‹ Pau, Eaux-Bonnes, Eaux-ChaudesChapitre 21 sur 46 · IX-BüNNES · texte numérisé non relu

IX-BüNNES

menacez-les de vous adresser aux Eaux-Chaudes. La concurrence, qui tue le despotisme du monopole, est là; avec un peu de fermeté de votre part, ils feront ce que vous voudrez... ce qui est juste en même temps.

Êtes-vous un intrépide, ne craignez-vous ni la marche ni la peine, et, de plus, renonçant volontiers, au plaisir que donne toujours la société de quatre ou cinq joyeux compagnons, préférez-vous aller seul ? n’employez pas le mode asez dispendieux des battues que je viens de vous indiquer. Il nécessite un nombreux personnel de guides, de rabatteurs, etc. — Homme de ressources, j’en ai pour tous les les goûts, pour toutes les bourses. Si donc vous aimez la chasse que j’appellerai « en fête à tête, » adressez-vous encore à Lanusse. Pour écrire consciencieusement, il faut avoir, dit-on, vu par soi-même ; il faut avoir essayé, et je l’ai fait. — Je suis parti un matin de Bonnes à deux heures. Je n’avais pour compagnon que le susdit Lanusse, qui portait dans sa carnassière un pain, une volaille froide, un carafon de vin. Arrivés à un poste célèbre, tout près du Ger, nous avons pris pour rabatteurs improvisés trois ou quatre bergers enchantés de gagner une pièce de vingt sous. Pour ma part, j’ai tué ce jour-là un isard. Malgré ce succès, j’ai trouvé que ce mode de chasse sentait quelque peu le braconnier. Je ne suis ni assez sauvage, ni assez égoïste pour aimer un plaisir à moi tout seul, et je ne savoure réellement un bon dîner que quand je le partage avec quelques amis. Quoi qu’il en soit, et dans tous les cas, consultez Lanusse, il vous fournira toujours de précieuses indications.

Par expérience, je vous engage à ne vous servir, pour tirer l’isard, que de chevrotines; l’animal a la peau dure, souvent il ne passe pas à belle : un bon fusil en porte facilement de treize à quatorze, qui garnissent bien le coup.

PÊQPE.

11 ne faut pas disputer des goûts et des couleurs, dit un proverbe fort sage. Après toutes les définitions injurieuses du pêcheur, telles que : « C’est une bête qui en attend une autre qui n’a pas promis de venir ; la ligne commence par une grosse bête et finit par une petite, etc., etc., » on croirait qu’en vérité lorsqu’on est atteint de cette innocente passion, il ne reste plus qu’à s’en défendre comme d’un vice honteux. En effet, vous le savez, dans notre monde si singulièrement fait, on excuse, on pardonne plus volontiers une méchante action qu’un ridicule. Malgré cette réprobation presque générale contre un exercice patriarcal, ce goût chez certaines personnes est tellement puissant, qu’il leur fait braver les sarcasmes dont on abreuve l’estimable et inoffensive corporation des pêcheurs. Ils ont, ma foi, bien raison, et je comprends cette passion, comme toutes les autres passions du monde, moi qui ai été, et qui, malgré mes jambes qui n’ont plus vingt ans, suis encore un enragé amateur de chasse, source fécondé en amères déceptions. C’est donc avec ces idées de tolérance que j’ai entrepris pour les pêcheurs ce chapitre spécial, dont l’ahsence eût été une faute dans un livre destiné à indiquer tous les genres de distractions qu’on peut se permettre pendant un séjour dans les montagnes; je crois donc de mon devoir de faire part à mes bons amis les pêcheurs, pour lesquels, malgré tous les quolibets qui m’attendent, j’avoue ma sympathie, des résultats de ma propre expérience et de mes fréquentes conversations avec des amateurs de première force dans ce genre. J’entre en matière. Ne vous amusez pas, je vous prie, à jeter votre ligne dans les gaves qui coulent aux environs

des Eaux-Bonnes ; le plaisir est rarement près de nous, il faut l’aller chercher au loin. Dans le Valentin, dans le gave d’Ossau, l’eau est claire et peu profonde, la truite ne s’y promène pas. Un rien l’effraie, elle reste cachée ou endormie tout le jour sous les pierres ; pour peu que vous vous obstiniez à l’y chercher, vous courez la chance de vous endormir aussi, en attendant qu’elle se réveille et vienne mordre à votre ligne. Prenons donc tout de suite une grande résolution, si toutefois vous avez le feu sacré, et partons pour deux lacs qui offrent peut-être les deux excursions les plus intéressantes des environs de Bonnes. Ce sont les lacs d’Artouste et d’Aule.

