I. — PATU OLOiilli
530 PATROLOGtÉ.
la parole de Dieu, ce glaive de lesprit. » « Il faut rappeler les hérétiques plutôt par des témoignages de charité que par des contestations échauffées'. » Quand l'Eglise invoquait le bras séculier contre la fureur des circoncellions, Augustin disait : « Elle a demandé secours à l'empereur chrétien non pas tant pour se venger que pour se garantir ; si elle ne l'avait pas fait, au lieu de louer sa patience, il faudrait justement blâmer sa négligence. — ('ela est si peu une persécution, que si nous ne faisions pas ce qui peut servir à les effrayer et amender, nous leur rendrions véritablement le mal pour le mal. »
6. Anlhropologle. Ses vues sur ce point méritent une attention particulière, parce qu'elles ont exercé une grande influence sur les temps à venir.
1. Sur les parties constitutives les plus essentielles de l'homme, saint Augustin est dichotomiste : Jam, inqu'mnt, habebat aiiimam, aliurjum no)i appellaretur homo; quoniam honio non est corpus solwn vel anima sala, sed qui ex anima constat et corpore ; — cum utrumque conjunclum simul habet hominis nomen (De civitate Dei, X[Y, n). L'àme raisonnable vivifie le corps, anisnam c/ua corpus vivit (Contra Julianum, V, XXVI ; De anima et origine, lY, vu).
2. Ce qui est dit de l'homme, qu'il est fait à l'image do Dieu, ad imaç/i ;eni Dei, saint Augustin ne l'entend directement que de l'àme raisonnable : lllud (scilicet homo ad imaginem Dei) secundum animam rationalem dicitur (De civit. Dei, XIV, u).
3. Quant à l'origine de l'âme des hommes nés d'Adam, il demeure indécis : Nihil enim horum tanquam certum affirmamus, sed qui horum verum sit adhuc quœrimiis (De anima et ejus origine, I, cap. xvn, n. 27).
Il rejetait, il est vrai, le traducianisme de Tertullien, à cause de ses vues matérialistes sur la nature de l'àme : Profecto animas non spiritus, sed corpora esse conlcndunt et corpulentis seminihus exoriri; quo perversius quid dici potest (Epist. cxc, 14)? puis à cause des difficultés qu'il présente, sans parler de son insuffisance [ibid., n. 15; Epist. ad Hieron. CLxvi). Cependant il n'ose se prononcer positivement pour le créatianisme, soit parce qu'il n'a encore rien trouvé là-dessus
' In Joan., tract, vi, n. 13. (CU. du trad.j
AUTEURS r, A TINS. — S. AUGUSTIN. S3(
de précis dans la Bible : Aliquid crgo cerluiii de anintsp ori- (/•nc nonduni in Scjv'pfnris canonicis compcri (ibid., n. 15; Epist. ad Hicron. clxvi) ; soit à cause des difficidtés qu'il présente pour la doctrine de la transmission du péché originel : c'est ce qui explique pourquoi cette théorie fut adoptée par les pélagicns'.
i. Contrairement aux pélagiens , qui soutenaient que l'homme a dû nécessairement être créé sans la grâce, saint Augustin affirme qu'il a été créé dans cet état : Haric (obedientiam) crgo priusqiiam violassent, placebant (Adam et Eva) Dco et placehat eis Dais, et. qunmins corpus animale gestarent, nihil inobediens in illo advcrswn se movori sen.'ie/umt. Faciebat quippc hoc ordo justitiœ, ut quia eoriim anima famnlum corpus a Dco acceperat, sicut ipsa eidem Domino suo, ila illi corpus ejus obedircl, atque exhiberet vitœ illi congruum sine ulla resistentia faniulatwn. Hinc et nudi erant et 7ion confundebantur*. Primorum illorwn hominuni fuit prima justitia obedire Deo, et hanc in membris adversus legem cojicupisccîUise non habere^.
Venait ensuite l'immortalité du corps, entendue dans le sens de posse noi mori. — Sicut hoc nostrum (corpus) potest, ut ita dicam, esse œgrotabile, quamvis non œgrotaturum ... sic et illud corpus jam erat mortale; quam mortalitatem fuerat absumptura miitatis in seternam incorruptioneniy si in homine justitia, ici est obedientia permaneret \
5. Persévérer librement dans cet état de grâce où il avait été établi, c'était le premier devoir de l'homme, et pour le remplir, il recevait de Dieu des secours suffisants : Primo itaque homini, qui in eo bono qn.o faclus fuerat reclus acceperat posse non peccare, posse non mori, posse ipsum boiium noJi deserere, datum est arljutorium perseverantix, sed sine ciuo per liberum arbitrium perseverare non posset. Saint Augustin caractérise ainsi les suites de la persévérance dans cet état : In quo statu recto ac sine vitio si per ipsum liberum arbitrium manere voluisset, profecto sine ullo mortis et infelicilatis experimento acciperet illam mérita hujus permansionis beatitu-
' Vo.v. Epist. CLXVI, 10; Epist. cxcvii, 23; De anima et ejus origine, I, XVI. XVII. — '•^ Do peccat. mcril. et remiss., lib. II, cap. xxii, n. 36. — ' lUid., cap. xxiii, n. 37. — ^ De oorrepl. et grat., cap. xii, n. 36; De pncat. mer., I, V, EJ.
dinis plenitudinem, quo et sancti angeli simt beali, id est ici cadere no7i posset idterius et hoc certissime sci/et. Ces suites heureuses, il les indique plus brièvement ailleurs par les termes de 7ion passe peccare, non posse mon, non passe baniim deserere ' .
G. Au lieu d'y persévérer comme il devait, l'iiomme abusa de sa volonté pour pécher. La conséquence de sa faute fut de perdre ce qu'il aurait pu conserver en demeurant dans cette condition : Quœ quidtni patuit Jiabere, scd perdidit, et per quod Itabere patuit, per hoc perdidit, liac est per Uberiim arbitrinm. Mais il perdit en même temps les dons primitifs de la grâce, qui furent remplacés par la concupiscence et par la mort : Denique posteaquam est illa facta trajisgressio , et anima inobediens a kfje siii Damini aversa est, liabere cœpit contra eam se/ vus ejus, hoc est corpus ejus, legon inabeditntia; ; et puduit illos homiîies nuditatis suas, animadverso in se moiu queni ante non senserant.
7. Bu rapport qui existe entre Adam et le genre humain, dont il est le premier ancêtre, ce qui fait qu'un seul homme a été tous les hommes, ur/mes ille unus homo fuerunt, saint Augustin conclut : Voluntarium peccatum hamiids pritin originalis est causa peccati; non-seulement le châtiment du péché d'Adam passe à ses descendants, mais encore le péché luimême : In peccatu enim rnoriunlur omnes, non in morte peccant : nam peccuto prxcedente mors sequitur, non morte prœcedente peccatum^ .
8. Dans l'état de nature déchue et non relevée, l'homme ne peut rien faire de véritablement bon : Liberum arbitrium caplivatum nonnisi ad peccatum valet, ad justitiam vero, nisi divi/iitus liberatmn adjulumque, non valet ^ Cependant saint Augustin n'entend pas que tout ce que l'homme fait sans la grâce soit péché, car il dit : In )iumero eorum potius quorum etiarn impiorum ne Deum verurn veraciter justeque caleniium, quxdam tamen facta vel legimus vel novimus vel audimus, quse secundum justitiai regulam non solum vituperare non passumus, verum etiam tnerito recteque laudamus*.
' De corrept. et grat., cap. xii, n. 3i; ibid., n. 28, 33. — - De remiss., 1, XI el seq.; De nupL et concup., il, xLiii; Contra duas cp. Pelag., II, va. — » CoiUra duus ep. Pelag., 111, vm, 24.
'* DespirUu et litt., u. 48, — Sjint Augustin n'euseigue donc pas, comixit;
AUTFA'BS LATINS. — S. AUGUSTIN. 833
Et il écrit des Juifs dans le même endroit : Nnm et ip^i homines ernnt et vis illa tmturse inerat eis r/ua legitinvim aliqrdd anima rationalis et sentit et facit. Le péché, si terrilîle que soient ses conséquences, n'a pas détruit l'image do Dieu dans l'homme : Won usque adeo in anima humana imar/o Dei tcrrenoritm affectwim labe detrita est, nt nuUa in ea velut lineamenta extrema remanserint, imde mérita dici possit etiam in ipsa impietate vitx siigs facere aliqua ler/is vel sapere. — Non omni modo deletiim est, quod ihi per imaginem Dei ciim crearentnr impressum est ...; rem^anserat utique id qnod anima hominis Jiisi rationalis esse ?ion potest : ita etiam ibi lex Dei non ex omni parte deleta per injiistitiam, ibidem.
