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ORIGINE DE LA LITTÉRATURE CHRÉTIENNE JUSQU'A L'AN ISO

§11. Moiubre des Porcs apo.«>toliqncs. — Les rares écrits qu^ls out laisses sont réiligés sous forme île lettres et seiileiuent en g^rec.

Parmi les Pères apostoliques qui ont été disciples des apôtres on compte : Clément, évoque de Rome; Rarnabé; Ignace, évêque d'Antioche ; Polycarpe, évêque de SmjTne, l'auteur de la lettre encyclique des fidèles de Smyrne Sur le martyre de saint Polycarpe; l'auteur inconnu de VEpître à Diognète; Papias, évêque d'Hiérapolis, et Hermas, l'auteur du Pasteur, bien qu'il ait dû écrire à Rome dans le milieu du deuxième siècle.

Tous n'ont laissé qu'un petit nombre de monuments écrits, et en voici sans doute la raison : comme le christianisme ne s'annonçait point pour une production de l'esprit humain, mais pour une révélation divine, et qu'il s'accréditait par des miracles, il réclamait la foi ; on n'exigeait point de démonstration, on s'apphquait de toutes ses forces à fah'e pénétrer dans les habitudes de la vie les grandes vérités du christianisme. Dans les premiers temps de sa propagation, du reste, le christianisme s'adressait surtout à la classe inculte, chez laquelle la recherche scientifique n'était pas un besoin et n'aurait pas trouvé d'écho.

Dorné aux simples relations de la vie commune, le mouvement littéraire se révélait sous forme de lettres, où l'on se transmettait les événements de la vie quotidienne, des conseils

et des exhortalions à persévérer dans la foi et dans la charité, des avertissements à fuir les fausses doctrines. Dans cet état de choses, il est à remarquer que la plupart des épîtres émanées des Pères apostoliques offrent, pour le fond comme pour la forme, de grandes analogies avec les épîtres du Nouveau Testament, dont souvent elles ne font guère autre chose que développer la doctrine. Hermas, dans son Pasteur, est le seul qui s'écarte de cette forme épistolaire ; du reste, il ne fait point partie des Pères apostoliques.

Nonobstant ces modestes débuts de la littérature chrétienne, il est étonnant, selon la juste remarque de Mœhler, qu'on voie déjà se dessiner dans ses productions les formes diverses que revêtiront plus tard les différentes branches de la théologie. Ce sont, dans YEpUre à Diofjnète, les débuts de l'apologétique chrétienne en face des incroyants (Demonstratio evanfjellca]; dans les lettres de saint Ignace, les premières assises de la démonstration catholique contre les hérétiques (Demonstratio catholica) ; dans les lettres de Barnabe, l'interprétation aUégorique des vérités de l'Ancien Testament dans leur rapport avec le Nouveau; dans les lettres de Clément de Rome, les origines du droit canon ; dans la lettre des fidèles de Smyrne, un essai d'histoire ecclésiastique; dans lE^/jy/^o-siç de Papias, les commencements de l'exégèse apphquée au Nouveau Testament, et, un peu plus tard, dans le Pasteur d'Hermas, la première tentative d'une morale clii'étienne.

L'usage exclusif de la langue grecque dans la littérature chrétienne jusqu'à la fin du deuxième siècle vient, ainsi que nous l'avons montré plus haut, de ce qu'elle était la plus perfectionnée de toutes les langues anciennes, et que c'était elle qui se prêtait le mieux au service de la religion du Verbe divin (/.ôyoî) ; c'était aussi la langue la plus propagée et la plus connue de cette époque.

La principale édition des Pères apostoliques, celle qui a servi de modèle à toutes les autres, est due à Cotelier [societatis Sorhon. theologusj : Patnim apostolicorum opéra vera efsuppositicia, una ciim Clementis, Ignatii, Polycarpi actis atque martyriis, Paris, 1672; éd. 2** auctior (mais non plus correcte), par l'Arminien Le Clerc. Avec des rechei-ches et des explications nouvelles, dans la Bibliotheca de Gallandi et dans Migne, séné grecque, 1. 1 et II; éd. Jacobsou, Oxon. (1830 et 1840); éd. 3*, 1864; éd. Hèfelé, Tubing., 1839, éd. 4", 1837, éd. o*, cura Funkii,

Tubing., 1875, avec les textes grecs récemment retx'ouvés, comme dans Dressel; éd. Dressel, Lips. (1857) 1863, avec des compléments dans le texte grec, empruntés à la lettre de Barnabe et au Pasteur de Hermas. Traduits en allemand par Karker, excepté les lettres de Clément, Ignace, Polycarpe, qui ont été traduites et commentées par Vocher, Tub., 1829-1830. De même que Cotelier et Le Clerc avaient reproduit les opinions du dix-septième siècle sur les Pères apostoliques, Hilgenfeld a exposé celles des écrivains modernes [les Pères apostoliques, etc. Halle, 1853, en allem.).

