Les Anacréontiques sont une suite de pièces de vers
< Mansi, Conc. gêner, coll., t. XI.
éiâ patrolôgIe.
agréables, d'une beauté simple et naïve, sur le Seigneur, les fêtes, les saints, etc.
5. En matière liturgique, nous citerons : le Triodion, recueil de belles prières, et le Commentaire liturgique, courte explications des prières de la messe '.
6. La Confession des pécheurs est une sorte de manuel pratique à l'usage des confesseurs, puisé dans les canons ; « car ceux qui ignorent les saints canons et enseignent des erreurs, donnent la mort spirituelle à leurs pénitents. »
Plusieurs de ses travaux ont été découverts par A. Maï. Cf. Spkileg. rom., t. III et IV. Voir aussi Ballerini, Syllog. monum., t. II, et surtout Migne, sér. gr., t. LXXXVII, part. m.
§ 84. L'aiibé MaiLime, confessear (mort en 662).
Voir l'ancienne Vie et les Actes de saint Maxime, dans Combéfis, et la Notice de Fabricias, Bibl. gr., t. IX; Migne, sér. gr., t. CXI.
Maxime, né à Constautinople d'une ancienne fanoille noble, étudia spécialement la rhétorique et la philosophie, et fut le premier secrétaire de lempereur Héraclius (610-641). Il ne tarda pas à entrer dans le monastère de Cbrysopolis, près de Constautinople, et après quelque temps il eu devint le supérieur. L'amour de la retraite et l'apparition du monothélisme lavaient décidé à quitter la cour et à se rendre en Occident. Il séjourna surtout à Rome (sous le pape Jean, 640-642) et en Afrique. Partout il mit les Occidentaux au courant de la nouvelle hérésie, ainsi qu'il l'avait déjà fait en 633 à Alexandrie, de concert avec Sophrone.
En Afrique, il soutint une dispute avec le monothéhte Pyrrhus, patriarche de Constautinople, en présence de l'empereur et de plusieurs évèques. Pyrrhus commença la conférence par cette interrogation : « Quel mal vous avons-nous fait, mon prédécesseur et moi, pour nous décrier partout en nous rendant suspects d'hérésie ? Qui vous a plus honoré et plus respecté que nous, môme sans vous connaître de visage ?» — Maxime répondit : « Cela est vrai, mais depuis que vous avez
' On appelle Triodion la partie du bréviaire grec qui contient les offices depuis la Septuagésime jusqu'à Pâques; chaque chant contient trois strophes. Voyez Benterim. benkwurdigkeiten, t. IV.
AUTEURS GRECS. — MAXI5IE. 6i3
attenté au dogme chrétien, il m'a paru terrible de préférer vos bonnes grâces à la vérité. » La doctrine d'une seu^e volonté est contraire au christianisme, car quoi de plus profane que de dire : c'est par une seule et même volonté que le même a tout fait de rien, qu'il a désiré de boire et de manger.
— Mais si le Christ est un, il voulait comme une seule personne et par conséquent n'avait qu'une seule volonté. — Vous confondez. Le seul Christ est Dieu et homme tout ensemble ; et s'il est l'un et l'antre, il a voulu comme Dieu et comme homme, et voulu ce qui est conforme à chaque nature ; aucune des deux natures n'était privée de sa volonté et de son opération ; de même que le nombre de ses natures ne le divise point, il en est de même du nombre des volontés et des opérations, » etc.
Cette longue dispute se termina par cette déclaration de Pyrrhus : « Vous avez prouvé qu il est absurde de n'admettre dans le Christ qu'une opération; je demande grâce pour moi et pour mes prédécesseurs : nous avons péché par ignorance. Epargnez la mémoire de nos prédécesseurs. » — Maxime reprit : « Il faut anathématiser l'erreur sans parler des personnes. — Mais par là, dit Pyrrhus, on condamnera Sergius et mon concile. — Ce n'était point un concile régulier.
— S'il le faut, je vous donnerai toute satisfaction ; mais je voudrais auparavant visiter le tombeau des saints Apôtres et le pape, et présenter à celui-ci le formulaire de ma rétractation. » Pyrrhus tint parole, et, accompagné de saint Maxime, il se rendit à Rome et se réconcilia avec l'Eglise par une confession orthodoxe.
