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Les Origines QXi Etymologies, sorte de recueil encyclopé

AUTEURS LATINS. — ISODORE DE SÉVILLE. Hfio

dique des sciences, ont été composées à la demande de son ami Braulio. Cet ouvrage, compilé avec beaucoup de soin, n'a rien de particulièrement original ; cependant il a puissamment aidé dans la suite au progrès de la philosophie et de la théologie. Raban-Maur la pris pour thème de son ouvrage De universo. Les cinq premiers livres roulent principalement sur les sciences profanes, les sept arts libéraux, la médecine, les lois et les temps. Vient un abrégé de l'histoire du monde jusqu'à Iléraclius. Les livres YI-YIII intéressent surtout le théologien ; le sixième traite des Ecritures de l'Ancien et du Nouveau Testament, de leur inspiration et de leur canonicité, des sacrements et de la liturgie, ainsi que des bibliothèques qui existaient alors ; le septième donne un aperçu de la théologie: le huitième traite ' de l'histoire ecclésiastique, des hérésies et des symboles de foi qui leur ont été opposés. Les livres IX-XX s'occupent de sciences profanes (le seizième est sur la minéralogie), de beaux-arts (douzième livre sur les églises et les édifices publics), d'ustensiles , de vêtements et de denrées. Dans cette collection de tant de choses précieuses, le choix judicieux des matières, la critique et la méthode sont trop souvent absents'.

2. Des différences et des propriétés des mots (deux livres), espèce de dictionnaire des synonymes ; de la Natia^e des choses, traité d'astronomie et de cosmographie.

3. Chronique, abrégé d'histoire universelle depuis la création jusqu'à l'an 626 de Jésus-Christ ; Histoire des rois goths, vandales et snèves, de 176 à 628 * ; son authenticité est justement contestée.

4. Catalogne des Ecrivains ecclésiastiques, faisant suite aux catalogues de saint .Jérôme et de Gennade, auxquels Isidore ajoute trente-trois auteurs (jusqu'en 610).

o. Collectio canonum, conciliorum et epistolarum decretaliiim, ouvrage derrière lequel devaient se cacher plus tard les falsifications du pseudo-Isidore.

6. Liber proœmiorum de libris Veteris et Novi Testamenti ; Quœstiones et myslicoriim expositiones sacramentorum in Ve- teri Tesiamento, extrait des Pères : Allegoriœ Veteris et Novi Testame?îti et Expositio in Canticum canticorum.

' Editées à part daus le Corpus çjrammaticorum lat., de Otto, Leips., 1833. — > Réimprimée dans Florez, Esparia sagrada, p. iv.

7. Libri III sententiarum seu de summo bono, tirés siuHout de Saint Augustin et de saint Grég-oire. Ce travail, à la fois dogmatique et moral, a servi de modèle aux sententiaires du moyen âge. De divinis sive ecclesiasticis officiis (lib. II), description des cérémoines usitées dans la liturgie et dans l'administration des sacrements. — Nous négligeons d'autres traités moins importants.

Opéra, éd. De la Bigne,"Par., 1580; Brenl, Par., 1601; Grial, Matrit., 1778, iii-fol., 2 vol. La meilloure et la plus complète par Arevalo, Rom., 1797-1803, in-4°, 7 vol.; Migne, t. LXXXI-LXXXIV; cf. Ceilli«;r, t. XVII; 2" éd., t. XI.

III. Bède le Vénérable naquit entre 671 et 673 d une famille anglo-saxonne, au village de Jarow, dans le Northumberland. Dès qu'il eut] atteint l'âge de sept ans, son éducation fut confiée à un parent, abbé du monastère de Wirmuht, où il était destiné à passer le reste de sa carrière. A trente ans, il reçut le sacerdoce. Le pape Sergius I", informé de ses mérites, fit de vains efforts pour l'attirer à Rome. Bède déploya jusqu'à sa mort (735) une activité infatigable : Aut discere, aut docere, aut scrihere dulce habui. Il avait excité parmi ses nombreux élèves une soif si ardente de la science, qu'il les réunissait encore autour de son lit de mort pour les encourager à mettre la dernière main à un travail sur l'Evangile de saint Jean.

