Le traité du Maître, dialogue entre lui et son lils, rap
'Lib. 1, n. -28-29; hb. Il, n. 2-21. — ^ Lib. II, n. SU. — ' lielravl., 1, u. 4.
* Les Soliloques ne doivent pas ôlre confondus avec un autre ouvrage du même titre, souvent attribué à saint Augustin et publié avec des méditations qu'on lui a également attribuées. Cet ouvrage est probablement d'un théologien du moyen ûge. Ed. Souunalius, Aug. Yiud., IToo; éd. Westboti, Colon., 1853.
ÀlîTEURS LATINS. — S. AUGUSTIN. 5H
pelle le Pédagogue de Clément d'Alexandrie, et montre que •fésus- Christ est le seul maître véritable et parfnit.
8. Citons encore le traité de la Musique (six livres), sur le caractère général de cet art, sur le mètre, la prosodie et le rhythme , sur Tinfluence que la musique exerce sur l'àme humaine : il est probable qu'il servit de modèle aux études de la musique comprises dans le plan tracé par le quadrivhim au moyen âge. Il en faut dire autant des écrits perdus sur la grammaire , la dialectique , la rhétorique , la géométrie , l'arithmétique et la philosophie. Ce dernier ouvrage, saint Augustin lui-même le déclare, n'avait été qu'ébauché'.
Ouvrages jrurement dog)natiques.
i . Le traité de la Vraie Religion, quoique rédigé contre les manichéens (vers 390), roule plutôt sur le dogme en général. La vraie rehgion, dit saint Augustin, consiste dans la connaissance de l'unité et de la trinité divine : on ne la trouve ni chez les philosophes et les Juifs, ni chez les hérétiques et les schismatiques, mais seulement dans l'Eglise', à laquelle les hérétiques eux-mêmes donnent le nom de catholique : Velint, noUnteniin ipsi quoque haeretici et scïmmatum alumni, quando non cum suis, sed cum exlraneis loquuntur, cathoUcam nihil aliud quam catholicam vacant^. Nous y arrivons, avec l'aide de Dieu, par une double voie, l'autorité et la raison : Ipsa quoque animse medicinn, qux divina providentia et ineffabili beneficcntia geritur, gradatini distincteque pulcherrima est. Distribuitw eiiim in auctoritalem alque rationem. Aucloritas fidem flagilat et rationi prceparal homineni. Ratio ad intellecturn cognilionemque pcrducit*. C'est ainsi seulement que nous sommes conduits à Dieu et unis à lui : Religet ergo nos religio uni onviipotenii Deo ^
2. Le Livre de la Fui et du Symbole excellente explication du Symbole des apôtres, fut surtout rédigé, alors qu'il n'était encore que simple prêtre, en vue du synode général d'Hippone (393), et réduit en livre à la demande de ses amis : Quam dispula(io)ieni in librum contuli, in quo de rébus ipsis ita disseritur, ut tamen 7ion fiât verborum illa contextio quse tenenda memoriter competentibus traditur^.
« lieU-aa., I, VI.— > N.1-2. — ' N. 12. — " N. 45.— «N. US. — « /le/r<7c^,
I, XYII.
oi-2 PÀTROLOGÎE.
3. De fide rerum qux non videnhir (un seul livre, vers 3ôâ), sur la nécessité de la foi aux choses invisibles et surnaturelles. Il y a, dit-il, quantité de choses, après Dieu, que nous croyons sans les avoir vues. De là cette exhortation : Vos autcm qui hanc fidem habetis, vel qui mine novam habere cœpistis, nulriatur et crescat. in vobis '.
4. Manuel à Laurent, sur la foi, l'espérance et la charité (vers 421). Cet abrégé de la science chrétienne, l'un des meilleurs écrits de saint Augustin, résume l'ensemble de ses vues dogmatiques'.
5. De agone christiano (vers 3V10). (let opuscule, analogue au précédent, indique comment il faut éviter le mal et pratiquer la doctrine chrétienne, dont il offre un court abrégé.
0. Le Liv?'e de la Fui et des Œuvres (vers 413) réfute divers écrits adressés à saint Augustin, où l'on soutenait que la foi sans les œuvres suffit pour le salut.
A ces traités se rattachent les deux grands ouvrages dogmatiques suivants :
1. De la Trinité (quinze hvres). Quoique composé à l'occasion des ariens (entre 400 et 416), cet ouvrage s'en tient presque toujours au point de vue général du sujet. Les sept premiers livres présentent la doctrine d'après l'Ecriture sainte et réfutent les objections tirées de la raison. Dans les huit derniers, on montre que l'homme peut, jusqu'à un certain point, s'élever à l'intelligence de ce mystère par l'étude de la création et de la nature humaine. Sa dialectique se rapproche beaucoup de celle de saint Grégoire de Nysse.
Saint Augustin commence en déclarant que tous les auteurs catholiques qui, avant lui, ont écrit de la Trinité, enseignent, conformément aux saintes Ecritures, quod Pater et Filius et Spiritiis sanctus iniius ejusdemque substantiœ inseparabili xqualitate divinani insinuent unitatem, ideoque non sint très dit, sed unus Deus, quamvis Pater Filinm genueril et ideo Filins non sit qui Pater est; — Spiritusque sanctus tiec Pater sit nec Filins, sed tanturn et Patris et Filii Spiritus, Patri et Filio etiam ipse cosequalis et ad Trinitatem pertinens unitatem, (lib. 1, c. IV, n. 7). La génération par laquelle le Fils est Fils, et la procession par laquelle le Saint-Esprit est Esprit, sont des
' N. 11. — ' Edité à part par Krabinger, Tubing., 1861.
acles distincls et non identiques (lib. Y, c. iv, n. loj. Voyez les Confessions ijib. XY, n. 45-4()); et ces deux actes ne sont pas temporels, mais éternels : ibi nihil ex tempore inchoatur, ut consequenti perficiatur in tempore (lib. XY, c. xxvi, n. 47).
Tandis que le Fils seul est engendré du Père, le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Nous confessons donc : Patrem et i'iliion principium esse Spirilus sancti, non duo principia; sed sicut Pater et pilius uiius Deus, et ad crealurani relative unus Creator et unus Dominas, sic relative ad Spiritum unum principium; ad creaturam vero Pater el Filius et Spirilus sanctus union principium, sicut unus Creator el unus Dominas.