Sous l'empereur Constant II, Maxime et le pape Martin furent emmenés de Rome à Constantinople, et cités en justice par suite de fausses accusations. Dans l'impuissance de convaincre Maxime d'aucun méfait, on finit par exiger directement qu'il reconnût l'erreur monothélite, et, sur son refus, on l'exila à Byzia, dans la Thrace. Là aussi, on chercha à ébranler sa constance et à lui faire reconnaître le t7/pe ou édit de l'empereur. Cette nouvelle tentative ayant encore échoué, on le traîna tantôt dans un lieu, tantôt dans un autre, d'abord à Salembria, puis à Perberis. Après l'avoir souvent maltraité, on le ramena à Constantinople, où il fut condamné par un concile, ainsi que le pape Martin. Sophrone et tous les ortho-
dôxcs ; on le livra ensuite au préfet chargé de le punir. Maxime et ses disciples furent battus de verges ; on leur arracha la langue, leur coupa la main droite et les exila à Lazica, sur la mer Noire. Maxime y mourut, séparé de ses deux amis, le 13 août 662, ainsi qu'il l'avait prédit.
Parmi ses nombreux écrits nous citerons :
\. Les Questions à Thalassius, le plus étendu de ses travaux, où il explique, dans un sens presque toujours allégorique, certains points difficiles de l'Ancien Testament.
2. Dans quelques-uns de ses écrits, Maxime a résumé, en de très-courts chapitres, souvent en quelques phrases conçues sous forme daphorismes détachés, la doctrine de rEghse. Ainsi deux cents chapitres sont consacrés à la théodicée et à l'incarnation ; cinc/ cents autres chapitres à la théodicée, à l'incarnation, au bien et au mal moral; trois coïts à la charité.
3. Sous le titre û' Opuscules théologiques et polémiques à 3Iarinj les éditions renferment divers traités plus ou moins longs sur chaque dogme en particulier, sur la terminologie dogmatique, etc. Plusieurs se rapportent à la controverse du monothélisme.
4. La Mf/sfagogie est une explication des symboles, des figures, des actions figuratives et des expressions en usage dans le culte divin et dans la prière.
o. Ambir/uorum liber, seu de variis difficilibus locis sanctorum Dionysii Areopag. et Greg. Theol. Cet écrit explique les passages obscurs et difficiles de l'Aréopagite et de saint Grégoire de Nazianze '.
6. Do ses autres ouvrages, dont plusieurs ne sont que des compilations, nous citerons la fameuse Controverse avec Pvrrhus^ VOpuscidiim de anima çX la Lettre à Jean //traitent de l'existence de l'àme, de sa spiriluahté, de son origine contre la théoiie de la préexistence et du traducianisme, de son immortalité, avec rapport à Platon, de ses parties, d'après Aristote. Hijnmi très, reproduites par Migne, série grecque, t. XCI, d'après le Thésaurus hymnologicus de Daniel; Adyo? àTzïîTt/.o,-, en forme de dialogue ; explication du psaume xltx et du Pater. 11 existe encore des fragments de commentaires sur les Psaumes, Isaïe, saint Luc, saint Jacques, sur le Cantique
'■ Ed. Œhler, Halae, 1857. — * Voir des extraits dans Rohrbacher, t. V, p. 443, éd. 5°.
des cantiques dans les chaînes grecques'. Saint Maxime fait peu d'exégèse; il emploie la plupart des textes de rEcriture à des considérations Ihéologiques et mystiques. Cela est vrai surtout des ouviviges suivants : Scholia in Op. S. Dionysii Areop., que Morelli a le premier édités en grec, Paris, 1552; avec l(^s Scholies de (j. Pachimères et les Œuvres de Denis, éd. Corderius, S. J., cum vcrsione, Paris, 1()33, et Anvers, 1634, 2 vol. Migne, série grecque, t. I et II, cum Oper. Dùm. Areop., — Lettres, dans Combéfis, t. II. D'autres écrits sont imprimés ailleurs, plusieurs en manuscrits ; quelques-uns sont de vrais traités. Ces ouvrages roulent sur le dogme, la philosophie, la morale et la mystique ; quelques-uns ont un caractère personnel.
Contenu de ces écrits.
Les quelques indications que nous venons de donner attestent une grande variété de travaux. L'un d'eux a pour objet de déterminer le temps de la fêle de Pâques ; il est cité ordinairement sous le titre de Compiit ecclésiastique^ . La plupart cependant s'occupent de théologie et de philosophie, où l'auteur recourt souvent à Platon, à Aristote et aux néoplatoniciens ; quelques-uns traitent de la mystique et de la contemplation.
