AUTEURS LATINS. — S. GRÉGOIRE LE GRAND
surtout de saint Augustin. La tendance pratique de ses ouvrages, jointe à un goût prononcé pour l'allégorie, explique la faveur qu'ils ont trouvée chez ses contemporains.
Vues particulières de saiiit Grégoire,
Saint Grégoire n'étant point un écrivain original et n'ayant point de système, on ne saurait s'attendre à trouver chez lui un vaste corps de doctrines qui lui soient personnelles. On a prétendu, tout-à-fait à tort, qu'il avait le premier enseigné l'existence du purgatoire et le moyen de s'en délivrer par la prière et le sacrifice de la messe. Ce qui est vrai, c'est qu'il a développé, souvent avec beaucoup de précision et de détail, cette ancienne doctrine de l'Eglise*.
Par contre, nous trouvons chez lui plusieurs idées qui lui sont personnelles sur la notion et les devoirs de la papauté. Nous les résumons ainsi :
1. Tout en ayant le vif sentiment de sa haute position et des droits qu'elle impliquait, il n'entendait point les exercer aux dépens des métropolitains et des évèques. « De même que nous soutenons nos droits, nous honorons aussi les droits
spéciaux de chaque Eglise particuhère Je ne sais quel
évêque n'est pas soumis au Siège apostolique s'il se trouve en faute, quoique, hors ce cas, tous les évèques soient égaux selon la loi de l'humilité. » Son esprit de justice se révèle surtout dans le passage suivant : « Il me siérait mal de soutenir une chose avant de m'être convaincu moi-même qu'elle est juste, car j'aime les hommes en vue de la justice, et je ne sacrifie pas la justice aux hommes. « Aussi, pendant que le patriarche Jean le Jeûneur usurpait fastueusement le titre de patriarche œcuménique, il se donnait à lui-même le titre modeste de servus servoriim Dei, laissant ainsi à ses successeurs un grand exemple et une touchante coutume, sans sacrifier
^ Si culpse post mortem insolubiles non sunt, multum solet animas etiam post mortem sacra oblatio hostiaj salutaris adjuvare, ita ut hanc nonnunquam ipsse defunctorum animse expetere videantur. Sed sciendum est, quia illis sacrée victimes mortuis prosint, qui hic vivendo obtinuerunt, ut eos etiam post mortem bona adjuvent, quse hic pro ipsis ab aliis fiunt {Dialog., lib. IV, c. lv et Lvn). II rapporte plusieurs exemples frappants de secours ou de consolations obtenus par l'offrande du sacrifice de la messe. (Voy. Homil. xxxvii m Evangelia, u. 8-10, et Dialoy.j, lib. IV, cap. VII.)
ses droits vis-à-vis de ce patriarche superbe : « Qui doute, disait-il, que le patriarche de Constantinople ne soit soumis au Siège apostolique'? » Théodoret de Cyr, ce grand évêque d'Orient, disait lui-même que le Siège apostolique de Rome a la prééminence sur l'univers entier.
2. Il s'élève avec une énergie particulière contre l'emploi de la violence en matière religieuse : « Ce qui s'obtient par la force est invalide selon les lois religieuses et civiles : Sancitum est ut ea qùse contra leges fiunt, non solutn inutilia, sed etiam pro înfectis ^«ôeni/a 5mr^ » Aussi blàme-t-il sévèrement les évoques d'Arles et de Marseille d'avoir imposé le baptême aux Juifs, croyant faire une bonne action : « Certes, je me persuade volontiers que votre intention était bonne et inspirée par l'amour de Noire-Seigneur; mais l'Ecriture sainte ne demande pas cela ; je crains non-seulement que vous n'en soyez point récompensés, mais encore, ce qu'à Dieu ne plaise, que les âmes que nous voulons sauver n'en souffrent quelque dommage. Car celui qui arrive au baptême, non par la suavité de la prédication, mais par la crainte, retourne facilement à l'ancienne superstition, et tombe dans une mort d'autant plus terrible qu'il semblait y avoir échappé \ » Tout ce qu'il permet, « c'est qu'on remette aux Juifs convertis qui habitent sur les propriétés de l'Eglise une partie de leurs impôts. » Et encore, dans la crainte qu'ils n'obéissent à des sentiments de cupidité, se hâte-t-il d'ajouter : Etsi ipsi minus fidehter veyiiunt, hi tamen qui de eis natif aerint, jam fidelius baptizantur. Aut ipsos ergo aut eorum filios lucramur''.
3. C'est dans le môme esprit qu'il censurait l'évèque Sérëne, de Marseille, pour avou fait arracher les images de son église dans la crainte qu'on ne les adorât ; ce qui avait fort indisposé le peuple. « Autre chose, lui écrivait-il, est d'adorer les images et autre chose de reconnaître, par la représentation d'une image, ce qu'on doit adorer. Ce que l'écriture est pour ceux qui lisent, une image l'est pour ceux qui voient et qui ne savent pas lire. De là vient qu'en tout temps les images ont été le livre de lecture des païens. Or, puisque vous habitez encore parmi des pa'iens, vous auriez dii y avoir égard et ne les
^ Efi\8i., lib. XI, ep. xii. — ' Ef., lib. IX, c. vu. — ' £'p., lib. I, c. xlvii. — •* E'p., lib. .V, ep. vin ad Cypr. diacon.; cf. lib, II, ep. xxxii ad Pelr., ■^ubdiac. Sicil.