CHAPITRE PREMIER
t$ 80. IBii«(orieiis eoolésiasliqnrs clii sixièuio .«itTle.
Voy. Valesii Disxei't., Du Fresne-Dii Congé , Prœf. de auct. chron. pasch.: Défelé dans \e Diction. encycL de la théoL cath.
I. Théodore, qui portait le surnom de Lecteur, dont il remphssait les fonctions à Constantinople, continua en deux livres VHisioire de Socrate jvisqu'à l'tMnpprorir .Justin I" (mort en
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527). Il n'en reste que les extraits de Nicéphore Calixte. On -lui doit encore un ouvrage historique qui se trouve à la bibliothèque de Venise et dont Henri de Valois parle dans sa préface.
II. Evagre Scholastique, né vers 536 à Epiphanie, dans la Célésyrie, était laïque. II fut successivement avocat, questeur et préfet d'Ântioche. Les six livres de son Histoire ecclésiastique embrassent les aimées écoulées de 431 à 59-i. Il y mêle quantité de choses profanes et se montre trop crédule *.
III. Le Chvonicon paschale, très-important pour la chronologie, a eu probablement deux auteurs, l'un et l'autre inconnus ; le premier a traité la période qui s'étend de la création à l'an 354 de Jésus-Christ; le second a continué l'ouvrage jusqu'en 360. C'est le tableau des faits disposés par ordre chronologique.
Du Cange l'a appelé Chronicon paschale, parce qu'il donne toujours le cycle pascal et les indictions, et qu'il mentionne constamment les fêtes juives et chrétiennes.
Editeurs de Théodore : Valesius et Reading, t. III; Migne, sér. grecq., t. LXXXVI, part, ii; d'Evagre, ihid.; Migne, t. LXXXVf, pari, i; du Chronicon. paschal., Sigonius et Panvinius, sous le titre : Fasti skuli; Raderu.", S. J., sous le litre: Chronicon alexandrinum, i 61 o; le meilleur : Du Cange, Par., 1688; Diudorf, Bonn, 1832; Migne, sér. gr., t. XCII.
§ 81. Dcuis l'Arcopag-ite.
Le ^ourry, Dissert, de oper. S. Dion. Areop. in Apparat. adBibl. max. Patr., 1703; Corderius, Observât, gêner, pro faciliori intellifj. S. Dion., et Isagotje, Pelr. llallois, S. J., VUa S. Dion. Areop.; P. Lansselil, S. J., Disput. apologet. de S.Dion.; Dallaeus, De script, quœ sub. Dion. Areop. et Ignatii Antioch. nominib. circumferiintur, Genev., 1666.
Cinq ouvrages célèbres nous sont parvenus sous le nom de Denis; ce sont : des Noms divins; de la Hiérarchie céleste; de la Hiérarchie ecclésiastique ; de la Théologie mysticjue; dix Lettres. Les quatre premières sont adressées au thérapeute
' Voyez les nombreuses corrections du texte par le docteur Nolte, dans la Revue de Tubingiia. Rœssler, dans la Bibliothèque (allemande) des Pères, en donne de longs extraits.
(sous-diacre) Caïiis ; la cinquième au liturge (diacre) Dorothée ; la sixièmo au prèlre Sosipater ; la septième au hiérarque (évèque) Polycarpe ; la huitième au thérapeute Démophile ; la neuvième au hiérarque Titus ; la dixième au théologien Jean, apôtre et évangéliste, pendant son exil à Tîle de Patmos. Au moyen âge, on les attribuait unanimement à Denis l'Aréopagile, converti par les prédications de saint Paul', premier evèque d'Athènes, martyr sous Domitien% et confondu de nouveau avec un évêque du nom de Denis, qui vivait sous l'empereur Dèce et qui fut évêque de Paris.
Les raisons qui ont fait attribuer ces ouvrages à Denis l'Aréopagite sont fournies par ces ouvrages mêmes. 1° Ils sont adressés à des personnes apostoliques ; les quatre premiers au conprêtre Timothée ; 2" l'auteur se nomme lui-même Denis [Epist. vn, 3), ce qui, joint aux noms qu'il cite, ne peut guère se rapporter à un Denis postérieur à l'Aréopagite. 11 se donne, en outre, pour un disciple de saint Paul, et cite parmi ses amis et connaissances quantité de personnes que nous rencontrons dans le Nouveau Testament ou dans l'histoire du premier siècle : Timothée, Tite, Carpe, Juste, Clément, Jean, Barthélémy, Polycarpe, Caïus, Elymas, Simon, etc. 3" Il dit qu'il a entrepris un voyage « pour voir le corps qui a porté Dieu, la sainte Vierge, et qu'il s'est rencontré avec Pierre et avec Jacques, « le frère de Dieu^. » 4° Il assure avoir observé, avec Apollophanes d'Héliopolis, l'éclipsé de soleil qui eut lieu à la mort du Christ \ On peut dire enfin que Denis l'iVréopagite a passé pendant tout le moyen âge pour l'auteur de ces écrits.
