pieux évêque fut favorisé de Dieu pendant l'établissement du christianisme chez les Germains, Sulpice , imbu de l'esprit crédule de son temps , rapporte quantité d'autres faits merveilleux, «mais de telle sorte qu'on reconnaît facilement le fond naturel des événements, lequel fond n'exclut pas l'influence surnaturelle*. »
2. Histoire sacrée, depuis l'origine du monde jusqu'au premier consulat de Stilicon (400 ans après Jésus-Christ), composée entre 400 et 403, d'après les saintes Ecritures, les auteurs ecclésiastiques et les écrivains profanes. 11 profita de ces derniers pour compléter son travail et pour mieux convaincre les indifîérents de la vérité des faits bibliques. Il dit à ce sujet : Cseterum illud non pigebit fateri me, sicubi ratio exegit , ad distinguenda ternpora continuandamque seriem usum esse historicis mundalialibus atqiie ex, his quœ ad supple-
' De script, eccl., c. xix. — ' Reinkens, Martin de Tours, Thawnat., moine et évêque, Bresl., 1866.
AUTEl'RS LAll.NS. — KUl'IN. 187
mentiim cognitionis deerant, usurpasse ni et imperitos docerem et litteratos convincerem {\\h. I, cap. i). Ce chef-d'œuvre de concision et d'élégance a fait appeler Sulpice le Salluste chrétien '. On y trouve à la fin des détails précieux et exacts sur Priscillien^ Bernays a dit de cette histoire « qu'elle est un des ouvrages qui sont appelés à remplir la tâche gigantesque qui incombe à l'humanité et qui consiste à concilier la Bible avec la civilisation grecque et romaine ^ » C'est aussi à cette fin qu'on l'employait souvent autrefois dans les écoles savantes.
3. Ses Dialogues entre Gallus et Posthumianus (405) : le premier sur les vertus des moines d'Orient , le second et le troisième sur celles de saint Martin et des moines d'Occident, complètent la Yie de saint Martin.
4. Lettres à Paulin, évèque de Noie; au prêtre Eusèbe, Contra œmulos virtutmn beati Martini ; au diacre Aurélius, De obitu et apparitione beati Martini ; à sa belle-mère, Quomodo beatus Martinus ex hac vita ad imrnortalem transierit.
D'autres lettres (Migne, appeiid., sér. lat., t. XX, p. 223) sont considérées comme apocryphes par les meilleurs critiques; cf. Fessier, t. IL
Ij'Historia sacra parut pour la première fois à Bàle en 1od6; cum comment. Sigonii, Bon., 1381, Francof., 1592. Severi Opéra, emend. et illustr. Giselin, Autv., 1574; Paris, 1375. La meilleure, de Jér. de Prato, Véron.,1741, in-4*', t. H, sans les lettres; avec les lettres, Gall., Bibl., t. VIII; Migne, sér. lat., t. XX. Cf. Tillem., t. XII; Dupin, t. II, part, m; CeilUer, t. X, éd. 2^, t. VIII.
§ 73. Rufln, prêtre d\9i(|ailée (mort en 410).
Cf. Rufin. Vit. lib. II; notitia ex Schœnemanni Bi6/. Pair, lat., dans Migne, sér. lat., t. XXI.
Rufm (Tyrannius) naquit vers 345 à Julia Concordia, près d'Aquilée. Il vécut, n'étant encore que catéchumène, dans un couvent d'Aquilée, où, après son baptême (370), il reçut probablement le diaconat; de là son surnom d\iquilée. Depuis longtemps , il s'y était lié d'une étroite amitié avec saint Jérôme, et lorsque celui-ci partit pour l'Orient i^373), il quitta
< Ita brevitati studens, ut poene nihil gestis subduxerim. Lib. I, c. i.— « Editée à part par Dûbner, Par., 1851. — ' Chronol. de Sulp. Sécère. Berl., 1861.
son pays et se rendit d'abord en Egypte, où il rencontra la spirituelle et pieuse Mélanie, qui séjournait depuis quatre ans dans ce berceau de la vie érémitique, consacrant à Dieu son veuvage et ses richesses aux pauvres, dont souvent elle nourrissait jusqu'à cinq cents par jour. Il s'attacha à elle d'une amitié indissoluble et l'accompagna dans ses voyages. Rufm se sentit également attiré par les moines du désert de Nitrie, et par les savantes leçons de l'aveugle Didyme, chef de l'école d'Alexandrie.
D'Egypte, Rufm alla en Palestine, où il dirigea plusieurs années les ermites du mont des Olives, de même que Mélanie y était à la tête d'un couvent de femmes. Il resserra les nœuds qui l'unissaient à saint Jérôme, lequel séjournait habituellement à Jérusalem avec la vénérable Paula, et, avant même son arrivée à Jérusalem, l'avait recommandé comme un homme d'une vertu exemplaire.
