‹ PatrologieChapitre 77 sur 143 · AUTEURS LATINS · texte numérisé non relu

AUTEURS LATINS

Dans les temps désastreux que nous traversons, ce fut rOccident qui eut le plus à souffrir. Les nombreuses émigrations des peuples, sans cesse renouvelées, en même temps qu'elles ravageaient les pays, y détruisaient toute culture scientifique. Plusieurs tribus germaines, surtout les Vandales d'Afrique, persécutaient cruellement les catholiques et souvent bannissaient les évèques. 11 n'est donc pas étonnant que le nombre des auteurs latins diminue sensiblement ; il est plus étonnant qu'on en rencontre encore, dont quelques-uns ne manquent pas de valeur.

§ 86. Vlrg"ll^ , évêqiic de Tapsc ; — Victor, évèqne de Vite; — Gcnnade, prêtre de llarseillc ; — Fulgpenoe, cvèf|iie de Riispe.

I. Virgile, évêque de Tapse en Afrique, exilé par Hunéric, roi des Vandales (484), se rendit à Constantinople et à Naples. Pendant son exil dans l'île de Sardaigne, il témoigna aux habitants du pays une sollicitude toute pal ernelle, s'occupa des pauvres et institua un séminaire de clercs d'après la règle de saint Augustin. Il y composa aussi plusieurs écrits sous le nom d'Athanase, ce qui a fait supposer à plusieurs qu'il était l'auteur du Symbole de ce nom. Ce sont : 1° T)'ois dialogues d'altercations contre Ariits, Saôellius et Photin^; 1" Cinq liv?'es contre Nestor lus et Eutychès, pour la défense du concile de Chalcédoine; 3° Onze livres (douze, y compris le dernier, de saint Athanase) sur l'uni té de la Trinité divine^. On doit encore au jésuite Chifflet, son éditeur, d'avoir établi l'authenticité de ces écrits de Virgile, dont on avait longtemps douté. Tillemont a eu le mérite d'en préciser l'ordre chronologique. Le fond de

< AV.anan. aper., edit. bened., t. III. — ' La meilleure édition, à part, avec Victor do Vile, est de Chifflet, S. J., Divlone. 166i. in-i».

AUTEURS LATINS. — VICTOB, GENNADR. FULGENCE. 62T

ces écrits, la dialectique vigoureuse qui règne daus l'exposition, font do luuteur un des liommes les plus considérables de son temps. Sur la Trinité et la personne de Jésus-Christ, il se rattache surtout à saint Augustin et à saint Athanase. Ses ouvrages offrent cet autre intérêt, qu'on y apprend à connaître, mieux que nulle part ailleurs, l'arianisme des Vandales '.

II. Victor, évèque de Vite, en Afrique, fut également exilé par Hunéric. Il écrivit vers 487, une Histoire de la persécution vandaliemie, en cinq livres, qui est une des sources principales de l'histoire des Vandales. A cet ouvrage se trouve annexée une Passio ou Martyrium de cinq moines appartenant à un même couvent et dont les souffrances avaient ému Victor (liv. V, ch. x). Victor en est probablement l'auteur, à en juger par le style et la langue ; mais elle est certainement d'une date postérieure'.

III. Gennade, prêtre de Marseille, vivait à la fin du cinquième siècle. Il continua le Deviris illustrions ou Catalogue de saint Jérôme sous le même titre et dans le même genre. Son travail s'étend de 390 à 495, et comprend cent auteurs et cent chapitres. Fabricius l'a inséré dans sa Bibliothèque ecclésiastique.

Cependant, il y parle aussi d'auteurs plus anciens, sans doute pour compléter saint Jérôme. De ses autres ouvrages mentionnés au chapitre c, nous ne possédons que la lettre De ficle sua, seu de dogmatibus ecclesiasticis (quatre-vingt-huit chapitres), envoyée au pape Gélase. Il s'y montre par trop favorable aux semiariens, tout en assurant le pape du contraire^.

IV. Fulgence, né en 467, dune famille noble de la province africaine de Byzacène, fut élevé avec beaucoup de soin par sa mère Marianne, devenue veuve, qui le fit instruire dans les lettres grecques et latines. Quoiqu'il eût acquis, sous la domination des Vandales, un rang considérable comme homme d'Etat, il préféra se consacrer à la vie ascétique au sein d'un monastère, où, malgré sa résistance, il fut élu évêque de

' Migne, sér. lat., t. LVIII; Tillemont, t. XVI; Ceillier, t. XV, éd. 2», t. X. — ^ La meilleure édition est de Ruinait, d'après Chifflet, Paris, l(J9i; l'édition de Vérone est incorrecte; Mi^rue, sér. lat., t. LXViJI; Hurler, Opusc sélect., t. XXII. — ' In Aug. O/jer, éd. beneJ., t. Vlll. Editée à part avec des notes par Elmenhorst, Hamb., 16U, in-i<>; Migne, sér. lat., t. LVIII; Œhler, t. I du Corpus hxres.; cf. Dupin, t. IV: Ceillier, t. XV, 2* éd.. t. X.