L'essai qu'il avait tenté aux livres IX et X d'expliquer, sinon de l'aire saisir, ce qui est impossible, le dogme de la Trinité en le comparant à l'esprit de Ihomme fait à limage de Dieu, il le résume ainsi au livre XY, ch. m, n. 5 : In nuno (\ihTO) ad ir/iaginem Dei, quod est homo secunduin me?item, pervenit disputatio, ut in ea quœdam Tri)iitas inveniretur , id est mens et notitia qua se novil, et amor quo se nolitiamque suam diiigit, et hœc tria eequalia inter se et iinius oslenduntur esse essentiâe. In decimo hoc idem diligentius subtiliusque traclalum est atque ad id perductum ul inveniretur in mente evidentior Trinitas ejus, in memoria scilicet et intelligentia et voluntate. Sed hœc tria ita sunt in liomine, ut non ipsa sint liomo. — Et una persona, id est singulus quisque homo, liabet illa tria in mente. Quapropler singulus quisque liomo imago est Trinilalls in mente. Triuitas vero illa, cujus imago est, nihil aliud est tota quam Deus, nihil aliud tota quam Trinitas'. Toutefois, saint Augustin avoue lui-même que ce ne sont là que d'imparfaites images- ; car ce ne sont point des sujets, mais seulement des facultés qui constituent le sujet, c'est-à-dire la personne ; en
' Lib. XV, cap. vu, n. 11.
* Saint Augustin reconnaît encore eu d'autres endroits que ce mystère est impénélrable; voj. liv. I, cli. v; liv. V, ch. i-it, elc Delà est venue plus tard celle légende que, pendant qu'il écrivait sou ouvrage, il rencontra sur le bord de la mer un enfant d'une merveilleuse beauté, qui versait de l'eau dans une fosse creusée dans le sabie. Saint Augustin lui demanda ce qu'il entendait faire : « Je veux, ropondit-il, verser la mer dans celle fosse. » Peine inutile, lui dit le saint en souriant. — Mais vous, reprit l'enfant, vous prétendez bien à comprendre le mystère de la sainte Trinité ;. or, je parviendrai plutôt à verser la mer dans celte fosse que vous à approfondir ce mystère. Voy. Cuper et Stilliug dans BoUond., Acl sancl., iHduàl, t. VI, n. liJet 707-7u8.
Dieu, au conlraiio, le Père, le Fils et le Saint-Espril ne sont pas comme des facultés dans une personne, ils sont eux-mêmes des personnes indissolublement unies'.
8. Cilé de Dieu (vingt-doux livres), commencée en 413 et terminée vers 426. La cité de Dieu, ce sont les fidèles de l'ancienne et de la nouvelle alliance. Saint Augustin traite de son origine, de ses luttes continuelles contre lempire de Satan, de la protection que Dieu ne cessera de lui accorder jusqu'à la tin des siècles. L'auteur, dans son travail, a constamment en vue cette objection des païens, que les grandes calamités, la ruine dont l'empire est menacé par l'émigration des peuples, sont ime suite de l'adoption du christianisme et de l'abandon des dieux. La réfutation de ce dernier grief, entreprise par Orose, prêtre d'Espagne, à la demande d'Augustin, n'ayant pas satisfait celui-ci, il se mit lui-même à l'œuvre, et écrivit un livre qui est à bien des égards le chef-d'œuvre de la littérature patristique.
Voici en quels termes saint Augustin lui-même s'exprime sur le but et l'ordonnance de cet ouvrage : Interea Rojna, Gothorurn irniptiunc, agciilium suù recje Alarico, atque impetii mofjnœ cladis eversa est ; ciijus eversiunein deorum falsorum miiUorumque adtores (pagani) in christianam religionem referre ornantes, subito acerbius et amarius Deum verum blasphemare cœperunt. Unde ego erubescens zeto domus Dei adversus blasphemias eorum vel errores, libros De civitate Dei scribere instiiui. — His ergo deeerii (prioribus) libris duse istee vanse opiniones christianœ religioni adversarix refelluntur. Sed ne quisquam nos aliéna taîitwn redarguisse, non autem nostra asseruissc rcpreJienderet, id agit pars altéra operis hujus, quse libris duodeciin conlinctur (Retract., II, xlui). L'ouvrage pourrait donc être intitulé Paganisme et Christianisme.
La Cité de Dieu est à la fois une apologie, une histoire des dogmes et une philosophie de l'histoire. Aux vastes commentaires de Louis Vives sur ce grand ouvrage '^ Reinkens^ a joint de nos jours une excellente analyse des principales pensées
< XV, xxir, n. 4:2. Cf. Gangauf, Doctrine spéculai, de saint Augustin sur la TrlniU' dtrine, Augsb., 1H(J(.!. — ^ Basil., 1822, inrfol., cum comment. L. Vivis et L Coqusei, Paris, KiotJ, et Hainb., ICtil, t. II, iu-4»; éd. stéréop., Lips., IS^j; Colon., 1852; t. II, iu-8°. — ' Philos, de t'Iiist. de suint Aiig., Schcirih., mvô.
AI'TEIIÎS l.ATl.N'S. — S. AIGISTIN. ;M T)
(]c. sailli VuKustiii sur l'iiistoiiv. du monde. « Augustin, dit-il, par la puissance de son génio, a civi- unc^ pliilusopliie de l'histuire à la lumière des id«^es elu'étiennes, c'est-à-dire au point (le vue de la révélation. Telle est l'impression qu'il a ]jroduite que, pendant plus de mille ans, il n'a eu que des imitateurs. Il est vrai que sonargiimenlation s'appuie souvent sur l'autorité divine d'une façon ([ui n'est nullement scienlitique, et que le iil du dogme est mèl(i à tout le tissu de l'ouvrage ; mais on aperçoit j)artout son regard divinatoire, et dans l'appréciation des laits historiques son talent de critique le conduit sou^■ent à une méthode véritablement scientifique. Joignez à cela le don aitislique merveilleux qui éclate dans l'ordonnance des matières et qui assure à cet ouvrage une impérissable valeur. »
t.p trailô (1p. la Diiinalioii dea ch'-inons, cuiitre les païens (composé eatro -iO(i et 411), a aussi un caracièrc dogmatique ou polémiffue. Il traite des arts divinatoh'es des païei*s, et montre la différence qui existe entre les l)i'ophéties des démons, que OiiMi pei-met quelquefois, et les oracles des ]u-ophèles.
Ouvrages polémiques.