Aux objections que lui faisaient les pélagiens de nier lo libre arbitre, il répondait : Peccato Adœ arbitrium libenim de homimim natura periisse non dicimus; sed ad peccandjtm valere, — nisi ipsa volioifas hominis Dei fjratia fucrit liberafa, et ad omne bonum aclionis, scrmonis, coqitationis adjuta. — Quis autem nostrnm dicat quod primi hominis peccato perierit libernyn arbitrinm de humano génère? Libertas quidem periit per pcccatum, sed illa quse in paradiso fuit, habendi plénum cum immortalitate justitiam. propfer quod natura humana divina indirjet gratia ^. L'homme n'a perdu que la « possibilité du bien >; qu'il tenait originairement de la grâce : Si autem vult et )ion potest (scilicet bonum facere) iîiest vobmtas, sed amissa est possibilitas^. Quant à la faculté d'opérer le bien et le mal, tout homme la possède sans distinction; il fait l'un et l'autre sans y être contraint ^
Toutefois, les œuvres louables que l'homme déchu peut accomplir sont incapables de le conduire à la « vie bienheureuse et éternelle, » parce qu'il leur manque la bonne intention : Quamquam si discutiantur quo fine (facta laudabilia)
l'ont prétendu plusieurs prolestants, que les païens ue pouvaient faire aucune œuvre moralement bonne, et encore moins que leurs vertus ne fussent que des vices brillants: car c'est lui qui a dit de leurs actes héroïques et généreux : '<■ Dieu a montré dans le florissant empire romain tout ce que peuvent les vertus civiles sans la vraie religion, afin que l'on siit, quand celle-ci viendrait s'y ajouter, que les hommes sont devenus citoyens d'un autre Etat, qui a pour roi la vérité, pour loi l'amour et l'éternité pour durée » [De civit. Dei, II, xix).
^ Contra ditas ep Pelag., II, v, n. 9; I, n, n. 5. — ' De mit. et gmt., n. o9. ' Ibid., I, Q. 6, 7, 36; De nul. et lib. arb.. n. 31 ; De rorrepl. et gral., n. g.
fiant, vix invemmUiir ipice justitiœ debitam laudem defensiojiemve mereantur (De spiritu et litt., n. 48). La moralité des païens est destituée du vrai motif, parce qu'elle ne provient pas de la foi : Quantiimlibet aiitem opéra infidelmm prgsdicentui' ejusdem Apostoli sententiam veram novimus et hwictam : Omne quod non est ex fide, peccatnm est (Rom., xiv, 23; De gest. Pelag., n. 34). — Absit ut sit aliqua vera virtus, nisi fuerit justus. Absit autem ut sii justus vere, nisi vivat ex fide. Justus enim ex fide vivit (Contra Julian., lY, n. 16-30). Il en est de même de pudicitia conjugalis in infidelibus (^De nuptiis et concupisc, I, cap. i, n. 4).
9. C'est par Jésus-Christ seul que l'homme passe de l'état de péché et d'injustice à l'état de justice ; sans lui, il ne le peut ni par la loi naturelle ni par la loi positive et morale de l'Ancien Testament [Contra Jidian., YI, xvni). Quant à la nature de la justification, saint Augustin la fait consister dans la rémission des péchés et dans la sainteté, contrairement aux pélagiens , qui la concevaient comme une rémission des péchés commis : Quid est cnini aliud jusiificali quam jusli facli, ab illo scilicet qui jnstificat impinni, vt ex impio fiât justus? Si enim ita loqueremur iit dicercmns : hoinines liberabimtur, hoc utique inlelligerelur, eis qui jam homines essent accedere liberatio7iem; si aute?n dicercrnus : homines creabunlur, non utique inlelligeretur eos creari qui erant, sed ipsa creatioue humhies fieri, etc. Unde nVter dicinius : Deus sanctificat sanctos suos, aliter autem : sanctificeretur nomen tuum. Nam illud ideo , quia ipse illos facit esse sanctos, qui non erant sancti, etc. (De spiritu et litt., n. 45).
La manière dont il envisage la foi qui justifie concorde avec cette doctrine. La foi seule ne justifie pas, non plus que les œuvres sans la foi ; Homines autem non intelligentes, quod ait ipse Apostolus (Rom., xiv, 18) : Arbiiramur jusli ficari honmiem pcr fideni sine operibus legis, pntavenmt eum dicere suffiicere homini fidem, etiamsi maie vivat et bona opéra non habeal (De gratia et lib. arbit., n. J8). — Fides sine operibus neminem salvat (Contra duas ep. Pelag., III, xiv). — Ex fide autem ideo dicit justificari liominem non ex operibus, quia ipsa prima datur, ex qua impetrantur caetera, quse proprie opéra nuncupantur in quibus juste vivitur (De prapdeslin. sanct., n. J2). Mais la foi qui justifie véritablement, c'est cellg
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qui opère par la charité : Mandatum, s> fit timoré pœnae, mm amore justitise, scrviliter fit, non liberah'ter, et ideo non fit. Non enim fnictua est bonus, qui de cnritntis radiée no?i surr/it. Porro autem si adsit fides qute per dilectionem operalur, incipit condelectari Icqe Dei seciindmn interiorem hominem, quœ delectatio 7ion litterx, sed spirittis domtm est (De spir. ot litt., n. 26). — Digitus Dei est spirilus Dei per quem sanctificaynur, ut ex fide viventes per dilectiànem hene operenmr (ibid., n.28).
10. Saint Aiiguslin détermine le rapport delà grâce au libre arbitre en disant, à rencontre des pélagiens, qu'elle n'est pas donnée à l'homme en conséquence de ses mérites antérieurs, mais qu'elle tire d'elle-même sa raison d'être : elle est accordée sans mérite du côté de l'homme : Gratiam Dei non secundum mérita noslra dari ; quandoquidem non solum nullis bonis, verum etiam nvdtis meritis malis prsecedentibus mdemus datam, et quotidie dari videmiis. Sed plane cum data fuerit, incipiunt esse etiam mérita nostra bona, per illam tamen. Si ergo Dei dona sunt bona mérita tua, non Deiis coronat mérita tna tanqnam mérita tua, sed laitquam dona sua (De grat. et lib. arb., n. 13 et 15). Et cela est vrai non-seulement des bonnes œuvres, mais encore de la foi d'où elles émanent : Illud undc incipft omne quod merito accipere dlcimur, sine mérita accipimus, id est ipsam fidem (De grat. Cluisti, n. Si). C'est pourquoi, dans tous les actes relatifs au salut, la grâce prévient la volonté : Perfecto et ipswn velle credere Dens operatur in homine, et in omnibus misericordia ejus prœvenit nos (De spiritu et litt., n. 6 : De prœdest. sanct., n. 7) ; autrement la grâce ne serait plus grâce : Alioquin gratia ?ion est gratia, quandoquidem ideo datur, non quia bona opéra feeimus, sed ut ea facere valeatnus, id est non quia legem impkvimus , sed ut legem implere possimus. La grâce ne nous prévient pas seulement, elle nous accompagne sans cesse dans l'œuvre de notre salut : Ubi quidem operamur et nos, sed illo opérante cooperamur, quia misericordia. ejus prssvenit nos. Prxvenit autem ut saneinur, quia et subsequetur, ut etiam sanati vegetemur ; preevenit ut vocernur, subsequetur ut glorificemur; prœvenit ut pie vivamus, subsequetur ut cum illa semper viva?72us,quia si)ie illa nihil possumus facere CDe gratia et nalur.,, n. 35). — Quis istam etsi parvam dare cœperat
charitateni, 7ii^i ille qui prœparaf. vohmfotem et cooperando perficit quod operando incipit? Quoniam ipse ut velimu^ opcratur incipiens, qui volentibm cooperatur perftciens (De gratiaet lib. arb., n. 33).