Ses nombreux et vastes écrits révèlent , outre sa connaissance des sciences profanes, grammaire, rhétorique, poésie, mathématique, physique et astronomie, sou aptitude comme historien, philosophe et théologien. Voici, sans parler de ses traités sur les sept arts libéraux et d'autres travaux analogues, ses principaux ouvrages :

Ouvrages sur la science e?i générât

1. Chronkon, seu libri de sex eetatibus (composé vers 793) : les chroniqueurs du moyen âge l'ont souvent pris pour modèle.

2. Historic'e ecclesiasticse gentis Anglorum libri V, jusqu'en 731 ; les faits y sont racontés avec tant d'exactitude et de vérité, souvent même avec tant de candeur et de grâce, qiif> Lappenberg a justement appelé cette histoire ime œuvre ua-

AUTEUKS LAT1.NS. — BEDE LE VÉNÉRABLE, WINFRIED. G(i7

lionale*, rare chez les anciens peuples. De graves motifs font douter de l'authenticité du martyrologe qui lui est attribué. Un autre martyrologe envers hexamètres serait plutôt de lui. A ces ouvrages historiques se rattachent : De cyclo paschali et De paschas celebratione liber ; De ratione temporisa où il est fait usage du cycle dionysien.

Ouvrages théologiques.

1. Commentaires sur plusieurs livres de l'Ancien Testament et sur l'Hexaméron ; sur le Nouveau Testament : Expositiones inlV Evangelia; in Acta apostoloriim ; in Epistolas Jacobi, Pétri et Joannis, Jndœ et in Apocalypsin : extraits le plus souvent des Pères de l'Eglise ; l'auteur y a joint çà et là des explications allégoriques et morales.

2. Traité d'archéologie biblique : De tabernaculo etvasis ejut ac vestibus sacerdotum ; De templo Salomonis ; De situ Jérusalem et sacris locis; De nominibus locorum vel civitatum quds in Actibus apostolorum leguntur.

3. Scintillse Patrum, maximes tirées de l'Ecriture et des Pères , de même que le Pénitentiel ou De remediis peccatorum.

4. Plusieurs homélies rangées dans l'ordre suivant : Homilix de tempore et Eomilise de sanetis, ou encore : Homilise œstivales, hiemales et quadragesimales , avec divers Sermons au peuple. Simples pour la plupart, elles contiennent de belles et profondes pensées. Plusieurs ont été insérées au Bréviaire.

Quant à ses œuvres poétiques, la plupart appartiennent au genre descriptif; par exemple le De miraculis S. Cuthberti, en hexamètres. On lui doit aussi le De arte metrica, dont il appuie les règles par de nombreux emprunts aux poètes chrétiens, saint Ambroise, Prudence, Sédulius, etc.

Oper. omn. éd. priiiceps, Basil., daG3; Colon., 1612 et 1688, 8 vol. in-fol. Une bonne édition complète manque encore ; l'édition de Giles, Londr., 1843, 12 vol. (Migne, t. XC-XCV) ne suffit pas. Cf. Ceillier, t. XYIII; Gehle, De Bed. vener. vita et script., Lugd. Batav., 1839; Weiss, Vie et œuvres de Bédé, dans la Revue théol. de Frib., t. XVIII.

IV. L' Anglo-Saxon Winfried, surnommé plus tard Boniface, naquit vers 680 en Angleterre. Après avoir reçu une éduca^

* Editée à part par Stevenson, Londres, 1838,

{)08 PATKOLOC.IK.

tion brillante dans les couvents alors florissants d'Excesler et de Nutescelle, il se mit à voyager, selon l'usage de ses compatriotes, pour travailler à la conversion des peuples païens. Il commença dans la Frise et continua dans la Thuringe et la Hesse. A l'exemple des autres missionnaires, il alla solliciter à Rome l'autorisaticn du pape Grégoire II, qui l'ordonna « évêque régionnaire » de ces deux dernières contrées (722). 11 y fonda plusieurs évêchés, des couvents d'hommes et do femmes, où il appela des moines et des religieuses de son pays. En 745, il fut nommé archevêque de Mayence par le pape Zacharie, et Mayence fut érigée en métropole. Il voulut, à la fm de ses jours, revenir à l'idée qui avait occupé sa jeunesse et achever la conversion des Frisons. Il y fut martyrisé en 755.