Son opuscule des Hérésies à Quoduulldeus (quatre-vingthuit chapitres, vers 4.29, depuis Simonie Magicien jusqu'à Pelage) nous fournit une première preuve de la sollicitude que lui inspiraient les plus funestes ennemis de l'Eglise, les hérétiques'. Sans entrer dans les détails, il caractérise parfaitement les origines et les idées principales des hérésies qu'il cite. Mais ce fut surtout contre les trois grandes hérésies suivantes qu'il déploya les ressources de sa polémique :
1. Cotilre les manickéeus . Attaché lui-même à cette secte pendant neuf ans, il n'en connaissait que mieux les erreurs et les dangers, et il la combattit ensuite avec d'autant plus d'énergie.
Ses principaux ouvrages contre les manichéens sont : De murilnts Ecclesiœ cathoUeai ei De moribus uiankltceorum ^^388); De utilitale credendi (vers 391); De duabus animaùus, déjà mentionne, et De Ubeiu arbilrio i trois livres;; De Genesi coatra maiiielixos (deux hvres, vers 389) ; Contra Fauslum Maidc/<<a?//;« (trente-trois hvres, -iOii; CouWu Adirnai^ium, Muni-
< Ediliuu Gauuic. t. Vlll.
chcei discijmlum (vers 394) ; Libtr cou Ira cpistolam Manichaii. guam diciûit¥\m.àQiTiQTi\\\ Acta seu disputatio contra Forlunaiurn, sur une discussion publique quii eul à Hippone, vers 392, avec Fortunat, qui soutenait que la nature du mal était éternelle comme celle de Dieu ; De aclis cum Felici (deux livres, vers 404), sur le même objet '.
Dans ces ouvrages, saint Augustin réfute en détail, et souvent avec un brillant succès, les erreurs fondamentales des manichéens. Il repousse surtout avec force leur prétention vaniteuse d'être seuls en possession de la vérité. La vérité, leur dit-il, ne vient que du Fils de Dieu, sous la garantie de l'Eglise ; et il énonce à ce propos le principe essentiel du catholicisme : Evangelio non crederein, nisi me commoveret Eccleaiie auctoritas' . 11 réfute aussi leur théorie des deux principes empruntée au parsisme, la théorie des deux âmes humaines, selon laquelle l'homme ne serait pas hbre d'opter entre le bien et ie mal. Augustin se montre ici le plus zélé et le plus pénétrant défenseur de la liberté humaine, en même temps qu'il sonde et éclaircit à fond lorigine et la nature du mal.
2. Contre les donatiates. Saint Augustin, comme simple prêtre, écrivit contre eux (383) le Psaume contre le parti de Douai, qu'il mit en vers rhylhmiqiies, afin de laisser unephis vive impression dans la mémoire du peuple, outre les ouvrages suivants : Contra Parmenianurn epistolaad Tychoniuni (trois livres, vers 400) ; De bapiisnio contra donatistas (sept livres, vers le même tempsj ; Contra Utteras Petiliani (trois livres, 400 à 402) ; Contra Cresconium grammaticum (quatre livres, vers 406) ; Liber de unico baptismo contra Petilianum (406-410) ; Epislola ad catholicos, seu de imitate Ecclesiœ. Citons encore : Breviciilas collalionis cum donatistis, abrégé des controverses religieuses que les évêques orthodoxes et Augustin, leur principal orateur, avaient eues à Carthage, en 411, avec les évêques donatistes.
Saint Augustin (d'après Ephes., i, 23; / Cor., ch. xu) s'efforce surtout de réveiller le sentiment de l'unité religieuse éteint chez les donatistes, et de prévenir la rupture du corps
^ Voir ces ouvrages dans l'édition Gaume, t. VIII; Migne, t. XLII; éd. Œhler, dans le Cor pua hreresiologicum. — ■' Contr. Ep. fiindam., c. v; Migue, t XL.il; be ul.liti.Uc credenai, uans IIurLei-. Opuscula Sidetia, t. Vi.
AUTEURS LATINS. — S. AlcrSTlN. 817
de Jésns-Chrisf, l'Eg-lise. Il s'élève contre le second baptême, administré autrefois à des catholiques, et démontre avec beaucoup plus de lucidité et de force qu'on ne l'avait fait dans la dispute entre saint Cyprien et saint Etienne, que la validité d'un sacrement ne dépend point de celui qui l'administre, qu'il n'a,î?it point ex opère operantis, mais ex opère operato : Chrislus î'pse est qui baptiznt. 11 réfute aussi ceux qui soutiennent qu'il ne doit point y avoir de pécheurs dans la véritable Eglise, en distinguant entre l'EgHse visible et l'Eglise invisible; il qualifie d'arbitraire et d'erronée la prétention de ceux qui veulent restreindre le pouvoir accordé à l'Eglise de lier et de délier. Seulement, les dispositions du pécheur, sa résistance opiniâtre aux vérités du salut, souvent ne permettent pas de lui donner l'absolution. Il discute longuement les relations entre l'Eglise et l'Etat, la manière de traiter les hérétiques, et réfute en même temps diverses erreurs de fait par lesquelles les donastistes justifiaient leurs égarements et avaient passé du schisme à l'hérésie.
3. Contre les pélaaiens. Après les donatistes, ce fut le tour des pélagiens, que saint Augustin ne cessa de combattre depuis l'an 412 jusqu'à sa mort.
Ses nombreux écrits de controverse s'ouvrent par le : De peccatorum meritis et remissione, deqne haptismo parvulorum arl MarceUinnm (trois livres, en 412), où il prouve que la mort n'est point le tribut de la nature, mais la -solde du péché ; que les descendants d'Adam héritent de son péché ; non par imitation, mais par transmission, et que, pour l'effacer, il faut baptiser aussi les enfants. Dans le De spirilu et littera, il dissipe les doutes que cette lecture avait suscités dans l'esprit de Marcellin, et démontre que la grâce surnaturelle est nécessaire pour opérer le bien ; qu'en général l'homme ne peut observer les commandements de Dieu sans un secours surnaturel. Dans le De natnra et r/ratia (ilo), il établit que la nature humaine, pure dans l'origine, a été altérée par la chute d'Adam; que les descendants d'Adam ne naissent pas dans l'état de nature pure, mais dans l'état de nature corrompue ; qu'ils ont besoin de la grâce sanctifiante el de la grâce concomitante, contrairement à ce que voulait Pelage, qui n'admettait que la grâce illuminante (la doctrine et l'exemple du Christ).