Cependant Rufm demeura à Jérusalem, captivé par l'évêque de cette ville, Jean, comme lui partisan fanatique d'Origène. Il reçut de ses mains l'onction sacerdotale (390).
Grâce aux agitations qu'un certain Aterbius avait excitées contre Origène, on reprocha non-seulement à Jean et à Rufm, mais encore à saint Jérôme, d'être ses admirateurs, bien que celui-ci eût désapprouvé ses erreurs, tout en reconnaissant ses services. Les choses en vinrent au point qu'en 394 saint Epiphane prêcha contre Origène en présence de Jean et de Rufm, et, contrairement aux saints canons, conféra les ordres à Paulinien, frère de saint Jérôme. Dans la querelle qui surgit ensuite entre les deux évêques, Rufm prit le parti de Jean et Jérôme celui dEpiphane. Une rupture qui allait éclater entre les deux amis fut prévenue par Mélanie, et la réconciliation eut lieu en 397.
Peu de temps après, Rufm accompagna en Italie Mélanie, dont la jeune nièce, qui portait son nom, se proposait, ainsi que son aïeule, de vivre dans la continence parfaite avec le consentement de son mari. A Rome, Ruiin ' traduisit l'apologie d'Origène, par Pamphile et Eusèbe, puis le De principiis d'Origène, en s'autorisant du jugement favorable qu'en avait autrefois porté saint Jérôme. Il omit ou modifia dans sa tra-
' Sur la méthode arbitraire de Rufin, voir saint Jérôme, Ep. ad AvU.
AUTEURS LATINS. — MFIN. 489
duction plusieurs passages scabreux, et essaya, dans un épilogue, de prouver que les hérétiques y avaient fait de nombreuses altérations.
A Rome, ce travail fit sensation ; dès que saint Jérôme en fut informé, une violente dispute littéraire s'ensuivit entre les deux. Rufin, obligé par le pape Anastase de donner des éclaircissements, n'évita Texcommunicalion que par une profession de foi orthodoxe, et vécut désormais presque constamment à Aquilée. Les invasions des Goths sous Alaric le contraignirent de prendre la fuite. Il voyagea en Sicile avec la jeune Marcella (nièce de Mélanie), et avec son époux Pinian, et mourut à Messine (410). Il ne put donc réaliser son ardent désir de faire un nouveau voyage en Palestine avec Mélanie l'aînée.
Mérites littéraires de Rufiii.
1 . Son mérite est d'avoir, par ses nombreuses traductions, familiarisé l'Occident avec plusieurs ouvrages grecs, divers écrits de Josèphe Flavius, \ Hisloire ecclésiastique d'Eusèbe, quantité d'ouvrages d'Origène, de saint Rasile, de saint Grégoire de Nazianze, d'Evagre du Pont, les Récognitions clémentines, les Maximes de Sixte le pythagoricien, qu'il attribua faussement au pape de ce nom, plusieurs règles monastiques, etc. Sa traduction de l'Histoire ecclésiasticjue d'Eusèbe est la plus importante et celle qui a eu le plus de vogue dans la suite. Les procédés arbitraires de Rufin reparaissent ici ; il omet plusieurs passages du huitième livre, laisse de côté tout le dixième, réduit les dix livres à neuf, et poursuit en deux livres l'histoire ecclésiastique depuis l'origine de l'arianisme jusqu'à la mort de Théodose le Grand : Socrate, jugeant ce travail insuffisant, ne voidut point le prendre pour base de sa continuation *.
' La meilleure édit. est de Th. Cacciari, ad cod. Valic, Rome, 1740, in- 4°, 2 vol. Sur le reproche exagéré fait à Rufin par Valois et Huet fDeclar. inlerpr.), d'avoir usé de trop de liberté dans l'élaboration d'Eusèbe, voir : Dissertât, de vita, fide et Eusebiana ipsa Rupiii translatione, éd. Cacciari, et Kimmel, De Rufino Eiiseb. interprète, Ger., 1838. Trop soucieux de l'élégance du style, que Gennade louait déjà en lui : In transferendo de grœco in latinum elegans ingenium habuit, De vir. illust., cap. XVII, Rufin lui a sacrifié la fidélité, en modifiant, abrégeant ou ajoutant à son gré. 11 avoue de plus qu'il était constamment occupé à sauver l'orthodoxie d'Origène par les changements qu'il se permettait.
i90 Pathologie.
Une autre traduction de Rufin est VHistoria monachorum, seu liber de vitis Patriim (trente-trois chapitres) : vies de trente-trois saints du désert de Nitrie : NaiTationes ese, disait le premier éditeur, Rosweid, siint ex grœco, ut opinor, translatas ' .