Ruspe (508). Il put encore se faire sacrer par un évêque qui partait pour l'exil, bien que le roi Thrasamond eût défendu d'instituer de nouveaux évêques. Il ne tarda pas à être exilé en Sardaigne avec soixante autres évèques. Après la mort de Thrasamond, il remonta sur son siège sous le roi Hildéric, et y mourut en 533. Il est le plus remarquable écrivain dogmatique du sixième siècle. « Toute l'Afrique crut voir en lui un autre Augustin, » dit Bossuet'.

Il a composé plusieurs écrits en faveur de la doctrine augustinienne. Mangerut disait de lui, au commencement de la préface aux prolégomènes de ses œuvres : Aiigustim discipidum scias non magis ex consensione dogmahitn quam ex similitudine virtulum variisque ingenii ac moriim ornameiitis, quibus ille totum Augustinum exprimit.

Ses ouvrages conservés sont dix-huit lettres sur le dogme et la morale. Quelques-unes sont adressées à Fulgence, ou écrites par Fulgence et d'autres évêques exilés. Plusieurs sont de longs traités, comme la lettre collective xvn^ de quinze évêques sur l'incarnation et la grâce, extraite de dix Sermons et de fragments de dix livres contre Fabien.

Les plus importants de ses écrits sont :

1. De fide ad Petrum, seit de régula verse fidei, résumé excellent et méthodique des principaux enseignements de la foi : Trinité, incarnation, création, homme, état primitif, péché originel, jugement et résurrection. Il indique ensuite les moyens d'éviter les châtiments de Dieu : foi, baptême, grâce; il traite de l'EgUse et des réprouvés, c'est-à-dire de ceux qui vivent hors de l'Eglise, ou qui vivent mal dans le sein de l'Eglise. 2. Liber de Trinitate ad Felicem notarium; 3. Liber contra Arianos; 4. Liber ad Victore?7î contra sermonem Fastidiosi ariani; 5. Libri III ad Thrasamundum, regem Vandalorum. Thrasamond avait rappelé Fulgence de l'exil pour qu'il entrât en discussion avec les ariens, espérant qu'il succomberait. Il fut vainqueur et dut repartir pour l'exil. En partant, il laissa ses trois livres au roi des Vandales. On y voit les objections que les ariens faisaient alors contre la Trinité, et les euty chiens contre l'incarnation. 6. De incarnatione Christi et vilium animalium auctore ad Scarilatn, réponse à diverses

< Citation du traducteur.

AUTEURS LAILNS. — lULGENCE, FACliNDlS, ETC. 629

questions. Il écrivit dans la même circonstance : De remissîone peccatorum ad Euthymium (deux livres) : Dieu ne remet-il les péchés qu'en ce monde? s il les remet aussi dans l'autre, est-ce avant le jugement universel ? Les traités suivants peuvent servir à la défense de saint Augustin : Libri 111 ad Monimwn de duplici prœdestinatione Dei, una bonorum ad gloriam, altéra malorum adpœnam; — Libri III de veritate prsedestinatioiiis et gratise Dei ad Joannem et Venerium, rédigé après son retour de Sardaigne, contre les semipélagiens. Tout en demeurant rigoureusement attaché à la doctrine de saint Augustin, il s'efforce constamment d'éviter les conséquences fâcheuses de sa théorie de la prédestination. Isidore de Séville disait de lui : In confessione fuit clarus, in Scripturis divinis copiose eruditus, in loquendo dulcis, in loquendo et disserendo subtilisa L'indication incomplète que nous donnons des éditions de ses ouvrages témoigne assez de l'intérêt que ce nouvel Augustin a excité dans les cours des siècles.

Opéra, éd. in HagenvcC 1320, in-fol.j Venet., 1696; éd. Sirmond, Par., 1612; éd. Rajnaud, Lugd., 1633; éd. Cliilflet, Dfviou., 1649; la meilleure (éd. Mangeant), Paris, 1684; in-4<'; Venet., 1742 f.; Aligne, sér. lat., t. LXV. Cf. Ceillier, t. XVI, éd. 2", t. XI; Fessier, t. II, p. 830.

§ 87. A.a<rnr» qui out écrit pendant la querelle des Trois-Chapitres.

Nous appelons ainsi les auteurs qui ont écrit eu faveur des Trois- Chapitres, c'est-à-dire de Théodore, évèque de Mopsueste, de Théodoret, évèque de Cyr, et d'Ibas, évèque d'Edesse. Les auteurs dont nous parlons ont, après la mort de ces derniers, protesté contre leur condamnation et ont combattu en faveur du concile de Chalcédoine, dont ils croyaient l'autorité affaibhe ; car les évèques Théodoret et Ibas, condamnés au cinquième concile œcuménique de Constantinople (oo3j, avaient été reçus à Chalcédoine, après avoir désavoué leur erreur et leur participation au nestorianisme.