Saint Augustin écrivit dans le même temps : Epistola ad
51 H PATUOI.O(iIK.
Etttropinm et PauUmun, seu de })crfectioue Jwtfù'x hoiïiinîs, où il définit La justico parfaite, et réfute les définitions (seize seulement ont été conservées) de l'ami de Pelage, Célestius. selon lequel l'homme privé de la grâce peut vivre sans péché.
De gesiis Pelogii, ou De r/esffs PaJa'slinis. sur ce qui s'était passé au concile de Diospolis. L'auteur y montre que les évèques, trompés par les déclarations amhiguës de Pelage, l'avait jugé trop favorahlement.
De gratia Christ/' et de pcccato orir/ifiali iïlH). Saint Augustin y dévoile la fourberie de Pelage, qui feignait d'être orthodoxe en donnant au mot grâce un double sens.
Denuptîls et cnncupiscenfia (419), en réponse à ce reproche des pélagiens^ que la doctrine de saint Augustin sur le péché originel portait atteinte au sacrement de mariage. Contra duns epistolrts pelnçjiannrum. adressé, vers i20, à Roniface T". auprès duquel Julien d'Er^lane et les évèques pélagiens cher chaient à se justifier et accusaient saint Augustin. Dans les Six livres contre Julien le pétagien, il s'attaque directement à ce dernier, qui faisait entrer le pélagianisme dans une phase nouvelle, celle du semipélagianisme. Les deux premiers livres établissent que les plus célèbres d'entre les anciens Pérès sont formellement antipélagiens. Les quatre livres suivants sont une longue et sévère critique deTouvragi^ de Julien. Saint Augustin, peu de temps avant sa mort, conmiença contre lui un nouveau travail, qu'il n'acheva point : de là son titre (yOjnc^ imperffictum contra Jalianuni.
Contre les semipélagiens saint Augnstin écrivit le traité de la Grâce et du libre Arbitre à Vabbé Valentin 'vers 4-27 ). en réponse aux doutes des religieux d'Adrumet, qui craignaient qu'il ne détruisît le libre arbitre et la coopération de l'homme à son propre salut. Il acheva de dissiper ces doutes dans le De correptione et gratia. on il a le plus nettement exprimé sa doctrine antipélagienne, et développé avec une grande vigueur de logique sa théorie de la prédestination, qui devait être si sévèrement interprétée dans la suite. Comme les conséquences qu'il en déduit avaient fort mécontenté les moines delà Gaule, entre autres Cassien, il écrivit son traité f/e la Prédestination des saints, sui^^ du Don de la persévérance, où il expose sa doctrine et adoucit ses vues.
" Cqs deux derijiers livres, écrits dans sa dernière vieillesse.
AUTEUKS LATINS. — S. AlGlSThV. 519
sont comme le testament de ce Pore, et ont je ne sais quelle aiitoritf'' pins .irrande, tant à cause qu'ils ont été Iravnillésavec une exlrèmc application et une long-ue méditation de cette matière, qu'à cause aussi que l'erreur de ceux contre qui il écrivait était plus subtile, ils ont été composés avec plus de pénétration'. » Voici comment il définit la prédestination : Prœdeslinatio sanctorum est prsescientia et prœpnratio benepcinrum Dei, qiiibu<i cerfissfme Uheroitnr quicitim/ue liberonttir. Cœlcii autem ubi, nisi in mmsa pcrd/'f/'nni<i jitsio divino judicio, relinquiuitai' ? Et il marque ainsi le rapport de la prédestination et de la grâce : Inter <irnliam et pnedeHmationpm hoc tautum interest, quod prxdestiiiatio est gratia; pra^paratio, f/ratia vern ipsius prmdestmatumis efîectus'.
Dans ces écrits, la doctrine de saint Augustin e.st en opposition directe avec celle des pélagiens et des semipélagiens sur l'état du premier homme avant et après la chute, sur la mort et sur le péché originel. Contre la suffisance orgueilleuse des pélagiens, il défend l'existence et la nécessité de la grâce concomitante avec d'autant plus de vigueur qu'il en avait luimême senti douloureusement le besoin. Avec l'Eglise, il divise la grâce en grâce habituelle ou sanctifiante, et en grâce actuelle, et cette dernière en grâce prévenante, concomitante ot subséquente.
On ne peut nier que saint Augustin n'ait parlé de l'efficacité de la grâce fqu'on croirait irrésistible) et de la prédestination on des termes d'une singulière énergie, soit en se servant do passages bibliques captieux*, soit en pressant trop la notioii de la grâce, soit par le souvenir de ses propres égarements. Ses expressions ont été souvent mal interprétées jusqu'à nos jours : au cinquième siècle, par Lucile, prêtre de la Gaule ; au neuvième siècle, par le moine (îottschalk: an seizième, par les réformateurs, et au dix-septième par Jansénius. Toutefois, saint Augustin n'a contesté ni la liberté de l'homme, ni sa coopération à la grâce dans l'œuvre du salut, et il n'a pas en-
' Suarez, Proley., lib. VI, c. vi, rapporté par Bossuet. (Citai, du trad ) ^ De lion pijrfev., n. 3d. VFIypomnesticon ou Hijpoqnoxticoji (lib. VI) contra pelitcjianos et cxlestinianos, souvent attribué à saint Augustin, e.st probablement de Marins Mercator ou d'un autre ami inconnu de saint Augustin. 11 n'est pas, du reste, parfaitement conforme à la doctrine du saint docteur.
' Jean, xv, b ; / Cor., iv, 7; xii. 'i\ Il Cor., m, 5; How.. ix. tO-16,
seigné la double prédestination au salut et à la damnation. Ces bévues et ces malentendus viennent de ce qu'on n'a pas distingué les écrits de saint Augustin contre les diverses fractions du pélagianisme, et, en ce qui concerne le libre arbitre, de ce qu'on a interprété sa doctrine à l'aide de ses ouvrages contre les manichéens. Ce qu'il dit de la grâce, en tant que grâce habituelle ou sanctifiante, en tant que grâce actuelle {ad smgulos actus), qui est tantôt prévenante, concomitante ou subséquente, est tout-à-fait conforme à l'enseignement de l'Eglise. — Nous y reviendrons plus loin.
Auï écrits dogmatiques et polémiques appartiennent encore : Lih. contra sermon, arianor. (de 418); Collât, cum Maximino, arian. episcop.; Contra eumdem. — Lib. ad Oros. contra Priscillan. et Origenist. — Adv. Judœos. Ed. Gaurae, t. VIII; Migne, t. XLII.
Ouvrages d'exégèse.