2. Ouvrages personnels : Apologia adoefsus Hieronymum (deux livres), à laquelle on a donné à tort le nom à! Invectives. Rufin y réfute en termes violents et peu charitables les reproches que lui faisait saint Jérôme. La réponse de ce dernier, en deux livres, suivis d'un troisième, est vive, mais décente et mesurée : « Quelle édification pour des spectateurs, s'écriait saint Jérôme, que de voir deux vieillards se quereller, d'autant plus qu'ils veulent passer tous deux pour orthodoxes ! Donnons-nous plutôt la main et unissons nos cœurs ^ »
Apologia ad Anastasiimi, romanse urbis episcopmn, où il fait cette déclaration : Origenis ego neque defensor sinn neque assector, neque primus interpres.
De benedictionibus Patriarcharum (lib. lî), écrit à la prière de Paulin (de Noie?) ; suivant (iennade^ Piufm y explique le chapitre xlix de la Genèse dans le sens historique, moral et mystique.
La. meilleur travail de Rufin est ^ow Exposition ou. Comtnentaire du Symbole des apôtres, rédigé à la demande de l'évêque Laurent. Très-estirné de l'antiquité, il est encore utile pour riiisioire des dogmes.
L'authenticité des Commentaires sur les soixante-quinze premiers psaumes, sur Osée, Joël et Amos, de la Vie de saint Eugène et du Traité delà foi, etc., est douteuse.
Opéra, éd. De la Barre, Paris, 1380, in-fol.; la meilleure, de Valarsi. Vérone, 1745 (un seul vol., incomplète); Migne, sér. lat., t. XXI. Cf. Tillem., t. XFI; Dupin, t. I!I, part, i; Céillier, t. X, éd. 2% t. VIII.
§ 74. Saini Jérôme (mort en ■4:20).
Cf. Vroleg., éd. bened., et de l'édit. de Valarsi et de Scipiou Maffei, meill. encore que la première.
Jérôme (Sophrone-Eusèbe) naquit entre 340 et 342 (difficile-
^ Antw., 1618, souvent réimprimé. — ' Cf. Buse, Jérôme cl Rufin Revue scientif. et artist. de Bonn, 3' ann.). — ' De script, eccl, c. xvn.
ment 331), à Stridon eu Dalmatie'. Il fut élevé à Home par le célèbre grammairien Donat, et peut-être par le rhéteur Yictorin. Le baptême, « ce vêtement du Christ et de l'innocence, » il le reçut certainement des mains du pape Libère (mort en 366) ; mais il le profana bientôt « dans les sentiers scabreux de la jeunesse, où sa chasteté essuya plus dun naufrage, » qu'il pleura amèrement dans la suite. Pour compléter ses études, il se mit à \ oyager, passa quelque temps à Trêves, où l'éclat de la cour, dont il fut un instant ébloui, lui lit envisager la vie par son côté sérieux et prendre la résolution de se consacrer sans partage au service de Dieu.
A-près ce voyage dans la Gaule, il est probable qu'il se rendit à Aquilée, auprès de son ami Rutin, pour lequel il avait transcrit à Trêves le commentaire sur les Psaumes et le traité des Synodes, de saint Hilaire de Poitiers. Epris d'amour pour la vie religieuse, il s'attacha étroitement à Rufm, ainsi qu'à Chromace, Eusèbe, Jovin, Chrysogone et Nicéas. A la suite d'une commotion dont nous ignorons les détails, il quitta Aquilée avec Evagre, prêtre d'Antioche, Héliodore. Innocent et Nicéas, et entreprit son premier voyage en Orient (372). Ils traversèrent, avec de grandes fatigues, le Pont, la Bithynie, la Galatie, la Cappadoce, la Cilicie, au milieu d'un été brûlant, et, entrés en Syrie, ils trouvèrent enfin la ville d'Antioche '373). Innocent mourut quelques jours après. Jérôme, depuis l'automne jusqu'au printemps, fut éprouvé par diverses maladies. Ce fut alors sans doute que, tourmenté par un mauvais rêve, il promit au Christ de renoncer à la lecture de ses auteurs favoris, Térence, Piaule, Virgile, Cicéron et Quintilien, que Rufm lui reprocha dans la suite avec autant d'indélicatesse que de mauvais goût'. Il prit aussi des leçons d'exégèse auprès
' Cependant Danko a démoulré dernièrement, avec beaucoup de vraisemblance, quïl serait né en 331. Voy. son ouvrage : Divuin Hieronymum oppido Stridun. Hungarix annoS'Sl nutum esse, Mogunt., 187i.
■* Dixi me sieculares litteras deinceps non lecturum; de futuro sponsio est, non prseteritte mémorise abolitio. Et quomodo, inquies, tenes quod tanlo tempore non relegis?. . Sed quis nostrum non meminit infantise suse? Crede mihi, multum ad purum recordatur infantia. Etiam asini et bruta animalia, quamvis in longo itinere, noverunt secundo diverticula. Miraris si ego litteras latinas non sum oblitus, quura tu grsecas sine magistro didiceris. — En tu, qui in me parvam criminaris scientiam et videris tibi litteratus et rabbi : respoude, cur scribere aliqua ausus sis, et virum disertissimum Gregorium pari eloqui splendore transferre; und©
'492 PAIROLOGIE.
d'Apollinaire, si estimé avant ses erreurs, et, séduit à la vie monastique par un pieux vieillard de la contrée, Malchus, il se retira, vers la fm de 374, dans le désert de Calchis, sur la côte orientale de la S}Tie, où il vécut quatre ou cinq années dans l'ascétisme le plus rigoureux.