Lac d’Artouste. — Pour se rendre des Eaux-Bonnes au lac d’Artouste, un bon marcheur mettra six heures, en y comprenant une petite pause d’une demi-heure au col de Lurdet. Pour faire une pêche fructueuse, on fera bien de coucher aux cabanes de Sousoueou. J’invite tous les pêcheurs à partir à cinq heures du matin, à prendre un bon cheval.pour gravir la promenade Jacqueminot, les passes de Bréca.le plateau d’Anouillas, le col de Lurdet; on descend ensuite dans le vallon de Sousoueou, où l’on est obligé d’abandonner son cheval et de le laisser paître dans cette pittoresque prairie, traversée par un joli petit gave rempli de truites que l’on peut pêcher ou même tirer. Feu le docteur Samonzet, médecin des Eaux-Chaudes, aimait beaucoup cette chasse, et rapportait toujours de ce gave de fort belles truites. Des dernières cabanes pour monter au lac, la course est pénible et demande plus d’une heure. Vous vous engagerez dans une gorge couverte de pins renversés, de masses de rochers boisés, encadrés par les hauts monts d’Arrins. La dernière rampe est raide, difficile, et vous arrivez avec peine au lac, entouré de toutes parts d’effroyables mu-

railles. Ce lac est alimenté par les neiges du Som de Séoube qui le domine. H est rempli de petites truites blan-

Lac d’Artouste.

cbes excellentes. On fera bien de pêcher jusqu’au soir, de revenir coucher aux cabanes, de retourner à la pêche le lendemain de bon matin, et de redescendre ensuite aux Eaux- Bonnes. Ce conseil ne s’adresse qu’aux véritables pêcheurs.

Lac d’Aule.— Poui’ faire une belle pêche au lac d’Aule, il faudra envoyer Biaise Larroque de Laruns, ou Lanusse, qui connaissent parfaitement l’endroit, coucher à la cabane, qui se trouve au bord du lac ; ces intrépides pêcheurs prépareront tout ce qui sera nécessaire pour votre installation, et vous pourrez facilement passer deux ou trois jours à pêcher ; ce lac est rempli d’excellentes truites saumonées. On peut s’y rendre à cheval; il faut partir au point du jour des Eaux-Chaudes, où l’on aura couché la veille ; aller à Gabas, à Bious-Artigues, à Blous-Vermiette, prendre la gorge à droite de ce vallon et le gravir jusqu’au lac. On peut, si on cumule les goûts de la pêche et de la chasse, emporter son fusil et revenir par les pâturages de Gazie ; les bois qui bordent de tous côtés ces pâturages sont remplis de coqs de bruyère, et les sommets escarpés de cette belle montagne sont habités par des troupeaux d’isards.

Je n’ai pas besoin de vous dire que ces expéditions, assez longues et surtout fatigantes, ne doivent pas s’entreprendre sans réflexions, et surtout sans avoir consulté un homme du métier. Celui auquel je reconnais dans ce genre le tact le plus sûr, l’expérience la plus infaillible, c’est encore et toujours Lanusse ; il fallait bien, du reste, qu’il sût trouver les truites, puisque c’était lui qui était, pendant un temps, le grand fournisseur des tables d’hôte de Bonnes. Je vous invite à vous adresser à lui. Faites-le venir à l’avance, et il vous dira si le temps est propice ou défavorable. Il ne se trompera pas sur ce que la lune, le brouillard, la direction du vent vous présagent. Arrivé sur les bords du lac, théâtre de la lutte, fiez-vous à lui, à sa vieille habitude, pour amorcer convenablement votre ligne, ce qui est un point peutêtre plus important que vous ne pensez. 11 saura vous faire employer à propos la plume jaune quand le temps sera'

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nuageux; la plume grise lorsque le brouillard tombera; par une belle journée, la mouche naturelle qui court sur l’eau ; le ver avant le lever du soleil ; la plume bleue lorsque le soleil est couché. Vous seriez un héros cité pour vos prouesses depuis Bercy jusqu’au Gros-Caillou, vous passeriez à juste titre pour la terreur des goujons de la Seine et de la Marne, que pourtant vous deviendriez un apprenti, un conscrit bien gauche sur les bords d’Aule et d’Artouste, si, en venant vous y escrimer, vous ne vous appuyiez sur les conseils et sur la vieille expérience de Lanusse.