Saint Augustin y préluda par le traité de In Doctrine chréfienne (quatre livres, vers 397), excellent guide pour ceux qui veulent étudier et lire avec fruit l'Ecriture sainte, et en découvrir les différents sens. Il complète ce que saint Jérôme avait omis dans sa lettre cent une à Pammaque. Saint Augustin sentait vivement le besoin d'un dictionnaire de la Bible*. A mesure qu'il avance, son travail d'exégèse et d'herméneutique devient peu à peu un corps systém.atique de la doctrine chrétienne; aussi a-t-il servi de modèle à la disposition des Sentences de Pierre Lombard, au moyen âge.
On trouve des explications plus ou moins longues de l'Ancien et du Nouveau Testament dans les écrits suivants* : De Genesi ad Utteram liber imperfectus, contre les manichéens (393) ; De Genesi ad Utteram (douze livres) ; Locutiomwi libri VII et LXXXII Quœstionum in Beptateuchum (Moïse,
1 Lib. I, c. xvii, u. 23.
- Il marquait ainsi le rapport des deux Testaments : In Veleri Tcstamenlo Novum latet, et vu Novo Velus patet (quspst. lxxiii in Exod.). Il explique cette parole à propos du passage de saint Paul, // Cor., iv, lo, 16 : « Aujourd'hui encore, dit-il, quand les Juifs lisent Moïse, ils ont une couverture sur le coeur; mais quand l'un d'eux se convertit, cette couverture disparaît. » Saint Augustin dit des contradictions apparentes entre l'Ancien et le Nouveau Testament : Distingue tempera et concordabit ^criptara.
Josiié et les Juges), sur les expressions et les tournures cfui s'éloignaient de la langue de sou temps et du texte grec et hébraïque ; Enarrationes in Psalmos, cent cinquante explications, dont quelques-unes ont été dictées et le plus grand nombre adressées au peuple sous forme de sermons.
Sur le Nouveau Testament : De crmsefisu Evanrjelistaruin (quatre livres, vers 400) : tentative artificielle et avortée pour concilier les différences apparentes ou réelles des Evangiles ' ; QiiœsUonum evamjeUcanun (deux livres, vers le même temps) sur quarante-sept passages de saint Matthieu et cinquante et un de saint Luc ; De scrmune Domini in monte (^deux livres) ; Tractatus (124) in Ev.ang. Joann.; Tractatus (10) in episf. I Joann. (vers 416); Expositio cjuantmdam (SI) propositiomm} ex epist. ad Rum.; Expositio inchoata epist. ad Rom.; Expositio epist. ad Galat.
Si la partie philologique ''saint Augustin était peu versé dans l'hébreu et dans le grec'i et la méthode exégétique laissent beaucoup à désirer, l'interprétation des textes dogmatiques et l'intelligence de l'Ecriture sont dignes de toute estime : « S'il me fallait, dit Luther, opter entre ces deux choses : comprendre l'Ecriture sainte comme l'ont comprise saint Augustin et les Pères, en admettant même que saint x\ugustin n'a pas toujours bien saisi les mots et les lettres hébraïques, et comprendre certains mots et certaines lettres des Juifs, mais sans avoir rintelligence de saint Augustin et des Pères, je sais bien ce que je choisirais : j'enverrais au diable les Juifs avec leur intelhgence et leurs lettres, et sans leurs lettres, j'irais au ciel avec l'intelligence de saint Augustin. ■'
Ouvraf/es ynoraux et ascétiques.
Ces ouvrages sont le plus pur reflet de son intelligence éclairée par la grâce divine, de son àme inondée de reconnaissance et aspirant de toutes ses forces vers la perfection chrétienne. Ces qualités éclatent surtout dans les Confessions et les Soliloques, ainsi que dans ses vues dogmatiques à propos des pélagiens. Viennent ensuite : De sacra Scriptura specuhon (428), explications et maximes tirées de l'Ecriture, dont Angelo
■• Voy. ci-dessus, p. 405, noie \.
522 l'ATP.Ol^OGIK.
Mai a publié une nouvelle version, qui est probablement la version authentique ' : Liber de memlacio (395) : dans quelles circonstances le mensonge officieux peut être permis , et Conira mcnchicium (420) , contre ce principe des priscillianistes : Jura, pcrjura, sccretum prodcre unli. Saint Augustin condamne formellement le dessein d'un catholique qui voulait se donner pour priscillianiste, afin de découvrir les mystères de cette secte.
Liber de pafientia, mentionné non dans les Rétractations, mais dans la lettre 231, n. 7; De coixtinentia (vers 395), commentaire du psaume cxi.i, 3 et 4, pour exhorter les chrétiens à la continence, contrairement aux manichéens, qui atti-ibuaient leurs débauches au mauvais principe qui agissait en eux. Le chrétien doit implorer humblem^ent la grâce divine, qui lui donnera la vertu de continence.
Dans le T)e bono cfnrjnrjali, il défend la sainteté du mariage contre Jovinien, et indirectement contre les manichéens. Les traités De sancfa virfjinitaie et De bono vidnilati'i célèbrent les avantages de la virginité. Dans le De ndidtervùs cojijugiis (deux hvres', saint Augustin démontre, d'après / Cor., vu. ÎO, que les époux séparés ne peuvent point se remarier. Dans le De opère monachornm, il tonne contre la dissolution des moines, fruit de la paresse, de l'orgueil et du vagabondage, et insiste sur l'obligation du travail manuel, en s'appuyant sur l'Evangile et l'exemple de saint Paul : Qui non vuJt operari non manduret. C'est dans cette occasion qu'il a écrit ces paroles mémorables : « Si j'ai irouvé difficilement des hommes meilleurs que de bons religieux dans de bons couvents, je n'eu ai point vu de pires que de mauvais moines. » Le De eura mortuorwn (vers 431), à son ami l'évèque Paulin de Noie, traite surtout de l'utilité de la prière pour les défunts.
()(œr<i(jes jyratirjues du mi)tislère eccUsi antique.
\. Trois cent soixante-quatre sermons, non compris deux cent trente et un qui sont douteux ou apocryphes ^ et plusieurs autres récemment découverts et publiés par Mai'. La véritable éloquence chrétienne, dit saint Augustin, a pour but et pour
', Cf. A'ca Vi\\\\ liibL, t. I. — ^ Ed. Gumin'. 1. \', et Migue, l. XXXVllI et XXXIX. — ■' Nov. Pair. Bibl. t. I.