Tout en gagnant sa vie par le travail de ses mains, il s'appliquait avec ardeur à l'étude, particulièrement de la langue hébraïque, aidé par un Juif converti. C'est là aussi qu'il écrivit la vie du premier ermite, saint Paul de Thèbes, outre différentes lettres à lîéliodore pour lui reprocher sa désertion : « Que faistu dans le siècle, lui dit-il, toi, plus grand que le siècle ? » Retourné à Antioche, il fut, malgré sa résistance, ordonné prêtre (377) dans un temps où cette Eglise était déchirée par le schisme de Mélece. Jérôme prit le parti de Pauhn, et rédigea son Dialofjiie entre im luciférien et un orthodoxe. Quittant de nouveau Antioche (380), il passa quelque temps à Constantinople pour y recevoir les leçons de Grégoire de Nazianze sur l'interprétation de l'Ecriture. Après avoir terminé sa traduction de la Chronique d'Eusèbe et divers travaux d'exégèse, il se rendit à Rome, sur la demande du pape Damase, avec Paulin, évêque d'Antioche, et Epiphane. évéque de Salamine, pour assister à un concile touchant le schisme de Mélèce (382).
A Rome, il traduisit en latin deux homélies d'Origène sur le Cantique des cantiques et le traité de Ûidyme sur le Saint- Esprit, rédigea sa controverse contre Helvidius, et, surVinvitatation du pape Damase, consacra ses grandes connaissances en linguistique et son génie critique à la révision de la version italique de la Bible. Malgré ses travaux littéraires, il réunit peu à peu autour de lui un grand nombre de personnes
tibi tanta verbomm copia, sententiarum lumen, translationum varietas, homiui qui oratoriam artem vix primis labris in adolescentia degustali? Aut ego fallor, aut tu Ciceronem occulte lectilas, et ideo tam disertus es, mihique lectionis ejus crimen intendis, ut solus inter ecclesiasticos tractatores eloquenliœ flumine glorieris, licet magis philosophes sequi videaris, spinas Cleanthis et contorta Chrysippi non ex arte quara nescis, sed ex ingenii magniludine. — Hsec dicerem si quidpiam vkjUans promisissem; nunc autem novum impudicitiœ genus objicil mihi somnium meum. — Qui autem somnium criminatur, audiat prophetarum voces : Somniis non esse credendum ; quia nec adulterium somnii ducit me ad tartarum, nec corona martyrii in coelum levât (Apol. adv. Ruf., lib. I, sub fin.)
AUTEURS LATINS. — S. JlfeRÔME. 403
attirées vers la vie religieuse, surtout des femmes, des veuves, des vierges de haute naissance et dun grand esprit, dont les plus remarquables sont Marcella, Principia, Asella, Mélanie, Paula, Eustodiium, Fabiola et Félicité'. Sur leur demande, il rédigea plusieurs traités ascétiques, ainsi que des lettres, où il commente des passages et quelquefois des livres entiers de la Bible. 11 écrivit aussi sur la lectiu'e de la Bible même.
Après la mort de son protecteur, le pape Damase, Jérôme quitta Rome (385), avec son frère Paulinien et le prêtre Vincent, et entreprit son second voyage en Orient, après avoir reçu l'as.surance qu'il y serait suivi de Paula et de sa fille Eustochium. Paula le rejoignit elTectivement à Antioche, d'où ils allèrent ensemble dans la Terre-Sainte en traversant la Cœlé-Syrie et la Phénicie. Après avoir visité les lieux saints et satisfait leurs goûts scientifiques, ils visitèrent l'Egypte, où Jérôme assista avec un vif intérêt aux leçons de l'aveugle Didyme, et ils parcoururent les stations monastiques de la Nitrie. Picntrés dans la Terre-Sainte, il se fixèrent au berceau du christianisme, à Bethléem, où s'élevèrent bientôt deux couvents, l'un d'hommes, pour saint Jérôme, Paulinien, Vincent et leurs amis; l'autre de femmes, pour Paula, Eustochium et les nombreuses vierges de toute condition qui se groupèrent insensiblement autour de ces nobles Romaines. Saint Jérôme, tout en se consacrant aux œuvres de l'ascétisme, déploya une activité infatigable, surtout dans l'explication de la Bible et dans les controverses religieuses de son temps ; il suffit de rappeler les noms d'Origène. Nestorius, Pelage, Jovinien, Vigilance, Helvidius. Il mourut le 30 septembre 420, et fut inhumé à Bethléem. Plus tard ses restes furent transportés à Rome.