Dans les premiers, l'auteur examine longuement les rapports de la foi et de la science, qui lui semblent inséparables, car la théologie (connaissance de Dieu et des choses divines) et la philosophie ont le même objet et tendent au même but. La philosophie embrasse trois parties : pratique, théorique et théologique^ Carie chrétien e.>t philosophe en trois choses, dans les préceptes, dans les dogmes et dans la foi. Les pré- "ceptes délivrent l'esprit des passions, les dogmes le conduisent à la connaissance de l'être, la foi à la méditation de la sainte Trinité*. La foi est une connaissance fournie par des piincipes indémontrables, une certitude immédiate de la vérité du surnaturel'. La science naît des idées qui expriment l'essence de l'être même. — La philosophie chrétienne, selon lui, est insé-
' Ed. Fronto-Ducseus, anctor. Bihl Pair., t. II. — * Migne, sér. grecq., t. XIX, le donne comme supplément à la Chronique d'Eusèbe. — * Schol. in Greg. Nrtz. — * Capila de charitate, cent, iv, n. 7. — ' Cap. tlieol. et vecon., cent, i, n. 9.
parable de la vie chrétienne ; la théorie et la pratique, la connaissance et l'action sont aussi essentiellement unies que l'âme et le corps.
L'objet le plus élevé de la foi et de la science, de la théologie et de la philosophie, c'est la doctrine de Dieu et de la Trinité, que l'auteur développe d'après saint Grégoire de Nazianze et Denis l'Aréopagite. Mais toute connaissance de Dieu n'est icihas que relative ; la connaissance absolue, immédiate, est réservée à la vie future, quand l'âme aura été déifiée par son union complète avec Dieu. — Dans toutes ces expositions, le vague de la philosophie platonicienne de Denis disparaît devant la notion de causalité d'Aristote et la notion plus précise encore de la doctrine révélée.
Remarquons encore que dans la doctrine du Saint-Esprit l'auteur concilie l'Eglise d'Orient avec l'Eglise d'Occident, car il dit expressément en parlant de sa procession du Fils : Spirilus sanctiis quemadmodum natura essentialiter Dei est et Patris, ita et Filii natura essentialiter existit, ut qui a Pâtre per FiUum suhstantialiter procédât^ .
Cependant, saint Maxime considère comme sa principale tâche de combattre la doctrine des monophysites sur une seule opération, et celle des monothélites sur une seule volonté en Jésus-Christ. Il s'opposa hardiment aux édits dogmatiques des empereurs, VEc thèse et le Type, et endura même de cruelles souffrances pour défendre les deux volontés correspondant aux deux natures en Jésus-Christ. Il les démontre d'abord par l'Ecriture et la tradition, puis parla philosophie et la théologie. De la Bible, il invoque les textes suivants : Marc, vi, 48 ; vu, 2-4 ; IX, 29 ; Jean, i, -i3 ; vu, i ; Matth., xxvi, 17; xxvu, 34.. Sur ce texte de saint Matthieu, xxvi, 39 : « Que votre volonté se fasse et non la mienne, » il écrivit un traité spécial, pour montrer qu'il faut admettre deux volontés correspondant aux deux natures : volonté divine, qui veut notre salut en union constante avec la volonté du Père et du Saint-Esprit ; volonté humaine, qui se soumet volontairement pour nous racheter. La preuve traditionnelle, il la tire des plus célèbres docteurs catholiques, Athanase, Grégoire de Nazianze, Grégoire de Nysse, le divin Chrysostome, Sévérien de Gabala, Cyrille d'A-
♦ Ex opère lui dubiorum, éd. Combéfis, 1. 1 ; Migne, sér. gr., t. XC, p. 146.
lexandrie, Ambroise, Léon le Grand, etc. Quand les adversaires veulent invoquer contre lui ces saints docteurs, il leur démontre qu'ils sont contre eux, notamment le pape Honorius. Il déploie dans la démonstration dogmatique une grande vigueur de dialectique, comme on le voit surtout dans sa conférence avec Pyrrhus.
\Yagenback constate en saint Maxime un grand progrès sur les précédents docteurs de l'Eglise grecque, à cause des différents moyens qu'il indique pour s'élever à Dieu en pratiquant les actions saintes en usage dans l'Eglise, dont il décrit le symbolisme dans sa mystagogie.