ArXKfRS r.ATI.NS. — s, AUGrSTIN. ,^23
mission de faire nt vcritas patoal, ut vcrîtas placeat, nt veriias movcnf ;\eii discours d'im prôtro doivent être pleins de l'Ecritiire sainte. ■< Celui qui veut parler sagement doit parler lo langage de l'Ecriture; et plus il est lui même pauvre d'expressions, plus il doit être riche des termes de l'Ecritiu'e, afin (|ue, dans sa pauvreté d'élocution, l'autorité de pandes graves lui donne plus de poids ; la vie du prédicateur doit toujours être conforme à son langage ' » De rJoct. christ., lib. IV, ca]). seq.i. Saint Augustin n'ayant pas révisé ses sermons ni ses lettres, comme il avait fait pou.r ses traités scientifiques, on les a disposés fort diversement. La meilleure distribution, celle des Bénédictins, les partage en quatre classes : Scrmoncs de Scripturis (183); Sermones de tempore -'88); Sermones de sanctîs (272-3 iO); Sermones de diversis (341-301 . Quoique saint Augustin ait eu comme orateur une assez grande réputation, et que le manichéen Secundus l'ait appelé summus orator et Deus pâme tolhis ehqneiiHx, ses sermons n'en sont pas moins la plus faible partie de ses écrits.
2. De catechizandis ritdibv.s, liber iimis, composé vers iOO. h Carthape. sur la demande du diacre Deo-dratias. Excellent manuel pour l'enseignement de la religion*. Saint Augustin ne s'y accupe que des ignorants qui devaient être reçus parmi les catéchumènes.
Lettres.
L'édition bénédictine, t. II, en contient deux cent soixantedix, y compris celles qui ont été adressées à saint Augustin ; elles sont rangées en quatre classes par ordre chronologique : I. avant son épiscopat fan 38(5 à 395); 2. de 396 à HO; 3. de 411 à 430; 4. lettres dont la date ne peut être fixée. Toutes fournissent des renseignements importants sur sa vie et sur l'histoire de son temps. Quelques-unes sont des traités scientifiques. Quant au fond, elles sont, ou dogmatico-polémiques, ou morales, ou de condoléance, ou familières. Yoici les plus remarquables :
Lettres ù Paulin el à Sixte, auxquelles saint Augustin renvoie à la Du du livre du Dun de la persévérance, pour établir
^ Erlité il l'rirt par Rolli. Finuloinentu arlis catecheture : S. Aug.. lib. rh f«(. nid., et (<eriioni>t h-(nt. de jiari iilis Iraliend. ad Clirisl.,. Moguiit., 186o,
que depuis ses premiers écrits sur les pélagiens il a toujours suivi les mêmes principes '.
Lettre à Vital. « Elle no le cède à aucune de celles de saint Augustin, dit le P. Garnier , et, en découvrant le sacré mystère de la grâce prévenante, elle donne douze règles où la doctrine catholique sur cette matière est contenue ^ »
Lettre à Volusien. « Saint Augustin, dit Bossuet, fait sentli' l'esprit dont l'Ecriture est remplie, en dix ou douze lignes do sa lettre à Yolusien, plus qu'on ne pourrait faire en plusieurs volumes ^ »
Dans l'édition bénédictine, les nombreux écrits perdus, douteux ou apocryphes, sont accompagnés d'excellentes remarques *.
Place exceptionnelle de saint Augustin clans la littérature chrétiemie.
L'étendue prodigieuse do ses œuvres et la multiplicité do ses écrits de controverse ne nous permettent pas d'exposer complètement sa doctrine, disposée presque toujours dans un ordre systématique. Après l'analyse que nous avons faite de ses traités, nous nous bornerons à relever les points les plus caractéristiques.
\. Les ouvrages philosophiques de sa première période nous offrent une preuve irrécusable de ses progrès intellectuels, depuis son scepticisme académique jusqu'à sa pleine adhésion aux vérités chrétiennes. Tout homme, dit-il, qui aspire à la vérité doit la chercher dans son propre esprit : « Ne vous répandez pas au dehors ; rentrez en vous-même : c'est dans l'intérieur de l'homme que réside la vérité ^ » Dans le monologue suivant, il montre que le scepticisme est inadmissible : « Toi, qui veux te connaître, sais-tu si tu existes? — Je le sais. — D'où le sais-tu? — Je l'ignore. — Te sens-tu simple ou multiple? — Je l'ignore. — Sais-tu qui te meut? — Je ne sais. — Sais-tu si tu penses? — Je le sais". — Il est donc certain que tu existes, car si tu n'existais pas tu ne pourrais pas te tromper'. » La conscience prise comme point de d'^part
' Cil. du trad. — * Bossuet, Défense de la trad. ;Cit. du trad.) — ' Ibid., part. I, lib. IV, c xvi. (Cit. du trad.) — * Cf. Fessier, t. II, p. 431. — 5 De vçr. relig., c xxxix, n. 72. — « Soliloq., II, !. — ^ De lib. arb., II, m, n. 7.
pour arriver à la connaissance philosophique marque une des phases de l'hisloire de la philosophie. En poursuivant son examen, saint Augustin découvre deux sources de connaissance : l'autorité et la raison, dont Tune correspond à la foi, l'autre à la science. « Le commencement de l'intelligence, c'est la foi; le fruit de la foi, c'est l'intelligence. IniUum sapicntiœ fides; /ides, frurlus int"Ucctm. Ceux qui ne peuvent parvenir à l'intelligence mettent leur salut en sûreté par la simplicité de leur foi'. » Tout ce que l'homme connaît ici-bas, il le connaît par ces deux voies-. Dans le développement de ses idées philosophiques, saint Augustin a parfaitement apprécié et utihsé Platon, Aristote et le néoplatonisme^. Saint Augustin assigne pour terme de la connaissance philosophique la connaissance de Dieu et la connaissance de soimême : Deum et animam scire ciipio. JS'ihil plus? Nihil om~ nîno'*. Deus semper idem, iioverim me, noverim. /(?\ C'est donc par la voie de la science que nous devons arriver à la connaissance de l'ordre en toutes choses, surtout de la sagesse de Dieu\ Mais elle ne sert que lorsqu'elle est accompagnée de l'amour ; sans lui, elle enfle.
2. Voici le jugement qu'il porte de la philosophie païenne ; " Ce que les philosophes, tel que Platon, ont enseigné devrai et de conforme à la foi, le chrétien n'a pas à le craindre. Employons-le plutôt à notre usage, comme en étant les légitimes possesseurs. Les Egyptiens n'avaient pas seulement des fardeaux et des idoles détestés et rejetés par le peuple d'Israël, ils avaient aussi des vases d'or et d'argent, des vêtements et d'autres ustensiles précieux, que le peuple de Dieu, en sortant
' ConU-. Epist. Mail., n. 5. (AddU. du trad.J — - De iilil. cred., c. u: De magistro, c. ir.