Ouvrages de saint Jérôme.
1 . Saint Jérôme est surtout renommé dans l'EgUse occidentale pour ses travaux sur l'Ecriture sainte, auxquels il se prépara par des traités dont la plupart sont traduits du grec ; ce sont :
Liber de nominibus hebraicis, seu de interpretatione nominum hebraicorum, dans lequel il traduisit en latin le livre du Juif Philon qui porte le même titre. Il y explique, dans l'ordre
^ Reinkens, les Ermites de saint Jérôme, Schaffh., 1864.
alphabélifjue, les noms propres des «îeux Testaments, non d'après le sens étymologique, mais d'après la méthode allégorique de Piiilon. Ses explications sont souvent forcées et toutà-fait inexactes.
ÎJbeï' de situ et nominibus locorum hebraicorwn, traduction libre de l'ouvrage d'Eusèbe sous le même titre : Transtulimns, dit-il, relinquentes ea qiise digna meinoria non videntnr, et pieraque mutantes. 11 y consigne les témoignages des anciens sur le même sujet.
Liber hebraicarum qiisestionum in Genesi?7i, avec des remarques sur les passages difficiles de la Genèse. L'auteur y compare l'ancienne version latine avec le texte hébreu et les Septante, et la rectifie en plusieurs endroits avec l'aide du Juif Bar-Anina et d'un autre savant versé dans l'hébreu et le chaldaïque : travail unique en son genre, fort estimé alors et jugé indispensable par saint Jérôme lui-même pour la littérature grecque et romaine de cette époque.
Après ces travaux préparatoires et les commentaires que nous citerons encore, saint Jérôme pouvait entreprendre la révision complète de l'ancienne version latine. Il commença, un peu plus tard, en traduisant lui-même en latin les deux Testaments d'après les textes hébreux et grecs'. Son principal dessein était de mettre un terme aux moqueries des Juifs, qui accusaient les chrétiens de ne connaître qu'imparfaitement les saintes Ecritures, et aussi de fournir des armes pour les combattre. Pendant que les (joths, au dire de Sunnia et Fretella'. lui savaient gré de ses travaux, les « Grecs demeuraient assoupis, » et saint Augustin lui écrivait que sa version, différente en bien des points de l'ancienne traduction profondément enracinée dans le peuple, excitait plus d'un mécontentement \ Cependant, après avoir conseillé d'éviter ces sortes
1 Sous le titre de Bibliolheca dicina, dans Valarsi, t. IX-X; Migue, t. XXVIII-XXIX. — ^ Ep. Gvi, al. cxxxv.
3 îsam quidam frater noster episcopus, cum lectilari instituisset in ec-v clesia cui prœest interpretationem tuam, /nor/t quiddam longe aliter abs te positum apud Jonam propbetam, quam erat omnium sensibus memoriseque inveteratum, et toi eelatum successionibus decantalum. Factns est tumultus in plèbe, maxime Grœcis arguentibus et intlammantibus calumniam falsitatis, ut cogeretur episcopus, Judœorum testimonium flagitare. — Quid plura? Coactus est bomo velut mendositatem corrigere, volons, post magnum periculum, non remanere sine plèbe (inter Hieron. Epist.j rx. 104).
At.TEURS I-ATINS. — S. JÉRÔME. 495
(Vécarls en ce qui concerne lAncien Testament, saint Augustin reconnut plus tard qu'il était utile de s'éloigner des Septante.
Commentaires. Saint Jérôme y préluda par sa traduction des deux homélies d'Origène Sio' le Cantiques des cantiques. « Origène, dit-il, ayant surpassé tous les interprètes dans tous les livres de rEcriture, s'est surpassé lui-même dans l'inlerprétaliou du Cantique des cantiques^ » Il y faut joindre le Commentaiî'e sur VEcclésiaste, commencé à Rome pour Blésilla, et achevé à Bethléem pour Paula et Eustochium, lU in morem commentarioli obscur a quœrpie dissererem, ut absque me posset intelligere c/uœ legebat.
Vinrent ensuite les commentaires plus étendus sur les quatre grands et sur les douze petits prophètes, sur saint Matthieu, sur les Epîtres aux Galatcs, aux Ephésiens, à Tite, à Philémon : saint Jérôme y suit la méthode grammatico-historique, sans rejeter la méthode allégorique d'Origène. Son dessein est « d'élever un édifice spirituel sur le sohde fondement de l'histoire^ (le sens littéral ou historique), en tenant le milieu entre l'histoire et l'allégorie, comme entre Scylla et Charybde \» Spirituale eedificium super historise fiindamentum exstruere spiritualis intelligentiae culmina persequi ... quasi inter sacra, et scopulos, sic inter historiam et allegoriam, orationis cursum flectere. Une correspondance animée s'établit entre lui et saint Augustin sur le verset 1-4, ch. ii, de l'Epitre aux Galates' : (( Moi (Paul), j'ai résisté en face à Pierre. »
Ses commentaires sont irès-inégaux, et plusieurs sont trop hâtés parle défaut de temps; ils manquent souvent de sohdité et de profondeur. Il disait lui-même : Dictavi quodcumque in buccam venerit.