Dans la suite cependant , les raisons tirées du style de l'auteur, de son genre maniéré et artificiel, de ses expressions emphatiques, si étrangères àlasimphcité du style apostohque, ont prévalu de plus en plus ; l'emploi de termes théologiques qui n'ont été en usage que dans les siècles suivants, tels que :
'J7rûC7T«<rtç pour personne, à.nM'f/y-zoq, àzrjZTTZMÇ, àva/^oiwTo;, àaîr«6o).«;
{De dw. mnn., cap. n, § 10); le mélange perpétuel d'expressions et de formules néoplatoniciennes ; la description exacte d'institutions monastiques parfaitement développées, d'un rite public exercé sans trouble, toutes ces raisons ont établi
^ Ad , xvir, 34. — ^ Eu?eb., Uisi. eccles.,, III, iv. — ' De div. nom., c m, § 2. — ■* Ep. vin, § 2.
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non-seulement lïnvraisemblance , mais l'impossibilité d'une rédaction aussi ancienne.
En outre, quand il fut démontré que ces écrits attribués à Denis l'Aréopagite n'avaient été cités publiquement qu'au commencement du sixième siècle par les hérétiques monophysites en faveur de leur doctrine, tandis que les catholiques les récusaient comme leur étant inconnus, des critiques, tels que Dallée, Paulus de Ileidclberg, etc., accusèrent l'auteur de falsification et d'imposture. De leur côté, Hipler de Braunsberg et de nos jours Skworzow de Kiew ont repoussé ces accusations avec de nouvelles et savantes recherches , presque toujours habilement présentées.
Hipler fait valoir par-dessus tout qu'on ne trouve pas dans ces écrits la plus légère trace semblant indiquer que l'auteur veuille se donner comme un contemporain des apôtres, ni même pour un disciple de saint Paul qui aurait été plus tard évêque d'Athènes. Au contraire, il donne à son maître vénéré le titre de hierotheus, nom inconnu d'ailleurs et que Nolte croit être une traduction en grec du nom Paphnutius en copte. Saint Paul, il ne le nomme qu'en quatre endroits, avec les titres honorables de « divin Paul, d'homme vraiment divin, de bienheureux législateur, de lumière du monde, » afin de mieux inculquer certaines vérités contenues dans son Epitre. C'est encore ce qu'il veut dire au cinquième passage [De div. nom., cap. ni, § 2), par ces paroles : « instruit par saint Paul, » puisqu'il a mentionné im peu auparavant les « raisons théologiques, » de son excellent maître Hiérothée, qui traite la même matière, et qu'il se décide un peu malgré lui à écrire une seconde fois sur le même sujet pour le compléter.
Denis ne prétend pas davantage que le Timothée à qui cet écrit est dédié soit le même que le compagnon de saint Paul appelé Timothée, autrement il l'aurait appelé, comme il appelle Titus, hiérarque (évêque) et non pas prêtre ; ce dernier terme ne peut émaner de lui, car partout il désigne les deux ordres supérieurs du clergé par àpvf/r^ç et is.oeijç. Si, à la fin de cet écrit, l'auteur déclare que lui et son maître enseignent selon l'ancienne tiadition, or.p/jxia. Tra.pv.ooTL;, il ne laisse pas de montrer que son temps est bien postérieur à celui des apôtres. Que l'auteur, homme d'esprit et de grand talent, ainsi que le reconnaissent ses ennemis les plus irréconciliables, ait oublié
ici le dessein qu'il se proposait, celui de se faire passer pour un homme apostolique, il n'est pas raisonnable de le soutenir. Quant à son nom de Denis et aux noms de ses amis, qu'on rencontre fréquemment non-seulement dans le temps des apôtres, mais dans les siècles suivants, il était inutile de s'y arrêter.
