AUTEURS LATINS. — PAULIN DE NOLE
regarder sont punis par leur propre aveuglement » [De lib. œrb., lib. II).
Virginité.
« Us (ceux qui sont vierges) chantent (devant l'Agneau) un cantique particulier, comme ils pratiquent une vertu au-dessus du commun; leur joie est d'autant plus abondante qu'ils se sont plus élevés que les autres bommcs au-dessus de la joie
des sens L'Agneau marche par un chemin virginal; sa
chair, formée d'une vierge, est toute vierge ; et il ne pouvait pas n'être point soigneux de conserver en lui-même ce qu'il avait conservé en sa sainte Mère, même en naissant de son sein » [De sonct. Virg., xxx, xxxvni, xxxix).
§ 76. Paulin de \o\e (mort vers 431), et plusieurs Papes.
Saint Paulin, évèque de Noie et poète chrétien, était en relations suivies avec saint Ambroise, saint Augustin, saint Jérôme, Sulpice Sévère, etc., et a mérité leurs éloges. Né en 353 ou 334 d'une illustre et très-riche famille consulaire d'Aquitaine, il fut formé par Ausone, célèbre poète et rhéteur de Bordeaux, qui fut pour lui non-seulement un maître, mais un père, patronus, prasceptor, pater [Poetn., x, 93-96). Grâce à ces leçons, il devint, tant en prose qu'en vers, un écrivain habile et élégant. L'empereur Valentinien ayant appelé Ausone à Rome pour y faire l'éducation de son fils Gratien, Paulin l'y accompagna, et, à peine âgé de vingt-cinq ans, il plaida avec un tel succès, qu'après la mort de Yalens il fut chargé de remplir les fondions de consul subrogé pendant le reste de l'année 378. Paulin s'en acquitta avec tant d'éclat et de dignité, qu'Ausone l'appelait l'ornement de la patrie. L'année suivante, on croit qu'il fut consul en Campanie et résida à Noie, où se trouvaient ses domaines.
Il y donna des marques particulières de sa dévotion envers le martyr saint Félix. Il entreprit encore une fois de grands voyages et entra en relations avec les hommes célèbres de ce temps dont nous venons de parler, puis, dans sa patrie, avec saint Martin de Tours, qui le guérit d'une maladie d'yeux.
Touché de la grâce de Dieu, il renonça désormais aux honneurs, aux richesses et aux vanités du siècle, et pria
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révèque de Bordeaux, Delphimis, de lui conférer le baptême, qu'il avait si longtemps ajourné (389), et se retira, avec sa femme Thérasie, dans la solitude des Pyrénées espagnoles, sans souci des reproches d'Ausone ' et des grands du monde. Bientôt sa femme ne fut plus pour lui qu'une sœur, et quelque temps après le peuple le contraignit de recevoir le sacerdoce à Barcelone (vers 363).
Yoici en quel termes modestes et résignés il l'annonçait à révèque Delphinus : « Afm que je m'acquitte bien de mon office, que je m'élève à un degré ordinaire et que je sache comment je dois me comporter dans la maison de Dieu et célébrer les saints mystères, daignez, mon vénérable frère et maître en Jésus-Christ, prier pour moi le Seigneur, qui est riche en toutes sortes de biens, afin que je croisse dans la foi, que je devienne habile à parler, que j'acquière la science et la sollicitude ; pour cela, donnez-moi souvent, dans vos lettres, les instructions qui me manquent et qui me sont nécessaires. Yous qui avez grandi dans les paroles de la foi et de la bonne doctrine, formez-moi selon votre règle, nourrissez-moi de vos aliments spirituels, de la parole de Dieu ; c'est là le pain véritable et vivant, c'est la nourriture des justes, qui vivent de la foi. Devenu maintenant pasteur de brebis, adapté aux fondement des apôtres et des prophètes, instruisez et fortifiez mes mains dans la science d'édifier [Epist. u, n. 4). Saint Augustin, saint Ambroise et saint Martin tressaillaient de joie de cet heureux événement. « Heureux le siècle, s'écriait ce dernier, qui possède un monument d'une telle foi et d'une telle vertu ! »
Paulin traversa Milan et Piome, et se rendit à Noie, où il avait été autrefois consul, pour y continuer son genre de vie ascétique et édifier sur le tombeau de saint Félix une superbe basilique. Les paroles suivantes nous montrent où tendaient ses efforts et ses aspirations : « Dieu daigne devenir le Dieu de notre cœur, quand notre cœur, qui était charnel, disparait, anéanti par l'édifice spirituel, et que, renouvelés dans l'esprit
^ Ses poésies, sans rapport au christianisme, se lisent avec infiniment de charme : voy. in Ausonii opéra (Venet.) 1472. in-fol., édition critique, par Yinet, Burdig., 1580 et lo90, avec les Scaligeri lectiones, Amsterd., 1671; le Mosella, où il chante la vallée de ce nom, par Trosz, Hamm., 1821 ; la meilleure par Bœcking, lat. et germ., Berol., 1828. etc
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(le notre cœur à l'image céleste et en Jésus-Christ, nous pouvons dire au Seigneur lui-même : vous êtes le Dieu de de mon cœur et mon héritage à jamais » [Epist. ix, n. o).