Son importance dans la littérature chrétienne se rattache surtout à sa création favorite, le couvent de Fulde, qui fut une des grandes pépinières de la science et de la civilisation, et qui a servi de modèle aux écoles de Saint-Gall et de Reichenau. Il ne cessait d'encourager ses religieux et ses religieuses à des essais scientifiques, et il leur donnait lui-même l'exemple. Nous en avons une preuve dans ses vingt Enigmes en vers hexamètres sur les dix vertus et les dix vices principaux. Ces vers sont en forme d'acrostiche; les lettres initiales des vers renferment la solution de l'énigme^.

Malgré les travaux de sa carrière épiscopale, si vaste et si bien remplie, Boniface a encore composé divers autres écrits en prose, ce sont :

Quinze Sermons, où il exhorte les nouveaux convertis à ne pas retomber dans le paganisme. Il y combat aussi avec beaucoup de zèle la passion de l'ivrognerie, qui faisait alors de grands ravages.

Ses nombreuses lettres, toutefois, sont beaucoup plus importantes ; elles forment uue des principales sources de l'histoire de son temps, aussi ont-elles attiré l'attention des premiers historiens de l'Allemagne contemporaine. La plupart

* Voy. Zeli, Lioba cl les femmes anglo-saxomies renommées pour leur piété, Frib., 1860.

» Ils ont été pour la première fois édités au complet par Cornélius Bock, professeur à Fribourg, un fin connaisseur en matière d'art et de littérature. Archh^. diocés.^ t. III.

AUTEURS LATINS. — ALCUlN. 669

se rapportent à sa charge d'évêque, peu à ses relations personnelles avec les membres de ses couvents. Les premières révèlent une grande indépendance de caractère, même à l'égard du pape, bien qu'on soutienne assez généralement qu'en prêtant serment au Saint-Siège, il avait abdiqué sa volonté entre les mains du pape. En agissant ainsi, il a suivi l'exemple de tous les fidèles de l'antiquité chrétienne ; il n'a pas reconnu la prééminence de l'évêque de Rome autrement que ne le faisaient les premiers savants d'Allemagne, le Vénérable Bède * et Alcuin, qui se bornaient à attester la foi du peuple. Henri Léo a dit excellemment : « Boniface est pour le progrès du génie allemand, par conséquent pour Ihistoiro d'Allemagne, un homme beaucoup plus important qu'aucun des rois qui ont vécu après lui ; » « car tout ce qui s'est fait dans la suite sous le rapport ecclésiastique, politique et religieux, repose sur les fondements établis par Boniface ^ »

S. Bonifacii sermones, dans Martène et Durand, Vet. scriptorum . . . ampHssima collectio, t. IX; Epistolœ, éd. Serarius, Mogunt., 1605 et 1629; Maxima Bibl. Pair., t. XIII, éd. Wurtwein, Mogunt., 1789: insuffisante ; éd. Giles, Oxon., 1846, 3 vol.; Migne, sér. lat., p. 89. Inexacte pour la critique : Jaffé, Monumenta Moguntina, Berol., 1866, t. III de la Bibl. rerum germanicarum, avec les Vies et le Martyre de S. Boniface, les lettres de son disciple et successeur LuUus, etc. — Voyez aussi les ouvrages de Sciters et de Werner sur saint Boniface.

V. Un autre Anglo-Saxon, Alcuin, nous montre la science parvenue chez les Germains à un point élevé et affermie dans

' « Quis nescit. dit le Vénérable Bède, beatissimum Petrum omniuni apostolorum principem fuisse?» Et dans son Commentaire sur saint Jean, ch. xin : « Petrus specialiter principatum judiciariae potestatis accepif, ut omnes per orbem credentes intelligant quia quicumque ab unitate fidei vel societatis illius quolibet modo semetipsos segregant, taies neo vinculis peccatorum absolvi nec januam possint regni cœlestis ingredi» (Homil. II, 16; Migne, sér. lat., t. XCIV, p. 223).