Si l'on peut souscrire hardiment à ces raisons de Hipler, on trouve de grandes difficultés à admettre sa manière d'interpréter le récit de Denis sur son pèlerinage auprès du corps dont Dieu s'est revêtu, comme sur l'observation de l'éclipsé à la moi't de Jésus-Christ. 11 se fonde sur ce que tous les manuscrits étant d'accord , il tient le texte traditionnel pour authentique et, à l'exception d'une addition qui, pour ce dernier cas, est entre parenthèse, il ne le croit pas interpolé. Cependant, il admet sans hésiter que les titres des traites sont apocryphes et ont été mis après coup; car, ainsi qu'on l'a déjà remarqué, ils contiennent des expressions que l'auteur n'emploie jamais dans le texte.
Ces résultats établis par Hipler sont admis en substance par Skworzow; il pense, lui aussi « que Denis était d'une loyauté parfaite et étranger à toute idée d'imposture. » Cependant, il n'est pas satisfait de la manière dont Hipler explique les endroits captieux et sujets a caution, et il n'est pas content de le voir reculer l'auteur de ces écrits jusqu'au quatrième siècle. Selon lui, il appartiendrait probablement au troisième et serait le même que Denis le Grand d'Alexandrie ; son maître si vénéré ne' serait autre qu'Urigène. Les raisons matérielles dont il appuie ce sentiment sont fort graves'. Les allusions
^ Voici ces raisons : 1" dans reudroit de son livre De div. nom., où Denis élabore et coaii^lèle l'ouvrage de son ma'dve'^-coixs.ManifelcinenluJ, il esl eu plusieurs endroits presque liltéralenienl a'accord avec le JJû priiicipiis (de clcmcnlisj d'Ongène ; '1° il y a accord dans ce que Denis le Grand écrit pour se jusldler du reproche d'avoir rais le Fils de Dieu au rang des créatures par le terme de 7îoiriu.a, avec les développements de celte doctrine dans le De die. nom., cap. n, § ri; cap. xm, § à, cap. ii, g 5 et 7 ; 3" eutiu Denis d'Alexandrie, d'après ses lelties conservées dans ÎCuiebe, //.si. ccc/.. Vil, vu; VI, xl,v, s'accorde, dans l'adoucissement des principes selon lesquels il faut traiter ceux qui ont apostasie, avec la lellre de l'Aréopagite au thérapeute Démophile. Joignezy que les personnes et les noms de l'entourage de i'évèque d'Alexandrie ; Timothée, Gaïus, Pierre, Paul, etc. (Eusèbe, flist. eccl., VI, XLJ, conviennent avec ceux que nous avons rapportés ci-dessus de l'Aréopagite. Voy. Skwor- ^fow, p. 136-163.
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manifestes ou implicites au temps des apôtres auraient été ajoutées plus tard, « et de plus, continue raiiteur, on peut fort bien admettre qu'un contrefacteur aura, dans son intérêt, fait quelque changement dans ces écrits, » p. d07.
Cependant, il reste toujours l'objection de Hipler sur l'accord du texte dans tous les manuscrits. Ce qui milite encore contre une rédaction si ancienne, c'est que les écrits de l'Aréopagite emploient dans un sens technique des locutions théologiques qui ne sont entrées dans l'enseignement ecclésiastique qu'après les ({uatre conciles œcuméniques de Nicée (325). Constantinople (381), Ephèse (431) et Chalcédoine (451). Ce qui étonne surtout , c'est d'y trouver la description d'un culte ecclésiastique parfaitement développé , avec de nombreuses formes symboliques, qui n'ont pu s'établir qu'après une longue et complète tolérance de l'Eglise catholique et une ère de paix. Il est vrai qu'au temps de Denis le Grand il y avait déjà quantité de belles églises , surtout à -Nicomédie et à Rome ; mais il est certain que. dans la situation toujours précaire de rEgli.se et au milieu de la persécution qui bientôt allait éclater sous l'empereur Ûèce et faire de si nombreuses victimes, dont Denis lui-même dépeint en termes si éloquents la confession héroïque *, le culte ne se déployait pas encore dans toute sa splendeur. Quant aux obscurités, aux choses dissimulées à dessein dans les écrits de l'Aréopagite , elles ne s'expliquent pas, comme on le dit si souvent, par la discipline de l'arcane, car la plupart des objets qu'il traite n'en font point partie; de plus, son style, dont nous parlerons plus loin, a un cachet individuel qui diffère sensiblement de celui de l'évêque d'Alexandrie dans les fragments qui restent de lui.
Nous croyons donc qu'il faut s'en tenir à cette présomption, qui est encore aujourd'hui assez générale, c'est que ces écrits ne datent que des disputes monophysites, immédiatement avant ou après le concile de Chalcédoine (451); c'est effectivement à cette date qu'ils ont été produits en public ^ Un
• Euseb., Hist. ceci., lib. Vî, cap. xx-xlii.