AMÉLIORATIONS A inteodthkb aux eaux-bonnes

Un chapitre sur ce sujet m’avait paru utile lors de ma première édition, nécessaire aux éditions suivantes; aujourd’hui, et plus que jamais, il m’a semblé impérieusement commandé. Puisque le temps seul a mai’ché, et que le pays ne s’est pas encore engagé franchement, comme il eût dû le faire, dans la voie du progrès, il faut que ceux qui, comme moi, sont de ses amis, le rappellent àses devoirs envers les étrangers qui l’ont fait ce qu’il est. Et quand bien même ce motif puissant de conserver une clientèle précieuse à tant de titres n’existerait pas pour lui, n’y a-t-il pas un proverbe qui dit : Noblesse oblige? Bonnes est, depuis vingt ans, la première station thermale de France ; elle ne peut, elle ne doit pas abdiquer.

Je propose donc au conseil municipal d’Aas, qui peut tout en pareille matière, les améliorations suivantes.

Plein de confiance dans la bonne volonté des membres de ce conseil, je les laisse maîtres, dureste, de choisir, parmi mes

;aux-bonnes.

idées, celles qu’ils jugeront vraiment utiles et d’une exécution facile. Quant au moment opportun, disais-je autrefois, ce sera nécessairement le plus rapproché possible du jour où les finances de la commune permettront d’appliquer à ce travaux l’excédant des recettes sur les dépenses. Aujourd’hui, le budget que je vous ai donné dit assez que ce jour est arrivé. J’indiquerai aussi certaines mesures qui, prises par l’autorité supérieure, pourraient, selon moi, non pas seulement contribuer à la fortune présente des Eaux- Bonnes , mais même lui assurer pour l’avenir une supériorité décisive sur les établissements aujourd’hui si prospères de l’étranger.

1“ L’établissement thermal, tel qu’il est, est insuffisant ; il faudrait l’élever d’un étage. On y ferait alors des logements convenables pour le préfet, pour le médecin-inspecteur et son adjoint, pour l’aumônier, le commissaire de police, les employés au service et le fermier des sources. L’occasion et la facilité d’effectuer cette dépense se sont présentées quand la commune aliéna certains terrains dont elle était propriétaire, et dont la concession fut faite à des conditions fort avantageuses pour elle. Elle ne s’est pas exécutée alors comme elle aurait dû le faire ; l’avenir nous apprendra si, dans le cas d’une seconde vente, elle saura mieux en employer le produit.

J’ai parlé, au chapitre de l’Établissement, des annexes qu’on construit en ce moment : ce que j’en ai dit déjà me dispense d’ajouter ici que ces nouveaux travaux, si mal compris pour les besoins du service, ne dispenseront nullement des agrandissements que l’importance thérapeutique des thermes de Bonnes commande impérieusement. Qu’est-ce donc qu’une douzaine de baignoires pour un établissement comme celui-ci? On prend peu de bains à Bon-

EAtX-BONNES.

nés, me dira-t-on. En voulez-vous savoir la raison? C’est qu’aujourd’hui on ne peut guère en donner plus de deux cents par jour, et que, médecins et malades, quand même ils auraient, les uns le désir d’en prescrire, les autres celui d’en essayer l’usage, doivent faire contre fortune bon cœur.

2“ La chapelle, comme l’établissement, appelle de promptes et radicales améliorations : elle est étroite, insuffisante; il faut y faire quelque chose. Quoi?... Je n’en sais rien au juste..Peut-être, quand vous vous trouverez trop riches. Messieurs, la démolir, et en construire une autre plus grande et plus commode. On m’a parlé comme emplacement de ce plateau de l’Espérance qui est situé sur le chemin qui mène au kiosque. Je souscris d’avance au choix qui sera fait. Ce que je veux avant tout, c’est qu’on se mette à l’œuvre, qu’on fasse bien, et surtout vite. En vérité, c’est trop d’attendre dix ans une amélioration de première nécessité et qui ne semble pas près encore de se réaliser.