C'est dans le même esprit que saint Boniface écrivait, Epist. Gv : « Decrevimus autem in nostro synodali conventu et confessi sumus fîdem catholicam et unitatem et subjectionem romanse Ecciesiae fine tenus vitse nostrse velle servare. »

De même Alcuin, in Epist. xx ad Leonem III : « Princeps Ecclesise, hujus immaculatee columbœ nutritor ..., vere dignum esse fateor omnem illius gregis multitudinem suo pastori licet in diversis terrarum pascuis commorantem uno charitatis vinculo subjectam esse. »

^Manuel d'histoire universelle, t. Il; Leçons sur l'histoire d' Allemagne j t. I.

le royaume des Francs par un système scolaire bien ordonné. Né vers 732 d'une famille anglo-saxonne, Alcuin fit ses études au célèbre couvent d'York et fut placé en 780 à la tête de cette école monastique. Envoyé en 781 à Rome pour en rapporter le pallium à Eanbald, nouvel archevêque d'York, il fit à Parme la connaissance de Cliarlemagne. Ce prince, suivant ce qui lui était autrefois arrivé pour le diacre Paul, découvrit bientôt les talents distingués et les vastes connaissances d' Alcuin, et chercha à se l'attacher comme promoteur de la civilisation et de la culture dans la monarchie universelle qu'il allait fonder. Six années cependant se passèrent encore avant qu'il obtînt le consentement d'Offa, roi des Mereiens et l'adhésion d' Alcuin. Il estimait cette acquisition à l'égal de la conquête d'un royaume. Dès qu' Alcuin parut à la cour de Cliarlemagne, il fut l'âme de toutes les nouvelles institutions que ce prince établit dans son royaume pour élever le niveau de la science.

L'ancienne académie franque, réorganisée sous le nom d'école palatine, compta bientôt dans son sein tout une pléiade de savants : c'étaient Eginhard, Paul, fils de AYarnefried, Angilbert, Théodulphe, Riculf, Adelhard, etc., avec lesquels Charlemagne et sa cour rivalisaient d'ardeur pour la science. Outre cette grande institution, Alcuin fonda dans le royaume des Francs, près de l'abbaye de Saint-Martin de Tours , un autre établissement destiné à servir de modèle, puis une foule d'autres écoles monastiques, où l'on enseignait les sept arts libéraux : dans le irivium, la grammaire , . la dialectique et la rhétorique; dans le quadrivium , la géométrie, l'arithmétique, la musique et l'astronomie, d'après les traités de Boèce et de Cassiodore, De septem liberalihus, et smiout d'après l'ouvrage fantaisiste de Martianus Capella, qui s'adaptait aux vues du moyen âge *.

< Le résumé encyclopédique de tout ce qui a quelque valeur dans les sept arts libéraux, à commencer par Térentius Varron, l'ami de Cicéron, se trouve, parmi les chrétiens, dans les ouvrages de saint Augustin De ordine et De doclrina, surtout dans les livres De disciplinis, mentionnés dans ses RélracLaUons, I, vi; puis, vers 445, chez un autre Africain, Martianus Capella, païen et néoplatonicien, qui a composé en vers et sous forme mythologique un ouvrage intitulé : De nuptiis Philologix cl Mercurii, et de septem arlibus liberalibus, lili. IX, ad cod. mss. éd. Kopp, Francof., 1836; recensuit Eyssenhardt, Lips., 1866. Cet ouvrage était déjà

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Malgré les avantages qu'Alciiin Iro avait dans ce genre de travaux, il s'accoutumait difficilement à son nouveau séjour; il vivait dans un ordre de choses encore tout empreint de barbarie, et dans les monastères francs le terrain était mal préparé encore pour la culture de la science et des arts. Attiré vers sa bien-aimée patrie par un charme irrésistible, il obtint de Charlemagne, en 790, la permission d'aller faire une longue visite à Tork. L'hérésie de ladoptianisme, qui surgit deux années après et se répandit dans l'empire des Francs, le détermina à revenir, sur les sollicitations pressantes de Charlemagne. Il se montra bientôt, par sa parole et par ses écrits, le plus savant comme le plus habile adversaire de Félix d'Urgel dans le royaume des Francs, puis d'Elipand, archevêque de Tolède, les deux artisans et protecteurs de l'hérésie de Nestorius renouvelée.

Lorsque Charlemagne, obligé à plusieurs reprises de faire la guerre aux Saxons, voulut les amener au christianisme par l'emploi de la force, Alcuin eut le courage de s'élever contre lui et contre les évèques qui l'y encourageaient : « Yous devez être des instituteurs, leur disait-il, et non des ravageurs, » doctores, non prcedatores.