' Hipler allègue le fait suivant en faveur d'une origine plus ancienne : Saint Grégi'ire de Nnzianze (rncrt vers 390), dans son discours sur la nativité du Seigneur, disait à propos de la doxologie,« qu'un autre avant lui l'avait développée philosophiquement dans les termes les plus beaux et
peu plus tard, ils sont cités comme des autorités par Léonce de Byzance et Anastase le Sinaïte. Saint Maxime, le théologien de son temps, y composa des scholies et Pachymères y ajouta une paraphrase \
Quand ces écrits, traduits en latin, se répandirent en Occident, sous Pépin et principalement sous Louis le Pieux, qui les avait reçus en cadeau de l'empereur Michel Bal bas (827) ; quand la version latine -eut été corrigée par les soins de Scot Erigène, leur autorité ne fit que s'accroître. Ils devinrent même la base exclusive de la théologie mystique et furent commentés par les plus fameux théologiens du moyen âge. Le premier qui éleva des doutes sur la paternité de Denis l'iVréopagite fut Laurent Valla, dans ses remarques sur le Nouveau Testament et principalement sur les Actes des apôtres, ch. xvii. Son sentiment fut partagé par Erasme, Beatus Rhenanus, Cajétan, Bellarmi, Albaspinnœus, Sirmond, Pétau, etc. Les dissertations de Morin, De ordinibus , de Le Nourry et du calviniste Dallée, ont transformé ce doute en certitude. Ce dernier rejette tout l'odieux de cette affaire sur l'auteur.
Ainsi, malgré toutes les récentes recherches, il reste beaucoup d'obscurités et d'incertitudes sur l'auteur et sur le but de son travail. Mais aujourd'hui que l'auteur «st pleinement absous de toute accusation de fraude, il faut espérer qu'on s'intéressera de plus en plus au fond de sa doctrine et qu'on l'étudiera avec une ardeur nouvelle. Au moyen âge, où le sens critique était peu développé, mais l'unité de la foi si admirable, il a été longtemps en estime et en crédit.
Contenu et forme de ces écrits.
\. Nous commençons par le principal, le traité des Noms divins, où l'auteur expose son point de vue théologique : « Nous devons d'abord, par la prière, nous approcher de la divinité, source de tout bien, afin d'être initiés à la connaissance des biens surexcellents qu'elle renferme ; car elle est en
les plus magnifiques. » Or, conclut Hipler, il est manifeste qu'il fait allusion à notre Denis, De cœlest. hicrar., cap. vin, %.i. Ce n'est pas là une preuve certaine, car cette doxologie peut avoir été citée par un autre auteur.
< Pans Migne, sér. gr., t. I et II.
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tout, mais tout n'est pas en elle. Nous serons en elle, si nous l'invoquons par de saintes prières, avec un esprit pur et un
cœur préparé à l'union divine Il faut donc, avant toutes
choses, surtout en théologie, commencer par la prière, non pas pour attirer la vertu, qui est partout et nulle part présente, mais afin de nous remettre entre les mains de Dieu et de nous unir à lui par le souvenir et en dirigeant vers lui nos invocations. »
« Mais pourquoi composons-nous la présente théologie, puisque notre excellent maître Hiérothée l'a si bien développée dans ses éléments théologiques (Origène, De principiis) ? Nous le faisons pour quatre motifs, et parce que ce maître n'a pas traité avec ordre toutes les matières théologiques et surtout ne les a pas développées en détail. Je développerai donc et j'expliquerai dans ma langue propre les pensées qu'il n'a fait que condenser, car nous les considérons comme une seconde Ecriture sainte à côté de celle qui est inspirée de Dieu. Nous ne toucherons donc que ce que le divin Hiérothée destine luimême à être exphqué et ce qu'il a clairement interprété » (ch. ni, §§ 1-3).
« Nous essaierons en outre, en nous fondant sur la sainte Ecriture, de dévoiler les noms de Dieu, loin de tout discours de la sagesse humaine, car on ne doit dire et penser de la divinité suressentielle et mystérieuse que ce que Dieu luimême nous en a révélé dans la sainte Ecriture. Le divin, en effet, s'il faut en croire la sainte et véridique théologie, ne se révèle dans la mesure de l'esprit de chacun qu'à la suite des vues qu'il y puise dans la prière (ch. i, § 1). C'est avec cette balance sacrée que nous nous dirigeons partout, et nous trouvons dans chaque livre saint la divinité saintement exaltée, d'abord comme monade et svâg, à cause de la simplicité et de l'unité de l'indivisibilité surnaturelle, — puis comme Trinité, parce que la fécondité suressentielle, d'où émane et de laquelle tire son nom toute paternité au ciel sur la terre, se manifeste en trois hypostases. Cependant , comme les choses divines sont incompréhensibles, nous essaierons de les exposer dans des symboles, suivant cette parole des Juges, xni, 18: «Pourquoi vous enquérez-vous de mon nom, qui est admirable - (ch. I, §§.î, 5)?