En ce qui concerne refficacité de la grâce sur la volonté, saint Augustin se tient fermement attaché à ce principe catholique, que, tout absolue qu'elle est, elle ne supprime point la liberté humaine : Quse (fides catholica) neque liberum arhitrimn neçjat sive in vitam malam sive in bonam; neque tantum ei Iribuit ut sine gralia Dei valeat aliquid, sive ut ex malo convertatur i7i bonum , sive ut in bono perseveranter proficiat, sive ut ad bonnm sempitermnn perveniat, ubi jam non timeat ne deficiat fEpistola ad Valentin., ccxv, n. 4; De gratia et hb. arb., n. 6; De gratia Christi, n. 52). Cette grâce, il est vrai, en tant que prévenante, produit le bon vouloir sans nous : Ut ergo veUmus, sine nobis operatvr. Cum auteni vohimus et sic volumus ut faciamus, nobiscmn cooperatur , tamen sine illa vel opérante ut velimus vel coopérante cum volumus, ad bona pietatis opéra nihil valemus (De grat. et lib. arb., n. 33V, mais elle n'opère pas sur la volonté même sans la volonté : fpsa vohmfas nostra, sine qua operari bonum non possumus, adjwmtur et erigitur impartilo spiriin graliae, sine quo adjutorio doctrina illa litlera e<^t occJdens (De spiritu etlitt., n. 20; ibid., n. 45; De nat. et grat., n. 20). — Certum est nos mandata servare, si volumus : sed quia prsepara/ur voluntas a Domino, ah illo peteudum est ut tantum velimus quantum sufficit ut volendo faciamus. Cerlum est nos velle cum volumus; sed ille facit ut velimus bonum (De gratia et hbero arbitrio, n. 32). Mais de même que le vouloir et le nonvouloir sont affaire de la volonté, de même il dépend d'elle de consentir ou de ne pas consentir à la grâce : Velle enîm et nolle proprise voluntatis est. Profecto et ipsion velle credere Beus operatur in homine, et in omnibus misericordia ejus prâsvenit nos; consentire autem vocationi Dei, vel ab ea dissentire, proprise voluntatis est (De gratia et lib. arb., n. 5; De spiritu et litt., n. 60).
Par sa théorie de la grâce, saint Augu.stin n'entend donc pas supprimer le libre arbitre : Vult autem Deus omnes homines salvos fieri et in agnitionem veritatis venire; non sic tamen ut eis adimat liberum arbitrium , quo vel bene vel
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malt» utenfes Jitstissime jiidicmliir. Unde fîeri pntefit, disaitil à Julien, nt adjuton'o rjralix Dei Uberum arbiirium loco peUant, quod potins vitiis puhum et nequitiœ suhjur/atum, nt in locnm siinm redeat, libérant (Opiis imperf., III, cxiv et cxii)? Mais il ne laisse pas de dire, conformément à sa doctrine de la prédestination : Deo voJenti salvwn faccre millnm hominum résistif arbitrinm ; sic e?iim velle seu nolle in volentis ant nolentis est potestate, nt dioinam volnntatem non impediat, nec superet potestatem. Etiam de his enim qui faciunt qnse non vidt, facit ipse qnse vidt (J)e correp. et grat., cap. xiv, n. 43 et 45). Qui te creavit sine te, non te justificat sine te. Fecit nescientem, justificat volenteni.
II. Ceux-là seuls opèrent le bien jusqu'à la fin avec l'aide de la grâce qui ont reçu le don de persévérance, et ceux-là seuls le reçoivent qui sont prédestinés au salut {De corrept. et qrat., n. 19). Celui qui n'a coopéré à la grâce que pendant quelque temps et qui en est déchu avant sa mort, n'est pas du nombre de ceux qui sont vraiment et réellement prédestinés iDe dono persev., n. 57, 61). Si qui autem obediunt, sed in regnnm ejus et qhriam prœdestinati non sunt, temporales sujit, nec usque in fijwm in eadem obedientia permanebunt (De dono persev., n. 59, 61). Les vrais prédestinés sont le nombre déterminé, non susceptible d'augmentation ou de diminution, de ceux qui sont tirés de la masse pécheresse de l'humanité et choisis pour la vie éternelle ; ceux-là opéreront parla grâce leur salut jusqu'à la fin et seront sauvés aussi certainement qu'il est certain que Dieu les a prédestinés. Voici en quels termes saint Augustin exprime la notion de la prédestination : Hsec est prœdestinatio sanctorum nihil aliud : prœscientia scilicet et prœparaiio benefi.ciorum Dei , quibus cei^tissiyyie liberantur quicwnque liberantur (De dono persev., n. 35). La réprobation est l'exclusion éternelle du salut, par conséquent la non-prédestination. Pourquoi Dieu procède ainsi, ce sontlà des jugements impénétrables. Mais en faisant cela, il est si peu injuste, qu'il pourrait ne sauver personne s'il le voulait : Quotquot enim ex hac stirpe gratia Dei liberantur, a damnationc utique liberantur qua jam tenentur obstricti. Unde etiam si nullus liberaretur, justum Dei judicium nemo juste reprehenderet. Quod ergo pauci in comparatione pereuntium, in sua vero numéro multi liberantur gratia fit, gratis fit, gratiss
sunt agtndx quia fit, ne quis de suis meritis extolhttur, sed omne os obstruahii% et qui gloriattir in Domino qlorietur (De COÏT, et grat., n. 28). Dans ce.s explications, il renvoie constamment aux textes suivants de la Bible : Christus pro omnibus mortiius est (II Cor., v, 14); Nolo mortem impii, sed lit convertatur impius (Ezech., ui, H; II Pierre, ni, 9); Deus vult omnes homines salvos fieri (I Tim., u, 4).
Pour caractériser eil quelques mots l'œuvre littéraire de saint Augustin et son importance dans la littérature chrétienne, nous dirons qu'il fut, dans les premiers siècles, un des plus éminents évoques, et dans tous les siècles le plus grand docteur de l'Eglise. Avant lui , la littérature latine n'était guère qu'une imitation, une appropriation de la littérature grecque; avec lui elle se constitue sur des bases indépendantes. Inférieur à saint Jérôme pour l'érudition, il le dépasse par son génie créateur et original. Il a fermé l'ère de la spéculation chrétienne pendant la période patristique, et ses écrits sont les plus vastes que nous ayons des écrits conservés des saints Pères. En disant adieu à l'ancien monde, il a laissé aux Germains, tout imprégnés de l'esprit chrétien, un levain généreux, et aux siècles futurs une mine inépuisable d'idées pour l'édification d'une science colossale. Et cependant, tant de lauriers recueillis dans le champ de la littérature n'ont pu étouffer dans son âme ce cri admirable d'humilité : Qux vera esse perspexeris tene, et Ecclesiœ cathoUcai trihue, quse falsa respue, et mihi, qui homo sum, ir/nosce^ Et dans un autre endroit : Nemijieni velim sic amplecti omnia mea ut me sequatur, nisi in his in quibus me non errasse perspexerit (De dono persev., cap. xxi). Nous en avons du reste une preuve dans ses Rétractations.
Ordre dans lequel il faut lire ses ouvrages.
« A l'égard de saint Augustin, dit Bossuet, je voudrais le lire à peu près dans cet ordre : les livres de la doctrine chrétienne; le premier : théologie admirable. Le livre De catechizandis rudibus, Demoribus Ecclesix catholiae, Enchiridion ad Laurent ium, De spiritu et littera, De vera religione, De
* De vera relia., cap. xx,
civitate Dei (ce dernier, pour prendre comme en abrégé tonte la substance de sa doctrine). Mêlez quelques-unes de ses épîtres : celles à Volusien, ad Honoratum, De (jratia Novi Testamejiti, ainsi que quelques autres. Les livres De sermone Domini m ?no?ite, et De conscnsu evangelistarum\ »
Style de saint Auf/iistîn apprécié par Bossuet.
