AUTEURS LATINS. — S. GRÉGOIRE LE GRAND
trième des grands docteurs de l'Eglise, n otait rien à son estime pour la science profane, comme le prouverait à lui seul ce mot si énergique : Profunditafem sac?i eloquii ah îgnaris sœcidaris scientiœ penetrari nerjo ', si l'authenticité de ce commentaire était hors de doute. On a prétendu plus tard, entre autres Jean de Salisbury, au douzième siècle, que saint Grégoire avait fait brûler les livres de la bibliothèque palatine et l'histoire de Tite-Live ; mais c'est là une invention odieuse. S'il a parlé quelquefois des classiques païens en termes peu bienveillants, c'est parce qu'il craignait qu'ils ne fissent négliger la lecture de la Bible et des auteurs chrétiens.
OEuvres morales de saint Grégoire.
{. Eœposifio in beatum Job, seu Moraliiim libri XXV, répertoire passablement complet de morale, d'après la méthode historico -allégorique et morale propre à saint Grégoire.
2. Honiilix xl in Evangelia, et Eomilise xxii m Ezechielem, travail souvent superficiel, également en forme d'allégories.
3. Dialofjorum libri IV, de vita et miraculis Patrum italicorum, dont deux livres ont trait à saint Benoît de Xorcia. Cet ouvrage fut tellement goûté de son temps et valut tant de gloire à son auteur, qu'on le traduisit plus tard en grec ; on l'appelait souvent le Dialogue.
4. Liber regidae pastoralis, ou De pastorali cura, sur les devoirs du ministère doctoral, sacerdotal et pastoral : traduit en grec du vivant de l'auteur par ordre de l'empereur Maurice, et plus tard en anglais par ordre du roi Alfred. Cet ouvrage, où l'auteui' a utilisé les traités composés sur le sacerdoce par saint Ephrem, Grégoire de Nazianze, Chrysostome, Jérôme et Ambroise, les surpasse tous en étendue. Il se divise en quatre livres : le premier traite des conditions requises pour le sacerdoce, ne gui nitllis fulti virtutibus nequaquam divinitus vocati, sedsua cupidine accensi, culmen regiminis rapiant potius quam assequantur ; le second traite de la vie des pasteurs ; le troisième, des instructions qu'ils doivent donner au peuple : la doctrine doit être appuyée pai* le bon exemple et adaptée aux différents âges; le quatrième livre exhorte le pas-
' AdI Reg.. lib. V, n. 3.
teui^ qiii veut remplir toutes les obligations de son ministère à se mettre en garde contre les pièges de l'orgueil. Le moyen âge recommandait aux évêques et aux clercs d'étudier constamment ce traité, aussi clair qu'instructif: Nidli episcopo liceat canones aut lihrmn pastoralem a beato Gregorio papa, si fieri potest, ignorare ; in quibus se débet wmsfjidsque quasi in spécula assidue considerare\ Le Pastoral de saint Grégoire, dit Bossuet, est un chef-d'œuvre de prudence et le plus accompli de ses ouvrages*.
Ouvrages liturgiques.
\. Sacramentarium ; 2. Responsor iale et Antiphonarium Ecclesiœ romanes; 3. Antiphonarius ; 4. Liber gradualis, renfermant le chant appelé grégorien' ou Cantus firmus, dont la sublimité, la force et la magnificence ont souvent fait supposer qu'il avait été inspiré par le Saint-Esprit. Pour favoriser la bonne exécution de ce chant, saint Grégoire institua à Rome une école de chantres, qui, dans la suite a servi de modèle à plusieurs autres. Cette liturgie renferme aussi plusieurs hymnes, dont quelques-unes ont passé dans le Bréviaire. Une autre chose digne de remarque, c'est que les ouvrages de saint Grégoire, surtout ses explications allégoriques, ont eu une grande influence sur l'art décoratif dans son application aux églises.
Lettres, registres, regestes^.
On trouve de tout dans ce Recueil : dogme, morale, discipline ecclésiastique, recommandation de telle et telle personne, questions pratiques les plus diverses ; c'est une image fidèle de la vie et des travaux de saint Grégoire, et par cela même une source très-utile pour la connaissance de cette époque.
Pour le 'fond et la forme, les ouvrages de saint Grégoire varient avec les circonstances du temps et les dispositions de l'auteur. Saint Grégoire est souvent sententieux, délayé, mystique et allégorique ; mais en somme plein de noblesse et de dignité. Lui-même estimait médiocrement ses ouvrages: « Il me déplaît, disait-il, qu'on s'occupe de mes chétifs écrits, quand on en possède de bien meilleurs. » Il entendait parler
^ Conc. Turon. m, can. 3, édité à part par "WesthofiF, Monast., 1846. — » Cit. du trad. — ^ Voir, sur le sens de regislrum et regestum, Migne, sér. lat., t. LXXVII, p. Ul.