AUTEURS LATINS. — S. LÉON LE GRAND
luce7n proférât, magni hujus doctoris meritum etiam atqiie etiam confirmât.
Les travaux suivants montrent qu'il ne fut pas moins grand comme écrivain.
Lettres de saint Léon le Grand.
Ces lettres (au nombre de cent soixante-treize, dont cent quarante-trois seulement ont été composées par lui) roulent sur le dogme, l'histoire, la discipline et la chronologie. Parmi les lettres dogmatiques [Epist. xxvin, lix, cxxiv, cxxxix, clxv), la vingt-huitième, adressée à Flavien contre l'hérésie d'Eutychès, jouit d'une grande célébrité. C'est un des plus beaux modèles d'exposition dogmatique que possède la littérature chrétienne ; on en jugera par le passage suivant : « Tous les fidèles confessent qu'ils croient en Dieu, le Père tout-puissant, et en Jésus-Christ, son Fils unique, Notre-Seigneur, qui est né du Saint-Esprit et de la Vierge Marie : trois articles qui suffisent pour ruiner presque toutes les machines des hérétiques. Le Fils unique éternel du Père éternel est donc né du Saint-Esprit et de la Vierge Marie. Cette génération temporelle n'a rien ôté ni rien ajouté à la génération éternelle, mais elle a été employée tout entière à la réparation de l'homme pom' vaincre la mort et le démon. Sans préjudice des deux natures et essences, qui s'unissent en une personne, la majesté a adopté la bassesse, la force la faiblesse, l'éternité la mortalité, et pour effacer notre dette, la nature inviolable s'est unie à la nature passible, afin que, comme l'exigeait notre salut, le seul et unique médiateur de Dieu et des hommes, l'homme Jésus- Christ, put mourir d'une part, et ne pas mourir de l'autre. Le vrai Dieu est donc né selon l'entière et parfaite nature de l'homme véritable, complet dans ses attributs, complet dans les nôtres ; car chacune des deux natures conserve son caractère sans diminution, chacune des deux natures opère en union avec l'autre d'une façon particulière; le Verbe opère ce qui est du Verbe, et la chair ce qui est de la chair. L'une brille dans les miracles, l'autre est soumise aux injures. Le seul et le même, — il faut le dire, — est vraiment Fils de Dieu et vraiment Fils de l'homme.
Et c'est à cause de cette unité personnelle des deux natures
PATROLOGII..
qu'il esl dit du Fils de l'homme qu'il est descendu du ciel, en tant que le Fils de Dieu a pris une chair de la Vierge de laquelle il est né ; c'est pour cela qu'il est dit encore : Le Fils de Dieu a été crucifié et enseveli, bien qu'il n'ait pas soufTert dans la divinité même (selon laquelle le Fils unique est éternel comme son Père et de même nature que lui) ; mais dans la faiblesse de l'humaine nature, il faut reconnaître en lui, d'une manière durable, la propriété individuelle de la nature divine et de la nature humaine, et nous devons savoir que le Yerbe n'est pas ce qu'est la chair ; nous devons confesser le seul Fils de Dieu en tant que Verbe et en tant que chair. Eutychès s'éloigne par trop de ce mystère de foi, lui qui, dans le Fils unique de Dieu, n'a pas reconnu notre nature ni par la bassesse de la mort ni par la gloire de la résurrection. 11 n'a pas été effrayé par cette parole de saint Jean : Tout esprit qui divise Jésus-Christ n'est pas de Dieu ; car qu'est-ce que diviser Jésus- Christ, sinon en séparer la nature humaine et anéantir par d'impudentes fictions le mystère de notre rédemption? L'erreur louchant la nature du corps de Jésus-Christ anéantit nécessairement sa passion et l'efficace de son sang ; car nier la vérité de la chair, c'est nier aussi la vérité de la passion. Quand Eutychès vous a répondu : Je confesse que notre Seigneur a été de deux natures avant l'union, mais après l'union je ne reconnais qu'une nature, je m'étonne qu'aucun juge n'ait relevé, par de sévères paroles, cette confession fausse et absurde, et qu'on ait laissé passer ce discours insensé et blasphématoire, comme si on n'avait rien entendu de scandaleux ; car il est aussi impie de dire que le Fils de Dieu a été de deux natures avant l'incarnation, qu'il est criminel de n'en reconnaître qu'une en lui après qu'il s'est fait chair '. »
Cette exposition lumineuse fut saluée par les acclamations unanimes des évèques du quatrième concile œcuménique de Chalcédoine (451). « C'est la foi des Pères, la foi des apôtres. Nous le croyons tous. Anathème à qui ne croit pas ! Pierre a parlé ainsi par Léon. Léon a enseigné dans la piété et la vérité ; c'est aussi ce que Cyrille a enseigné. »
Les lettres historiques concernent surtout les incidents du brigandage d'Ephèse et le quatrième concile œcuménique tenu
Voy. Héfelé, Hist. des conciles, t. II, en allemand.