On cloute de rautlienticité du Comment, in Ub. Job (qui eut sans doute pour auteur le prêtre Philippe), du Breviar. in Psalterium; du Liber in expositione Psalm., et Prœfat. de Ub. Psalm.; de l Explan. inps. xli et c.xvu, de l'Expos. jv Evang., etc. On attribue presque unanimement à Pelage les Conun. in Ep. S. Pauli, excepté celui de l'Epître aux Hébreux,
^ Saint Jérôme a encore traduit d"Orlgène quatorze homélies sur Jérémie, autant sur Ezéchiel, trente-neuf sur saint Luc. Il appelait cette traduction un travail de jeunesse.
« Prsef. Ub. VI Comment, in /s. — ' Comm. in Nahum, c. n. — * Cf, Mœliler, J/rome elAug., Mélanges, t. I, p. 1-18.
lyO PATHOLOGIE.
2. Travaux polémiques et dogmatiques. Nous avons déjà cité V Apologie contre Riifin, où il oppose cà et là au ton passionné et violent de Rufin, un langage non moins âpre et blessant, ce qui faisait dire à saint Augustin : (( Quel est l'ami qu'il ne faille craindre comme s'il devait devenir un ennemi, si ce que nous déplorons a pu éclater entre liufin et Jérôme * ? »
Dialogue contre les lucifériens, ou altercation entre un luciférien et un orthodoxe; nous en avons déjà marqué l'objet.
Livre contre Helvidius (en 383), sur la perpétuelle virginité de Marie, contre ceux qui égalent le mariage à la virginité et prétendent qu'après la naissance du Sauveur, Marie aurait eu d'autres enfants.
Contre Jovinieji, deux livres, vers 383, sur le même sujet. Des amis en ayant trouvé certaines expressions trop vives, l'auteur essaya de se justifier dans son Apologie à Pammaque, pro libris adv. Jovin., ep xlvui ; cf. Ep. xlix et l.
Livre contre Vigilance (vers 406), où règne la même âpreté contre Vigilance, qui attaquait le culte des martyrs, des reliques, etc. A ceux qui lui reprochaient son ton virulent, saint Jérôme répondait ordinairement : Hxreticis nunquam peperci; hostes Ecclesise mihi quoque hostes (Prol. dial. adv. Pelag.).
Sur la fin de sa vie (vers 415), il sattaqua de nouveau aux pélagiens, dans trois dialogues, où un certain x\tticus défend la doctrine de l'Eglise contre l'hérétique Cristobule. Cette lutte lui valut d'être littéralement assiégé dans son couvent de Bethléem, et sa vie fut en danger.
L'ordination anticanonique de son frère Pauhnien par Epiphane (vers 399), le détermina à écrire contre Jean de Jérusalem, dont il combattit en même temps les vues origénistes.
Mentionnons encore sa version latine, déjà citée, du IJv7'e du Saint-Esprit, par Didyme'.
Outre l'exégèse biblique et la polémique, saint Jérôme s'est encore appliqué aux recherches historiques. Le passage suivant montre l'importance qu'il attachait à ces sortes de travaux : Multi labuntur errore propter icjnorantiam historiœ, et ailleurs : Historia vim legis hab€t\ Nous devons donc mentionner encore ses
* Ep. ex inter Ep. Hieron. — » Voir dans Valarsi, t. I, et dans Migne, série lat., t. XXIII, les ouvrages polémiques. — ' Comment, in Evang. Malth., cap. ii, 22.