D'après tout cela, saint Maxime apparaît comme le plus grand théologien de son temps ; son influence sur la théologie du moyen âge a été beaucoup plus considérable qu'on l'a cru jusqu'ici. Par son orthodoxie inébranlable, sa pénétrante dialectique, la profondeur de son génie contemplatif, il est un des plus grands précurseurs non-seulement de Scot Erigène, mais de la scolastique orthodoxe et de la mystique du moyen âge. Les Grecs l'appelaient souvent MfytTTor, et les Bollandistes, dans sa biographie sur le 12 août, disent avec raison qu'il a mérité ce titre par l'étendue de sa sainteté et de son érudition, par l'excellence de ses écrits et le nombre de ses souffrances.
Editions de ses œuvres, ComLélis, ord. praed., Par., 1673, en 2 vol. (incomplet; le tome III n'a pas paru après la mort de l'auteur). Voyez le prospectus dans Montfaucon, Bibl. Coisliana, Paris, 171.5, p. 307; avec de nouvelles pièces, Migne, sér. gr., t. .\C, XCI. — Wagenbach traite en détail et avec beaucoup de soin des écrits et de la doctrine de saint. Maxime, dans le Dictiotm. sacré de la théol. protest, de Herzog.
§ 85. Saint Jean Dauiasc«>ne (mort après loi).
Sa Vie, par Jean, patinarche de Jérusalem an dixième siècle. Comp. Notitia, par Fabricius, dans Bibl. gr., t. iX; les Trolégomènes de Léon Allatius; Vrœf. et Dissert. VII àe Lequien.
Bien que nous ayons une biographie de saint Jean de Damas, nous savons peu de choses certaines de sa vie. Cette biographie , relativement moderne , est insuffisante ; elle abonde en récits controuvés et les faits y sont souvent contradictoires.
Jean Damascène, qu'il ne faut pas copfondre avec d'auti'es
personnages contemporains et homonymes, naquit, dit-on, à Damas, d'une illustre famille. 11 portait les surnoms de XpvTopûoou;. qui charrie l'or, et de Mansur, que son ennemi mortel, Constantin Copronyme (^74i-7oo), changea par dérision en celui de Mamzer (spuriiis). Né sous la domination arabe, Jean Dumascène jouissait déjà pendant le règne de rcmpercur Léon risaurien (717-741) d'un grand crédit auprès d'un prince sarrazin, dont il fut le ju'emier conseiller. 11 avait été religieux dans la laure de Saint-Sabas. Il combattit surtout les iconoclastes, et réussit à n'être point lui-même sujet d'un empereur attaché à cette secte. On a prétendu, sans preuve suffisante, que Léon lui ayant attiré la disgrâce du calife au moyen d'une lettre supposée, ce dernier lui fit couper la main droite, laquelle lui revint pendant la nuit, grâce à l'intercession de la sainte Yierge.
Sa lutte contre les décrets du concile de Constanlinople (7o4) relatifs aux images est son dernier acte public qui soit connu. Le deuxième concile œcuménique de Nicée (787) lui donne de grands éloges. Le jour de sa naissance et celui de sa mort sont inconnus. 11 mourut probablement entre les années 754 et 787.
Ses ouvrages, tout en n'étant que des compilations, ont eu un assez grand retentissement.
Ouvrages dogjnatiques.
1. Cette remarque s'applique surtout à son grand traité dogm.atique, la Source de la science. Il se divise en trois parties. Dans la première, Capita philosophica, ou simplement Dialectique, l'auteur, persuadé que tout bien vient de Dieu, se propose de recueillir, à l'exemple de l'abeille, tout ce qu'il y a de bon dans la philosophie païenne, puis de le séparer de l'erreur'. 11 y donne un aperçu général de la philosophie, qu'il considère comme l'instrument et la servante de la science révéléc\ Ce travail, qui concerne surtout la logique, est composé d'après les catégories d'Aristote et l'introduction de Porphyre ; mais on y traite aussi des points de métaphysique qui touchent à la théologie, tels que la nature,
• Prolog., éd. Lequien, p. 4. — « Gap. i, p. viii.
l'hyposlase, etc. Ce compcnclium, sans être suffisamment élaboré', a dû rendre de grands services de son temps.