Tout ce qu'il avait d'énergie et de dévouement fut consacré à développer et à faire fleurir les écoles qu'il avait fondées. — En 79G, il sollicita et obtint de Charlemagne la permission de quitter la cour et de prendre la place de l'abbé du monastère de Tours, devenue vacante. L'école de cette ville ne tarda pas à éclipser ceUe de Fulde. Les disciples y affluaient de toutes parts, et on vit sortir de son sein des hommes tels que Raban-Mam', qui devint archevêque de Mayence, Haymon, archevêque de Halberstadt, Richbod, archevêque de Trêves, etc. A l'exemple de Cassiodore, Alcuin voulait que ses moines et ses écoliers s'appliquassent aussi à multiplier par des copies les ouvrages des principaux classiques païens et des saints Pères, et, pour y aider, il écrivit lui-même un traité de l'Orthographe. Cédant aux désirs souvent réitérés de Charle-

connu et utilisé par Boèce et Cassiodore dans leurs traités De artibus et disciplinis Uberalium litterarum; Grégoire de Tours l'employait comme livre scolaire, car il dit dans son Histoire des Francs, lib. X, sub fia : S. te ... Martianus noster septem disciplinis erudiit. Voy. Teuffei, op. cit., 3< édit., p. 1064.

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magne, il entreprit un travail aussi pénible que méritoire : il transcrivit de sa propre main, d après les meilleures et les plus anciennes sources, et en la purgeant des fautes contenues dans les exemplaires courants, une copie de la version latine de la Bible, à laquelle il joignit des inscriptions poétiques indiquant le contenu de chaque livre. Charlemagne, à qui elle fut dédiée, fut si satisfait d'un tel présent qu'il ordonna aux missi dominici qui parcouraient son empire de prendre des mesures pour qu'on fît dans tout le pays des copies exactes de la sainte Ecriture.

En 802, Alcuin mit le dernier fleuron à sa couronne de gloire en assistant à la pose de la première pierre d'une école qui allait devenir plus tard la célèbre université de Paris. Il mourut peu de temps après, le 19 mai 804, jour de la Pentecôte, suivant le désir qu'il en avait souvent exprimé.

Ecrits d'Alcidn.

Ces écrits , aussi nombreux qu'étendus , sont beaucoup mieux ordonnés et rédigés avec plus d'indépendance que ceux qui ont été composés parmi les Germains. Nous les citons ici d'après l'édition de Froben, prévôt de Saint-Emmeran, à Ratisbonne. C'est la plus complète et la meilleure, à cause des ressources critiques dont l'auteur a fait usage.

d" Epistolœ 293, avec, de courts fragments empruntés à d'autres lettres. Rien ne donne une plus juste idée de l'activité de cet homme extraordinaire. Jaffé , par son goût de recherche et son zèle de collectionneur, les a portées de nos jours à 306. On y trouve la Vie d'Alcuin par l'archevêque Villebrord, et son Carmen de pontificibus et sanctis EcclesisB Eboracemis, précédé de Vita beati Alcuini abbatis'^ (de Wattenbach). C'est là probablement qu'on trouve les données les plus complètes sur les événements exceptionnels, les eiibrts multiples qui préludèrent à la formation du fameux royaume des Francs. Nous y voyons paraître tous les hommes qui se sont signalés dans l'Eglise et dans l'Etat, depuis l'em-

•• Voy. Bibiiolh. rerum genn., t. VI. Ces lettres ont été éditées après la mort du fondateur de cette bibliothèque sous le titre de Monumenta Alcuini, par Wattenbach et Dummler, avec une exactitude diplomatique. Berlin, 1873.

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pereur jusqu'au pape, et ils sont peints avec des couleui's si naturelles qu'on peut considérer ces lettres comme les meilleiu'es productions de la latinité du moyen âge.

2° Opusciila exegeiica, seu commentationes in sacram Scripturam. Ils comprennent : Interrogationes et Responsiones in Genesim ; Expositio pia et brevis in Psabnos pœnitentiales et in psabnwn cxviii et graduelles; Compendium in canticum; Commentaria super Ecclesiasten; Interpretaliones nominum Jiebraicorum progenilorum Domini nostri Jesu Christi; Commentaria in sancti Joannis Evangelium; Tractatus super très sancti Pauli ad Titum, Philemonem et ad Hebrœos epistolas; Commentatio brevis in Apocabjimn, libri V. L'esprit et la tendance de l'époque ne comportaient point une interprétation grammaticale et historique ; ce sont plutôt des réflexions morales et allégoriques, des avertissements, des considérations presque toujours empruntés à saint Ambroise, saint Jérôme, saint Augustin, saint Chrysostome et saint Grégoire le Grand. Cependant sa connaissance du grec et de l'hébreu a souvent aidé Alcuin dans le choix des différentes interprétations. Le respect qu'il montre pom- la parole de Dieu produit sur l'àme une impression bienfaisante, de même que les vers qui servent de conclusion aux Psaumes et à l'Ecclésiastique témoignent de ses pieux sentiments.