I. Fulgence Ferrand, diacre de Carthage (vers oi28-ouO), a composé : une Vie de son maître Fulgence de Ruspe; une

> De script, eccl., cap. xiv.

Lettre pour les Trois-Chapitres contre les acéphales ; une Lettre sur les deux ?iatures en Jésus-Christ ; les Sept règles de l'innocence, magnifique exposition de la morale chrétienne: un A brégé des canons ecclésiastiques * .

II. Facundus, évêque d'Hermiane, fut exilé (547) par Justinien, à cause de ses douze livres pour la défense des Trois- Chapitres * .

III. Rustique, diacre de Rome, neveu et compagnon du pape Yigile, qui, à Constantinople, avait montré tant d'hésitation, fut privé de sa place pour avoir résisté à ce pape. .Vprès sa réhabilitation, il composa sa dispute contre les acéphales pour établu" l'existence des deux natures en Jésus- Christ '.

IV. Libérât, archidiacre de Carthage, après avoir fait plusieurs voyages pour recueillir des renseignements exacts sur les Trois-Chapitres, rédigea, vers 566, le Bréviaire de la cause des nestoriens et des euty chiens "" .

V. Victor, évêque de Tununum, en Afrique, pour avoir défendu les Trois-Chapitres, fut d'abord exilé en Egypte par Justinien, puis renfermé dans un couvent de Constantinople, où il mourut en 576. Il composa une Chronique qui s'étend de 444 à 565 ^

Citons encore deux autres auteurs africains de ce temps : Junilius, évêque d'un diocèse inconnu, et Primasius, évêque d'Adrumète. Le premier adressa à Primasius une introduction à l'étude et à la lecture de l'Ecriture sainte, où il dit avoir utilisé les instructions d'un Persan nommé Paulus. Cet écrit méthodique est intitulé : De partions divinse legis^.

< Oper., éd. Chifflet, Divion , 16t9, 111-4"; Gallandi, Bibl, t. XI; Angelo Maï, Collect. nov., t. III; Migne, sér. lat., t. LXVII.

» Ed Sirmond, Par., 1629, 1696; Gallandi, Bibl., t. XI; Migne, t. LXVII. — La meilleure édition, Oper. omn., est de Blancchinius, Venet., 1728, avec la version contenue dans Tancien manuscrit de Vérone. Dans ce manuscrit, qui est du septième siècle, se trouve aussi la fameuse version sur / JeaJi, v, 7 : Très sunt qui tesHindnium dant m calo, Paler, Verbum et Spirilus sanctus, qui est également acceptée par Fulgence de Ruspe.

' Ed. Sichardus, Andidot. adv. haeres., Basû., 1528, 1556; Gallandi, t. XII -. Migne, t. LXVII. — •* Ed. Garuier, Par., 1675; Gallandi, t. XII; Migni', t. LXVÎII. — 5 Ed. Canisius, Ingolst., 1600; Basnage, Lect. antiq., t. I; Gallandi, t. XII; Migne, t. LVIII. — " Ed Gastius, Basil., <S46, Par.. Par., 1556 ; Gallandi. t. XII; Migne, t. LXVIII.

ALIliURS LATINS. — DENIS, GÉI.ASE. 0:51

Primasius, que des affaires ecclésiastiques avaient amené à Constantinople en 553, Tannée même où le pape Vigile signa le Constitution relatif aux Trois-Chapitres , est auteur d'un Commentaire sur les Epîtres de saint Paul et sur l'Apocalypse (cinq livres) : c'est une compilation d'anciens ouvrages*.

§ 88. L'abbé »enis (mort après 536} et le (lape €;ëlase.

Denis, Scythe d'origine, imitant l'exemple de plusieurs religieux et évêques de son temps, avait pris lui-même, par humilité, le surnom de Petit. Elevé dans la culture des lettres, il écrivit à Rome : 1° un nouveau cycle pascal. Liber de Paschate, où il apprécie l'importance du christianisme dans l'histoire du monde. Il commence la chronologie à partir de Jésus- Christ : Magis elegimus ab incarnatione Domini nostri Jesu Christi annoruni tempora 'prxnotare, quatenus exordium spei nostrgs nostius riobis existeret, et causa reparationis, ici est passio Redemptoris nostri evidentius eluceret. Vient ensuite Epistola de ratione Paschse ; 2° un Codex canonum, ecclesiasticorum, recueil chronologique des canons et des décrétales des papes depuis le pape Sirice (Migne, sér. lat., t. VI).