§ 12. Saint Clément de Rome.

Voir les Prolégomènes de Cotelier, Gallandi, Jacobson, Héfelé et Dressel. — Consulter sur saint Clément : Iren., Adv. hœres., III, m; Tertul., De 'proescri'pt. hœres., c. xxxii; Clem. Alexandr., Stromat., IV, xviii; Origen., De princip., II, m; Euseb., Hist. eccl., III, IV, xv, xvi, xxxiv, XXVIII ; Epiph., Hœres., XXVII, c. vi; Hieron., Catal., c. xv; Rufin., Prœf. in Clem. Recogn.; Optât. Milev., De schism. Don., lU). III, c. in; Aug., Ep. lui ad Generos.

Des écrivains fort anciens rapportent que le personnage dont saint Paul a fait l'éloge ' et qu'il dit avoir travaillé avec lui, est l'auteur d'une lettre aux Corinthiens. Nous ne savons rien de précis sur les détails de sa vie ; on suppose seulement, d'après le passage de saint Paul que nous venons d'indiquer, qu'il était d'origine païenne et natif de Philippes. Il est vrai que Tillemont et d'autres auteurs, s'appuyant sur un passage même de sa lettre (« votre père Jacob, — Abraham, » ch. iv et xxxi), ont prétendu qu'il était d'origine juive ; mais cette opinion ne semble pas admissible. D'après des données plus récentes, basées sur les écritures pseudo-clémentines, Clément aurait été fds d'un sénateur romain. Toutefois, l'antiquité chrétienne atteste unanimement qu'il fut évèque de Rome (de 92 à 101, dit Eusèbe, difficilement depuis 08 à 77), et, selon toute probabilité, le successeur de Lin et d'Anaclet, lesquels, ainsi qu'on le croyait autrefois, dirigeaient l'Eglise romaine du temps de saint Pierre et pendant son absence. D'après des renseignements moins anciens et peu autorisés, rapportés pai" Siméon le Métaphraste (sur le 2i nov.). Clément aurait été sous Trajan banni de Rome et relégué dans la Chersonèse-

' Phii, IV, 3,

Taurique ', où, après une vie de travaux couronnés des plus beaux résultais, il aurait subi le martyre dans les flots de la mer. On lui attribue les ouvrages suivants :

l . Ouvrages certainement authentiques :

La première Ep/frc aux Corinthiens, 'f.-i7to).à tt^oô; Korvivî/tov; îf.owTï), divisée en cinquante-neuf chapitres*. Cette lettre, au témoignage d'Eusèbe et de saint Jérôme, était lue dans les Eglises chrétiennes dès la plus haute antiquité. Les efforts tentés récemment pour affaiblir lauthenticité de cette lettre, démontrée par de si puissants témoignages, et pour l'attribuer au martyr Flavius Clément, de la famille de Tempereur Domitien, sont aussi vains que les doutes élevés précédemment sur son intégrité.

Cette lettre fut écrite à l'occasion des disputes qui avaient éclaté parmi les fidèles de Corinthe, et qui existaient déjà du temps de saint Paul. Les Corinthiens avaient poussé l'audace jusqu'à déposer leurs .supérieurs ecclésiastiques et à exiger que Clément, évèque de Rome, approuvât leur conduite. Clément, au nom des fidèles de Rome, leur répondit par la présente lettre et leur adressa de vifs reproches sur ce qui s'était passé. « Soumettez-vous aux prêtres, leur dit-il, et recevez la correction dans un esprit de pénitence ; fléchissez les genoux de vos cœurs, apprenez enfin à obéir et quittez la hardiesse vaine et insolente de vos discours. » Dans le Nouveau Testament, leur dit-il, l'institution de la hiérarchie ecclésiastique n'est pas moins divine que sous l'Ancien ; il leur montre les tristes conséquences des dissensions et des schismes, et, après de sévères réprimandes ich. xxix et xlvj, il reprend un accent plus affectueux et les exhorte à rétablir la concorde pai'mi eux. S'il y a quelqu'un parmi vous qui soit généreux, tendre et plein de charité, qu'il parle et qu'il dise : Si je suis cause de la sédition, si je sers à entretenir le schisme et Ja division, je me retire, je m'en vais où vous voudrez, trop heureux si à ce prix la paix de Jésus-Christ règne entre le troupeau et les chefs qui le dirigent (ch. xxxiv)... Pour nous servir aus.si d'exemples profanes, on a vu plusieurs rois et

' Anjunrd'iuu la Crimée. (Noie du tradiicl.J

'•' Dans le Codex Alexandrinus, la lettre débute ainsi : 'H 'Exx),r|iTta toù 0£oy, ■?) Trapotxoùira (Pwiir,v), if, 'Exy.).riCTÎa toy Osoù Trj uapoixo'Jar) KôpivOov.