Le traité des Hérésies (en 108 numéros jusqu'à Mahomet), qui forme la partie historique de l'ouvrage, n'étant qu'un extrait défectueux d'ouvrages précédents, a peu de valeur.
La partie dogmatique est développée dans V Exposition delà foi orthodoxe (cent chap.). L'auteur n'y veut rien dire de luimême, « mais simplement unir ensemble les travaux des Pères \ » Cependant, quand il étai)lit scientifiquement le dogme de la Trinité, il va plus loin que les anciens docteurs, en ce qu'il fonde la personnalité du Verbe et celle du Saint-Esprit dans l'unité de la nature, et précise autant que possible le mode de cette union des personnes dans l'unité de l'essence.
Les personnes, dit-il, ne sont pas tellement les unes dans les autres qu'elles se confondent entre elles, mais elles sont unies. Quoique dislincles, elles ont la même nature divine indivisible ; elles subsistent l'une dans l'autre sans mélange, en vertu de l'unité d'essence [De fide orth., lib. I, c. n; iv, 5). Il nie qu'on puisse acquérir de ce dogme une parfaite connaissance scientifique. C'est de la personne de Jésus-Christ qu'il traite le plus longuement; il lui consacre presque tout le troisième livre et une partie du quatrième. Il y fait preuve de beaucoup de sagacité et de dialectique.
Cet ouvrage répond à l'idée que nous nous faisons d'un traité dogmatique : c'est une espèce de somme des vérités chrétiennes. Les preuves tirées de l'Ecriture, des Pères grecs et du pape Léon I", abondent. On y trouve aus.si des sujets qui se rattachent plutôt à la morale, à la psychologie et à l'histoire naturelle. La théorie des sacrements, que la scolaslique devait mûrir et développer, y fait défaut; seuls le baptême et l'Euchaiistie y sont brièvement traités. Le passage suivant a été cité dans la première querelle sur lEucharistie : « C'est le corps vraiment uni à la divinité, le corps pris de la sainte Vierge ; non que le corps qui est monté au ciel en des-
< Cependant il ne faut rien exagérer, et quand Rilter prétend que l'auteur donne successivement six explications de la philosophie, sans en prouver aucune et sans Ips employer, on peut répondre que ces explications n'en font qu'une et se complètent mutuellement. Sans doyte ce n'est pas là le meilleur procédé.
» Prol, p. 5.
620 PATROLOGÏF..
cende, mais parce que le pain même et le vin sont changés an corps et au sang de Dieu'. »
L'enchaînement et l'ordonnance des matières, presque toujours excellents, ne sont défectueux que sur certains points ; ainsi la réfatation du dualisme est traitée à part de la théodicée. Saint Grégoire de Nazianze a été surtout mis à contribution. Comme saint Jean Damascène est le premier qui ait donné à l'Eglise grecqu^j un corps systématique de théologie réduit en un seul volume, il n'est pas étonnant que son livre ait eu beaucoup de vogue chez les Grecs comme chez les Occidentaux. 11 fut traduit par Burgundio, sur l'ordre d'Eugène III, et divisé plus tard en quatre livres. Les scolastiques, qui en ont fait un grand usage, y ont à peu près puisé toutes leurs connaissances des Pères grecs. 11 est même resté jusqu'à nos jours la base de l'enseignement dogmatique chez les Grecs schismatiques. Ses qualités comme ses défauts se sont perpétués dans la théologie grecque ^
2. Nous lui devons encore plusieurs petits traités et des lettres sur des questions dogmatiques, tels que : i. De iis qui in fide dormierunt, comment on peut secourir les défunts par le sacrifice eucharistique, l'aumône et les bonnes œuvres ;
2. De confessione, comme quoi on ne peut permettre à des religieux qui ne sont pas prêtres d'entendre les confessions ;
3. des Azymes, où l'auteur condamne l'emploi des azymes dans le saint sacrifice ; 4. deux autres Expositions de la foi, plus longues.
3. Les Parallèles sacrés sont une comparaison des sentences des Pères avec celles de l'Ecriture sur la plupart des vérités dogmatiques et morales (plusieurs sont perdus). C'est un vaste recueil où les matières sont rangées par ordre alphabétique ^
Ouvrages polémiques.