Nous trouvons ce renseignement intéressant dans la préface de la seconde rédaction, qui est de sa main : In principio itaque canones qui dicuntur apostolorum de grœco transtulimiis ..., deinde régulas nicxnœ synodi et deinceps omnium conciliorum, sive quse ante eam sive qiiœ postmodum facta sunt usque ad sgnodum centum quinquaginta pontificum qui apud Constantinopolim convenerunt, sub ordine numerorum id est a primo capite usque ad centesimum sexagesimum quintum, sicut habetur in grœca auctoritate, digessimus. Tune sancti C halcedonensis concilii décréta subdentes in his grxcorum canomun finem esse declaramns. ISe quid praeterea notitix vesirœ credamur celle subtrahere, statuta quoque Sardicensis concilii atque Africani, ciux latine sunt édita, suis a nobis numeris cermmtur esse distincta. Universarum vero definilioiium titulos post hanc prœfationem strictius ordinantes, ea quœ in singulis sparsim sunt promidgata conciliis, sub uno

' Hibl. Mot . Lugd.. t. XXVII; Gallandi, Bibl.. t. X; Miprue, l. LXVIIÎ.

635 patroloctIE.

aspectu locavimus, ut ad inquisitionem cujusque rei compendium aliquod attulisse videamur^.

Le pape Gélase (492-496) augmenta les lettres décrétales de dix-huit lettres nouvelles. C'est ce même pape qui adressa à l'empereur Anastase cette parole célèbre, si souvent citée au moyen âge : Diio simt, imper ator Auguste, quibus principaliter mwidus hic regitur : auctoritas sacra pontificum et regalis potestas^. Ce pape écrivit encore : De duabus in Christo naturis ; Liber sacramentorum. Le Decretum de libris recipiendis sive ?ion recipieiidis est douteux ; on l'a aussi attribué aux papes Damase et Hormisdas *.

§ 89. Boèce, sénateur et patrIce de Rome (mort vers 524).

Glareani et .1. Mart, Rotee Proleg. gêner, m Boeth., Migne, t. LXIII.

Boèce (Ânicus-Manlius-Torquatus-Severinus), issu d'une riche et illustre famille romaine (de 470 à 475), fit dans sa patrie (peut-être aussi à Athènes), de solides études de philosophie et de mathématiques, et s'appliqua également à la poésie. Elevé pour son savoir et la noblesse de son caractère aux postes les plus honorables, consul entre les années 308 et 510, il sut, même en face de Théodoric et des Ostrogoths, conserver au sénat quelque apparence de dignité. Théodoric, qui avait en lui une grande confiance, mettait souvent sa science à contribution. Cette confiance, jointe à sa loyauté scrupuleuse, lui suscita des envieux. Accusé, ainsi que le patrice Albin, d'entretenir des baisons secrètes avec l'empereur Justin pour lui livrer l'Itahe, il fut enfermé au château de Chiavenna, maltraité jusqu'à la mort et enfin décapité, suivant quelques-uns. Les bruits qui circulèrent plus tard sur la cause de sa mort lui ont valu, pendant le moyen âge, d'être souvent honoré comme un saint et un martyr, tandis que, de nos jours, de sérieuses raisons ont fait douter même de son orthodoxie.

Ses travaux littéraires ont exercé sur son époque, et plus tard sur les Germains, une influence considérable.

* Voy. Maassen, Histoire des sources el de la lUte'rature du droit canon, t. I, Graz, 1870. — ' Ep. vni. — ' Migne, t. LIX. Cf. De decretali Gelasii P. de recip. et non recip. libris, et Damasii concilio rom. de explicatione fidei et canone Script, sncr.; éd. Thiel, Brunsberg, 1866.

Aussi bien il avait assigné un but élevé à ses travaux philosophiques. Il déclare lui-même, dans son traité sur le De interpretatione d'Aristote, au commencement du second li\Te, qu'il veut expliquer tous les ouvrages d'Aristote et tous les dialogues de Platon, et montrer leur concordance dans les points essentiels. Il ne le fit qu'en partie, ainsi que nous le verrons.

Ouvrages philosophiques de Boèce.

\. Boèce, en traduisant et en commentant les principaux philosophes de la Grèce, Platon, Aristote, Porphyre, y compris les œuvres philosophiques de Cicéron, a été le sauveur des études classiques et de l'érudition en Occident. La manière dont il les a interprétés dans les grandes questions philosophiques, telle que la théorie de la connaissance, a servi de guide à la plupart des travaux du moyen âge.

2. De son traité des Sept Arts libéraux, il ne reste que deux Hvres sur l'arithmétique, avec la traduction de la géométrie d'Euchde et cinq livres de la Musique '.