Ainsi, nous donnerons à nos explications des noms divins
(dans l'Ecriture) des oreilles sacrées, nous exposerons devant les fidèles la sainteté au moyen d'objets saints, mais non devant ceux qui ne sont pas initiés, suivant la tradition divine. Daij^ne Dieu me faire la grâce d'exalter les noms multiples de la divinité sans nom, en laissant dans ma bouche la parole de vérité. — Après avoir posé ces principes, l'auteur décrit et dévoile Dieu sous les noms bibliques suivants : le Bon, le Beau, l'Aimant, l'Etre, le Tout-Puissant, le tirand, le Saint des saints, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, le Dieu des dieux, le Parfait et l'Un.
Et il conclut ainsi : Ces noms divins intelligibles, nous les avons résumés et développés selon nos forces, tout en restant bien en deçà du sens véritable et sans même atteindre aux louanges que leur donnent les anges. Car si les premiers de nos écrivains sacrés sont bien moindres que les derniers des anges, nous sommes fort loin de les égaler. Mais, dans la mesure où nous avons pu trouver le sens de l'explication des noms de Dieu, c'est l'ouvrage de Celui qui dispense tout bien, par conséquent qui donne le dire non moins que le bien dire (ch. xur, § 4).
2. L'ouvrage de la Théologie mystique commence par une invocation à la Trinité suressentielle, surdivine, surexcellente, à la surveillante de la sagesse divine et chrétienne. Conduisnous au surinconnu ; au sommet qui brille par-dessus tout, au sommet suprême des discours mystiques, là où les mystères simples, absolus, immuables de la théologie sont dévoilés dans l'obscurité supralumineuse du silence mystique et secret. Voilà ma prière (ch. i).
Dans la recherche des doctrines saintes et mystiques qui dépassent nos conceptions, il faut procéder par affirmations et par négations ; il faut surtout se purifier, ainsi qu'il fut ordonné à Moïse : d'abord se purifier soi-même, puis s'éloigner des choses impures ; c'est alors seulement qu'il entendit les trompettes retentissantes (ch. i, § 3).
Si l'on veut ensuite être en état d'exalter Celui qr.i est l'auteur de tout et élevé par-dessus tout, il faut s'unir à lui, en se détachant de tout ce qui n'est pas Dieu, comme le statuaire établit sa statue en enlevant ce qui voile la beauté. Tout ce qui, dans les désignations symboliques de Dieu, est dit négativement (colère, haine, tristesse, serment), et affirmativement
(être, vie, sagesse, force), doit être entendu et interprété dans son vrai sens. Il faut donc dire que l'Auteur de toutes choses et au-dessus de toutes choses n'est pas sans essence, sans vie et sans esprit ; (iii'il n'a ni corps, ni forme, ni quantité ; qu'il n'est pas dans un lieu, qu'il n'est pas visible, ne peut être touché par les sens, n'a point de passions, etc. (ch. iv). Dieu n'est donc rien de ce que nous connaissons ; il est au-dessus do tout cela ; il n'est donc ni affirmation, ni négation ; parce que la cause réelle et parfaite de toutes choses est au-dessus de toute affirmation, et parce qu'au-delà de toute négation s'élève, détachée de tout, la surabondance de Celui qui est par-dessus tout.