Nommé bientôt après, pour ses hautes vertus, au siège èpiscopal de cette ville, en -409, il y fut entouré de la vénération de tous, et donna l'exemple d'une commisération sans bornes envers les malheureux, dans l'époque difficile et calamiteuse de l'invasion des (loths et des dévastations des Vandales.
C'est à saint Paulin qu'on doit ces belles paroles sur Théodose le Grand : «. Nous célébrons en lui non un roi, mais un serviteur de Jésus-Christ, et un prince qui s'élève au-dessus dos hommes plus encore par sa foi que par sa couronne'. »
Plusieurs de ses ouvrages sont perdus ; nous n'avons plus de lui que cinquante lettres à des amis : Sulpice Sévère, saint Augustin, saint Jérôme, ûelphinus, Pammaque, etc., puis une trentaine de poésies, auxquelles il faut ajouter celles qu'à découvertes A. Mai {Xicetx et Paidini scripta e Vat. cod. édita, Romœ, 1827). La délicatesse de son style, par où Ausone se sentait surpassé, éclate surtout dans ses poésies : Cedimus ingenio quantum procedbnus sevo. Assurgit musse nostra Camena lux (Ep. xix). Elles sont plutôt morales que dogmatiques, et, pour la forme, plutôt didactiques que lyriques.
Opéra, éd. Paris., I0I6; éd. Herib. Roswevd, Anlw., 1622, avec la biographie, par Sanchino, complétée par P. -F. Chifflet, Paulinus illustr., sive append. ad opéra et res gestas Paidini, Divione, 1622; éd. Le Brun, Par., 168b; avec trois poésies nouvelles et des dissertât., éd. Muratori, Veron., 1736; Gallandi, Bibl., t. VIII; Migne, sér. lat., t. LXI, avec confusion et lacunes. Cf. Tillem., t. XIV; Ceillier, t. X, éd. 2% t. VIII; Buse, Paulin, évéque de Xole, et son tempa, Ratisb., I806, 2 vol.
Parmi les papes lettrés de ce temps, nous citerons : Jules P% Libère, Damase, Sirice et Innocent I" (voir leurs lettres dans Constant, Ep. rom. Pont., dans les Actes des concileSy de Hardouin et Mansi; Migne, sér. lat., t. YIII et seq.j. Du pape Damase nous avons en outre des vers et des épigrammes. Cf. Fessier, t. L
^ Citation du traducteur.
§ 77. Contiuiiittioa de la ({nerellt; |>ôlag-iennc, surtout dans le sud de la €Manle \
i. Paul Orose était prêtre de Bracara en Espagne. L'intérêt qu'il portait à la science théologiqiie, les incursions des barbares qui désolaient sa patrie et les maux que les priscillianistes causaient à l'Eglise, le décidèrent, en 415, à se rendre en Afrique pour y consulter Augustin sur son Commoiiitormm de errore pr/scillicmistarion etorigf'mstarum. Muni d'une lettre de recommandation de saint Augustin, il alla trouver saint Jérôme, qui était alors à Bethléem, et combattit les pélagiens, favorablement traités par Jean de Jérusalem; il dévoila leurs erreurs au concile de Jérusalem (41o), en annonçant ce qui avait été fait en Afrique contre Célestius et en signalant l'ouvrage de saint x\ugustin. De natura et gratia, contre le pélagianisme. A leur tour, les pélagiens l'accusèrent d'enseigner que l'homme ne saurait éviter le péché, même avec l'aide de la grâce. Orose se justifia dans son Apologie contre Pelage, en prouvant que si l'homme pèche malgré la grâce, il peut, s'il le veut, éviter le péché.
Retourné auprès de saint Augustin en 416, il écrivit ses sept livres à' Histoire universelle, depuis la création du monde jusqu'en -416, pour démontrer que le christianisme n'est pas responsable des calamités et des guerres qui désolent l'empire. Cet ouvrage, malgré ses défauts, était estimé de l'antiquité et surtout du moyen âge, qui en avait fait plusieurs copies. C'est une histoire universelle conçue au point de vue chrétien. L'auteur y montre que c'est Dieu qui a créé, qui règle et gouverne toutes choses'. Il est surtout précieux à cause des sources, aujourd'hui perdues, qu'Orose a consultées ^
Orose, en retournant en Espagne, n'arriva que jusqu'à Minorque, où il apprit les terribles ravages exercés dans sa
' Voy. Histoire littér. de la France, t. II, éd. Palmé.
» Dans plusieurs manuscrits, l'ouvrage porte ce titre énigmatique : Ormesta, ou Hormesla, Orchestra. Oresia (miseria nmndi) ou Orosii niœsta, probablement à cause de son contenu. Voy. Fabricii Bibliotli. lai., IV, cap. ni. Nolte suppose qu'il faut lire Hypomnesticon ou Hypomnestica mundi.
5 Beck, Dissert, de Oros. font, et auct., Ma.'-b., 1832; plus solide et plus développé : Mœrner, De Oros. vit. ejusque histor., Berol., 1844. Cf. Gennad., De script, eccl., c. xxxix.