Saint Augustin « a des dig-ressions, mais, comme tous les autres Pères^ quand il est permis d'en avoir, dans les discours populaires, jamais dans les traités, où il faut serrer le discours, ni contre les hérétiques. Il a des allég-ories, comme tous les Pères, selon le goût de son siècle, qu'on a peut-être poussé trop avant , mais qui dans le fond était venu des apôtres et de leurs disciples. Les pointes, les antithèses, les rimes mêmes, qui étaient encore du goût de son temps, sont venues tard dans ses discours. Erasme, qui sans doute ne le flatte guère, cite les prem.iers écrits de saint Augustin comme des modèles, et remarque qu'il a depuis affaibli son style poui' s'accommoder à la coutume et suivi-e le g:oùt de ceux à qui il voulait profiter. Mais après tout, que ces minuties sont peii dignes d'être relevées! Un savant homme de nos jours dit souvent qu'en lisant saint Augustin on n'a pas le temps de s'appliquer aux paroles, tant on est saisi par la grandeur, par la suite, par la profondeur des pensées. En effet, le fond de saint Augustin, cest d'être nourri de l'Ecriture, d'en tirer l'esprit, d'en prendre les plus hauts principes, de les manier en maître et avec la diversité convenable. Après cela, qu'il ait ses défauts comme le soleil a ses taches, je ne daignerais ni les avouer, ni les nier, ni les excuser ou les défendre; tout ce que je sais certainement, c'est que quiconque saura pénétrer sa théologie, aussi solide que sublime, gagné par le fond des choses et par l'impression de la vérité, n'aura que du mépris ou de la pitié pour les critiques de nos jours, qui, sans goût et sans sentiment pour les grandes choses, ou prévenus de mauvais principes , semblent vouloir se faire honneur de mépriser saint Augustin, qu'ils n'entendent pas'. »
* Lecture des Pèrea pour former un orateur. (Cit. du trad.i— ■" Défense de la tradition et dçs §S. P^res. (Cit. 4u trad.]
Opéra, éd. Amerbach, Basil., I.o00, in-fol., t. XI; éd. Erasm., Basil., i529, in-fol., t. X; éd. stud. theol. Lovauiens., Anlw., 1377, in-fol., t. X : les trois souv. réimpr.; la meillpure édition est celle des bénédictins, reproduite par MM. Gaume, 22 vol. gr. in-8°. — Sur les différends qu'elle a soulevés : Tassin, Uist. des savants de Saint-Manr, Franckf., d773, un vol,, p. 467. Cf. Tillem., t. XIIF, Ceillier, t. XII, 2^ éd., t. IX; Stolberg, Uist. de la reliy., part, xiv et xv, append.; Klotli, S. Augustin, Aix-la-Ch., 1840, 2 vol.; Puujoulat, Vie de saint Augustin ; Bindemann, S. Aurj., Berl., 1844, 2 vol.; fiœhringér, 1 vol.; Rilter, Hist. de la philosophie, 2 vol; Stœckl, op. cit.; Huber, op, cit.; Michelis, Uist. de la philosophie, p. loi.
CHOIX DE TEXTES TIRÉS DE SAINT AUGUSTIN ^ Ame.
« Le véritable mouvement de l'Ame est de rappeler ses esprits des objets extérieurs au dedans de soi, et de soi-même s'élever à Dieu » (De quant, anim., n. 5o).
« L'àme qui s'est éloig-née do la source de son être ne connaît plus ce qu'elle est. Elle s'est embarrassée dans toutes les choses qu'elle aime, et de là vient qu'en les perdant elle se croit aussitôt perdue elle-même » [De Trinit., lib. VI, n. 7).
« Il y a deux sortes de vie en l'àme, l'une qu'elle communique au corps, et l'autre dont elle vit elle-même. L'âme est la vie du corps, Dieii est la vie de l'àme » (Tract, xix in Joann., n. 12; Serm. clxi, n. 6).
« Celui-là possède le tout qui tient la partie dominante ; en toi, la partie qui est la plus noble, l'àme, est celle qui domine. Dieu, tenant ce qu'il y a de meilleur, c'est-à-dire ton âme, par le moyen du meilleur il entre en possession du moindre , c'est-à-dire du corps » (Sei^m. clxi, n. 6).
« Le vice de notre nature n'a pas tellement obscurci dans l'âme humaine l'image de Dieu, qu'il en ait effacé jusqu'aux moindres traits » [De spiritu et litt.. n. 48).
« Quand l'àme possède ce qu'elle aimait, comme les honneurs, les richesses, elle se l'attache à elle-même par la joie qu'elle a de l'avoir, elle se l'incorpore en quelque façon, si je puis parler de la sorte ; cela devient comme une partie de nous-même et comme un membre de notre cœur » (De lib. arh.y lib. I, c. xv).
« Les larmes sont le sang de notre âme )> (Serm. cclî, n. 7).
' Ces extraits ont été insérés par le traducteur.
Amour de Dieu et du pi^ochain
(c Si un père et un époux mortel doit être craint et aimé, à plus forte raison notre Père qui est dans les cieux et lEpoux qui est le plus beau de tous les enfants des hommes, non selon la chair, mais par sa vertu ; car de qui est aimée la loi de i)ieu sinon de ceux qui l'aiment lui-même? Et qu'a de triste pour de bons fils la loi d'un bon père » [Serm. xxxi) ?
« Vous devez aimer Dieu de tout votre cœur, en sorte que vous rapportiez toutes vos pensées, toute votre vie et toute votre intelligence à Celui de qui vous tenez toutes les choses que vous lui rapportez » [De doc t. christ., lib. I).
« Si Dieu venait en personne et vous disait de sa propre bouche : « Péchez tant que vous voudrez ; contentez-vous ; que tout ce que vous aimez vous soit donné; que tout ce qui s'oppose à vos desseins péiisse ; qu'on ne vous contredise point ; que personne ne vous reprenne ni ne vous blâme ; que tous les biens que vous désirez vous soient donnés avec profusion; vivez dans cette jouissance non pour un temps, mais pour toujours, je vous dirai seulement que vous ne verrez jamais ma face : mes frères, d'où vient le gémissement qui s'élève parmi vous à cette parole, si ce n'est que cette crainte chaste, qui demeure aux siècles des siècles, a déjà pris naissauce en vous » [Inps. cxxviij?
« Mon Dieu, que la flamme de votre amour brûle tout mon cœur, quelle ne laisse rien en moi qui soit pour moi, rien qui me permette de me regarder moi-même, mais que je brûle, que je me consume tout entier pour vous; que tout moimême vous aime, et que je sois tout amour, comme étant enflammé par vous ^ {In ps. cxxxvi).
« Je ne demande point les félicités de la terre ; je sais les désirs qu'inspire le Nouveau Testament ; je ne demande point mon salut temporel ; vous m'avez appris ce que je dois demander ; c'est de psalmodier avec les anges , den désirer la compagnie et l'amitié sainte et pure, dont Dieu est le lien, de désirer les vertus : voilà les vœux qu'il faut faire expressément ; et vous n'avez rien à désirer davantage, parce que la vertu comprend tout ce qu'il faut faire, et la félicité tout ce qu'il faut désirer » [In ps. cxxxii ; De doit. Dei, lY, xxi;.
« Chacun chante ce qiiil aime. Les bienheureux chantent les louanges de Dieu; ils l'aiment parce qu'ils le voient, et ils le louent parce qu'ils l'aiment » [In ps. cxlv, n. 3).
« Celui-là ne se réjouira jamais comme citoyen dans la plénitude de la joie, qui ne gémira comme voyageur dans la ferveur de ses désirs » {Sen?i. xxxiv, n. 6).
« J'appelle la charité le mouvement de l'àme qui tend à jouir de Dieu pour Dieu môme, et du prochain pour Dieu » [De doct. christ., lib. 111, c. x).
« Dieu veut que nous l'aimions, non par le désir qu'il a d'avoir de nous quelque chose , mais afin que ceux qui l'aiment reçoivent de lui le bien et la récompense éternelle, qui n'est autre que celui qu'ils aiment » [De doct. chist., lib. J, c. XXIX ).
« On n'aime pas ce qu'on ignore, mais quand on aime co qu'on a commencé à connaître un peu, l'amour fait qu'on le connaît plus parfaitement » {Tract, xci m Joan?!., n. 4).
« Ceux qui aiment Dieu se soumettent à sa loi non par la crainte de la peine, mais par l'amour de la justice; non eflrayés par ses menaces, mais charmés par sa beauté et par sa droiture » [Serm. xi in ps. cxvui).
« Nous devons toujours la charité, et c'est la seule chose de laquelle, encore que nous le voudrions, nous ne laissons pas d'être redevables ; car on la rend lorsqu'on aime son prochain, et en la rendant on la doit toujours parce qu'on no doit jamais cesser de l'aimer » [Epist. cxcu).
