‹ PatrologieChapitre 79 sur 143 · AUTEURS LATINS. — S. GRÉGOIRE LK GRAND · texte numérisé non relu

AUTEURS LATINS. — S. GRÉGOIRE LK GRAND

l'Eglise. Vers 570, sous le pontificat de Jean III, Grégoire fut nommé préteur de Rome par Justin le Jeune.

Quoique la situation fût difficile, car la querelle des Trois- Chapitres continuait au dedans, tandis qu'au dehors les Lombards menaçaient l'empire romain d'Occident, rétabli par Narsès, il administra avec dignité et à la grande satisfaction des Romains. Dégoûté de l'éclat des honneurs terrestres, il employa son immense fortune à l'érection de sept couvents de bénédictins, et entra lui-même (entre 573 et 577) dans celui qui existait dans la maison de son père sous le nom de Saint- André, où il passa, dit-il, les pkis belles années de sa vie, Onelques années après, le pape Renoît le tirait de sa solitude et le consacrait diacre de l'Eglise romaine.

Envoyé à Constantinople en qualité d'apocrisiaire par Pelage II, successeur de Renoît, il réussit à aplanir les différends qui existaient entre le pape et Tibère Constantin. Après son retour (en 585), il obtint la permission de rentrer dans son couvent et y remplit les fonctions d'abbé, sans cesser d'aider le pape de ses conseils, particulièrement dans l'affaire des Trois-Chapitres. En 590, il fut élevé lui-même, par la voix du sénat, du clergé et du peuple, sur le Siège de saint Pierre, déjà occupé précédemment par un de ses ancêtres, Félix III. La gloire de son pontificat fut égale à la haute idée qu'il se faisait d'un pape. Ne pouvant plus échapper à une dignité dont il se croyait indigne, il exhalait dans ses lettres les sentiments de tristesse qui accablaient son âme : « J'ai perdu la joie de mon repos, et en paraissant monter au dehors, je suis tombé au dedans. » Quand il envisageait l'immensité des travaux temporels qui pesaient sur lui, « il était tenté de croire que cette dignité le séparait de l'amour de Dieu. » Ce qu'il exigeait de chaque prêtre et de chaque évêque, qui loci sui necessitate exigitur summa dicere, hac eadem necessitate compellitur summa monstrare ', il en donnait lui-même l'exemple. Il considérait les revenus de l'Eglise romaine comme le patrimoine des pauvres, et son biographe, le diacre Jean, nous apprend qu'il agissait conformément à cette maxime. « Quatre fois par an, il distribuait des pièces d'or aux évêques, aux prêtres,' aux diacres et autres personnes de dignité ...; il in-

' Keq. pastor., II, cap. iii.

vitait journellement à sa table des pèlerins et des étrangers. Chaque jour, dans tous les quartiers de la ville, il faisait porter des aliments cuits aux malades et aux infirmes. A ceux qui auraient eu honte d'en recevoir sous le nom d'aumône, il en envoyait de sa table sous le nom de bénédiction apostolique.»

Bossuet résume, dans une page admirable, la belle et féconde carrière de ce grand pape : « Au milieu des malheurs de l'Italie et pendant que Rome était affligée d'une peste épouvantable (590), saint (îrégoire le Grand fut élevé malgré lui sur le Siège de saint Pierre. Ce grand pape apaise la peste par ses prières, instruit les empereurs, et tout ensemble leur fait rendre l'obéissance qui leur est due, console l'Afrique et la fortifie, confirme en Espagne les Yisigoths convertis de l'arianisme, et Récarède le Catholique qui venait de rentrer au sein de l'Eglise, convertit l'xVngleterre, réforme la discipline dans la France, dont il exalte les rois, toujours orthodoxes, audessus de tous les rois de la terre, fléchit les Lombards, sauve Rome et l'Italie, que les empereurs ne pouvaient aider, réprime l'orgueil naissant des patriarches de Constantinople, éclaire toute l'Eglise par sa doctrine^ gouverne l'Orient et l'Occident avec autant de vigueur que d'humilité, et donne au monde un parfait modèle du gouvernement ecclésiastique. L'histoire de l'Eglise n'a rien de plus beau que l'entrée du saint moine Augustin (597) dans le royaume de Kent, avec quarante de ses compagnons, qui, précédés de la croix et de l'image du grand Roi Notre-Seigneur Jésus-Christ, faisaient des vœux solennels pour la conversion de l'Angleterre. Saint Grégoire, qui les avait envoyés, les instruisait par des lettres véritablement apostoliques '. »

Malgré tant de travaux, et nonobstant ses nombreuses prédications, saint Grégoire est de tous les papes, Benoit XIV excepté, celui qui a laissé le plus d'ouvrage. Comme écrivain, sans parler de la forme spéciale qu'il a donnée à la liturgie, son trait caractéristique est de s'être approprié les idées de ses prédécesseurs les Pères latins, et de les avoir adaptées aux besoins multiples de la vie. L'intérêt qu'il portait à la science sacrée, notamment à saint Augustin, à saint Jérôme et à saint Ambroise, auxquels il a été associé comme le qua-

1 Discours sur l'hist. univ., pari, i, époque xi. (Cit. du trad.}

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