3 et 4. Les deux traités suivants : de la Hiérarchie * céleste et de la Hiérarchie ecclésiastique ont beaucoup de rapport avec le précédent. La hiérarchie céleste décrit Tordre des anges, qui reçoivent la lumière sans mélange, sans matière, et qui ont d'abord révélé ce qui est caché en Dieu, car ils sont les intermédiaires de toutes les révélations de Dieu sous l'ancien Testament, et de toutes celles de l'incarnation de Jésus-Christ dans le Nouveau^. Cet ordre des anges est présenté en trois triades qui sont : r les Trônes, les Chérubins et les Séraphins ; 2° les Vertus, les Dominations et les Puissances ; 3° les Anges, les Archanges et les Principautés. Chacune de ces trois catégories, dans lesquelles s'échelonnent les neufs chœurs des anges, a son opération propre: la première purifie, la seconde éclaire, la troisième et la plus élevée unifie. — Dante disait que nul n'a décrit les chœurs des anges avec plus d'exactitude et de beauté que notre auteur, et il était tenté de croire que saint Paul lui avait communiqué et expliqué les visions qu'il avait eues dans son ravissement au troisième ciel \
La Hiérarchie ecclésiastique peut être considérée comme une image de la hiérarchie céleste. Ceux qui sont chargés d'enseigner et d'administrer les sacrements tiennent sur la terre
< Notre auteur est sans doute le premier qui, dans la littérature chrétienne, ait emplo3^é le mot hiérarchie, et voici comment il l'expliqxie, d'après les indications fournies par Jésus-Christ môme, Mallh., xx, 2G-27; xxin, il, elc; Jean, xiir, 13-17 fque celui qui veut être le premier soit votre serviteur) : 'iepapyja £<r:iv, y.a6'yjv Upeù; âp^ei xai âpj^sTat, \>.r^xz xô âp/siv Twpavvixôv lyo^i [xiqTS tô âp/^îuôai (îîa'.ov.
* De hier. coH., cap. iv, §§ 2-i; cip. v. § 2. - ' Parad., ch. x, v. 113. H6; comp. ch. xxviu, 127,
fi02 PATHOLOGIE.
la place des anges. La seule différence consiste en ce que les êtres célestes sont instruits d'une manière plus simple et plus spirituelle. Les hommes, étant composés d'une âme et d'un corps, ne sauraient voir directement les choses spirituelles ; ils ne peuvent arriver à la vision intellectuelle que par des images et des symboles, comme aussi ils ne participent pas tous à la divinité de la même manière, mais selon que la balance divine dispense à chacun son lot à proportion de sa dignité. C'est pourquoi les remplaçants des anges, et surtout les fonctions qu'ils remplissent dans la hiérarchie, forment aussi trois triades : on y distingue 1" les trois consécrations et ce qu'elles opèrent ; 2° les consacrants, — les mystes; 3° ceux qui sont consacrés. Les consécrations sont : le baptême , la communion, la consécration de l'huile pour les onctions, laquelle s'emploie dans toutes les consécrations et qui purifie éclaire et perfectionne.
Les mystes sont : le hiérarque (évêque), le prêtre (hiéreus) et le liturge (le diacre); les forces hiérarchiques qui purifient opèrent par le diacre, celles qui éclairent par le prêtre, celles qui perfectionnent par l'évêque, mais de telle sorte que les forces de l'ordre inférieur reviennent toutes au myste de l'ordre supérieur.
Dans l'ordre des initiés, les plus bas sont ceux qui doivent être purifiés, les catéchumènes, les énergumènes, etc.; puis ceux qui sont éclairés (baptisés) et qui ont part aux mystères. Les plus élevés sont les moines, qui mènent une vie non partagée et tout entière à Dieu. Dans cette exposition d'un symbolisme élevé, le but moral est presque toujours au premier rang. Dans le baptême, le chrétien doit mourir avec Jésus- Christ, en marchant sur les traces de Celui qui le premier a livré les combats de la vertu, et se dépouiller de ce qui s'oppose à sa déification. Dans la communion, il doit s'unir k Jésus-Christ et participer réellement à Dieu. L'tiuteur termine en décrivant le mystère qui a lieu lors de l'inhumation de celui qui s'est endormi dans le Seigneur, suivant qu'il est prêtre, moine ou simple fidèle.