« Jamais vous ne donnez sincèrement la charité, si vous n'êtes aussi soigneux de l'exiger que vous avez été fidèle à la rendre » [Ibid., n. 2).
Les deux amours.
« L'un est « l'amour de soi-même poussé jusqu'au mépris de Dieu ; » l'autre est « l'amour de Dieu poussé jusqu'au mépris de soi-même » [De civit. Dei, XIY, xxvni).
Baptèine.
« On ne fait autre chose dans le baptême des petits enfants que de les incorporer à l'EgUse, c'est-à-dire de les unir au corps et aux membres de Jésus-Christ » {De peccator. mer. et rerniss., liv. Ill, c. iv;.
■< Jésus-Christ est mort une seule fois, mais il meurt pour chacun do nous , lorsqu'on quelque âge que ce soit nous sommes baptisés eu sa mort, et c"cst alors que sa mort nous profite » [Contra Jul., lih. YI, c. v).
Bonheur, récompense éternelle.
« On n'est jamais malheureux quand on a ce qu'on veut et qu'on ne veut rien de mal o (De Trin., lib. Xlll, c. v).
« La béatitude est une joie qui naît de la jouissance de la vérité, gaudiuni de veritate » [Conf., lib. X, c. xxuij.
« Dieu sera toutes choses à lous les esprits bienheureux, parce qu'il sera leur commun spectacle, il sera leur commune joie, il sera leur commune paix » [In ps. lxxxiv, n. 10).
« Autres sont les biens que Dieu abandonne pour la consolation des captifs, autres ceux qu'il a réservés pour faire la félicité de ses enfants » [Ifi ps. cxxxvi, n. 5).
« Celui qui ne gémit pas comme voyageur ne se réjouira pas comme citoyen o {fn ps. cxlviii, n.4).
Cliàtiment du péché.
Le désordre n'est pas dans la peine, mais la peine, c'est l'ordre du crime » \Ad Honorât., epist. xcv, n. 4).
« Ae vois-tu pas que, pendant l'hiver, l'arbre mort et l'arbre vivant paraissent égaux: ils sont tous deux sans fruits et sans feuilles. Quand est-ce qu'on les pourra discerner? Ce sera lorsque le printemps viendra renouveler la nature, et que cette verdure agréable fera paraître dans toutes les branches la vie que la racine tenait fermée >^ {In ps. cxlvui, u. 16).
Coimaissance de soi-même.
v< Il vaut mieux savoir ses défauts que de pénétrer tous les secrets des Etals et de savoir démêler toutes les énigmes de la nature -> {De Trin., lib. lY, n. 1).
« Prends courage, àme raisonnable, et considère combien tu vaux. Si tu parais vile et méprisable à cause de la mortalité qui t'environne, apprends aujourd'hui à l'estimer par le prix auquel te met la sagesse même » {In ps. en, n. 6; Enarr. II in ps. xxxn, n. 4).
Conversion; grâce.
u Quoi! lu ne pourras pas ce qu'ont pu ceux-ci et celles-là?
Est-ce que ceux-ci et celles-là le peuvent par eux-mêmes, et non pas par leur Seigneur leur Dieu? Leur Seigneur leiu Dieu m'a donné à eux (et veut que je sois de leur nombre) ; pourquoi est-ce que tu t'appuies sur toi-même, et que par là tu demeures sans appui ? Jetle-loi entre les bras de Dieu ; ne crains rien : il ne se retirera pas, afin que tu tombes; jette-toi sur lui avec coniiance et il te guérira » [Conf., lib. YIl, c. xn).
Compelle, « forcez, -contraignez, ne marque pas une violence qui nous lasse faire le bien malgré nous, mais une toute-puissante facilité de faire que de non-voulants nous soyons faits voulants, vole>Ues de noientibus... Quand vous entendez le prélre de Dieu lui demander à l'autel qu'il force les nations incrédules à embrasser la foi, ne répondez-vous pas Amen? Disputerez-vous contre cette foi? Direz-vous que c'est errer que de faire cette oraison, et exercerez-vous votre éloquence contre ces prières de l'Eglise » [Epht. ad Vital., c. ccxvn)?
« Dieu agit tellement en nous que nous consentons si nous voulons; et si nous ne voiûons pas, nous faisons que l'opération de Dieu ne peut rien sur nous et ne nous profite point » [lèid.}.
« C'est par sa volonté propre qu'on abandonne Dieu et qu'on mérite d'être abandonné. Qui ne le sait pas? Aussi c'est pour cela qu'on demande qu'on ne soit point induit en tentation, alin que cela n'arrive point ; et si l'on est exaucé dans cette prière et que ce mal n'arrive point, c'est que Dieu ne l'aura pas permis, étant impossible qu'il n'arrive rien que ce qu'il veut ou ce qu'il permet. Il peut djuc, et tourner au bien les volontés, et les relever du mal, et les diriger à ce qui lui est agréable, puisque ce n'est pas en vain qu'on lui dit : Seigneur, vous nous donnez la vie en nous convertissant » {De dono persever., c. vi).
u Si je n'ai pas péri à jamais dans l'erreur et dans le mal, ce sont les larmes de ma mère qui me l'ont obtenu « [Ibid., c. xx).
« Si Dieu est assez puissant pour opérer, soit par les anges bons ou mauvais, ou par quelque autre moyen que ce soit, dans le cœur des méchants dont il n'a pas fait la malice, mais qu'ils ont ou tirée d'Adam ou accrue par leur propre volonté, peut- ou s'elunner s'il opère par son esprit dans le cœur de ses
élus tout le bien qu'il veut, lui qui a auparavant opéré que leurs cœurs de mauvais devinssent bons » (De rjrat. et lib. arb., c. xxi) ?
« On ne doit désespérer de la conversion d'aucun de ceux à qui Dieu prolonge la vie par sa patience, parce que, comme dit l'Apôtre, il ne le fait point pour autre dessein que pour les amener à la pénitence » [De catechizandis riiclibus).
« Dieu a envoyé son Fils pour sauver les hommes des peines éternelles, s'ils ne sont point ennemis d'eux-mêmes et qu'ils ne résistent point à la miséricorde de leur Créateur » (IbicL).
« Que nul ne pense pouvoir commettre tous les jours, et racheter autant de fois par des aumônes ces crimes horribles qui excluent du royaume des deux ceux qui s'y abandonnent. Il faut travailler à changer de vie, apaiser Dieu par des aumônes pour les péchés passés , et ne pas prétendre qu'on puisse en quelque sorte lui lier les mains et acheter le droit de commettre impunément le péché » [Enchir., c. lxx, n. 19).
« Il faut changer en un usage plus saint les membres de ce corps, afin qu'ayant servi à l'impureté de la convoitise, ils servent maintenant à la grâce de la charité » {Serm. clxi, n. 6).
« Il vaut mieux pour notre salut que le Seigneur n'accomplisse pas si précipitamment les désirs de son malade, afin qu'il assure mieux sa santé ; car il nous assiste en différant, et le délai même est un secours » {Serm. CLxni, n. 7).
« La voie du salut exclut premièrement ceux qui s'égarent, elle exclut en second lieu ceux qui retournent en arrière et qui, sans sortir de la voie, abandonnent les pratiques de la piété quils avaient embrassées ; elle exclut enfin ceux qui s'arrêtent et qui, croyant avoir assez fait, ne songent pas à s'avancer dans la vertu » [Serm. de cant. nov., n. 4).
« Cette voie veut des hommes qui marchent toujours, « ambulantes quœrit {Jbid.).
« Cessez de discourir avec vos passions et avec vos faiblesses )> [Iti ps. cxxxvi, n. 21).
« Qu'ils viennent seulement ces bourreaux qui ont mis la main sur Jésus-Christ ; qu'ils viennent boire par la foi ce sang qu'ils ont répandu par la cruauté, et ils trouveront leur rémission même dans le sujet de leur crime » [Serm. lxxvii, n. 4).
« On ne va pas à Dieu avec des pas, mais avec des désirs; et y aller, cest le vouloir, et le vouloir fortement, et non pas tourner et agiter de çà et de là une volonté languissante » [Confess., lib. VIII, c. vui).
Dieu, auleiir de tout bien.
« Il ne peut se présenter aucun Lien ni à nos sens, ni à notre intelligence, ni en" quelque matière que ce soit à notre pensée, qui ne nous vienne de Dieu » {I Retract., c. ix).