3 Saint Augustin dit de Plolin : « Os illud Plalonis, quod in philosophia purgalissimum est et lucidisslmum, dimotis nubibus erroris emicuit, maxime in Plolino, qui platonicus philosophus ila ejus similis judicatus est, ul simul eos vixisse; tanlum aulem inteiest temporis, itt in hoc ille revixisse piUandus sit (Contr. Acad., III, xviii, n. 41). Mais il a plus tard beaucoup restreint cet éloge : Laus quoqnc ipsa, qua Plalonern vcl plrilonicos seu acadeinicos philosophas tanlum exlnli quanlum impios homincs non oporluil, non immerilo mi/ii displiiuit,prœserUm quorum contra errores magnos defendenda est chrisiiana doclrina (Réfractât., lib. I, cap. i, n. 3). Comp. Nourrisson, la Philosophie de saint Augustin, Paris, ISOo; Uberweg, Aperçu de l'histoire de la philosophie au temps des Pères et de la scolastique, 3' éd., p. 78-9'2, en allemand.
" Soliloq., I, VII — 5 !bid., II, !V. — <> ReLra<.t., L m, -2.
526 PATROi.OGIE.
d'Egypte, appropria ù un meilleur usage, non de sa propre autorité, mais par ordre de Dieu. 11 en est de même des païens : ils ont des Tables et des superstitions, de lourds fardeaux que les chrétiens doivent abhorrer et réprouver ; mais ils ont aussi des arts libéraux qui peuvent concourir au service de la vérité, des règles morales utdes à bien des égards et contenant sur le culte du Dieu unique bien des vérités qu'ils n'ont pas puisées en eux-mêmes, mais tirées de cette source de écrite qui se répand partout sous la conduite de Dieu'. >' — « Ln bon et vrai chrétien reconnaît que la vérité, en quelque lieu qu'il la trouve, appartient à son 3îaitre. ••
3. La sagacité philosophique de saint Augustin éclate surtout dans la manière profonde et juste avec laquelle il scrute les dogmes ecclésiastiques, théologie, anthropologie, œuvre de la rédemption, notamment dans les quinze livres de la Trinité et dans la Cilé de Dieu. Le but de tous ses travaux était : Ut ea quae /idei finnitate Jani tenes, ea rationis Ince conspicias'^, mais en partant toujours de ce principe : Fides pnecedit inteliectiun. La foi prépare la raison à mieux saisir la vérité, non point en ce sens qu'après avoir accompli cette lâche elle devienne superflue et se confonde avec la science : eUe doit toujours rester la base de toute connaissance supérieure et ne jamais disparaître \
4. Ses sentiments orthodoxes sur la tradition, lautoriié de FEglise et du Saint-Siège sont exprimés dans les célèbres textes qui suivent : « Ce qui est admis de toute l'Eglise et qui, sans avoir été défmi par les conciles, a été observé de tout temps, il faut croire qu'il a été transmis par l'autorité apostolique \ " telles que : la célébration de la féîc de Pâques, de lAscension, de la Pentecôte, la validité du baptême des hérétiques et des enfants. Aussi, disait-il : Dispidarc contra id qiiod iinivcrsa Ecclesia sentit insolenlissimai infamise est'.
Sur l'autorité de l'Eglise pour l'établissement de la foi, il adressait aux manichéens cette parole caractéristique, si souvent reproduite : Evangelio non credcrem nisi me cornmoveret Ecclesiœ auctoriûis. 11 s'explique également dans une foule de circonstances sur l'autorité décisive du Souverain-Pontife dans les controverses dogmatiques.
^ De dort, christ., II, i,x. — ' Ep. c.kx ad Urescvnt , u. 2. — ' Soliloq., I. vu. — '• De tjuptismo, IV, xxiv, u. ;jl. — ^" Epist. cxvjii.
ATTEIRS LATINS. — S. AlOrSTlN. 527
Nous rappellerons d'abord celte fameuse parole prononcée à roccasioji des disputes pelagiennes : Jam cnif/i de luic causa duo concilia niissa swit ad Sedan apostolicam; inde rescripta lenenmt, causa [mita est; utinam aliqu'indo finialur crror\
Saint Augustin fournit eu' orc d'autres données à l'appui de ce sentiment. Que par " Siège apostolique >» il ait entendu, comme ses contemporains, «la chaire de Pierre, - la « chaire unique et singulière, » on le voit par l'avertissement qu'il donne à un nommé Generosus, de Constantinople, de ne point déserter l'Eglise universelle, pour s'attacher au parti de Donat. IJ lui rappelle, pour le confirmer dans la foi catholique, la suite des pontifes qui se sont succédé sur la chaire de Pierre, » alors occupée par Anastase : Si enim ordo episcoporum sil succedenliwn cunsiderandm, quanto certius et vere saluhriter ab ipso Petro niimcramus, cni tolius Ecclesise ficjuram gerenti Dominais ait : Super hanc petram œdificabo Ecclesiani mcam, et portas inferi non vinrent cani"- . Et avec plus de précision encore : Scdes apostolica eam qux ciihnen auctorilatis obtinuit, cui nolle primas dare vel sumrnaR profecto impietatis est vcl pnecipitis arrorjantiœ... Quid est aliu.d ingr-alum esse opi atque anxilio divino quani ianto labore \^robore?j prœdictœ auctoritali resistere\ C'est pourquoi il déclare expressément contre les donatistes que les paroles de Jésus-Christ en Matlh., XVI, 18*, ne s'appliquent qu'au Siège de Pierre : Numerate
' Serm. Gxxxi. Cette cilalion si soviveuL reproduite : Roma locula csl, causa linila est, n'est pas une falsification; en ces mois : Inde Roma] rescripl.i renenml, oiil évidemment le même sens, s'ils ne sont pas conçus dans les mOmes termes. Seulement l'omission de ces autres paroles : ulinarn aliquando error finiulur, n'est i)as iiiditlerenle, et on les interpi-èle mal en disant qu'après la décision du pape Innocent I", il n'y a plus rien à faire à ce sujet ; car nous voyons deux cents évèques d'Afrique se reunir à Cartilage en concile plénier (44S; et condamner de nouveau le3 erreurs de Pelage. Saint Augustin lui-même a dit des conciles pléniers qu'on les corrigeait plus tard quand on découvrait quelque fait inconnu de son temps : Plenuria concilia, quae jtunl ex orbe universo ch: istlano, Sik'pe poslenoribus cmendanlur, cuin aliqno experinwnto verum operitur, quod uniea clausum eriit De baptisuio. lii). H, cap. ix). Cf. Kellner, Constitution, enseignement et infaillibilité de l'Eglise, 2" éd., p. 60-63, en allem.