3“ Vous avez de l’eau à revendre, et vous ne savez pas vous en servir ; à la fontaine située devant l’hôtel Tourné, et que vous appelez, je crois, la fontaine du Waux-Hall, pratiquez un caniveau découvert qui conduira l’eau dans toute la longueur du village. Pendant l’été, au moment des grandes chaleurs, cette eau rafraîchira l’air, et permettra d’arroser cette grande rue poudreuse qui semble un chemin du Sahara. Vous serez bien forts alors pour imposer à tous les propriétaires riverains cette obligation d’arrosement qui ne peut qu’être fort utile pour la salubrité et l’agrément du pays. Le Jardin anglais lui-même ne se trouvera pas mal de cette sage mesure, si pour la compléter vous ordonnez aux cantonniers de répandre tous les jours

quelques seaux d’eau sur un gazon qui, jusqu’ici, n’a peutêtre attendu que cela pour pousser.

k° Il est une amélioration que je signale spécialement à Messieurs du conseil municipal, que je les conjure de réaliser au plus tôt; que dis-je! c’est une nécessité qu’il importe de satisfaire sans retard. Je ne conçois même pas que cette idée ne leur soit pas venue depuis longtemps, et qu’une fois venue ils ne l’aient pas exécutée à l’instant même. Voici ce dont il s’agitil ne se passe guère d’années sans que pendant la saison quelques pauvres malades succombent. Ces tristes événements, je le sais, sont, avec une louable discrétion, dérobés autant que possible à la connaissance du public. Mais comment voulez-vous que les voisins, que les habitants de l’hotel où la victime a été frappée ne soient pas instruits de ce malheur? Ne faut-il pas que dans ces appartements en planches et si retentissants , séparés les uns des autres par de simples cloisons, tous les bruits sinistres des lugubres apprêts s’entendent ? ne faut-il pas que les sanglots d’une mère agenouillée auprès de l’objet de tous ses regrets viennent arracher des larmes à d’autres mères veillant au chevet de leur enfant ? Non, il n’est pas possible aujourd’hui de cacher ces scènes de douleur auxquelles vous assistez pour ainsi dire, et qui viennent jusqu’à vous avec tout leur cortège de terreurs sympathiques. Construisez donc au plus tôt un asile retiré, où l’on puisse transporter sans retard la dépouille mortelle de ceux qui auront succombé. Ce sera une retraite impénétrable à l’indifférence, à l’oisive curiosité, et dans laquelle ceux qui survivront pourront pleurer les morts sans contrainte, jusqu’au moment de la dernière séparation. Ce sera pour les affligés un lieu de refuge, où, tout entiers à leur désolation, ils n’auront pour confident

que le silence, où des bruits joyeux de fête n’iront pas les poursuivre, insulter à leurs larmes, et leur faire maudire lés vivants.

Un autel simple permettra de venir dans ce petit temple consacré aux regrets demander à la religion ses consolations et à ses ministres des prières pour les trépassés. Dans un atelier voisin et attenant à cette retraite, s’exécuteront sans bruit les suprêmes préparatifs. La victime, amenée de nuit dans cette chapelle, en sortira avant le jour, et rien n’aura révélé au reste de la population les secrets de ces mystérieuses et saintes douleurs.

Vous éviterez ainsi, Messieurs du conseil municipal , le scandaleux rapprochement, l’impie contraste de sanglots luttant à la même heure, dans le même hôtel, contre des accents de plaisir, et vous n’affligerez plus vos malades d’un aussi triste voisinage.

Changer ce qui existe maintenant est d’une haute convenance; je ne doute donc pas qu’on ne fasse enfin droit à ma réclamation. D’ailleurs, la construction de cette simple chapelle, du modeste autel et de l’atelier, ne nécessitera qu’une dépense dont j’ai fait faire moi-même le devis, et qui ne devrait pas s’élever à plus de 1,500 fr.

6“ L’embellissement ou plutôt la transformation du Jardin anglais est encore un des points sur lesquels je dois et je veux appeler la sérieuse attention de l’édilité locale. La nature se prête assez d’elle-même en cet endroit à tout ce qu’on voudra entreprendre, pour qu’en vérité on soit en droit de dire que pour faire quelque chose de réellement complet, il n’y a en définitive qu’à vouloir.

