‹ PatrologieChapitre 71 sur 143 · AUTEURS LATINS. — S. PIERRE CHRYSOLOGUE · texte numérisé non relu

AUTEURS LATINS. — S. PIERRE CHRYSOLOGUE

vivant invité l'adultère à se conveitir et lui avoir promis le pardon, mort, il condamnât aussi le meurtrier.

» Mais, je le demande, quel pardon mérite-t-il. celui qui, dans la mort de saint Jean-Baptiste, a si cruellement tué la pénitence même? Vos efforts sont vains, Ilérode et Ilérodiade, — deux noms rassemblés non par rinelination, mais par le vice ; — vous croyez follement que la voix aussi peut être étouffée : « Je suis, dit Jean-Baptiste, la voix de Celui qui crie dans le désert » {Jean, i, 23). La voix, elle ne peut être tuée; elle n'en est que plus forte, délivrée des liens du corps. Telle la voix d'Abel ; dans le sang, elle retentit plus loin, pénétra avec plus de force, arriva plus vite au ciel. De même, maintenant, saint Jean crie par toute la terre ; il manifeste à tous, et dans tous les temps, votre attentat, il le révèle parmi les peuples. Voyez, saint Jean se glorifie de Jésus- Christ qui est sa tête, lui dont la tête est devenue la proie de la mort. Voyez, le jour où vous achevez votre anniversaire, ce jour-là commence sa naissance dans le ciel; quand votre nativité le précipite dans la mort, sa mort devient le jour de sa nativité. Le juste a commencé de vivre quand il a été jugé digne de mourir pour Jésu.s-Christ. Cette mort accroît la vie du mart}T au lieu de l'éteindre ; sa mort lui donne un nouveau lustre, parce qu'il est mort pour vivre éternellement. Vous êtes mort, et Jean vit dans la mort même. Vous avez perdu votre pourpre artificielle ; Jean resplendira toujours dans la pourpre de son sang. Vos convives participent à votre châtiment ; saint Jean participe au festin céleste avec les chœurs des anges. Il entend incessamment Iharmonie des cieux ; vous entendez sans relâche les hurlements et les grincements de dents. Lui, que vous avez donné pour prix à votre danseuse, est maintenant honoré du royaume et des récompenses célestes. Joseph, quand il se soustraya à la femme adultère, laissa son manteau ; Jean, pour ne point voir l'adultère, se débarrasse de son corps même. Joseph, pour ne point commettre d'adultère, subit volontiers sa prison ; Jean, pour flétrir l'adidtère, contre la prison échange la solitude. Joseph, en interprétant les songes, échappe à la mort ; Jean, pour annoncer le Fils de Dieu, accepte la mort. Joseph, en pourvoyant à la nourriture des corps , gagna une chaîne d'or: Jean, en faisant connaître aux fidèles le pain du ciel,

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mérite que son cou soit lié d'une chaîne sanglante. En vérité, de tous ceux qui sont nés de la femme, Jean est le plus grand; non-seulement il a blâmé la femme adultère, mais il a dédaigné tout commerce même innocent avec les femmes. »

Ses travaux dogmatiques et polémiques intéressent encore l'histoire dogmatique, notamment YExpUcation du Symbole des apôtres (serm. li-lxvi). Sans atteindre, malgré son titre de Chrysostome des Latins, à la hauteur de ce Père grec, il mérite d'être aujom'd'hui mieux connu et apprécié. Ses Sermons peuvent rendre de grands services aux prédicateurs.

Sermonum éd. princeps, du P. Agapit. Vincentinus, Bonon., 1534, in- 4°, sept éditions jusqu'en 1636; corrigés et expliqués par Dominique Mita, Bonon., 1643, in-4''; Venet., 1742, in-fol., la meilleure, de Séb. Pauli, Yenet., 1750, in-fol.; Aug, Vind., 1758, in-fol.; réimprimés dans Migne, série lat., t. LU. Cf. Tilleraont, t. XV; Ceillier, t. XIV, éd. 2% t. X; Fessier, t. II, p. 706.

Son contemporain Maxime, évêque de Turin, est également estimé comme oratem* chrétien. Gennade l'appelle vir divinis Scripturis satis intentus, et ad docendum ex tempore plebem siifficiens (De script. eccL, cap. xl). On prétend qu'il se forma surtout par l'étude de .saint Ambroise. Ce qui est certain, c'est qu'au concile de Milan (451), où les évêques du nord de l'Italie signèrent la lettre dogmatique du pape Léon à Flavien, ainsi qu'au concile de Rome (^-itjo), il joua un rôle important. Dans ce dernier concile, sa signature suit immédiatement celle du pape Hilaire. Il mourut dans un âge avancé.

L'édition romaine de ses œuvres, édition splendide et trèssoignée, partage ainsi les deux cent trente-neuf discours qui restent de lui : cent dix-sept homélies, cent seize sermons, et six traités. L'appendice y ajoute trente et un sermons, trois homélies et deux lettres dune authenticité douteuse. Ces ouvrages, comme ceux de saint Chrysologue, sont dirigés contre les hérésies mentionnées plus haut, qui trouvaient un terrain propice dans la haute Italie. L'orateur, en présence des incursions d'Attila et de ses hordes, recommande la vertu et la confiance en Dieu ; il s'élève contre la superstition dont il restait encore plus d'un vestige. Il blâme la cupidité de ces chrétiens qui rachetaient les objets volés que les Huns ne pouvaient emporter d'Italie, et jusqu'à des hommes, qu'ils

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gardaient comme esclaves : Senex pater captum deflet filium, et lu jam super eum veliit servulum gloriaris. Il les compare à ces loups qui suivent les traces des lions pour se rassasier des débris de leur proie.

Outre la variété du fond, ces discours se distinguent par une forme agréable et par de vigoureuses sentences.

Editio [Hom. lxxiv) princeps, Colon., Jo35; augm., Rom., lo64; editio justa Pii VI et Victori Amadeo Sardiniae régi dicata, de P. Bruno Brunns, Rom., 1784, in-fol.; Migne, sér. lat., t. LVII.

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