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ACTEURS LATINS. — S. GRÉGOIRE LE GRAND

point scandaliser par la chaleur hâtive d'un zèle juste, sans doute, mais non éclairé'. » Il avait déjà écrit à cet évêque dans le même sens ^ Il louait, au contraire, un certain Secondinus qui lui avait demandé quelques images : « Votre demande nous a été très- agréable. Tous cherchez de tout votre cœur Celui dont vous désirez avoir l'image sous les yeux, afin que sa vue journalière habitue et exerce votre âme à brûler davantage pour Celui dont vous désirez voir l'image. Nous n'avons certainement pas tort de nous élever des choses visibles aux choses invisibles*. »

4. Lesparoles suivantes, adressées à l'empereur Maurice, ont été souvent citées pendant le moyen âge : Ad hoc eiiini polestas super omnes homines dominorum meorum (imperatorum) pietati cœlitus data est, ut qui hona appetuntadjuventur, ut cœlorwn via largius pateat, ut terrestre regnum cœlesti recjno famuletur*. Saint Grégoire demande donc aux empereurs legesquœ ornnipotenti Deo concordant, et il dit à l'ex- consul Léontius : Hoc inter reges gcntium et imperatores Romanorum distat : quia reges gentium domini servorum sunt, imperator vero doniinus liber arum. L'nde et vos quidquid agitis, prias quidem servata justitia, deinde custodita per omnia liber tate agere débet is^.

o. Mais ce qui l'intéressait encore plus que la liberté politique des peuples, c'était la liberté des âmes. Nous avons un bel exemple de son zèle dans les conseils suivants qu'il adressait à Yenantius pour l'exhorter à rentrer dans son couvent : Co?îsidera judicium Dei, quod mereatur qui semetipsum Deo vovit continuoque mundi dcsideriis irretitus mentitus est quodvovit. Ecce, fateor, mœrens loquor, et facti tui tristitia addlctus edere verba vix valeo, et tamen animus iuus actionis conscius vix sufficit ferre quod audit, erubescit, confunditur, adversatur. Omnipotens Deus cordi tuo indicet cor nieum quanto te amore quantacj[ne caritate complectitur, in quantum tamen divina gratia non offendatur. Nam sic culpam tuam insequor, ut personam diligam ; sed personam diligo, ut culpse vitium non amplectar. Si igitur a me amari te credis, apostolorum limi- ■nibus prœsentare, mer^ue consiliario utere ".

C'est ainsi que, dans toute sa carrière, saint Grégoire nous

< Ep., lib. XI, ep. xiri. — » Lib. IX, ep. cv. — ' Lib. IX, ep. lu. ■— * Lib. III, ep. Lxv. — ' Lib. X, ep. li. — * Lib. I, ep. xxxiv.

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apparaît constamment à la hauteur de sa grande mission. Chef de l'EgHse, il défend la primauté contre les exigences du patriarche de Constantinople, et protège la liberté de Rome et des peuples contre les Lombards et les empereurs ; prêtre, il retrace l'idéal du vrai pasteur, et le réalise lui-même sur le trône pontifical dans une vie pleine de travaux, de luttes et de souffrances.

Opéra, éd. Paris, 1518, s'ouv. réimpi'.; Basil., 1551 et 1564; la nieill. édit. est celle des bénéd., surtout de Sammarthanus, Par., 1705, 4 vol. in-fol., corrigée par Galliccioli, Venet., 1768-1776, 4 vol.; Migne, sér. lat., t. LXXV-LXXIX. Cf. Cellier, t. XVII, 2=* éd., t. XI; Bœhringer, op. cit., II.

Saint Grégoire, justement surnommé le Grand, est à la fois la clef de voûte de l'ancienne société et la pierre fondamentale du nouveau monde religieux chez les peuples germains. En introduisant parmi eux la liturgie romaine et son chant ecclésiastique, il a puissamment contribué, ainsi que Boèce et Cassiodore, au développement graduel de la science parmi ces peuples. En popularisant les œuvres des saints Pères, il les a rendues accessibles à ces hommes peu avancés encore dans la culture scientifique. Cassiodore, par son Traité des sept arts libéraux, a fourni à leurs savantes écoles la forme du trivium et du quadriviiim, tandis que Boèce a frayé les voies de la philosophie grecque parmi les Germains, au moyen de ses traductions et de ses commentaires de Platon, dAristote et de Porphyre.

§ 93. Les papes lloriiitsdas, Honorius, llartin !•■', Agathon, tirég'oire 11.

I. Hormisdas, né à Frosinone, dans le Campanie, n'était encore que diacre de l'Eglise romaine lorsqu'il fut élu, en présence de Cassiodore, célèbre homme d'Etat, successeur du pape Symmaque {oU-o23). Les querelles des monophysites et des pélagiens poursuivaient leur cours.