« Si l'on dit que la bonne volonté vient de Dieu, à cause que c'est Dieu qui a fait l'homme, sans lequel il n'y aurait point de bonne volonté, on pourra, par la même raison, attribuer à Dieu la mauvaise volonté, qui ne serait pas, non plus que la bonne , si Dieu n'avait pas fait l'homme ; et ainsi, à moins d'avouer que non-seulement le libre arbitre, dont on peut bien et mal user, mais encore la bonne volonté, dont on n'use jamais mal, ne peut venir que de Dieu, je ne vois pas qu'on puisse soutenir ce que dit l'Apôtre : Qu'avez-vous que vous n'ayez point reçu? Que si notre libre arbitre, par lequel nous pouvons faire le bien et le mal, ne laisse pas de venir de Dieu, parce que c'est un bien, et que notre bonne volonté vienne de nous-mème, il s'ensuivra que ce qu'on a de soi vaudra mieux que ce qu'on a de Dieu, ce qui est le comble de l'absurdité, que l'on ne peut éviter qu'en reconnaissant que la bonne volonté nous est donnée divinement » [De pecc. mer. et rem., c. cxvui).
« Dieu fait beaucoup de bien dans Ihomme que l'homme ne fait pas ; mais l'homme n'en fait aucun que Dieu ne lui fasse faire » [Ad Bonif., c. vni).
« Le Saint-Esprit a prévu que nul homme ne serait fidèle à la grâce autant qu'il faudrait, ni ne déploierait autant les forces de sa volonté qu'il est nécessaire pour en profiter dans toute son étendue ; le Saint-Esprit a révélé que tout homme serait pécheur, faible et imparfait jusqu'à la fin de sa vie » [De pecc. mer., c. xxxix).
Ecritwe sainte.
a 0 Seigneur, que vos Ecritures soient toujours mes chastes délices ; que je ne me trompe pas, que je ne trompe personne en les expUquant. Vous, Seigneur, à qui appartient le jour et
AUTEURS LATINS. — S. AUfiUSTIN. 547
la nuit, faites-moi trouver dans les temps qui coulent par votre ordre un espace pour méditer les secrets do votre loi. Ce n'est pas en vain que vous cachez tant d'admirables secrets dans les pages sacrées. Soigneur, découvrez-les-moi, car votre joie est ma joie et surpasse toutes les délices : donnezmoi ce que jaime, car j'aime votre Ecriture, et vous-mèmo m'avez donné cet amour; ne laissez par vos dons imparfaits, ne méprisez pas cette herbe naissante qui a soif de votre rosée. Que je boive de vos eaux salutaires depuis le commencement de votre Ecriture, où l'on voit la création du ciel et de la terre, jusqu'à la fm, où l'on voit la consommation du régne perpétuel de votre cité sainte » {Conf., lib. XI, c. n).
« Je vous confesse mon ignorance ; car à qui pourrais-je mieux la confesser qu'à celui à qui mou ardeur enflammée pour l'Ecriture ne déplaît pas ? Encore un coup, donnez-moi ce que j'aime, puisque c'est vous qui m'avez donné cet amour. Je vous le demande par Jésus-Christ, au nom du Saint des saints ; et que personne ne me trouble dans celte recherche n [IbicL, c. xxu).
« Je m'attachai avec ardeur et avidité au style vénérable de votre Esprit saint, surtout dans les Epîtres de saint Paul ; et vos saintes vérités s'incorporaient à mes entrailles quand je lisais les écrits du plus petit de vos apôtres, et je regardais vos ouvrages avec frayeur » [Ibid., YII, xxi).
« Superbe que j'étais, je cherchais dans les Ecritures ce qu'on n'y pouvait trouver que lorsqu'on est humble. Aussi je me fermais à moi-même la porte que je croyais m'ouvrir. Que vous êtes heureux, peuples catholiques, vous qui vous tenez petits et humbles dans le nid où votre foi se doit former et nourrir : au lieu que moi, malheureux, qui croyais voler de mes propres ailes, j'ai quitté le nid et je suis tombé avant de pouvoir prendre mon vol. Pendant que , jeté à terre, j'allais être écrasé par les passants, la main miséricordieuse de mon Dieu m'a relevé et m'a remis dans ce nid » {Serm. li, n. 6).
Efjlise.
« Je crois que cette partie du monde vous doit suffire, où Dieu a voulu couronner d'un très-glorieux martyre le premier de ses apôtres » {Contra JuL, Mb. I, c. iv).
548 »»ATROLOGIE.
« C'est en vain que vous en appelez aux évêques d'Orient, puisqu'ils sont sans doute chrétiens et que leur foi est la nôtre, parce qu'il n'y a dans l'Eglise qu'une même foi » {Ibicl).
« L'Eglise a péri, dites-vous ; elle n'est plus sur la terre. — Voilcà ce que disent ceux qui n'j' sont point : parole im- XJudente. Elle n'est pas, parce que vous n'êtes pas en ellel C'est une parole abominable, détestable, pleine de présomption et de fausseté, destituée de toute raison, de toute sagesse, vaine, téméraire, insolente, pernicieuse» (/?i;j5. ci, n. 8).
« Où sont ceux qui disent que l'Eglise est périe dans le monde, elle qui, loin de tomber, ne peut pas même pencher pour peu que ce soit, ni jamais être ébranlée ; elle est prédestinée pour être la colonne et le soutien de la vérité [Serjn. n, n. 5; Serni. i, n. 17).
C'est là qu'on écoute et qu'on voit : celui qui est hors de l'Eglise n'entend ni ne voit ; celui qui est dans l'Eglise n'est ni sourd ni aveugle » {Inps. xlvu, n. 7).
« Il faut souffrir les contredisants dans les choses qui ne sont pas encore bien examinées ni pleinement décidées par l'autorité de l'Eglise. C'est là que l'erreur se peut tolérer ; mais elle ne doit pas entreprendre d'ébranler le fondement de l'Eglise » [Serm. xiv de Verb. apost.).
Endurcissement.
« Dieu endurcit, non en donnant la malice, mais en ne donnant pas la miséricorde » [Epist. cxciv ad Sixt.).
« Dieu incline la volonté d'un pécheur déjà mauvaise par son propre vice à ce péché plutôt qu'à un autre, par un juste et secret jugement. 11 agit dans le cœur des hommes pour incliner, pour tourner leur volonté où il lui plaît, soit au bien selon sa miséricorde, soit au mal selon leur mérite, par un jugement quelquefois connu, quelquefois caché, mais toujours juste w {De gratia et Ubero arbitrio, c. xx, xxi).
« Il est bien au pouvoir de l'homme de faire un péché ; mais qu'il arrive par sa malice un tel ou un tel effet, cela n'est pas au pouvoir de l'homme, mais en celui de Dieu, qui a divisé les ténèbres et qui sait les mettre en leur rang » [De prsedest, sançt., c. xvi).
Eternité.
- « Le temps est une faible imitation de l'éternité » {In ps. ix, n.7).
« Là, nous n'aurons plus aucun vice ni dont il nous faille secouer le joug-, ni dont il nous faille effacer les restes, ni dont il nous faille combattre les attraits trompeurs » {De civ. Dei, lib. XXII, c. xxiv).
« Alors, ô mon Dieu, vous nous vivifierez, vous nous renouvellerez, vous nous donnerez la vie de l'homme intérieur, et nous invoquerons votre nom, c'est-à-dire nous vous aimerons. Après nous avoir pardonné avec bonté tous nos péchés, vous vous donnerez vous-même pour être la récompense parfaite de ceux que vous aurez justifiés » {Inps. lxxix).
Homme.
« Dieu a formé l'homme avec l'usag-e de son libre arbitre; animal terrestre, mais digne du ciel, s'il sait s'attacher à son Créateur » {De civit. Dei, lib. XXII, c. i).
« Ne soyons pas vils à nous-mêmes, nous qui sommes si précieux au Père qu'il nous achète au Calvaire du sang- de son Fils ; et encore n'étant pas content de nous le donner une fois, il nous le verse tous les jours sur ses saints autels » {Serm. ccxvi, n. 3).
« Dieu a donné ce précepte à l'homme de régir ses inférieurs et d'être lui-même régi par la puissance suprême » {In ps. cxLV, n. 5).
Jésus-Christ.