AUTEURS LATINS. — s'. JEROME. 497
3. Ouvrages historiques. Une traduction latine de la Chronique d'EiiS('be, qiril continua à Constantinople en 381, et conduisit de l'an 32a à l'an 378. Il y observe la mùmo méthode, mais n'est pas toujours heureux dans le choix des faits ^
Le De viris illusiribus, seu de scriptoribus ecclesiaslicis , chef-d'œuvre de biographie concise et exacte, indique les ouvrages des plus remarquables écrivains ecclésiastiques depuis les apôtres jusqu'à lui. Les remarques critiques y sont rares. C'était le premier essai de ce genre dans la littérature chrétienne ; saint Jérôme en avait trouvé la plupart des matériaux dans YHistoire ecclésiastique d'Eusèbe. Pour mieux caractériser cet ouvrage, cité ordinairement sous le titre de Catalogue des écrivains ecclésiastiques, nous reproduisons ce qui suit : chap. I : Simon Petrus, filius Jonae, provincise Galileœ , vico Bethsaido, f rater Andreœ apostoli et princeps apostolorum, post episcopatum Antinchensis Erclesiœ etprsedicationem dispersionis eorum qui de circumcisione crediderunt in Ponto, Galatia, etc., Romam pergit ibique xxv annis cathedram sacerdotalem tenuitusque adidtimiim annwn Neronis, id est decimum quartum. A quo affixus cruci inartijrio coronatus est, capite ad terrain verso et in sublime pedibus elevatis, asserens se indignum qui sic cruci figeretur ut Dominus suus. — Scripsit duas Epistolas, quœ catholicx nominantur. Quaruni secunda a pleriscpie ejus esse negatur, propter styli cum priore dissonantiam. — Sed et Evangelium juxta Marcum, qui auditor ejus et iîiterpres fuit, Iiujus dicitur. — Libri autem e quibus unus Actorum ejus, alius Evangelii, tertius prxdicationis, cfuartus Apocalypseos, etc., inter apocryphas Scripturas repudiantur. — Sepidtus Homse, in Valicano, juxta viaiii triumphalem, totius orbis veneratione celehratur. Au chapitre cxxxv, il termine l'ouvrage par lui-même : Hieronymus, pâtre Eusebio natus, oppido Stridonis, quod a Gothis eversum Dalmatiœ quondam Paimonixque ron/inium fuit, usque in prœsentem diem, aymo 392, hœc scripsi : Vitam Pauli monachi, Epislolarum ad diversos librum unum, ad Beliodorum Exhortatoriam, Altercationem Lucifer an i et orthodoxi, Chronicon omnimodœ historiœ, in Jeremiam, etc.
Vie de saint Paul, premier ermite; Vie de saint fjilarion,
' T. VIII; Migne, t. XXVII.
l. — PATROLOGIE, 32
disciple de saint Antoine ; Vie de saint Malchus \ Le martyrologe de saint Jérôme, précédé des lettres de ChromaUis, et d'Héliodore à saint Jérôme, et de saint Jérôme à ces deux derniers, quoique très-ancien, n'est pas de lui. 11 en est de même du Liber coniitis, d'un Sacramentaire ou Lectiormaire^ .
4. Entre les cent cinquante lettres publiées par Yalarsi', cent seize seulement sont de lui; les autres lui ont été adressées, ou bien elle.sont été ajoutées pour l'intelligence du sujet. Ces lettres, si importantes pour la vie de l'auteur et les événements contemporains, ont été rangées par Yalarsi dans les cinq classes suivantes, ordre excellent pour la succession chronologique : lettres 1 à 18 (ann. 370-381); lettres 19 à 43 (de Piome jusqu'en 385) ; lettres 46 à 93 (de Bethléem) ; lettres 96 à 144 (de 401 jusqu'à sa mort, en 420); lettres dont la date ne peut être rigoureusement fixée.
Parmi ces lettres, il en est plusieurs qui sortent des bornes ordinaires d'une correspondance et sont de véritables traités. Les lettres bibliques expliquent des noms, des personnages, des objets mentionnés dans l'Ecriture, et montrent quel profit on peut tirer de sa lecture'; les autres sont d'une nature dogmatico-polémique, morale et ascétique, historique et familière. Celles qui roulent sur la Bible sont de beaucoup les plus nombreuses. On estime surtout les lettres au pape Damase et à saint x\ugustin, de même que les lettres morales et ascétiques. Il y faut joindre : la Lettre à Népotien sur la vie des clercs et des moines, la Lettre à Océan sur les vertus d'un évèque, les conseils sur la perfection chrétienne et la vie monastique, adressés à des amis et à des amies, telles que Paula et ses filles Eustochium, Marcella, Fabiola, Asella, etc. Comme on lui faisait remarquer qu'il louait la virginité aux dépens du mariage, il répondait naïvement : Lando nuptias, laudo conjugium, sed quia mihi virgines générant. Plus honorantur nuptise quando quodde illis nascitur plus amatur'\
Parmi les lettres dogmatico-polemiques, nous devons citer encore les lettres quinze et seize au pape Damase : An très hypostases in Deo dicendse sunt; la lettre cent vingt-six à Marcellin et à Anapsychie, sur l'origine de l'àme, hortans ut
' Tome II, et dans Migne, t. XXllI. — * Voy. Fessier, t. II, p. lyi; sur le dernier, Ranke, Furlbestaiid des Pericopenkreises, Gotha, 1839.— ' Migne, t. XXII. — "* Ep. Lin ud Paulinum. — ' Ép st.. XXII, c, xx.
reliqua pétant ah Augustino; la lettre cent quarante-six à Evangt'le, quid sit discriminis inter episcopum, presbyterum et diaco7mm\ Ces lettres, par leur richesse et leur variété, par la beauté du langage classique, offrent un grand charme et sont d'un puissant intérêt. C'est un beau modèle de l'alliance de la culture antique avec l'esprit chrétien.
Ses nombreux ouvrages perdus sont partagés en deux classes dans Yalarsi' : ouvrages réellement perdus et ouvrages qu'on croit perdus, mais dont l'existence est encore douteuse'.