3. L'ouvrage le plus connu et le plus accrédité est le De consolatione philosophiœ, écrit entre les murs d'une prison. Il est presque uniquement composé de passages empruntés à d'anciens poètes et prosateurs, et rédigé en forme de dialogue entre l'auteur et son amie céleste, la philosophie. Dans le premier livre, la philosophie arrache à Boèce l'aveu que sa profonde tristesse naît de l'inconstance du bonheur humain. Au deuxième livre, elle lui indique des moyens de consolation et cherche à lui persuader qu'il n'a point de véritable raison de s'attrister de la perte de ses biens et de sa liberté ; car le bonheur, avec ses séductions, n'éloigne que trop souvent du bien, tandis que l'infortune nous ramène presque forcément au bien véritable. Dans le troisième livre, la philosophie lui présente des arguments encore plus puissants pour calmer son âme, en lui dépeignant la vraie et la fausse félicité. Dans le quatrième livre, elle lui fait voir que Dieu, le créateur et le modérateur de toutes choses, rend les bons toujoui's heureux et puissants; que les méchants, malgré leurs succès et leurs triomphes momentanés, ne sauraient atteindre au vrai bonheur. L'auteur étabht ensuite la difTérence de la Providence et

< Ces deux ouvrages ont été édités par Friedlein, Lips., 1867,

HLU PATROLOGIE.

du destin. Comme la question du destin soulevait quantité de doutes, Boèce commence le cinquième livre en demandant à la philosophie si le hasard existe et ce que c'est. La philosophie répond que ce qu'on nomme le hasard est produit par le concours inopiné et imprévu de causes dont l'enchaînemenl inévitable est l'ouvrage unique de la Providence. Boèce demande encore si la prévision divine de toutes les choses présentes et futures ne supprime pas la liberté de l'homme. La philosophie répond négativement ; car la connaissance de Dieu ne dépend point de la nature de la chose connue, mais de l'aptitude de celui qui connaît ; et cette aptitude, la raison humaine ne peut l'acquérir. La rétribution future subsiste donc tout entière. Plaçons donc en Dieu notre espérance, adressons-lui nos prières et attendons le résultat.

Il est étrange que, dans la solution de ces difficiles problèmes, on ne trouve aucune idée proprement chrétienne ; que Jésus- Christ, le meilleur consolateur, le sublime modèle de toute consolation, ne soit pas même nommé. Quand l'auteur veut émettre quelque sentiment élevé, il ne va pas jusqu'au christianisme, mais seulement à la philosophie néoplatonicienne ou au stoïcisme romain, et ce n'est pas sans raison que Zeller l'appelle le dernier des philosophes romains; que s'il était vraiment chrétien, il ne l'était qu'à la superficie ; il n'a pas su, ici du moins, donner à sa pensée une expression chrétienne, à moins qu'il ne l'ait évité à dessein.

Le développement de ces problèmes, qui ont fait de tout temps le charme comme la terreur des esprits, a lieu tantôt en prose et tantôt en vers, très-souvent par la reproduction littorale de sentences empruntées aux philosophes et aux poètes grecs. Les poésies qu'il compose lui-même et qu'il sème çà et là, rnetra, sont destinées à reposer le lecteur fatigué des spéculations abstraites de la philosophie : Video te jamdudum et pondère qucBstionis oneratum et rationis proUxitate fatigatum aliquam carminis exspectare dulced'mem (lib. IV). Cette alternance de la prose et des vers se montre dès le début de l'ouvrage. Boèce commence à se plaindre en vers de la caducité du bonheur terrestre :

METRUM I.

Carminis qui quondam studio florenle peregi Flehilis heu ! mœstos cogor inire modos.

M TliURS LATINS. — BOÈCE. 638

Ecce mihilacerse dictant scribeiida Camœn*

Et veris elegi lletibus ora rigant.

Hac saltem niillus potuit pervincere terror,

Ne nostriim comités prosequerentur iter.

Gloria felicis olim viridisque juventaî

Sulantur raœsti niinc niea fata senis.

Venit enim properata malis inopia senectus,

Et dolor œtatem jussit inesse suam.

Intempestivi fundantur vertice cavi

Et tremuit effeto corpore laxa cutis.

Mors hominum felix, quse se nec dulcibus annis

Inserit et mœstis saepe vocata venit, etc.

Puis revenant à la prose, l'auteur commence ainsi la discussion : « Hapc dum tacitus mecum ipse reputarem, querimoniamque lacrymabilcm stili officio designarem, astitisse mihi supra verticem visa est mulier reverendi admodum vultus, oculis ardentibus et ultra communem hominum valentiam perspicacibus, colore vivido atque inexhausti vigoris, quamvis ita *vi plena foret, ut nullo modo nostrœ crederetur œtatis...

» Quae ubi poeticas Musas vidit nostro assistentes loro fletibusque meis verba dictantes, commota paulisper ac torvis inflammata luminibus : quis inquit, lias scenicas meretriculas ad hune œgrum permisit accedere, qua3 dolores ejus non modo nullis remediis foverent, verum dulcibus insuper alerent venenis? Hce sunt enim quœ infructuosis affectuum spinis uberem fructibus rationis segetem necant hominumque mentes assuefaciunt, morbo non libérant...