De ses dix lettres, la première traite en peu de mots de la nécessité d'écarter l'ignorance des choses divines ; la seconde, de Dieu comme principe de tout bien ; la troisième, do la signification du mot Èr/t»vÀî, employé à propos de l'incarnation de
Jésus-Christ ; la quatrième explique que Jésus- Christ est à la fois vrai Dieu et vrai homme ; la cinquième dit comment il faut entendre les ténèbres divines dans la théologie mystique ; la sixième avertit le prêtre Sosipater de ne pas discuter sur le culte divin et sur les divergences en matière de doctrine : « Faites plutôt ainsi : parlez pour la vérité de telle sorte que ce que vous direz soit absolument irréfutable.» La septième et la première justifient plus en détail, à l'adresse de Polycarpe, le conseil donné dans la lettre précédente de ne pas discuter avec les incrédules, mais de leur proposer la vérité, en l'appuyant de solides raisons. Quant au sophiste Apollophane , mal disposé envers lui (Denis), on peut le faire souvenir de la nécessité d'adhérer à la vérité chrétienne, en lui rappelant l'exclamation involontaire qui lui est échappée quand il était avec lui à Héliopolis, et qu'il observait l'échpse survenue à la mort de Jésus-Christ (discussion sur un dessin qu'on lui avait peut-être présenté)? La huitième, au thérapeute (sous-diacre) Démophile, lui recommande l'humilité et la douceur, et le blâme d'autant plus sévèrement que lui, l'inférieur, il a traité avec une rigueur cruelle un pénitent absous par un prêtre. Les inférieurs, comme Démophile, ne doivent pas blâmer ceux qui sont au-dessus d'eux ; il faut observer partout l'ordre et la subordination, imiter plutôt la douceur de Jésus- Christ que le zèle d'Elie. « Modérez donc, comme il convient, vos discours, votre zèle, votre passion, et prescrivez-leur ce qui est expédient : à vous les liturges, aux liturges les prêtres, aux prêtres les hiérarques, aux hiérarques les apôtres et les successeurs des apôtres » [§ 4). La neuvième lettre, à Tite, se propose d'écarter les fausses idées qui sont nées de ces expressions symboliques : « maison de la sagesse, leur coupe, leur nourriture et leur boisson. » La dixième annonce à Jean, exilé à Patmos, sa délivrance et son prompt retour au milieu de son Eglise de l'Asie Mineure, ajoutant que cette annonce est tout-à-fait digne de créance. »
Ces extraits suffisent pour donner une idée du genre maniéré de l'auteur ; il l'exagère encore par la fréquence do ses superlatifs, la description pompeuse d'objets sacrés, les expressions emphatiques et les longues périodes. Nous y trouvons, à côté de ces formules : surinefTable, surdivin, surbrillant, surbeau et tout beau, cette phrase étrange : « l'unité
60 i PATROLOGIE.
unifiante de toute unité ; » de là de grandes et nombreuses obscurités, et pour l'interprète des difficultés souvent insurmontables.
But et contenu des ouvrages de Denis.
La diversité qui règne dans les jugements portés sur l'auteur se reproduit quand il s'agit de fixer le but de ses écrits. Après un examen attentif de ces derniers, l'hypothèse suivante de Hipler nous semble la plus acceptable. L'auteur (conformément aux conseils qu'il donne dans sa sixième et sa septième lettre) se propose moins de discuter en détail, suivant ce que faisaient la plupart des apologistes, que d'amener au christianisme les partisans de la philosophie platonicienne par un examen impartial et une libre adoption des éléments de vérité que contient cette philosophie'. Hipler aurait pu rappeler, à l'appui de sa thèse, que saint Augustin lui-même avait longtemps rendu hommage aux principes essentiels de la philosophie néoplatonicienne^. Déjà Engelhardt, pour confirmer ce sentiment, avait ajouté à sa traduction (souvent inexacte, il est vrai) des écrits de Denis, la traduction partielle d'un commentaire AeVAlcibiade de Platon, parle néoplatonicien Pro:-lus, et celle du neuvième livre des six Ennéades de Plotin, parce que Deiiis,' outre les ouvrages des chrétiens, avait beaucoup puisé dans ces écrits.
Quant au sentiment opposé, savoir que les écrits de l'Aréopagite auraient eu pour but d'introduire le néoplatonisme dans l'Eglise chrétienne, il est manifestement contredit par cette déclaration expresse faite par l'auteur au commencement du livres des Noms divins, comme il l'avait été précédemment par Justin, Clément d'Alexandrie, Origène, etc., « qu'il considère comme source de la connaissance des choses divines, la sainte Ecriture, la tradition et l'expérience interne, et qu'il met la première au-dessus de toute philosophie. » (Voyez cidessus, page 599-000.)
Si donc on y trouve quantité d'expressions qui semblent receler la doctrine de l'émanation et le panthéisme des néoplatoniciens, il serait aussi inexact de l'accuser de néoplatonisme que de dire que la Bible est panthéiste, parce que des panthéistes
' V07. sa Préface, p. m. — * \oy. ci-dessus, p. o23, note 3.