Doctrine de saint Jérôme. Son importance.
4. L'Ecriture, dont toutes les parties sont inspirées et promulguées par le Saint Esprit, contient les mystères de Dieu sur la création et la rédemption. Mais il faut l'entendre dans le sens de lEglise, spirituellement. Si on l'entend d'une manière charnelle, « c'est le démon qui parle par l'Ecriture, et toutes les hérésies en sortent; l'Evangile du Christ devient l'Evangile de 1 homme, ou, ce qui est pire encore, du démon '\ » Quoique ramassée dans un étroit espace, l'Ecriture contient un fond inépuisable : Quantum dilatatur in sensibus, tantum in sermone constringiiur\ Aussi la véritable vie consiste-t-elle à l'étudier : « Que peut être la vie sans l'élude de l'Ecriture sainte, qui nous fait connaître le Christ, la vie de ses iidèles'* ? » Mœhler se souvenait sans doute de ces paroles quand il écrivait dans son livre de U Unité de l Eglise : « J'aimerais mieux mourir que de ne plus entendre parler le divin Sauveur. »
2. Il y a nécessairement une connaissance naturelle de Dieu \ basée sur la considération de la grandeur et de la beauté du monde, mais elle se limite au Père : le Fils et les mystères de la rédemption ne peuvent être connus que par la révélation^. Si, dans l'Ancien Testament, la Trinité divine a été tantôt manifestée plus clairement, tantôt cachée sous des figures, Jésus-Christ est le seul qui ait vraiment révélé ce mystère aux
' s. Hieron. Episl. sélect., Vesont., 1839, sur le modèle des anciennes éditions des jésuites. — » Tome I, prsef., pars altéra, n. 15-33. — * Migne, t. XX, p. xvii-xxxviii. — * Comm. in Jerem., xxix, 8; in Gui., i, 11. — t Comm. in Eccl., xii, 12. — ^ Epist. xxx ad Paulam. — ' Comm. in Cii/., 1, 16; In ru., i, 10. — ' In Gai., ni, 2.
500 PATROLÛGIE.
hommes'. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont trois personnes ou hypostases dans une seule substance ou divinité. Les trois sont également éternels : il faut donc rejeter le subordinatianisme dOrigène et plus encore celui d'Arius , ainsi que le faux monarchianisme de Sabellius et de Photin*. Le Saint-Esprit a la même nature que le Père et le Fils', contrairement à ce qu'ont enseigné Macédonius , Eunome et d'autres hérétiques.
3. Saint Jérôme traite longuement de l'homme et de la rédemption , surtout dans sa polémique contre le pélagiamsme\
4. Yoici comment il parle des rapports que les fidèles doivent avoir avec l'Eglise : a Quiconque se sauve, se sauve dans l'Eglise ; quiconque se tient hors de l'Eghse du Seigneur ne peut être (parfaitement) pur. Cela est vrai non-seulement des Juifs et des païens, mais encore et surtout des hérétiques'. Les assemblées de ces derniers ne sont point des Eglises du Christ : (Sicut) wia Eva mater cunctornm viventium, et una Ecclesia pareils omnium christianoruni ... quain hœretici in plures Ecclesias lacérant, quas jiixta Apocalypsim ^ synagogœ magis diaboli appellandœ sunt quam Christi conciliabula \
5. Les deux passages suivants sur la hiérarchie ont donné lieu de croire que saint Jérôme contestait la prééminence de l'évèque sur le prêtre : Idem est presbyler quod et episcopus* , et antequam diaboli instinciu stttdia in religione fièrent et diceretur in populis : Ego sum Pauli, I Cor., i, 12, omiii presbytero7'um consilio Ecclesiœ gubernabantur. Postqiiajn vero unus quisque eos quos baptizaverat, suos esse putabat, non Christi, in toto orbe decretum est (?!) ut unus de presbyteris electus superponerelur cœteris, ad quem onnis Ecclesiœ cura pertineret, ut schismatum semina toUereniur, et il cite en preuve : Phil., I, 1; Act.y-ax, 17 et 38; 1 Pierre, v, 1. Mais saint Jérôme est le seul qui tienne un tel langage '•* ; il est contraire à
' Prolog, in Gènes. — * Ep. xviii ad Damas., c. iv; Comm. in Zach., iv, 12; in Is., lxv, 16; îu Eph., iv, 5; Ep. lxv ad Princip. — ' In Is., lxiii, 19; in Amos, iv, 12. — * Voir les textes groupés dans Wœrter, Rapports de la grâce et de la liberté, p. 649. — ^ Comm. m Joei, m, 3; in Esech,, vu, 19; Ep. LXIII ad Océan., c. ix. — ® ii, 9. — -' Comm. cxxiii ad Agaruch., c. XII. — ' Comment, in Tit., c. i.
3 II y en a bien d'autres. Le concile de Trente n'a pas voulu délîair comme dogme de foi que la supériorité de l'évèque sur le prêtre fût ex