plusieurs princes qui, dans un temps de peste et de calamité publique, ont eux-mêmes livré leur vie pour sauver celle de leurs sujets. » Le ton un peu âpre qui règne dans certains passages de cette lettre l'a fait appeler par saint Irénée une épître « forte, massive -» (r/.avwrâTfl). Photius la qualifie de « simple, énergique, » empreinte du véritable esprit ecclésiastique, » Biblioth., cod. 113. Elle fut sans doute rédigée vers l'an 90, car l'allusion qui y est faite à une persécution violente qui venait davoir lieu s'applique mieux à la persécution de Domitien qu'à celle de Néron. Les indications contenues dans les chapitres xl et xli ne signifient pas absolument que le temple de Jérusalem subsistait encore. Du reste, saint Clément affirme lui-même, au chapitre xliv, que les successeurs des apôtres avaient déjà institué des prêtres qui, eux-mêmes, « depuis longtemps, >» jouissaient d'un crédit universel, p.2/x«pTupv3pi£voi tto/Xoîç xi^^'^'^'-^ '-"^° Trâvrwv. Cette lettre, si souvent mentionnée dès la plus haute antiquité, fut inconnue dans tout le moyen âge et l'était encore au seizième siècle. En 4628, Cyrille-Lucar, patriarche de Cpnstantinople, fit présent à Charles I", roi d'Angleterre, d'un très-ancien manuscrit de l'Ancien et du Nouveau Testament, auquel était annexée, avec cette lettre qu'on croyait perdue, la deuxième de saint Clément.

Parmi les lettres de saint Clément, on considère comme douteuses :

1 . La seconde Epître aux Corinthiens, 'Ettitto/ïj tt^ôî Ko|3tveîouî SvjTioa.. Cette lettre, composée de douze chapitres, ne commence et ne finit point avec les formules accoutumées du genre épistolaire et ne roule point sur un sujet précis, ce qui a fait supposer que c'était un fragment d'homélie ecclésiastique. Sou authenticité était déjà niée par saint Jérôme, Eusèbe et Photius. Gallandi, dans ses Prolégomènes, a fait de grands efforts pour l'établir par des raisons intrinsèques et extrinsèques. D'autres, prenant le parti opposé et sacrifiant le titre, d'ailleurs insignifiant : n/io? Kopivôic-vç, ont rappelé ce fait consigné dans saint Epiphane', qu'il circulait de son temps des Lettres encycliques de Clémefit, renfermant une doctrine antiébionite, et qu'on lisait dans les communautés chrétiennes. C'est là ce qui a fait

^ Hœres., Ijb, XXX, c. xv. Cf. Hieron.,.*^ dve/'s. Jovinian., lib; I, c. xii.

croire que notre lettre pouvait bien être une de ces lettres circulaires, d'autant plus qu'elle ne portait pas l'adresse des destinataires. Quant à l'absence d'une conclusion, elle s'explique suffisamment par la brusque interruption du texte.

Après une étude plus attentive de cette question, Hagemann a essayé d'établir que ce fragment servait de lettre d'accompagnement au Pasteur de Hermas, avec lequel il présente de nombreuses et grandes analogies'.

Consulter Hagemann, Tub. Theol. Quart.-Sch., 1861, p. :509-o31, et Hilgenfeld, les Pères apostoliques, p. 118-121.

2. Epistolœ II ad virgmes, seu de lande virgmitaù's. Ces épîtres, en traduction syriaque, ont été découvertes au dixhuitième siècle par AYetstein, et publiées avec une traduction latine. On les trouve aussi dans Gallandi, Biblioth., 1" vol., et dans Migne, série grecque, 1" vol. Beelen en a donné récemment une édition plus correcte, à laquelle on serait tenté de reprocher trop d'appareil critique. Louvain, 185.5, in-4°. Elles ont été traduites en allemand par Zingerle, Vienne, 1827. Saint Jérôme et saint Epiphane citent deux témoignages extérieurs en faveur de leur authenticité. Le premier rapporte, Adversîis Joviniannm, cet ennemi de la \irginité, que Clément avait écrit Ad Eiinuchos deux lettres qui roulaient presque inclusivement sur la pureté virginale. Saint Epiphane, Adv. hxres., XXX, xv, disait, à propos des Récognitions des ébionites : Saint Clément réfute les ébionites dans les lettres encycliques qu'on lit à l'église ; on y trouve une croyance et une doctrine tout autre que celles des Récognitions. Contrairement à eux, il y enseigne la virginité, fait l'éloge de David, d'Elie, de Samson, etc. Or, tout cela se rapporte parfaitement à nos deux lettres. La première exalte la virginité, dont elle assigne la raison et le but ; la seconde donne des prescriptions et des conseils pour la vie ascétique. Cette recommandation de la virginité se rattache fréquemment aux textes de saint Paul, / Cot\, vu, 25 et suiv. Mais comme l'auteur va au-delà, qu'il semble dépeindre la vie religieuse telle qu'elle existait au moyen âge, plusieurs ont cru que Clément avait une origine moins ancienne,

< Visio If, c. IV ; voir ce qui sera dit plus loin.

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