Ces ouvrages, fort nombreux, sont dirigés contre les manichéens, les nestoriens, les monophysites, les monothéhtes et les mahométans. Les plus célèbres et les plus importants se rapportent à l'affaire des iconoclastes, De imaginibiis orationes IIP. Ces traités, dont le premier parut vers 728, et le
' P. 269, éd. Lequien. — ' Migne, sér. gr., t. XCIY. — ' Ihld.. t. XCV et XGVI. - * Migne, t. XGIV.
ACTEURS GRECS» — S. JÉAN DAMASCÊNE. 621
second en 730, curent beaucoup de relenlissement parmi les Grecs et exercèrent une grande inlluence (ii, n. 16).
Voici quelques extraits de ces intéressants travaux : l'auteur commence ainsi son premier discours : « Je devrais plutôt, connaissant mon indignité, garder un perpétuel silence et me contenter de confesser à Dieu mes péchés ; mais voyant l'Eglise fondée sur la pierre agitée d'une violente tempête, je ne crois pas devoir me taire, mais élever la voix et dire avec David : « Je parlerai de vos témoignages devant les rois de la terre et je ne rougirai point » {Ps. cxvm, 146). Après avoir solennellement protesté que les chrétiens n'adorent que Dieu seul, il s'adresse à ceux qui ont toujours à la bouche la défense faite sous l'ancienne loi de représenter Dieu par des images [ExocL, XX, 4; xxxiv, 17), et il lem* rappelle ce mot de saint Paul : « La lettre tue, mais l'esprit vivifie » (// Cor., m, 6). Ce précepte, dit-il, était pour les Juifs enclins à lidolàtrie ; mais pour nous, à qui il est donné de connaître parfaitement la nature divine et qui avons passé l'enfance, nous savons ce qu'il est possible et ce qu'il est impossible de représenter par des images. Comment pourrait-on faire une image de Celui qui n'a ni figure ni bornes, ou peindre par des couleurs Celui qui n'a point de corps ? Mais, depuis qu'il s'est fait homme, vous pouvez faire l'image de sa forme humaine, vous pouvez peindre sa naissance de laYierge, son baptême au Jourdain, etc. Ce n'est pas la matière que j'adore, mais l'Auteur de la matière, qui s'est fait matière pour moi, qui a habité dans la matière et qui, par la m.atière, a opéré mon salut. C'est pourquoi je ne cesserai point de révérer la matière, par qui j'ai été sauvé. Josué commanda aux Juifs de prendre douze pierres dans le Jourdain et d'en faire un monument perpétuel de ce miraculeux passage. Pourquoi ne représenterais-je pas les miracles et les souffrances de Jésus-Christ, afin que, si mon fils m'interroge, je lui réponde : C'est que le Fils de Dieu s'est fait homme et qu'il a ramené à sa félicité première tout le genre humain.
Mais, disent-ils, contentez-vous de faire limage de Jésus- Christ et de sa Mère. Quelle absurdité ! Ne voyez-vous pas que vous vous déclarez ouvertement les ennemis des saints ? Car si vous peignez l'image du Christ et non des saints, ce ne sont donc pas les images que vous défendez, mais c'est aux saints que vous refusez l'honneur. Le temple de Salomon était orné
tout alentour de chérubins, do palmes, de grenades, de bœufs, de lions. N'est-il pas plus décent d'orner les murailles de la maison de Dieu d'images des saints que d'animaux sans raison? Nous no voulons pas peindre Jésus-Christ sans les saints qui composent sa cour. Que l'empereur de la terre se dépouille de la sienne avant de dépouiller son Maître. »
L'auteur montre ensuite que le culte que rEghse chrétienne rend aux saints constitue le caractère distinctif qui sépare le christianisme du judaïsme : «Autrefois, on ne bâtissait point de temple aux hommes et on ne célébrait point la mort des justes par la joie, mais par les larmes. Quiconque avait touché un corps mort était réputé immonde. Depuis lincarnatiou du Verbe, nous sommes vraiment sanctifiés, délivrés par ses souffrances, immortels par sa résurrection, et, depuis ce temps, nous honorons la mort des saints par la joie et non par le deuil. L'ombre ou la ceinture des apôtres guérissait les malades ou chassait les démons ; pourquoi leur image ne seraitelle pas honorée ? Ou n'adorez rien de matériel, ou ne soyez point novateurs et n"ebranlez pas les bornes séculaires plantées par vos pères, qui ont établi les usages de lEglise non-seulement par leurs écrits, mais par la tradition. »
L'auteur accuse les ennemis des images non-seulement de judaïsme, mais encore de manichéisme, puisqu'ils veulent rétablir l'opposition entre le divin et l'humain, supprimé par la rédemption. Us trouvent que c'est déshonorer les saints que de les représenter par la matière ; lui, au contraire, Icstime digne de respect, parce qu'elle a été l'instrument de notre salut : « Le bois sacré de la croix n'est-il pas matière ? Et le lieu du Calvaire et la pierre du saint sépulcre, et les lettres dont les Evangiles sont écrits, et la sainte table, et l'or et l'argent dont on fait les vases sacrés, enfin le corps et le sang de Notre-Seigneur, tout cela n'est-il pas matière ? Ne calomniez pas la matière ; ce que Dieu a fait n'est point méprisable ; il n'y a de méprisable que ce que Dieu n'a pas fait: une seule chose, fruit de notre libre arbitre, le péché. »
L'auteur cite plusieurs passages des Pères en faveur du culte des images, de Denis l'Aréopagite, de saint Basile, des saints Grégoire de Nazianze et de Nysse, de saint Chrysostome, de Léonce de Chypre. Mais il y a dans ce nombre quantité de pièces apocryphes, de passages obscurs ou trop vagues, que
railleur est obligé de commenter et dont il force le sen».