)> At ego, cujus acies lacrymis mersa caligaret, ne dignoscere possem quaenam hœc esset mulier tam imperiosœ auctoritatis, obstupui visuque in terram defixo, quidnam deinceps esset actura, exspectare tacitus cœpi. Tum illa propius accedens in extrema lectuli mei parte consedit, meumque intuens vultum luctu gravem atque in humum mœrore dejectum, his versibus de nostrae mentis perturbatione conquesta est. »

METRUM n.

Heu quam preecipiti mersa prufundo Mens hebet et propria luce relicta Pendit in exteruas ire tenebras ; Torrenis quodes flatibus aucta.

Crescit in. immensum noxia cura !

Hic quondam cœlo liber aperto Luctus in œtlierios ire nieatus, Cernebat rosei luniina solis, Visebat gelidae sidéra lunée, Et quœcumque vagos stellee recursus Exercet tarios ilexa per orbes Comprensam in numeris victor liabebat.

Quin etiam causas, unde sonora Flamina sollicitent œquora ponti...

Nunc jacet effeto lumine mentis Et pressis gravibus colla catenis Declivemque gerens pondère vultum Cogetur, heu ! stolidam cernere terram.

Après ces deux exemples, destinés à faire connaître le style de cet écrit, qui a charmé les siècles et qui a été traduit en tant de langues, nous terminerons par le suivant, qui intéressera au point de vue de la doctrine :

0 qui perpétua mundi ratione gubernas Terrarum cœlique sator, qui tempus ab sevo Ire jubés stabilisque manens das cuncta moveri ; Quem non externee pepulerunt fingere causae Materise fluitantis opus, verum insita sumrai Forma boni, livore carens : tu cuncta superno Ducis ab exemplo, pulchrum pulcherrimus ipse Mundum mente gerens, similique ab imagine formans, Perfectasque jubens perfectum absolvere partes, Tu numeris elementa ligas, ut frigora flammis, Arida conveniant liquidis ; ne purior ignis Evolet aut mersas deducant pondère terras.

Da, Pater, augustain menti conscendere sedem,

Da fontem lustrare boni, da luce reperta

In te conspicuos animi deûgere visus.

Disjice terreuse uebulas et pondéra molis, j

Atque tuo splendore mica, tu namque serenura, !

Tu requies tranquilla piis ; te cernere finis ;

Principium, vector, dux, semita, terminus idem.

Un autre endroit particulièrement intéressant est celui que nous avons déjà indiqué ci-dessus, où l'auteur, à la fin de son m\ ouvrage, dit que la prévision divine ne détruit ni n'affaiblit ^ la liberté humaine ; « Les hommes conservent une volonté

AlTEURS LATINS. — BOèCE» 637

absolument libre, et ce n'est pas à tort que les lois établissent des châtiments et des récompenses, puisque la volonté est affranchie de toute contrainte.

» Le Dieu qui fait tout contemple tout du haut du ciel, et sa vue, partout présente et éternelle, est d'accord avec l'état futur de nos actions, quand il détermine des récompenses pour les bons et des peines pour les méchants. La confiance que nous mettons en Dieu, la prière que nous lui adressons, ne sont pas inutiles. Si elles sont ce qu'elles doivent être, elles ne seront point stériles. Fuyez donc le vice et appliqnez-vous à la vertu ; élevez vos cœurs dans une douce espérance et envoyez au ciel d'humbles prières. Avouez la vérité : une certaine nécessité vous excite à la crainte de Dieu, quand vous marchez sous les regards du Juge qui voit tout. »

C'est en traitant son sujet avec cette Uberté que l'auteur a eu le plus d'occasions de montrer cette correction, cette élégance de style si rare de son temps. Elle est plus sensible dans les morceaux en vers que dans les autres * .

Traités théologiques attribués à Boèce.

K. De duabus naturis et una persona adv. Eutychem et Ne$torium; 2. Quomodo Trinitas unus Deus ac non très DU ; 3. Utrum Pater et Filius et Spiritus sanctus de divinitate substantialiter prsedicejitur '; 4. De hebdomadibus (an bonum sit omne quod est) ; 5. De fide christiana (brevis complexio). Ces écrits, s'ils étaient authentiques, montreraient Boèce dans un rapport beaucoup plus intime avec le christianisme ; nous devrions même le considérer comme un de ses plus ardents défenseurs. Mais, d'abord, ces derniers ouvrages expriment des idées qui n'ont rien de commun avec celles du traité de la Consolation, et ensuite ils n'ont été découverts qu'au huitième siècle par Alcuin. Plusieurs écrivains, cependant, ont soutenu l'identité de l'autem', par exemple Baur ', Gfrœrer "" et Suttner *.

•• Aux nombreuses éditions publiées à part, il faut ajouter celle d'Obbarius, léna, 1843; plus correcte, d'après les manuscrits, éd. Peiper, accédant ejusdem atque incertorum opuscula sacra. Lips., 1871.

' Cum Gilberli Porretx comment. — ' De Boeth. Christian, doctrinss asserlore, Darmst., 1841. — ^ Histoire de l'Eglise, 2 vol., p. 948. — ^ Boèce, l dernier Romain, Eichst., 1832.