3° Plus importants sont les traités dogmatico -polémiques suivants : De fide sanctœ et individuse Trinitatis, libri III, précédé d'une Epistola nuncupatoria à Charlemagne, qui fixe l'époque de sa rédaction à l'an 803; De Trinilate ad Fredegisum queestiones, autrefois inséré à tort dans les œuvi'es de saint Augustin ; Libellus de processio?ie Spiritus sancti, où il discute avec détail la controverse depuis longtemps agitée entre l'Eglise grecque et l'Eglise latine, en invoquant les témoignages des Pères des deux Eglises. Yoici comment il formule la doctrine occidentale : « Le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, ch. i; le Saint-Esprit est l'Esprit du Père et du Fils, ch. n, et a été envoyé par le Père et le Fils. » A ce travail se rattachent les traités polémiques les plus importants d'Alcuin pour la connaissance de l'hérésie adoptianiste de Félix, évêque d'Urgel, et d'Elipand, archevêque de Tolède. Ce sont aussi ceux qui initient le mieux à la science dogmatique d'Alcuin. Citons d'abord le Liber contra hœresim Felicis, destiné aux 1. — patrÔlogie. -i3

religieux et aux ecclésiastiques du midi de la France, qui étaient les plus exposés à la contagion.

Plus vastes et plus approfondis sont les sept livres Contra Felicem, Urgelitarum episcopum, où l'auteur établit le caractère hérétique de la nouvelle doctrine d'après les témoignages incontestables de saint Hilaire, saint Ambroise, saint Augustin, saint Jérôme, etc. 11 achève sa démonstration dans les Libri 1 V adversus Elipandum, en deux parties, comprenant chacune deux livres. La seconde porte ce titre significatif : Libelli duo de incarnatione Christi et de duabus in eo naturis ac de veritate ipsius personœ. Après une étude approfondie des Pères, Alcuin démêlait clairement que cette assertion de Félix : Le Christ n'est le vrai Fils de Dieu {natura seu génère) que par sa nature divine ; selon sa nature humaine, il n'est que son Fils adoptif {fHius voluntate, beneplacito, gratia, susceptione), n'était admissible qu'à la condition de séparer les deux natures, comme faisait Nestorius. Or, comme il n'avait devant lui qu'un Nestorius ressuscité, il n'était pas besoin de nouveaux arguments pour le combattre ; il suffisait de reproduire ceux de saint Cyrille d'Alexandrie, qui avait de son temps réfuté Nestorius d'une façon si péremptoire : Quia ejusdem erroris impietas ejusdem veritatis responsionibus destrid débet. Cet écrit, de même que ceux qui furent composés dans le même dessein, sur la demande d'Alcuin, par Paulin, patriarche d'Aquilée, par Richbod, archevêque de Trêves, et par Théodulphe, évêque d'Orléans, sont une preuve évidente des progrès qu'avaient faits les Francs dans l'étude des Pères ; on y voit avec quelle liberté d'esprit et quelle aisance ils se mouvaient dans ces difficiles questions dogmatiques. Alcuin en donna surtout une preuve dans sa discussion avec Félix au synode d'Aix-la-Chapelle (799), comme il l'avait fait déjà aux synodes de Ratisbonne (792) et de Francfort (794).

On doit encore à Alcuin la Confessio fidei Felicis, Oi^gellitanse sedis episcopi, et Epistola ad filiam, où il donne des instructions et des conseils pour éviter l'hérésie de l'adoptianisme. Lorsque les hérétiques vaincus l'accusèrent d'entraîner Charlemagne dans des occupations étrangères, en l'attirant vers la théologie et la dialectique, il répondit publiquement que c'était au contraire par une disposition particulière de la

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Providence qu'il était revenu d'Angleterre dans l'empire des Francs pour prémunir ce pieux empereur contre les aberrations des hérétiques et l'affermir dans la vraie doctrine. Le prévôt Froben a joint à ces écrits : Dissertatio historica de hâsresi EUpandi Toletani et Felicis Orgellitani , in qua qux hactenus obscur a ex cartis recenler detectis et ipsius beati Alcuini scriptis illustrantur . Cette dissertation est suivie d'une autre intitulée : Dissertatio dogmatica historica contra Chris. Walchium, par Enhueber, prieur de Saint-Emmeran, à Ratisbonne.