« Le voilà Celui qui est Dieu et homme, c'est-à-dire la force et la faiblesse; Celui qui a été vendu et qui nous rachète, qui, attaché à la croix, distribue les couronnes et donne le royaume éternel ; infirme qui cède à la mort, puissant que la mort ne peut retenir, couvert de blessures et médecin infaillible de nos maladies ; qui est rangé parmi les morts et qui donne la vie aux morts, qui naît pour mourir et qui meurt pour ressusciter, qui descend aux enfers et ne sort point du sein de son Père » {Epist. lxxix adJustin.).
« Quelque part que je voie mon Sauveur, sa beauté me semble charmante. Il est beau dans le ciel et il est beau dans la terre, beau dans le sein de son Père, beau entre les bras de
sa mère. Il est beau dans les miracles, il ne l'est pas moins parmi les fouets. Il a une grâce non pareille soit qu'il nous invite à la vie, soit que lui-même il méprise la mort. 11 est beau jusque sur la croix, il est beau même dans le sépulcre. Que les autres en pensent ce qui leur plaira, mais pour nous autres croyants, partout où il se présente à nos yeux, il est toujours beau en perfection » {fnps. xliv, n. 3).
« Jésus règne partout, Jésus est adoré partout. Devant lui la condition des rois n'est pas meilleure que celle des moindres esclaves. Scythes ou Romains, Grecs ou barbares, tout lui est égal, il est égal à tous, il est roi de tous ; il est le Seigneur et le Dieu de tous » {]?i ps. xnv, 23).
« Le règne de notre Prince, c'est notre bonheur ; qu'il daigne régner sur nous, c'est clémence, c'est miséricorde ; ce ne lui est pas un accroissement de puissance, mais un témoignage de sa bonté » {Tract, u in Joann., n. -ij.
« Jésus-Christ ne quitte point qu'on ne le quitte, » non deserit nisi deseratur {In ps. cxlv, n. V)j.
« Celui-là est un véritable disciple de Jésus-Christ et de l'Evangile qui s'approche de ce divin Maitre non pour entendi'e ce qu'il veut, mais pour vouloir ce qu'il entend » [Confess., lib. X, c. xxvi).
'( Jésus-Christ a aimé notre àme, toute laide qu'elle était par ses crimes; mais il l'a aimée, afin de l'embellir par les bonnes œuvres » {hi Joann., tract, x, n. 18).
« II nous a aimés dans le temps que nous lui déplaisions, mais c'était afin de produire en nous ce qui était capable de lui plaire » {Ibid., tract, en, n. 5).
Liberté.
« U y a deux sortes de libertés : la première, c'est de pouvoir ne pécher pas ; la seconde et la plus parfaite, c'est de ne pouvoir plus pécher » [De corr. etfjrat., c. xn).
« Notre àme est contrainte de quitter son corps par une juste punition de ce qu'elle a abandonné Dieu par une dépravation volontaire » {De Trin., lib. IV).
AUTEURS LATINS. — S. AUGUSTIN. o51
« Dieu a caché le dernier jour, afin que nous prenions garde à tous les jours » [Seim. xxxix, n. 1).
« Ce que le pécheur a fait à la loi, à laquelle il ne laisse point de place en sa vie, la loi de son côté le fait au pécheur en lui ôtant la vie à lui-même >^ {Epis t. eu, n. 24).
Mortification.
« Il y a des maux qui nous hlessent, et il faut que la patience les supporte; il y a des maux qui nous flattent, et il faut que la tempérance les modère » {Contra JuL, lib. Y).
« La chair qui convoite contre l'esprit ne peut être vaincue sans péril, ni modérée sans contrainte , ni régie par conséquent sans inquiétude » [De civ. Dei, lib. X!X, c. xxvii).
« De peur que la vertu ne nous enfle, Dieu veut qu'elle se perfectionne dans l'infirmité » [Contra JuHan., lib. IV, c. u, n. il).
Paix et concorde.
i< Combien sont doux les médecins pour faire prendre à leurs malades les remèdes qui les guérissent! Dites à nos frères : Nous avons assez disputé, assez plaidé ; enfants par le saint baptême du même Père de famille, finissons enfin nos procès, vous êtes nos frères : bons ou mauvais, voulez-le, ne le voulez pas, vous êtes nos frères. Pourquoi voulez- vous ne le pas être? Il ne s'agit pas de partager l'héritage; il est à vous comme à nous : possédons-le en commun tous deux ensemble. Pourquoi vouloir demeurer dans le partage? le tout est à vous. Si cependant ils s'emportent contre l'Eglise et contre vos pasteurs, c'est l'Eghse, ce sont vos pasteurs qui vous le demandent eux-mêmes : ne vous fâchez jamais contre eux ; ne provoquez point de faibles yeux à se troubler euxmêmes; ils sont durs, dites-vous, ils ne vous écoutent pas; c'est un effet de la maladie. Combien en voyons-nous tous les jours qui blasphèment contre Dieu même? 11 les souff're, il les attend avec patience. Attendez aussi de meilleurs moments ; hâtez ces heureux moments par vos prières. Je ne vous dis point : Ne leur parlez plus ; mais quand vous ne pourrez leur parler, parlez à Dieu pour eux, et parlez-lui du fond d'un cœur où la paix règne » [Serin, cclvii, n. 4).
Pauvres et riches.
« Le fardeau des pauvres, c'est de n'avoir pas ce qu'il faut ; le fardeau des riches, c'est d'avoir plus qu'il ne faut » iSerm. cLxiv, n. 9).
Pécheurs,
« Il y en a qui sont dans la maison de Dieu, et qui ne sont pas la maison de Dieu ; il y en a qui sont dans la maison de Dieu, et qui sont eux-mêmes la maison de Dieu » {De bapl. contr. don., lib. VII, n. 99).
« Il n'est rien de plus misérable que la félicité des pécheurs ; elle entretient une impunité qui tient lieu de peine et fortifie cet ennemi domestique, la volonté déréglée » [Epist. cxxxvni, ad Ma?'ceL).
« 0 herbe rampante, oserais-tu te comparer à l'arbre fruitier pendant la rigueur de l'hiver, sous le prétexte qu'il perd sa verdure (par les afflictions) durant cette froide saison, et que tu conserves la tienne (par les prospérités) ? Viendra l'ardeur du grand jugement qui te desséchera jusqu'à la racine, et fera germer les fruits immortels des arbres que la patience aura cultivée » {In ps. xlvui, serm. u.)
« Ingrats et insensés, parce qu'ils sont déréglés, ils voudraient détruire la règle et souhaitent qu'il n'y ait ni droit ni justice » ( Tract, xc m Joan.).
« Ceux qui ne veulent pas faire ce que Dieu veut. Dieu en fait ce qu'il veut » {Serm. ccxiv, n. 3).
« Les pécheurs sont ennemis de Dieu par la volonté de lui résister, et non par le pouvoir de lui nuire » {De civ. Dei, lib. XII, c. m).
« Il ne faut pas se persuader que cette lumière infinie et cette souveraine bonté de Dieu tire d'ehe-même et de son sein propre de quoi punir les pécheurs ; il se servira de leurs péchés mêmes qu'il ordonnera de telle sorte que ce qui a fait le plaisir de l'homme coupable deviendra l'instrument d'un Dieu vengeur » {Enarr. in ps. vui, n. 16).
<; C'est dans le cœur que les pécheurs s'élevaient contre Jésus-Christ ; c'est dans le cœur qu'il les abaisse et les fait tomber » [In ps. xltv, n. 16).
a Vous devez croire que Jesus-Christ vous a remis tous les
péchés où sa grâce vous a empêchés de tomber » (De sanct, virg., n. 42).
« Les méchants ne sont dans le monde que pour se convertir ou pour exercer la patience des bons » {In ps. xliv, n. A).
a Demandez-vous à Dieu de l'argent? le voleur en a; une femme, une nombreuse famille, la santé du corps, les dignités du siècle? Considérez que beaucoup de méchants possèdent ces biens. Est-ce pour cela seulement que vous servez Dieu ? Vos pieds chancelleront-ils et croirez-vous servir Dieu en vain, lorsque vous voyez dans ceux qui ne le servent pas tous ces biens qui vous manquent? Ainsi il donne toutes ces choses aux méchants mêmes, et il se réserve lui seul pour les bons» {liips. Lxxix, n. 4i).