638 PATROLOOIK.

Toutefois, après les explications de Hand ', ropinion contraire prévaut de plus en plus^

Opéra, Venet., 1491, souv. réimpr.; Basil., io46; addition de Mai, Audor. class., e Vat. cod., t. III, p. 317; Aligne, t. LXIII-LXIV; Ceiliier, t. XV, éd. 2*, t. X ; Rilter, Hist. de la philos, chrét.; Nitzsch, le Syst. de Boéce et les Ecrits théol. qui lui so)it attribués, Berl., i860.

§ 90. tassîodore le Sénateur (mort vers .%5'. Garetii Prolegom., in éd. op. Cassiodori, Migne, sér. lat., t. LXIX.

Cassiodore (Magnus-Aurélius), surnommé le Sénateur, naquit vers 470 d'une riche et noble famille de la basse Italie, et fut élevé pour le service de l'Etat. Après avoir rempli, sous Odoacre, des fonctions éminentes, il arriva, sous Théodoric, aux dignités de préfet du prétoire, de patrice et de consul. C'est à ce ministre habile et éclairé qu'il faut attribuer en partie le gouvernement juste, doux et équitable de Théodoric. Cassiodore fut encore plus indispensable sous le successeur et neveu de Théodoric, Athalaric, enfant de huit ans, dirigé par sa mère Amalasunthe, et, plus tard, sous les rois Théodat et Vitigès (534-538). L'accroissement des troubles politiques, la diminution du crédit des ministres, son âge avancé le déterminèrent à renoncer à la vie pubhque.

Il trouva le repos et les loisirs nécessaires pour l'étude dans le monastère de Viviers, qu'il avait fait bâtir à Squillace, en Calabre, lieu de sa naissance. Nommé abbé de ce monastère, il éveilla dans ses subordonnés une ardeur extraordinaire pour l'étude, et ne cessait de les exhorter à transcrire les saintes Ecritures, ainsi que les classiques païens et chrétiens : « En copiant les saints livres et en les lisant plusiein^s fois, les moines, disait-il, se pénètrent de leur esprit et s'instruisent eux-mêmes, en même temps qu'ils propagent partout, comme une semence céleste, la divine doctrine qui fructifie dans les âmes ; et voilà comment, sans sortir de place, vous parcourez en esprit ce que tant de différents auteurs ont recueilli de leurs longs voyages \ » Non moins utile à la science qu'il l'avait été autrefois à l'Etat, il exerça, non plus sur le présent, mais sur

' Encyclop, de Ersch et Gruber. — • Rohrbach., Hist. de l'Eglise, t. IX, éd. allem. — ^ De instit. div., cap. xxx.

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l'avenir, une longue et salutaire influence. Il mourut dans unv haute vieillesse.

Ouvrage d'un caractère général.

1. Variarum (epistolarum) libri XII: pièces administratives de sa période ministérielle, ou lettres amicales à des évêques. des papes, etc.

2. Chronicon (consulare), dédié à Théodoric et composé à sa demande ; il s'étend depuis la création jusqu'en 519 après Jésus-Christ, et est en grande partie rédigé d'après les travaux d'Eusèbe, saint Jérôme, Prosper, etc.

3. Historia Gothorum, libri XII, abrégé de Touvrage de Jornandès. De Gothorum seu Getarum origine.

A. De anima, seu de ratione animas, en douze chapitres : réponse aux questions de plu.sieurs amis. L'auteur commence par l'explication étymologique du mot anima. C'est une substance distincte, créée de Dieu et qui anime le corps ; elle est immortelle et raisonnable et se tourne librement au bien. L'auteur, au chapitre xn, invite ses amis à se donner tout entiers à Dieu, a car c'est en le connaissant et en l'aimant que nous connaissons véritablement notre àme. » Le tout se termine par une prière, dont voici le début : Tu ergo, Domine Jesu Christe, qui sic pro ?iobis ftexus es, ut homo fieri dignaveris, non in nobis patiaris perire quod decrevisti miseratus assumere. Meritum nostrum indulgentia tua est ; dona quod offeram, custodi cjuod exiges, ut velis coronare quod pj^œstas.