4° A ces ouvrages se rattachent : Opéra liturgica et moralia ; Liber Sacramentorum; De Psalmorum usu;De offlciis per ferias; De baplismi cseremoniis, ad Odvinwu presbyterum Epistola. Les ouvrages suivants ne sont pas d'Alcuin lui-même, mais ils ont été écrits par ses conseils : De divinis officiis, De caeremoniis baptismi ad Carolum Magnum, Liber Comitis, Lectionarium et Homiliarium. Les traités de morale commencent avec le Liber de virtutibus et vitiis, De ratione animœ, liber ad Eulaliam virginem. Eulalie était sœur d'Adelhard, abbé de Corbie, et prenait un vif intérêt au mouvement scientifique dont la cour impériale était alors le théâtre. Cet important traité roule principalement sur des questions de morale ; il donne des éclaircissements sur la nature, les facultés et les propriétés de l'âme, dont il montre la destinée subhme dans un style plein d'animation. Il se termine par deux pièces de vers, dont la dernière commence par ces mots: Te homo laudet, — Aime Creator, — Pectore, inente, — Pacisamore. Ces deux pièces sont suivies de Epistola de confessione peccatorum ad pueros sancti Martini.

5° Froben rapporte ensuite des biographies de saints, VHagiographa, en prose et en vers, puis un grand nombre de morceaux intitulés : Carmina, inscriptiones sacri codicis, ecclesiarum, altarium, simulacrorum. Parmi ses vers, plusieurs sont dédiés à l'empereur et à son entourage, au pape Léon III ou aux études. 11 en est de même des Epigrammes et des Enigmes.

On doit encore au principal fondateur des écoles savantes dans Tempu'e des Francs un ouvrage particulièrement intéressant, ce sont : les Didascalia pour le Trivium et le Qitadrivium, dont il nous reste : la Grammaire en forme de

dialogue, De orthographia, Dialofjus de rhetorica et virtiitibus, entre Alcuiii et Charlemagne ; De dialectica ; Disputatio Pipini cum Alhino scolastico, dialogue entre Alcuin et Pépin, second fils de Charlemagne, sur la méthode que Fauteur suivait dans son enseignement ; De ciirsu et saltii lunée ac bissexto, sur les études astronomiques activement poursuivies à la cour de Charlemagne ; Disputatio piierorum per interrogationes et responsiones ; Propositiones Alcuini doctoris Caroli M. imperatoris ad acuendos juv'enes.

7. 11 n'est pas probable qu'Alcuin ait participé à la composition des Libri Carolini quatuor, seu Augusta concilii niceeni II censura, provoqués par les discussions ardentes et -passionnées qui eurent lieu à Francfort, en 794, au sujet des images. Du reste, l'édition que nous en possédons maintenant, faite sur la première publication qui eut lieu lors de la controverse fanatique des protestants contre les images, est fort suspecte *.

Ajoutons en terminant que, par la forme, le style, la diction, ces nombreux écrits, malgré leurs défauts et leurs incorrections, se distinguent avantageusement de la plupart des autres ouvrages contemporains ; que l'auteur a parfaitement rempli la tâche immense que la Providence lui avait départie, et mérité à un degré éminent la reconnaissance de ses contemporains et de la postérité, ainsi que Guizot se plaît à le reconnaître dans un langage éloquent"-.

Opéra Alcuini, éd. Quercetanus (Du Chesne), Lutet., 1617, in-fol., studio Frobenii, Ratisb., 1777, 2 vol. in-fol.; Migne, sér. lat., juxta edit. Frobenii abbatis,t. C-CI, en partie dans Biblioth. rerum germanic, t. VI; cf. Bœhr, Hist. de la littér. rom. au temps de Charlemagne, Carlsruhe, 1840; Sickel, Etudes sur Alcuin, Vienne, 1870 (dans les ouvr. histor. de l'Acad. des sciences).

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