6° Le pays renferme une immense quantité d’animaux curieux. La minéralogie, l’histoire naturelle, la botanique des montagnes, sont d’une richesse sans égale. Lorsque

VOUS agrandirez l’établissement, réservez une salle pour y ouvrir un musée pyrénéen. M. Cazaux vous a olFert de rassembler à ses frais tous ces objets précieux dans les divers règnes ; c’est bien le moins que vous lui fournissiez le local. Il est à regretter que, dès à présent, vous n’ayez pas à présenter aux étrangers une semblable collection, que l’on l’encontre dans plusieurs établissements thermaux.

J’en ai fini avec le conseil municipal pour mes observations et mes diverses demandes d’améliorations. Cependant, comme j’ai promis de dire très-amicalement son fait, non-seulement à l’administration locale, mais aussi à l’autorité supérieure, je crois que c’est ici le temps et le lieu d’insister pour qu’elle donne elle-même l’impulsion à ce pays. En effet, n’est-ce pas peut-être trop demander à de pauvres montagnards, ignorants de nos habitudes et de nos goûts, qu’ils aillent d’eux-mêmes au-devant de nos désirs, qu’ils devinent ce qui peut attirer et retenir ici des gens comme vous, comme moi, que les raffinements de la vie parisienne ont rendus aussi exigeants que difficiles, et qui sont depuis longtemps blasés sur tous les genres de plaisir.

Monsieur le préfet des Basses-Pyrénées, messieurs les Ministres de l’intérieur et du commerce, croyez-vous que la question ne vaille pas la peine d’être examinée sérieusement? La prospérité de ce petit coin de terre n’intéresse-t-elle pas d’abord celle d’un département tout entier? n’est-elle pas liée ensuite à mille intérêts divers sur lesquels il vous appartient de veiller? Dès lors, ne pourriez-vous, car il en est grand temps, faire vous-mêmes de ces eaux, précieuses à tant de titres, quelque chose dans le goût de ces établissements de bains de l’Allemagne, aujourd’hui le modèle du genre ? Vichy, dont la fortune chaque année grandissante

EAUX-BOKNES.

est votre œuvre, vous garantit d’avance le succès pour Bonnes.

Et maintenant, avant de terminer ce chapitre, à vous quelques mots, mes chers collègues, voyageurs, touristes, ou malades. Je vous ai dit ailleurs : défendez-vous contre les envahissements financiers des logeurs et des traiteurs, contre la mendiante importunité des jeunes filles et des enfants. J’ai stimulé, relativement à quelques progrès qui sont spécialement de son ressort, le zèle de la commune, et au besoin je ne lui ai pas trop ménagé les conseils et les reproches. Mais aussi, il est juste de faire bon compte à chacun, et de vous dire votre fait, à vous tous qui êtes passés, passerez, et repasserez aux Eaux-Bonnes. Voyons, la main sur la conscience, n’étes-vous pas tout les premiers par trop durs à la détente ? Quel emploi faites-vous ici de certaines fortunes colossales qu’on vous attribue, et que votre luxe semble annoncer? Où sont les souvenirs de leur passage que vos prédécesseurs ont laissés? à votre tour, quels sont ceux que vous comptez laisser ici ? Si vous marchandez à un pays auquel beaucoup d’entre vous doivent tant de reconnaissance, si vous lui marchandez un peu de cet or que vous allez souvent éparpillant sur les chemins en parties de plaisir et en faste, voulez-vous par hasard que les pauvres diables de ces montagnes sacrifient leur nécessaire pour votre agrément ou pour votre bien-être? Oui je suis franc; j’ai souvent rougi pour vous, quand je songe à la pauvreté de la chapelle. Vous venez dans son temple demander à Dieu ces grâces que, dans sa justice distributive, il a raison de refuser quelquefois aux riches et d’accorder aux humbles. Vous venez à côté des pauvres vous asseoir à la table du Seigneur; et que reste-t-il de vous de plus que de celui qui ne lui demandait que son pain quotidien ? 0

honte! ô remoi’ds à vous! Je veux bien pourtant vous excuser encore. