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lui est commandé. Car c'est aussi quelque chose de grand d'avoir la vraie foi et la saine doctrine, de circoncire son estomac, d'exercer la douceur et de garder la chasteté ; mais toutes les vertus sont vides, et malgré toute la distinction des mœurs, rien ne peut devenir fécond de ce qui n'est pas né de la charité. C'est pourquoi notre Seigneur a dit : « Je reconnaîtrai que vous êtes mes disciples si vous vous aimez les uns les autres » [Jean, xni, 35), et ailleurs : « Aimons-nous les uns les autres, car l'amour est de Dieu, et tout homme qui aime est né de Dieu et connaît Dieu » (/ Jean, iv, 7, 8). 11 est vrai, tous les moments sont hons pour exercer la charité, mais ces jours de fêtes nous y convient tout particulièrement, ahn que ceux qui soupirent après la Pàque du Seigneur, la reçoivent avec un corps chaste et une âme pure, qu'ils obtiennent par là la plus haute des vertus et la rémission de leurs péchés, » etc. (eh. m et iv). «

En la fête de l'Ascension, saint Léon, Serni. lxxiv, traite de la consommation de l'œuvre de la rédemption et des fruits quelle produit dans les fidèles : " Le mystère de notre rédemption, que le Créateur de l'univers a jugée digne du prix de son sang, s'est accompli depuis le jour de sa naissance corporelle jusqu'à la fui de sa vie par son abaissement miséricordieux. Si bien des marques de la divinité ont relui sous la forme de l'esclave, cependant tous les actes qu'il a accomplis durant ce temps ont principalement servi à attester la vérité de la chair qu'il avait prise. Mais après sa passion, quand furent brisées les chaînes de la mort, qui perdit sa force en s'attaquant à Celui qui était sans péché, l'impuissance se tourna en toute-puissance, la mortalité en immortalité, l'ignominie succéda à la gloire dont le Seigneur Jésus-Christ donna diverses preuves manifestes en présence de plusieurs, jusqu'à ce qu'il porta au ciel le triomphe de la victoire qu'il avait obtenue sur la mort.

» Ainsi, de même qu'en la fête de Pâques la résurrection du Seigneur était le motif de notre joie, son ascension est l'objet de la solennité de cette fête, car nous y célébrons le jour où la faiblesse de notre nature en Jésus-Christ a élé exaltée audelà de toute l'armée céleste, de tous les royaumes des auges, par-delà toutes les puissances, afin d'être associée au trône de Dieu le Père. C'est sur cet ordre des œuvres divines que nous

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sommes fondés et édifiés, afin cfiie la grâce de Dieu parût d'autant plus admirable. Tout ce qui pouvait indiquer le respect qui lui est dû avait été soustrait aux regards de l'homme, afin que cependant « la foi ne chancelât pas, l'espérance n'hésitât pas, la charité ne se refroidît pas, » fides ?w)i diffid"ret, spes non fluctiiaret, caritas non tepesceret.

n Car telle est la force des grands esprits et la lumière des âmes bien aiferniic dans la foi; ils croient d'une foi inébranlable ce que l'œil ne voit pas, et ils dirigent leurs aspirations là où le regard ne peut atteindre. Or, comment ces divines dispositions naîtralenl-ellcs dans nos cœurs, comment pourrionsnous être justifiés par la foi, si notre foi dépendait de ce qui tombe sous les yeux ? De là vient que le Sauveur après sa résurrection dit à Thomas incrédule : « Parce que vous m'avez vu, vous croyez ; heureux ceux qui ne voient point et qui croient » [Jean, xx, !9).

» Cette foi, que fortifient la résurrection du Seigneur et le don du Saint-Esprit, n'a été ébranlée et tronblée ni par les chaînes, ni par les prisons, ni par l'exil, ni par la faim, ni par le feu, ni par la dent des bètes féroces, ni par les tourments les plus inouïs de la persécution. C'est pour cette foi qu'ont combattu dans le monde, non-seulement des hommes, mais des femmes, non-seulement de jeunes garçons, mais encore des vierges délicates, jusqu'à l'effusion de leur sang. Cette foi a chassé les démons, guéri les maladies, ressuscité les morts. Delà vient que les saints apôtres, qui, après avoir été fortifiés par tant de miracles, instruits par tant de discoinTS, avaient cependant tremblé devant la passion cruelle de leur Maître et avaient hésité à croire à la vérité de sa résurrection, sont tellement affermis dans leur foi par sa résurrection que tout ce qui naguère leur avait inspii'é de la crainte, leur devient un sujet de joie; car ils avaient fixé toute leur pensée, totam animi contemplationeni, sur la divinité de Celui qui siège à la droite du Père. S'ils ne voyaient pas son corps, ils appliquaient toute la force de leur esprit à Celui qui n'a pas été séparé du Père quand il est descendu du ciel, et n'a pas laissé ses disciples orphelins quand il y est remonté (ch. m).

» Aussi, mes bien-aimés, le Fils de l'homme apparut plus magnifiquement et plus parfaitement comme Fils de Dieu quand il retourna dans la gloire de la majesté de son Père et

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qu'il commença, selon sa divinité, à être d'autant plus rapproché de nous qu'il s'en éloignait davantage par son humanité » (eh. IV ).

Le Sacramentaire de saint Léon (Liber sacramentorum Kcclesise rom. vetustissimus^) ne fut réunfen un seul corps d'ouvrage que sous Félix III, prédécesseur du pape Gélase; mais il est en grande partie de saint Léon, dont il porte le nom et dont il rappelle le style.

Quant aux ouvrages suivants, que l'oratorien Quesnel lui attribue dans son édition, ils sont difficilement de lui : de la Vocation des gentils, où l'on démontre, contre les pélagiens et les semipélagiens, que Dieu a la volonté de sauver tous les hommes et n'exclut personne de sa grâce : on y explique aussi certains passages de saint Augustin qu'on trouvait trop rigides; Lettre à la vierge Démétriade,ou de l'humilité; Capitula, seuprœteritorurti Sedis apostolicse episcoporuni auctoritas, pour démontrer que les papes précédents ont enseigné sur le péché originel et sur la grâce les mêmes doctrines que saint Augustin.

Doctrine de saint Léon le Grand.

Cette doctrine, passablement étendue, est résumée ainsi dans l'édition de Quesnel : Sancto I^eoni Magno, Ecclesise romanse episcopo ..., fideli ac fidenti Ecclesiœ propugnatori : qui mystcrium SS. Trinitatis contra priscillianistas, Jesu Christi incarnationis necessitatem contra Judœos, eamdem cum Pâtre substantiam contra arianos, humanœ naturse proprietatem contra Eutychen, personœ singularitatem contra Nestorium, Ecclesise jura ac potestatem contra novatianos, corporis mystici unitatem contra donatistas, gratise sanguine mediatoris partœ omnimodam necessitatem, gratuitam largitionem, i/isuperabilem virtutem contra pelagianos pelagianorumque relicpiias ; mysteriorum ortmium veritatem, dignitatem, sanctitatem contra manicha?os , sincerum religionis cultum contra impies et pseudo-christianos cœlesti doctrina, pietate singulari, invicto animo ..., explicuit, asseruit, propugnavit.

Un des caractères saillants de la doctrine de saint Léon, ce sont les vues qu'il a exprimées à plusieurs reprises sur l'autorité de l'Eglise romaine et du Père commun des fidèles.

' Selon la conjecture de Muratori , De reb. liturg. dissert., cap. ly,

hH"! l'ATli()J.(HilK.

L'Eglise romaine, étant la chaire ou le siège de Pierre, a conservé de Pierre la solidité de la foi : SoUditas enim fîdei, quse in apoX'toloruin prinripe est laudnla, perpétua est; et sict(t permanet quod in Cliristo Petrus credidit, ita permanet quod in Peiro Christus instittiit. — In sede sua vivit potestas et excellit auctoritas; delà vient qu'après tant de siècles, elle est inaccessible à l'hérésie' ; Rome, le siège de Pierre, est devenue sous ce titre le chef de l'ordre pastoral dans tout l'univers ; elle s'assujétitparla religion ce qu'elle n'a pu subjuguer par les armes'- ; par le prince des apôtres, elle règne sur toutes les Eglises de l'univers, per beatissimuni apostolorum principem sacrosancta Ecclesia romana tenet supra omnes totius mundi Ecclesias principatuni^ .

Sur la primauté de saint Pierre et sa transmission aux successeurs de Pierre, il dit : Jésus-Christ a admis saint Pierre, à cause de sa foi, dans la communion de son indivisible unité, et a voulu qu'il se nommât comme lui (pierre, roc), afm que la construction du temple éternel, par un don merveilleux de la grâce, reposât sur la sohdité de Pierre, et que ni la folie humaine ni les portes de l'enfer ne pussent rien contre elle* : Islec prseter illam petram quam Dotninus in fundamento posuit stabilis erit ulla constructio'^.

Il marque ainsi le rapport de Pierre avec les autres apôtres : « Il a été tellement inondé de la source des grâces que, tout en ayant seulvQi-w beaucoup, rien cependant n'est passé à un autre (apôtre) sans que lui-même y eût part. » Il est au-dessus de tous les chefs; il est à la tête. « Dans l'univers entier, Pierre seul a été élu ; il a précédé l'appel de toutes les nations, de môme que tous les apôtres et tous les Pères de l'Eglise, et, quoiqu'il y ait dans le peuple de Dieu beaucoup de prêtres et de pasteurs, Pierre les gouverne tous dans un sens tout particulier, eux qui sont principalement gouvernés par le Christ" ; » et de même que Pierre est le chef des autres apôtres, tous dépendent de lui pour leurs fonctions, tous sont sauvés en lui. Aussi le Seigneur a-t-il spécialement prié pour la foi de Pierre', comme si la condition des autres devait être d'autant plus certaine que l'âme du chef resterait invincible, tan-

* Serm. III, c. ii et m. — ^ Serm. XGVI, c. m. — ^ Ep. XII ad episc. Afric. — ■* Ep. LXV, cap. ii. — ' Ëp. X, cap. i; cf. Serm. III, cap. m. — « Hcrm. IV, cap. a. — ' Luc, xxn, 31.

AIJKIUS l.AllNS. — S. I.KON I.K (iKAMl. /)H3

quiDu aliuruin status certior sit futurus, si mens i>ri)i(:i}ns vicia non fuerit \ « Si le Christ demeure la pierre angrulaire de l'Eglise, Pierre n'en est pas moins le roc, en vertu de la participatiou à laquelle le Christ l'a appelé. C'est en lui et par lui que le Christ opère dans son Efi^lisc. »

La transmission de la primauté de Pierre à ses successeurs est exprimée ainsi : Soliditas illa quam de Petra Christo etiam ipse Petra foetus accenit, in suos quoquc se transfudit Jiœredes et ubicunique aliquid ostenditiw firniitatis, non dubie apparet fortitudo pastoris^ . Car, de même que le Christ est dans Pierre, Pierre est dans ses successeurs ; c'est en eux qu'il continue de parler et d'exhorter ; c'est pour eux qu'il prie, c'est en eux qu'il accomplit incessamment cet ordre du Seigneur : Pais mes brebis, mais il ne laisse pas de dire : Sic summoruni servetiir anctoritas ut in nuUo inferiorum putetur immutata lEpist. cxx).

Dans le sentiment de cette charge sublime dont il a hérité, Léon , sentant son indignité personnelle , n'a de confiance qu'en la grâce du Christ qui l'a appelé à cette vocation : « Si je dois trembler quand je considère mon mérite, j'ai lieu de me réjouir quand j'envisage la grâce; car Celui qui m'a accordé cet honneur m'assistera aussi dans mes fonctions, afm que, faible, je ne succombe pas sous le poids de l'honneur... Le Seigneur, en confiant le soin de ses brebis à des pasteurs, n'a point renoncé à la garde du troupeau bien-aimé. -> Ce qui le console encore dans sa sollicitude pour toutes les Eghses, c'est la conviction qu'il sera aidé par le concours de ses coopérateurs : Xecessitatem soUicitudinis quam }iabemus cwn his f/ni nnbis collegii caritate juncti sunt, sociamus ^; aussi recommande-t-il instamment de choisir des pasteurs intègres, dignes et fidèles : Integritas cnim prsesidentium salus est subditorum, et ubi est incohonitas obedientiœ, ibi sema est forma doctrinœ". Il dit que le peuple doit ainsi que le clergé, concourir à leur élection : Qui prœfuturus est oinnibus ab onmibus cligatur\ Mais il se prononce contre les exigences déraisonnables du peuple : Mirantes tantum apud vos per occasionem tcmporis itnpacati aut ambientium prsesumptionem aut tumultum voluisse populorum, ut indiqnis quibusque, et longe

' Sevm. V, cap. m. — ' Serm. III. cap. m. — ^ fJp. V, cap. ii. — '*£'/). XII, cap. I. — '' Ep. X. cap. vi.

extra sacerdote merittim constitutis pastorale fastigium et quhernatio Ecclesiœ crederetur. Non est hoc consulerepopuliSy sed nocere; nec prsestare regimen, sedaufjere '. Quand le clergé et le peuple ne sont pas d'accord pour une nomination, le métropolitain doit décider en élisant le plus digne et le meilleur.

Parmi ses nombreuses ordonnances générales, nous citerons seulement celle qui a tant contribué dans la suite à l'abolition de la confession publique : Quamvis plenitudo fidei videatur esse laudahilis, qux propter Dei timorem apud homi- 7ies eriibescere non veretur, tamen quia non omnium hujnsmodi snnt peccata, iitea, qui pœnitentiam poscunt, non timeantpublicare, removeatur tam improbabilis consuetudo, ne multi a pœnitentige remediis arceantur, dum aut erubescunt aut metuunt inimicis suis facta reserari, quibus possint legum constitutione percelli. Sufficit enim illa confessio quse primum Deo offertur, tum etiam sacerdoti, qui pro delictis pœnitentium precator accedit"^.

Toutes ces qualités font de saint Léon non-seulement un des papes les plus remarquables : ceux-là mêmes qui ne le reconnaissent point pour chef de leur Eglise et pour le maître de leur foi, lui ont donné le surnom de Grand; mais encore le premier pape qui ait laissé des écrits à la fois si étendus et si importants.

Malheureusement, ajouterons-nous avec Bœhringer, à sa mort, les forces intellectuelles commencent à diminuer dans l'ancienne Eglise ; bientôt les Pères disparaissent, les grands conciles deviennent plus rares, tandis que la confusion et la misère vont en augmentant. Mais il avait affermi la papauté sur des bases solides, il l'avait développée afin de compenser en quelque sorte les pertes qu'elle allait subir. Elle devenait à la fois un centre d'unité et un foyer d'éducation pour les générations à venir.

Operum S. Léon., éd. princeps, Andréas Alerienis episc, Rom., 1470, in-foL, éd. Canisius, Colon., 1.546, 2 tom. in-S" ; éd. Surius, Colon., 1561 , in fol., bien dépassée par l'oratorien Quesnel, quia donné trente lettres nouvelles, un nouveau sermon, avec le texte, souvent corrigé, de tous les ouvrages, et im excellent appareil littéraire, Paris, 1675, 2 t. in-4° j

< Ep. XII. — 2 £p. CLXVIII, cap. ii.

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Lugd., noO, 2 tom. in-fol., souvent réinipr. Son jansénisme l'entraine dans plusieurs dissertations dont le but est d'attribuer à saint Léon ses idées sur la grâce; c'est pouniuoi Th. Cacciari lui opposa son édition de saint Léon, Rom., 1751, in-foL, avec dissertations. Les frères Ballerini, ' prêtres de Vérone, tout en estimant son travail, lui reprochent opéra non tam emcndare ac illustrare, quam aliquod pravis notatiunculis, obserrationibns et dissertationibiis non paucis in lacis redarguere, pervertere et deturpare studuit. L'édition des Ballerini est la meilleure, Venet., 1753, t. m, in-fol.; elle réfute les erreurs de Quesnel et contient de précieux renseignements pour l'histoire de l'ancien droit canon. L'appareil littéraire des deux éditions se trouve dans Migne, sér. lat., t. LIV-LVI; cf. Tillemont, t. XV ; Dupin, t. IV, part, i; Ceillier, t. XIV, edit. 2", t. X ; Arendt, Léon le Grand et son siècle, Mayence, 1835.

§ 79. Siaint Pierre CJbrysolog-iie et saint Maxime, orateurs chrétiens-

Vita S. Pétri Chrysologi, par Mita, en sou edit. Opcr., avec des remarques littéraires dans Migne, t. LU.

Pierre, à qui son éloquence a valu le surnom de Chrysologue ou Chrysostome des Latins, naquit à Imola, vers 405, et fut élevé avec tant d'amour par l'évêque Corneille (d'Imola) que dans la suite il l'appelait encore son père {Serm. clxx). A la science il joignit le goût de l'ascétisme, qu'il avait puisé dans l'enceinte d'un couvent. En 433, il fut nommé évêque de Ravenne, siège de la cour impériale d'Occident et sacré par Sixte III. Dans un temps où l'Etat était sérieusement menacé par l'émigration des peuples, l'Eglise déchirée par des sectes et des hérésies, il réalisa, par l'austérité de sa vie, son amour de la prière et l'accomplissement exact de ses devoirs, l'idéal du vrai pasteur : de là, l'immense réputation dont il jouissait. Il fut étroitement lié avec le pape Léon et les hommes les plus considérables de son temps. En Orient, l'archimandrite Eutychès invoqua son appui quand il eut soumis sa doctrine à la décision du pape. Chrysologue, ne voulant point entrer dans le débat, se contenta d'exhorter Eutychès à se soumettre à la décision du pape, « attendu que saint Pierre, qui vit et préside dans son siège, donne la vérité de la foi à ceux qui la cherchent. » Il ne pouvait pas, dans sa sollicitude pour la paix et pour la foi, émettre aucun avis avant la décision du juge : Nec possumus injuriose replicare, qui jubemiir honorem dare et timorem reddere et exspectare, non disculere,

nH<î IWTBOLOGIK.

qui'tii jiirliccm ro)i/}f<'mur\ Chrvsoloj^ue fiit-il élevé à la dignité de métropolitain, et par conséquent le premier archevêque de Ravenne, comme Tillemont et Ceillier essaient de le prouver? Nous l'ig-norons'. Il mourut à Imola entre 450 et iol.

Outre sa lettre à Eutychès, on a conservé de lui cent soixanteseize Sermons; dans ce nombre, si nous en croyons Mita, environ cent soixante seulement lui appartiendraient. Ils ont été recueillis au huitième siècle par Félix, évêque de Ravenne, qui y joignit un prologue. C'est par ses discours que nous pouvons le mieux apprécier son zèle pastoral soit pour soulager les besoins de son troupeau, soit pour défendre la vraie doctrine contre les ariens, les nestoriens, les monophysites, les donatistes et les partisans de Photin, soit enfm pour abolir certains désordres conservés du paganisme, comme ceux du nouvel an : Qiiœ vanitas, qualis dementia, quanta excitas, fateri deos, et eos ludibriis infelkibus infamare. Qui jocari voluerit cum diabolo non poterit gaudere cum Christo. Nemo cum serpente seciirus ludit, nemo cum diabolo jocatur impune^.

Ces discours, qui se rattachent en partie au texte évangélique , sont, malgré leur brièveté , riches et substantiels. Quoique simples et sans ornements, ils sont embellis par des images empruntées à la nature et à la vie humaine, et, comme dans saint Clément de Rome, éclairés par des exemples tirés de l'histoire sainte. Dans les discours sur les fêtes du Seigneur , dans les panégyriques de la sainte Vierge et des saints, sa diction souvent s'anime et se colore. Le dogme, en servant de base aux sermons de morale, rend les exhortations à la vertu plus attrayantes et inspire une plus vive horreur du vice. Saint Chrysologue a vérifié lui-même cette parole sortie de sa plume : « 11 faut parler au peuple dans le langage du peuple. » Pour la vie morale il recommande surtout la prière, le jeûne et la miséricorde, qui doivent toujours aller de concert. « C'est là ce qui donne à la foi sa fermeté, à la piété sa constance, à la vertu sa persévérance. Le jeune est l'àme de la prière, la miséricorde en est la vie. Que personne ne sépare jamais ces trois choses. Ce sont elles qui soutiennent la ci-

^ Opéra Leonis. ep. i. fin. — * Cf. J. Amades-, Dissert, de melrop. ecci Havenn.; Migne, sér. lat., t. LU, p. 94. — ' Serm. cl.

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tadelle du ciel, pénètrent dans le secret de Dieu notre juge, et obtiennent devant le tribunal de Jésus-Christ indulgence pour les injustes et rémission pour les coupables. »

Pour donner une idée plus complète du genre de prédication de notre auteur, nous citerons encore le sermon clxxiv sur la décollation de saint Jean-IJaptiste : « Un jom*, le ciel et la terre ont frémi et tremblé à la vue des mets sanglants du festin nocturne d'Hérode, à la vue d'un si cruel appareil; c'est votre tour aujourd'hui mes auditeurs. « Hérode fit un festin nocturne le jour de sa naissance. » Oui, certes un festin nocturne, parce que cet anniversaire était consacré non à la lumière, mais aux ténèbres, car c'est le jour où est né un fils des ténèbres et non de la lumière : « Hérode le jour de sa naissance fit un festin aux grands de sa com', aux premiers officiers de ses troupes et aux principaux de la Galilée. » De quoi la cruauté imprévoyante et aveugle n'est-elle pas capable? EUe convoque tous les puissants, afin d'avoir non-seulement plusieurs convives, mais encore autant de témoins de son crime, autant déjuges de son infamie qu'elle a de présidents de la justice, quod habuit prsesides disciplime.