En 730, l'empereur Léon III interdit toutes les images religieuses, malgré l'avertissement que lui avait donné le patriarche (îermain de Constanlinople, qu'aucun changement ne pouvait être opéré dans l'Eglise sans l'assentiment d'un concile universel. Saint Jean Damascène, dans un second discours, s'éleva derechef contre l'empereur : « 11 n'appartient pas au prince, dit-il, de donner des lois à l'Eglise. Saint Paul, quand il énumère les emplois institués de Dieu pour conduire les fidèles, ne nomme point celui de l'empereur (/ Cor., ch. xii); ce ne sont point les princes, mais les apôtres, les prophètes, les pasteurs et les docteurs qui ont annoncé Ja parole divine. Les empereurs ont à veiller sur la prospérité de l'Etat, les pasteurs et les docteurs sur celle de l'Eglise. Aussi personne ne me persuadera que l'Eglise doive être gouvernée par les lois des empereurs et non par les décrets de l'Eglise » (ii, n. 12).
Ce discouis, au reste, répète quantité de choses qui ont déjà été dites dans le premier. A cette objection que le culte des images n'est pas commandé sous le Nouveau Testament, l'auteur répond : « Le Seigneur a dit a ses disciples qu'ils étaient heureux, parce que leurs yeux voyaient et leurs oreilles entendaient ce que les prophètes et les justes avaient vainement désiré [Matlh., xm, 16). Nous aussi, nous dé.sirons de le voir autant qu'il est possible ; sans doute, nous ne voyons que dans un miroir, en énigme, en image (/ Cor., xiii, 12) ; et cependant nous sommes proclamées heureux. En faisant cela, nous n'adorons point la matière, par exemple l'image de la croix, car quand le bois de la croix est brisé, nous le brûlons » (n, 19).
Dans le troisième discours, l'auteur cherche à prouver^ non sans se répéter souvent, que les images sont un besoin de la nature humaine. Comme nous avons une double nature, et que nous ne sommes pas seulement esprit, mais composés d'un corps et d'une àme, nous avons besoin des choses sensibles pour nous élever aux choses spirituelles. Les apôtres voyaient Jésus-Christ des yeux de leurs corps, ils voyaient ses souffrances et ses miracles, ils entendaient ses paroles. Nous aussi, nous désirons de voir, d'entendre et d'être proclamés bienheureux. Or, de même qu'il n'est pas présent de corps, que nous percevons ses paroles par les livres et que noua
témoignons aux livres notre respect, de même nous voyons par les images la représentation de sa figure corporelle, de ses miracles et de ses souffrances, et nous sommes sanctifiés, remplis de joie et de confiance. De même que Jésus-Christ (pour nous' racheter) a pris un corps et une àme, parce que l'homme est composé de l'un et de l'autre, de même il y a en toutes choses, dans lehaptême, l'Eucharistie, la prière, le chant, les lumières, les parfums, deux éléments : l'un spirituel, l'autre corporel (u, 12). X cette objection, continuellement ressassée, qu on ne saurait prouver l'usage des images par le Nouveau Testament, rauteiu" répond, maintenant, qu'il y a quantité d'autres choses, par exemple sur la Trinité, sur la consubstantiahté, sur les deux natures en Jésus-Christ, qu'on a déduites de l'Ecriture, où elles ne sont pas littéralement contenues. Eux-mêmes, les adversaires des images, ont fait à la tradition de nombreux emprunts qui ne se trouvent pas dans les saintes Ecritures. Ce qu'il dit des six espèces d'images est ce qui répond le moins à notre goût.