L'empereur Anastase favorisait en Orient les monophysites et résistait aux menaces que lui faisait son général Yitihen dans l'intérêt de la doctrine orthodoxe. Anastase fit semblant de vouloir se réconcilier avec le pape et de se réunir à l'Eghse d'Occident. Dans ce but, il fit annoncer un nouveau concile à

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Héraclée et y invita le pape. Hormisdas y donna son assentiment sous deux conditions : 1° que les décrets du quatrième concile de Chalcédoine (451) seraient reçus sans restriction; 2° que les chefs des monophysites, Dioscore, Timothée Elure, Pierre Monge, Foulon et Acace seraient excommuniés. Le pape faisait même pressentir qu'il s'y rendrait en personne, bien qu'aucun de ses prédécesseurs n'eût assisté à un concile d'Orient. Il envoya d'abord à Constantinople une députation à l'empereur, présidée par l'évêque Ennodius. Les députés revinrent à Rome sans avoir rien conclu, et le pape se plaignit que tout ce que disait l'empereur n'était que vaines paroles écrites sur le sable et jetées au vent. Il apprit bientôt après que Sévère, patriarche monophysite, et Pierre, évèque d'Apamée, maltraitaient les moines, les prêtres et les laïques orthodoxes.

De meilleures perspectives ne s'ouvrirent que lorsque Anastase eut été frappé de la foudre. Sous l'empereur Justin, en 518, le peuple contraignit le patriarche Jean, de Constantinople, de lancer l'anathème contre le fougueux Sévère, et de reconnaître les décrets de Chalcédoine. Cette fois, l'empereui' et le patriarche Jean renouèrent des négociations avec le Saint-Siège. Hormisdas envoya une nouvelle députation à Constantinople pour travailler à la réunion. Elle fut conclue sur la base d'une formule de foi proposée par le pape. Le patriarche Jean la souscrivit, et, sur la demande d'Hormisdas, la présenta aux autres patriarches et évêques d'Orient dans le même but et avec le même succès. Elle fut également adoptée plus tard par les Pères grecs et latins du huitième concile œcuménique (869), dans la première action. Cette formule est ainsi conçue :

« La première condition du salut est de garder la règle de la vraie foi et de ne s'écarter en rien de la tradition des Pères ; et parce qu'il est impossible que la sentence de Notre-Seigneur ne s'accomplisse point, quand il a dit : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eghse, l'événement a justifié ces paroles; car la rehgion catholique est toujours demem'ée inviolable dans le Siège apostohque. Ne voulant donc pas déchoir de cette foi, suivant, au contraire, en toutes choses les règlements des Pères, nous anathématisons toutes les hérésies, principalement l'hérétique Nestorius, jadis évèque de Constantinople, condamné au concile d'Ephèse par le bienheureux

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Célestin, pape de Rome, et par le vénérable Cyrille, êvêque d'Alexandrie ; et avec lui nous anathématisons Eutychès et Dioscore, évêque d'Alexandrie, condamnés au saint concile de Chalcédoine, lequel nous suivons et embrassons, et qui, suivant lui-même le saint concile de Nicée, a prêché la foi des apôtres. Nous leur joignons, dans le même anathème et dans la même condamnation, le parricide Timotliée, surnommé Elure, et son disciple en tout, Pierre Monge d'Alexandrie. jNous anathématisons pareillement Acace, autrefois évêque de Constantinople, devenu leur complice et leur partisan, ainsi que ceux qui persévèrent dans leur communion ; car embrasser la communion de quelqu'un, c'est mériter un sort semblable. De même nous condamnons et anathématisons Pierre le Foulon d'Antioche, avec tous les siens. Aussi approuvons et embrassons-nous toutes les épitres que le bienheureux Léon, pape de Rome, a écrites de la vraie foi. C'est pourquoi, comme il a été déjà dit, suivant en toute chose le Siège apostolique et publiant tout ce qui a été décrété par lui, j'espère mériter d'être avec vous dans une même communion qui, est celle de la Chaire apostolique, dans laquelle réside la vraie et entière solidité de la religion chrétienne, promettant aussi de ne point réciter dans les saints mystères les noms de ceux qui sont séparés de la communion de l'Eglise catholique, c'est-à-dire qui ne sont pas d'accord en toutes choses avec le Siège apostolique. Que si je me permets de m'écarter moi-même en quelque chose de la profession que je viens de faire, je me déclare, par ma propre sentence, au nombre de ceux que je viens de condamner. J'ai souscrit de ma main à cette profession, et je l'ai envoyée par écrit à vous, Hormisdas, saint et bienhem^eux frère et pape de la grande Rome. »

Malheureusement, l'union ainsi conclue ne tarda pas à être partiellement troublée. Les moines de Scythie insistèrent auprès des légats du pape, encore présents à Constantinople, pour qu'on complétât le symbole de foi de Chalcédoine, en ajoutant à la doxologie : « Un de la Trinité a souffert sur la croix. » De violentes disputes s'élevèrent à ce sujet. Les légats ayant fmi par déclarer qu'ils n'avaient point les pouvoirs nécessaires, les moines envoyèrent des délégués au pape, qui entra avec eux dans de longs débats et finit par leur proposer cette rédaction : « Une des trois personnes a souffert selon la

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chair. » Cette formule ayant été rejetée, le pape les repoussa comme des fauteurs inconscients du monopliysitisme.

Les moines revèches envoyèrent alors une confession de foi aux évoques d'Afrique, bannis en Sardaigne par Thrasamond, roi des Vandales. Les évèques, dans leur réponse, ayant refusé dy adhérer, les moines continuèrent leur agitation et se mêlèrent en même temps à la controverse pélagienne, qui avait quelque affinité avec la leur, mais sui'tout à cette question alors brûlante : Si les écrits composés par Fauste, évêque de Riez, contre la doctrine pélagienue étaient parfaitement orthodoxes.

Sur ces entrefaites, l'évêque Possessor, expulsé d'Afrique, envoya, à l'instigation de l'empereur Justirden, familier avec les alfaires de l'Eglise, une lettre au pape Hormisdas \ pour solhciter son avis sur les écrits de Fauste. Le pape répondit d'abord à l'évêque, relativement à ces moines : qu'il tolérait depuis un an l'astuce de quelques Scythes, qui, souscoulem' de religion, cherchent leurs propres intérêts ; moines en apparence et non en fait, en paroles et non en actions ; qu'il s'est efforcé de les corriger en lem^ rappelant ces mots de saint Paul : Noli verbis contendere, ad nihil enim utile est, nisi ad subversionem audientium. — Quant à la doctrine de Fauste, il renvoie au décret de son prédécesseur Gélase, De libris recipiendis sive 7ion recipiendis ; il dit que les écrits de Fauste ne sont pas reçus sans difficulté. En ce qui est de la doctrine de l'Eglise romaine touchant le libre arbitre et la grâce de Dieu, quoiqu'on puisse la voir en divers écrits de saint Augustin et surtout dans ceux qu'il a adressés à Hilaire et à Prosper, il y a néanmoins des articles exprès dans les archives de l'Eglise, qu'il lui enverra s'il le juge nécessaire^.

IL Le pape Honorius (615-638), occupé de divers côtés et trompé par Sergius, patriarche de Constantinople, sur le véri-

■• Voy. Wiggers, Histoire du semipélagianisme, Hamb., 1833, Cet écrit, remarque Wiggers avec étonuement, reconnaît en ces termes la primauté du Siège de Rome : Decet et expcdU ad capilis recurrere medicamenlum qaoties agitur de sanitate membrorum. Quis enim majorem erga subjectos solliciludmem gerit, aut a quo magis est nuUmlis fidei stabilitas exspectanda quam ab ejus Sede prœside, cujus primus a Christo reclor audivit : Tu es Petrus, etc.

"^ Toutes les lettres (81) et les décrets du pape Hormisdas se trouvent dans Migne, sér. lat., t. LXIII.

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table état des choses, sur le but de la réunion des monophysites et des (catholiques, au moyen de cette formule : « Il n'y a en Jésus-Christ qu'une volonté et qu'un mode d'opération, » n'avait pas donné toute son attention à l'affaire des monophysites, et n'avait pas réagi d'assez bonne heure. Dans deux lettres, qui, du reste, ne pouvaient pas être tenues pour des décrets dogmatiques, il s'était exprimé en termes vagues et ambigus sur la formule monothélite ; il l'avait même çà et là adoptée. Il n'avait ni pressenti ni surtout adopté l'hérésie qu'elle recelait. On le voit par la précaution qu'il recommande à plusieurs reprises contre l'union poursuivie par Sergius, afin qu'on ne retombe pas dans les erreurs de Nestorius ou d'Eutychès, « puisqu'il faut confesser que Jésus-Christ est Dieu parfait et homme parfait, qu'il a voulu et agi de diverses manières. » Il ne s'est donc prononcé que contre deux volontés contradictoires en Jésus-Christ. Aussi le plus grand théologien de ce temps et le plus perspicace adversaire du monothélisme, l'abbé Maxime, dit formellement qu'il était opposé aux monothélites, et que le sixième concile œcuménique l'a condamné non comme hérétique, mais comme fauteur imprudent de riiérésie ' .

111. Le pape Martin (649-655) la poursuivit avec d'autant plus d'ardeur, et d'abord au concile de Latran (649), qu'il se hâta de réunir. Ce concile déclara quelle concile de Chalcédoine ayant enseigné deux natures parfaites en Jésus-Christ, il s'ensuivait nécessairement que dans le Verbe incarné il y a deux volontés et deux opérations unies sans confusion et indivisiblement. Les monothéhtes, en niant cela, niaient la parfaite humanité et divinité de Jésus-Christ, en même temps qu'ils rejetaient le concile de Chalcédoine. Les nouveaux hérétiques méritent donc le même anathème que les anciens, puisque n'étant pas effrayés de leur condamnation, ils trompent le public en disant que le concile de Chalcédoine et les saints Pères leur sont favorables. Le concile de Latran condamna donc cette hérésie, ainsi que ses promoteurs et ses apologistes, Théodore, évêque de Pharan, Cyrus de Phasis, qui fut plus tard patriarche d'Alexandrie, Sergius et ses successeurs Pyrrhus et Paul, et enfin VEcthèse et le Type, des empereurs Héraclius et Cons-

^ Voy. notre Manuel de l'histoire ecclésiastique, 9' éd., 1. 1, p. 339-344.

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