• Episl. LUI, ed benéd., al. clxv ad Generosum. — ' De util, cred., cap. xvii, n. :'b.
■* « Sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. » Saint Augustin, en disant que la ;< pierre » c'est Jésus-Christ lui-même, est le seul dans l'antiquité qui ail donné eelie interprétation. Lullior s'en est emparé avec empressement. Iteveuaul sur ce sujet, saint Augustin s'exprime airisi dans ses
0^2ij IPATROLOGIE.
sacerdotes vel ah ipsa Sede Pétri — ipm est petra quam non vhicunt siiperbœ inferorum portai '.
Si ron objecte que saint Augustin ne fait pas ressortir l'autorité doctrinale du Saint-Siège dans d'autres circonstances analogues, nous répondrons qu'on se contentait alors des décisions prises dans les synodes diocésains et provinciaux. Quanta cette autre objection que « saint Augustin, lors de son séjour à Rome, comme païen ou comme chrétien, ne men tionne pas la prééminence du Saint-Siège, qu'au lieu de faire lui-même la critique de ses ouvrages dans les Ré trac lu lions, il ne fait pas appel à la censure du Siège apostolique, » nous n'y répondrons pas.
Voici avec quel esithousiasme il exprimait sa reconnaissance d'appartenir à l'Eglise catholique : la Ecclesia catlioUca, ut omittam sincerissimam sapientiam, multa sunt alia quai in ejus gremio me justissime teneant. Tenet consensio populorum atque (jcntium, ienct auctoritas m/râ^a^/w inchoata, spenulrita, caritate aucta, vctustate firmata ; tenct ab ipsa Sede Pétri apostoli, — usque ad prœsenteni episcopatum successio; lenel postremo ipsum catholicaî nomen, quodnon sine causa i?iter tam multas hœreses sic ista Ecclesia soin obtiiiuit. Apiid vos aiilem, idn nihil Iwrum est quod me invitet ac teneat, sala personat veritatis pollicitatio^ .
a. Malgré l'ardeur infatigable avec laquelle saint Augustin combattait les hérétiques, il ne les considérait pas moins comme quelque chose de providentiel : Vtauiur etiam isto provideniix beneficio, et il les considérait comme relativement utilt3S : Prosunt enim Ecclesiai hccrescs non verum docendo, sed ad verum quxrendum catJiolicos exciiando^. « Nous avons appris, dit-il, que chaque hérésie apporte à l'Eglise des difticultés particulières, contre lesquelles on défend plus exacte -
Rétractations, lib. I, cap. xxi : « J'ai dit dans un endroit de ce livre, Contra Ep. Don., de Tupôtre saint Pierre, que l'Eglise est biUie sur lui comme sur un roc. C'est dans le même sens que plusieurs répèlent ce vers d'Ambroise : Hoc ipsa petra Ecclesix cancnte culpam diluil. Je sais cependant que, dans la suite, j'ai souvent interprété ce passage dans le sens que voici : les paroles : « Je bâtirai mon Eglise sur ce roc, » s'appliqueraient à Celui dont il est parlé dans celte confession de l'apôtre Simon : « Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant. » Le lecteur décidera laquelle de ces deux explications est la plus vraisemblable.
^ Psalm.. Contra parfem Donatis, op. Aug., éd. beued.. t. IX, et Mlgne, série lui., l. XLIII. — * Conlr. cp. fiindam., c. iv. — ^ De ver. reiig., c. vm.
AutEURS LATINS. — S. AUGUSTIN. 1)29
ment les Ecritures divines que si l'on n'avait point eu de pareille nécessité de s'y appliquer'. »
Avant la naissance des hérésies, il ne faut pas exiger des Pères la même précaution dans leurs expressions que si les matières avaient déjà été agitées, « parce que la question n'étant point émise et les hérétiques ne leur faisant pas les mêmes difficultés, ils croyaient qu'on les entendait dans un honsens, et ils parlaient avec plus de sécurités »
« Les disputes des hérétiques font paraître dans un plus grand jour et comme dans un lieu plus éminent ce que pense lEghse et ce qu'enseigne la saine doctrine \ »
« Plusieurs choses étaient cachées dans les Ecritures : les hérétiques séparés de l'Eglise Font agitée par des questions : ce qui était caché s'est découvert, et on a mieux entendu la vérité de Dieu... Ceux qui pouvaient le mieux exphquer les Ecritures ne donnaient point de solution aux questions difficiles pendant qu'il ne s'élevait aucun calomniateur qui les pressât. On n'a point traité parfaitement delà Trinité avant les clameurs des ariens, ni de la pénitence avant que les novatiens s'élevassent contre, ni de l'efiicacite du baptême avant nos rebaptiseurs. On n"a pas même traité avec la dernière exactitude les choses qui se disaient de l'unité du corps de Jésus- Christ, avant que la séparation qui mettait les faibles en péril obligeât ceux qui savaient ces vérités aies traiter plus à fond, et à eclaircir entièrement toutes les obscurités de l'Ecriture. Aussi, loin que les erreurs aient nuit à l'Eglise catholique, les hérétiques l'ont affermie, et ceux qui pensaient mal ont fait connaître ceux qui pensaient bien. On a entendu ce qu'on croyait avec piété *. n
11 ne veut pas que l'Etat sévisse contre les donatistes par la peine de mort, bien que ceux-ci l'eussent invoquée les premiers. Malgré les violences et les membres qu'ils exerçaient sur les catholiques, cherchant l'union dans la guerre, et la paix dans la violence, » saint Augustin n'en déclare pas moins <( qu'il faut les soumettre à une discipline salutaire, les corriger et non les tuer. » « Nous ne devons pas rendre le mal pour le mal ; nous n'avons point à combattre avec le glaive, mais avec
1 De àono persev., cap. xx. (Cit. du (nul.) — '^ Lib. I, Coulr. JaL, cap. vt n. 2-2. (Addd. du trud.J — ' Confess., lib VllI, cap. xi.x:. (Cit. dn tntd.J — 4 In ps. Liv. (Cit. du trud.J