D'autres ouvrages relatifs à ce sujet ne subsistent plus ; on lui en attribue plusieurs qui sont apocryphes. VOraiio ad Constantinum Cabalimmi appartient probablement à Jean d'Eubée. VEpistola ad Tlieophiluni bnperatorem parait être une adresse des trois patriarches à cet empereur '. De sa polémique contre les mahométans, il ne reste, chose étonnante, que deux dialogues insignifiants, intitulés : Disceptatio christiani et saraceni, AiâXs^etç, etc.
Homélies.
Ses homélies, au nombre de douze, dont quelques-unes ont beaucoup d'étendue, sont ou des discours pour les fêtes des saints, ou des panégyriques. Parmi les cinq (n, 5-10) qui se rapportent à la sainte Vierge, il faut signaler les trois intitulés : In dormitionem, beatœ Marise virginis, Etç y.oiu-n(nv ..., parce qu'on y trouve relatée pour la première fois, d'une manière complète, la tradition suivant laquelle Marie serait ressuscitée et montée au ciel aussitôt après sou inhumation'. Ces homélies ont été évidemment prononcées le jour de l'Assomption, dont
1 Voy. Lequien, Admonitiones. — ' Voy. surtout, II, ch. n jusqu'à xiv,
AUTEURS GRECS. — S. JEAN BAMASCÈNE. 62,*î
la fête ne devait pas être très-ancienne, ù en juger par un passage de Modeste, successeur de Sophrone. Jean de Damas, qui en parle longuement dans ses homélies, attribue l'origine de cette tradition, inconnue du faux Denis l'Aréopagite ', à Juvénal de Jérusalem, dans la première moitié du cinquième siècle*.
Travaux d'exégèse.
Les Lieux choisis ne sont, comme l'indique le titre, que des extraits du commentaire de saint Chrysostome sur les Epitros de saint Paul. Bien des choses cependant semblent empruntées à d'autres exégètes, par exemple à Théodoret. Remarquons ici que Jean recommande expressément la lecture de l'Ecriture sainte aux laïques de toute condition, même aux soldats et aux laboureurs. Ils y trouveront plus de richesses que nulle part ailleurs, dit-il au commencement de ses Parallèles.
On lui attribue encore, nous ignorons sur quel fondement, deux ouvrages hagiographiques : la Vie de saint Barlaam et de saint Josapliat, et la Passion de saint Artémius.
Hymnes, Nous les citerons plus loin, au chapitre ni \
Importance de saint Jean Damascène.
Saint Jean de Damas est moins estimé poiu" avoir composé des ouvrages originaux ou frayé des voies nouvelles, que pour avoir recueilli et systématisé ce qui existait avant lui. En ramassant dans les trésors accumulés de la philosophie et de la théologie des Pères grecs ce qu'ils renfermaient de plus excellent, et en le disposant avec ordre, il les a rendus accessibles à d'autres et a mérité la reconnaissance de la postérité. Aujourd'hui encore, la théologie grecque ne l'a pas dépassé ; on dirait qu'elle a épuisé en lui sa sève et son énergie ; elle n'a plus produit aucun génie puissant et créateur. Photius lui-même, patriarche de Constantinople au neuvième siècle, ne saurait, malgré tous ses talents et son savoir, entrer eu ligne de compte.
^ De div. nom., cap. m, § 2. — * Voir d'autres détails dans VAdmonilio de Lequien. — ' Migne, sér. gr., t. XCVI.
fi26 PATROI.OGIE.
Opéra, éd. Lequien, Paris, 1712, complétés par Boissonade dans Anccdota grœca. Par., 1832, vol. IV. Ang. Mai, Spicileg. rom., t. iV, et Bibl. nov. Pair., t. IV; Gallandi, Bibl., t. XllI; réunis dans Migne, sér. gr., t. XCIV-XCVI; cf. Ceillier, t. XV, 2" éd., t. XII; Ritter, Histoire de la philosophie, t. II.