allèguent ses textes à l'appui de leur système ; autrement le moyen âge, si zélé pour l'orthodoxie, n'aurait pas tenu ces livres en si constante estime. Mais il est possible que, dans sa prédilection pour CCS écrits, le moyen àgc y ail vu plus qu'il n'y avait en réalité. « Le fond de la doctrine, dit avec raison StœckJ, est chrétien ; mais les développements et les expressions se rapprochent autant que possible des idées et des principes néoplatoniciens, surtout de Proclus. 11 n'est donc pas étonnant que ces écrits aient suscité dans l'époque suivante deux écoles mystiques opposées l'une à l'autre, une école idéaliste et une école mystique chrétienne : la première, née de l'interprétation de la doctrine de Denis dans le sens de l'idéalisme néoplatonicien ; la seconde, de l'interprétation de cette doctrine dans le sens chrétien. Les ouvrages de Denis favorisaient ces deux tendances, et il n'est pas étonnant qu'elles se soient révélées dans le cours du temps '. »
Quant aux doctrines exposées dans ces écrits, elles sont peu nombreuses ; on n'y trouve point surtout une exposition précise des dogmes du péché originel et de la rédemption. Quand l'auteur en parle, il renvoie à ses Hypotyposes théologiques^, qui ne nous sont point parvenues, ou à d'autres ouvrages non conservés, mais dont ilipler atteste l'existence par différents indices. Ajoutez que son style, ampoulé et mystérieux, ajoute encore à l'obscurité des pensées qu'il émet sur le dogme.
Entre les dogmes que nous avons cités, l'auteur traite surtout delà nature, de l'origine et des suites du péché ^ Il s'occupe avec beaucoup de détails de la Trinité et de Jésus -Christ. On a prétendu qu'il était monophysile et monothélite, de là vient qu'il aurait été d'abord exploité par les monophysites. Mais cette supposition s'explique aisément par son style vague et diffus d'une part, et de l'autre, par une lecture superficielle des écrits de l'auteur : elle ne résiste pas à une confrontation et à une étude attentive des passages en question. Ils favorisent si peu l'absorption de la nature humaine par la nature divine, que l'auteur fait consister l'essence propre de Jésus- Christ dans son humanité*.
' Philosophie de l'ère pidrislique, n. 498 et suiv. — * Théol. mrjst., ch. iir — 3 De div. nom., cap. iv, §§ 18 et seq. — * Voy. Vogt, dans VEncyclop, de thcol. protest.
Des vues particulièrement intéressantes sont celles où l'auteur montre que la hiérarchie ecclésiastique est formée sur le modèle de la hiérarchie céleste ; on admire ses nombreuses et touchantes exhortations à s'unir à Dieu, son attachement filial et sa foi profonde au surnaturel du christianisme.
C'est pour ces raisons surtout que les écrits de Denis s'accréditèrent de plus en plus, même chez les catholiques, dans la controverse du monothélisme et des images. L'enthousiasme du moyen âge alla si loin, qu'il les plaça immédiatement après les saintes Ecritures. Ils servirent de guide aux spéculations des scolastiques, de lumière aux contemplations et aux réflexions des mystiques ; aux ascètes, ils indiquèrent comment on peut s'unir à Dieu par la purification et l'illumination ; aux interprètes de l'Ecriture, ils fournirent un modèle d'explications ingénieuses et profondes ; aux artistes, une foule de symboles pleins d'expressions, et l'on peut dire qu'en fait ils ont considérablement influé sur la symbolique artistique appliquée à la religion.
Opéra, graece, Basil., dijSO; gr. et lat., éd. Corderius, Paris, i61o; Antvf., 1634, in-fol., 2 vol., avec les scholies de Maxime, la paraphrase de Pachymères et un appareil liistorico-crilique ; Migne, sér. gr., t. 111 et IV. Cf. Tillem., t. II ; Ceillier, t. XV, éd. 2^, t. X ; Aschbach, Dictionn. ecclés., 2" vol.; Staudenmaier, Philos, du c/m'sf., • Ritter, Hist. de la phil. chrét., t. II; Hipler, Denis l'Aréop., Recherches sur l'authenticité et la crédibilité des écrits qui existent sous son nom, Ratisb., 1801. Voyez Darboy, (Eavres de saint Denis l'Aréopagite, traduites du grec avec une introduction, Paris, 1845; Freppel, Cours d'éloquence sacrée à la Sorbonne, année 1860-1861; Scbworzow, Recherches patrologiques sur l'origine des écrits problématiques des Pérès apostoliques, Loips., 1875.
§ 82. An(cur<; ntoiU!« iDiporianls de ccUe épof|ue.
î, Basile, évèque de Séleucie en Isaurie, vers le milieu du cinquième siècle, avait d'abord rejeté la doctrine d'Eutychès, mais intimidé par le brigandage d'Ephèse (449), il adhéra momentanément auxmonophysites. On lui doit quarante-deux Homélies et une Histoire de sainte Thècle (deux livres), dépourvue de critique. (On l'attribue aussi à un autre auteur.)
II. Enée de Gaza, philosophe chrétien, vivait dans les cinquième et sixième siècles ; il a laissé un beau dialogue en grec,