INTRODUCTION A LHISTOIRE DE 1. A LITTÉRATURE
suivants, en ont empêché un grand nombre de se perdre. Le christianisme a rafraîchi le génie des anciens peuples et lui a communiqué comme une jeunesse nouvelle, car leur littérature décUnait au temps de Jésus -Christ, et, à en juger par l'histoire des autres nations , sa décadence eût été irrémédiable. C'est à l'Eglise qu'ils doivent d'avoir pu produire une littérature chrétienne, égale à l'ancienne sous bien des rapports, et supérieure à d'autres égards. Désormais l'histoire do la Uttérature clu"étienne et l'histoire des productions intellectuelles des Grecs et des Romains vont se trouver étroitement liées ensemble, tantôt au détriment, tantôt à l'avantage de la première ; car si la littérature grecque, en se présentant à l'Eglise avec les données de l'ancienne philosophie, l'aidait à résoudre plus promptement les problèmes relatifs à l'origine du monde, à la création et à la destinée de l'homme, si elle excitait les chrétiens à se vouer aux travaux littéraires, il faut avouer aussi qu'elle fut une source de déceptions pour un grand nombre d'esprits qui, fascinés par certains rapports plus apparents que réels entre la philosophie païenne et le christianisme, arrivèrent à les confondre et provoquèrent dans la suite ces vives accusations qui fiu^ent dirigées contre le platonisme des Pères. De là naquit l'inévitable besoin de préciser rigoureusement les rapports de la philosophie grecque avec les enseignements du christianisme.
Le christianisme s'appuie sur des faits historiques indubitables, sur des doctrines nettement formulées et garanties par une révélation divine ; il est né dans une époque historique où la fable n'avait aucune part. Sa littérature n'a donc pas commencé, comme tant d'autres, par la poésie, mais par la prose. Ce ne fut qu'après les siècles des persécutions, et lorsque le goût des arts commença à se propager insensiblement parmi les chrétiens, que l'on vit paraître des essais de poésie.
Relativement à la forme de la littérature chrétienne, nous avons déjà expliqué plus haut pourquoi le grec, au lieu de se conserver dans toute sa pureté, dégénéra parmi les chrétiens en un idiome helléniste. Comme cet idiome était la langue même de l'Ancien et du Nouveau Testament, bases de la littérature chrétienne , il exerça naturellement une grande influence sur la traduction latine de la Bible, et cette influence
se fit également sentir dans la littérature latine des chrétiens. Ajoutons que les prédicateurs de l'Evangile étaient beaucoup plus épris de la vérité de la doctrine que des séductions du langage ; ils étaient tellement persuadés que la littérature chrétienne devait , pour porter du fruit, être accueillie et goûtée par des hommes spirituels, qu'ils oubliaient les agréments de la diction. Je suis plus occupé d'être compris du peuple que d'éviter les reproches des grammairiens, disait saint Augustin'. Le pape saint Grégoire le Grand faisait encore moins de cas de la correction du style : Ipsam loquendi artem ... servare despexi, disait-il dans une lettre à Léandre, à propos de son Commentaire sur Job : . . . Non metacumi collisionem furjio, non harharismi collisionem devito, quia indignnm vehementer exisiimo ut verba cœlestis oraculi restingam sub regidis Donati. Et dans une lettre à Désiré, évêque de la Gaule, lib. XI, Epist. liv : Pervenitadnos, rjuod sine verecundia memorare non possumus, fraternitatem tuam f/rammaticam quibusdam exponere ..., quia in uno se ore cumJovis laudibus Christi laudes non capiunt- .
Enfin, la décadence de la littérature païenne, qui depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'au quatrième siècle, où elle eut à subir le mauvais goût des rhéteurs, envahit de plus en plus le fond aussi bien que la forme des ouvrages, puis la décadence des arts et des sciences pendant l'émigration des peuples, paralysèrent le développement de la littérature chrétienne. Cependant dans toutes les périodes de cette littérature, chez les Grecs comme chez les Romains, quelques écrivains se rencontrèrent encore qui surent donner à la vérité chrétienne l'élégante parure de l'antiquité païenne.
Quant au domaine qu'embrassait la littérature chrétienne, nous ferons remarquer que les premiers fidèles, dans l'amour et l'intérêt qu'ils portaient aux vérités révélées, s'occupaient surtout à les répandre par la parole et par l'écriture ; de là vient que pendant les trois premiers siècles leur littérature fut exclusivement religieuse. C'est à partir du quatrième siècle seulement que la grammaire, la rhétorique, la dialectique, l'histoire nationale et mihtaire, l'histoire natiu'elle, la
' StTepe enim et veiba non latina dico,,ut vos me intelligafis. Aug., De doct. christ., III, m, vu. Cf. Enarr. inps. cxxin, 8. — ' Op. S. Greg., éd. Bened., t. I, p. 6; t. II, p. 1140.
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jurisprudence, la médecine et d'autres matières encore, entrent dans le programme scientifique des chrétiens.
Sur le latin et le grec des auteurs ecclésiastiques, consulter : Suiceri, Thésaurus ecclcs. e Patribus grœcis, Amst., 1728 (1682), 2 vol. in-fol. C. Du Fresne, Dom. du Gange, Glossarium mediœ et infimœ grœcitatis, Lugd., 1088, 2 vol. in-fol. Du même : Glossariu7n mediœ et infimœ latinitatis, Paris, 1078, 3 vol. in-fol. Editio auctior studio et opéra monach., Bened., Paris, 1733 et seq., 0 vol. in-fol., Cum supplem. monach. ord. S. Bcned., P. Carpentarii [Glossar. novum ad script, medii œvi. Par., 1076, 4 vol. in-fol.). Adelungi Glossar. manualc ad scriptores med. et infim. latin., Hal., 1772 et seq., 6 vol. in-8°. Ed. G. Henschel., Par., 1840, 7 vol. in-4°.
Nous indiquerons à leur place respective les glossaires sur le style de chaque auteur en particulier.
^ 10. DifTcrcnces de la liUcraturc chrétienne chez les Grecs et chez les Romains.
Les mêmes dilférences que nous avons déjà remarquées dans la littérature païenne chez les Grecs et chez les Romains, reparaissent dans la littérature chi^étienne de ces deux peuples. Un fait qui mérite surtout d'être signalé, c'est que, chez les Grecs, la littérature clu'étienne, même en exceptant les travaux des apôtres, est presque d'un siècle plus ancienne que la littérature chrétienne des Latins. Dans les travaux des Grecs devenus chrétiens, ce qui domine c'est le génie spéculatif; chez les Latins, au contraire, c'est l'esprit pratique. Les Grecs traitent leurs sujets surtout au point de vue philosophique ; les Latins préfèrent le point de vue oratoire, et cette seule qualité compense largement les brillants avantages de la littérature chrétienne chez les Grecs. Grâce à ce sens profond des choses pratiques, les Latins restèrent davantage suï le terrain de l'orthodoxie et de la réalité, et l'on sait que le christianisme s'appuie beaucoup plus sur la pratique que sm* la spéculation.
L'ÈRE PATRISTIQUE.