« Et la fille d'Hérode entra et elle dansa, et elle plut à Hérode. » L'infâme justifiait sa naissance en plaisant à un père infâme ; l'adultère ne pouvait produire qu'une infâme, dont la démarche efféminée, le port insolent de la tète, les membres étendus, le sein artistement ondoyant devaient, par leur laideur même, plaire davantage à son père. Quand Hérode la vit ainsi, il la reconnut naturellement pour sienne ; il l'eût prise pour une étrangère s'il lui avait vu la moindre décence. Cette femme recelait alors en elle un serpent qui dans ses mouvements sinueux se glissait à travers tout son corps et y répandait un venin mortel ; la rage s'emparant alors des esprits et le poison des corps de ceux qui étaient à table, les changea en bêtes farouches, et on les abreuva non de vin mais de sang ; dans leur fureur ils ne mangèrent pas du pain, mais de la chaiihumaine. Voilà ce qu'elle fit de ces hommes à qui elle apporta la tête de saint .Jean encore toute dégouttante de sang, afin que fût confirmée cette parole du Psalmiste : « Ils ont donné la chair de vos saints aux bêtes de la terre et répandu leur sang comme de l'eau » [Ps. lxxviii, 2 et 3). Voilà ce qu'ont produit ces festins continues durant des nuits entières; voilà

ce qui arrive quand le vin est acheté hors de mesure et bu sans mesure. Comment arrive-t-on à de tels excès ? La chair infortunée avec ses faiblesses suffit déjà pour le crime, suivant ce qu'atteste le Prophète : « Jusques à quand vous jetterezvous sur l'homme, en vous joignant tous ensemble pour le tuer comme une muraille qui penche déjà et une masure tout ébranlée » {Ps. lxi, 4)? Dans Hérode, la chair était ivre; et enchaîné dans l'ivresse, agacé par la débauche, il promit, moins par plaisanterie que par dérision et mauvaise humeur, de donner tout ce que l'infâme demanderait.

« Demande-moi ce que tu voudras, lui dit-il, je te le donnerai, et il jura. » Il jure, le malheureux, au moment où il abjure tout honneur et toute vertu. Et que pouvait demander l'impudicité sinon la ruine de la chasteté, le meurtre de la pudeur, la mort de la sainteté, ses éternelles ennemies? « Je veux que vous me donniez la tête de Jean dans un bassin. » Si Jésus- Christ est la tète de l'homme, selon l'Apôtre (/ Co?\, XI, 13), on peut dire que l'antique serpent conspirait dès lors par la bouche de cette fille la mort du Christ Notre-Seigneur : « Je veux que vous me donniez la tète de Jean dans un bassin. » Dès ce moment-là, l'insatiable dragon se repaissait de la tète du serviteur et avait soif de la passion du Seigneur.

« Je veux que vous me la donniez dans un bassin. » Pourquoi dans un bassin ? Pourquoi portez- vous avec tant de soin celui que vous tuez avec tant de mépris? C'est uniquement par ce que la mort des saints est précieuse devant le Seigneur {Ps. cxv, 5). Ce que lu fais, tu ne le fais pas comme lu veux ; une volonté plus haute le pousse ailleurs que là où tu veux aller. C'est dans cette horrible taverne, et non à la cour du roi, que cette furie savait sa proie, lorsqu'elle choisissait la tète du martyr; elle se sentait dans un bain lorsqu'elle regardait haletante le torrent de ce sang précieux ; elle était impatiente de dévorer à pleine bouche et à belles dents l'aliment de sa cruauté.

» Jean-Baptiste parut dans une grande hauteur, comme une lampe sur un chandelier, afin de dissiper les ténèbres, suivant ce que dit le Seigneur : « Il était une lampe ardente et luisante » {Jean, v, 33). Il arriva brihant comme un juge assis à son tribunal, afin que lui, qui condamnait l'adultère, fit connaître et condamnât le meurtrier ; afin qu'après avoir

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