Plaisirs des sens.
i( Les voluptés corporelles peuvent-elles sembler désirables, elles que Platon a nommées l'appât et l'hameçon de tous les maux ? En effet, quelles maladies et de l'esprit et du corps 1 Quel épuisement et des forces et de la beauté de l'un et de lautrel Quelle honte, quelle infamie, quel opprobre n'est pas causé par les voluptés, desquelles plus le transport est violent, plus il est ennemi de toute sagesse I Car qui ne sait que les grandes émotions des sens ne laissent aucun lieu à la réflexion ni à aucune pensée sérieuse? Et qui serait l'homme assez brutal qui voulût passer toute sa vie parmi ces emportements des sens émus, parmi cet enivrement des plaisirs? Qui serait l'homme de sens rassis qui ne désirerait pas plutôt que la nature ne nous eût donné aucun de ces plaisirs corporels (jui dégradent l'àme de sa dignité et de sa grandeur naturelles y (Cicéron, Hortens.). « Yoilà ce qu'a dit celui qui n'a rien su de la première institution ni de la dépravation de notre nature, ni de la félicité du paradis, ni des joies éternelles qui nous sont promises, qui n'a point appris que la chair convoite contre l'esprit. Je vous conjure que la philosophie chrétienne, qui est la seule véritable philosophie, ne soit ni moins grave, ni moins honnête, ni moins chaste, ni moins sérieuse, ni moins tempérée que la philosophie des païens » (lib. IV, Contra JuL, n. 7).
« Vous ne savez où vous pousseront ces flatteurs. Voyez les
buissons hérissés d'épines qui font horreur à la vue : la racine n'en est pas piquante, mais c'est elle qui pousse ces pointes perçantes qui déchirent et ensanglantent les mains » {In jjs. LU, n. 3).
« Celui qui ne sent point le combat dç la chair contre l'esprit est déjà vaincu; il a donné les mains à l'ennemi, qui règne sans résistance » {Serm. xxx, n. 4).
Prédestination.
« Celui-là pourra croire que la vérité de cette prédestination et de cette grâce n'a pas toujours fait partie de la foi de l'Eglise, qui osera dire que l'Eglise n'a pas toujours prié, ou n'a pas toujours prié avec vérité soit afln que les infidèles crussent, soit afin que les fidèles persévérassent; mais si elle a toujours demandé ces biens comme étant des dons de Dieu, elle n'a jamais pu croire que Dieu les ait pu donner sans les connaître ; et par là l'Eglise n'a jamais cessé d'avoir la foi de cette prédestination, qu'il faut maintenant défendre avec une application particulière contre les nouveaux hérétiques » {De dono pers., c. xxm).
(( Je m'étonne que les hommes aiment mieux se fier à leur propre faiblesse qu'à la fermeté de la promesse de Dieu. Je ne sais pas, dites-vous, ce que Dieu veut faire de moi. (Juoi donc! Savez-vous mieux ce que vous voulez faire de vous-même ? Et ne croyez-vous pas cette pai'ole de saint Paul : Que celui qui croit être ferme prenne garde à ne pas tomber. Puis donc que l'une et l'autre volontés, celle de Dieu et la nôtre, nous sont incertaines, pourquoi l'homme n'aimera-t-il pas mieux abandonner sa foi, .son espérance et sa charité à la plus forte, qui est celle de Dieu, qu'à la plus faible, qui est la sienne propre » {De prssdest. sanct., c. xi) ?
<( Le modèle le plus éclatant de la prédestination et de la grâce est le Sauveur même. Par quel mérite ou des œuvres ou de la foi, la nature humaine qui est en lui a-t-elle obtenu d'être ce qu'elle est, c'est-à-dire unie au Verbe en unité de personne » {Jhid., xv)?
Prière.
« Prions, non pour obtenir que les richesses, ou les honneurs, ou les autres choses de cette nature, incertaines et pas-
AUTEURS LATINS. — S. AUGUSTLV. 556
sagères, nous arrivent; mais afin que nous ayons celles qui nous peuvent rendre bons et heureux » \Deord., lib. H, c. xxn).
« 0 Dieu, créateur de l'univers, accordez-moi premièrement que je vous prie bien, ensuite que je me rende digne d"ètre exaucé , et enfin que vous me rendiez tout-à-fait libre » [Soliloq., I, I).
'i Je vous prie, ô Dieu, vous par qui nous surmontons l'ennemi, de qui nous avons reçu de ne point périr à jamais, par qui nous séparons le bien du mal, par qui nous fuyons le mal et nous suivons le bien, par qui nous sm'montons les adversités du monde et ne nous attachons point à ses attraits, Dieu, enfin, qui nous convertissez, qui nous dépouillez de ce qui nest pas, et nous revêtissez de ce qui est, c'est-à-dire de vous-même » ilùkl.).
« Voulez-vous prier dans un temple, recueillez-vous en vous-même, priez en vous-même » (In Joann., xv, n. 23).
u 11 ne faut point douter que les prières de la sainte Eglise, et le sacrifice salutaire, et les aumônes que font les fidèles pour les âmes de nos frères défunts, ne les aident à être traitées plus doucement que leurs péchés ne méritent. Car nous avons appris de nos pères, ce que l'Eglise universelle observe, de faire mémoire dans le sacrifice de ceux qui sont morts en la communion du corps et du sang de Jésus-Christ, et en même temps de prier et doffrir ce saint sacrifice pour eux. »
Rédemption.
« Jésus-Christ ôte le péché, et parce qu'il nous le pardonne lorsque nous y sommes tombés, et parce qu'il nous aide à n'y tomber plus, et parce qu'il nous conduit à la vie bienheureuse où nous ne pouvons plus y tomber jamais » [Contra JuL, op. imp., lib. II).
Souffrances.
« Dieu nous a fait voir dans le grain principal, qui est Jésus-Christ, comment il traiterait tous les autres [Senn. cccLxi, n. 10).
« -Jésus-Christ a été livré au dernier supplice par trois sortes de personnes : premièrement par son Père, secondement par ses ennemis, troisièmement par lui-même » [Tract, vn in cp. in Joann., n. 7).
« Le royaume qui n'était pas de ce monde a dompté le monde superbe non par la fierté d'un combat, mais par l'humilité de la patience » {Inps. xi.iv, n. 16).
T7'aditw)i.
« Je vous appelle devant ces juges (les anciens docteurs), qui ne sont ni mes amis, ni vos ennemis, que je n'ai point gagnés par adresse, que vous n'avez point offensés par vos disputes ; vous n'étiez point au monde quand ils ont écrit ; ils sont sans partialité, parce qu'ils ne vous connaissaient pas; ils ont conservé ce qu'ils ont trouvé dans l'Eglise; ils ont enseigné ce qu'ils ont appris ; ils ont laissé à leurs enfants ce qu'ils ont reçu de leurs pères » {Contra JuL, lib. II, c. x).
« Une chose qui se trouve partout sans qu'on en voie l'origine, ne peut venir que des apôtres » {Eplst. liv, n. 1).
Trinité.
<i En Dieu, il y a nombre ; en Dieu, il n'y a point de nombre. Quand vous contemplez les trois personnes, vous voyez un nombre ; quand vous demandez ce que c'est, il n'y a plus de nombre ; on répond que c'est un seul Dieu. Parce qu'elles sont trois , voilà comme un nombre ; quand vous recherchez ce qu'elles sont, le nombre s'échappe, vous ne trouvez plus que l'unité simple » (M Joann., tract, xxxix, n. 4).
Vaine gloire.
« Tous recherchez la gloire que vous vous donnez les uns aux autres, et ne recherchez point la gloire qui vient de Dieu seul » {De civit. Dei, lib. Y, c. xx).
« Ces hommes^ d'une si grande réputation, tant célébrés parmi les nations, ont cherché la gloire, non en Dieu, mais auprès des hommes; ils ont obtenu ce qu'ils demandaient; ils ont acquis cette gloire qu'ils avaient si ardemment poursuivie ; et vains, ils ont reçu une récompense aussi vaine que leurs pensées » {Serni. xn in ps. lxvhi, n. 2).
Véfité.
« La vérité, chaste et fidèle, est propre à chacun, quoiqu'elle soit commune à tous. Ceux qui se tournent vers elle sont rendus heureux par ses lumières, et ceux qui refusent de la