5. Liber de artibus ac disciplinis liberalium litterarum, sur la grammaire, la rhétorique, la dialectique, l'arithmétique, la musique, la géométrie et l'astronomie. Cet ouvrage, que Cassiodore composa pour ses religieux, est celui qui a exercé le plus d'influence sur l'avenir. L'auteur, d'après les vues exprimées déjà du temps de Cicéron et par saint Augustin, ne donne sur chaque branche de la science que les notions essentielles. Il définit l'objet et le but de chacun des sept arts hbéraux, et renvoie pour le reste aux ouvrages de sa bibliothèque, dont plusieurs, comme la géométrie d'Euclide, furent traduits en latin par Boèce. Pour la grammaire, il recommande les Grecs Hélène et Priscien, les Latins Palémon, Phocas, Probus, Censorinus et surtout Donat ; pour la rhétorique, le traité de Cicéron. Marins Yictorinus, les Institutions de Quintilien. et, à

ceux qui veulent apprendre vite, le jeune Fortunien; pour la dialectique, la logique d'Aristote et les œuvres des autres philosophes grecs, leurs traducteurs et commentateurs, Cicéron, Boèce, le Periliermenias ; pour la musique, les Grecs Alypius, Euclide, Ptolémée, les Latins Gaudence, Albin et Apulée de Madaure. Il y ajouta plus tard, à l'âge de quatre-vingt-treize ans, le traité de l'orthographe, car il voulait que ses moines transcrivissent correctement les auteurs. C'était un résumé de ce que renfermaient de plus important les traités orthographiques de Yelius Longus, Curtius Yalerianus, Papirianus, Adamantius Martyrius, Eutychès, Casellius, Lucius Gaecilius et Priscien : Duodecim, dit-il dans sa préface, auctorum opuscula deducbnus in médium ...^ ut et ?ios ea compendiosius dicamus.

Ouvrages théologiques.

{. Le De iîistitutione divinarum litterarum pourrait être intitulé : « Méthode à suivre dans l'étude de la théologie ; » mais c'est principalement une excellente introduction à l'étude des saintes Ecritm'es, où l'auteur a mis à contribution les ouvrages analogues de saint Augustin, De doctrina christiana, du donatiste Tychonius, Regulœ VII ad i?ivestigandam intelligentiam sacrse Scripturœ, d'Adrien, de Junilius et d'Eucher. Il y revient toujours à recommander la lecture assidue de l'Ecriture. Les moines doivent en pénétrer le sens par la méditation, y puiser des enseignements sur les saintes vérités de la foi, mais surtout obéir aux exhortations qu'elle leur donne do pratiquer la vertu et de fuir le vice. La lecture attentive de l'Ecriture les préservera du péché, selon cette parole de saint Jérôme : Ama lectionem Scripturarum et carnis vitianon amabis (ch. XXXI i).

Pour asseoir cette étude sur une base solide, Cassiodore avait réuni quatre manuscrits ditîérents de la Bible : 1° le texte grec des Septante pour l'Ancien Testament, et le texte grec primitif pour le Nouveau ; 2° un manuscrit de l'ancienne version latine, l'Italique ; 3" un manuscrit corrigé de l'Itahque ; 4" la traduction de la Bible par saint Jérôme.

il exhorte également les moines à étudier les saints Pères et les auteurs profanes qui sont utiles pour l'étude de la théologie : « Elevons-nous, dit-il à ses religieux, élevons-nous,

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frères bien-aimés, à la sainte Ecriture, à l'aide des meilleures interprétations des Pères, comme par une échelle qui conduit à la vision (de Dieu), afin que, dirigés par ses pensées, nous méritions d'atteindre réellement à la considération du Seigneur. C'est là peut-être cette échelle de Jacob, sur laquelle les anges montent et descendent, et au sommet de laquelle se tient le Seigneur, tendant la main à ceux qui sont fatigués, et soutenant les pas chancelants de ceux qui montent par la méditation de lui-même. » Et il ajoute pour les détom^ner d'une étude désordonnée : «Modérez vos désirs par la sagesse, afin que ce que vous devez apprendre, vous l'appreniez avec ordie, imitant ceux qui aspirent à la santé du corps. Ceux qui veulent être guéris par le médecin, demandent quels aliments ils doivent prendre dans leur premier, dans leur second repas, afin que les forces afTaiblies de leurs membres épuisés ne soient pas accablées plutôt que fortifiées par une avidité non réglée*. »

2. Commentaires sur plusieurs livres de la sainte Ecriture : Expositio Psalteîii ; Complexiones in Epistolas et Acta apostoloi'um necnon in Apocalypsin. Cassiodore, ainsi qu'il le dit lui-même, les composa peu de temps après avoir renoncé aux emplois pubUcs. Pour vaincre les nombreuses difficultés qu'il rencontrait dans les Psaumes, il consulta d'abord les Enarrationes in Psalmos de saint Augustin ; mais leur trop grande étendue et la forme dans laquelle elles sont rédigées, lui parurent peu convenables. « Il passa donc de la haute mer dans des rivières plus aisées à franchir ; » les EjiaiTationes ne furent employées que comme une base sur laquelle il écrivit un opuscule plus facile à comprendre, et il puisa ce qui lui parut convenir à son dessein, tout en le traitant avec liberté, dans saint Hilaire de Poitiers, Origène, saint Ambroise, saint Jérôme, la lettre de saint Athanase à Marcellin et autres docteurs de l'Eglise. Cette explication des Psaumes fut en grande estime pendant tout le moyen âge ; mais il n'en est pas ainsi de son Explication des Epîtres de saint Paul et de l'Apocalypse.

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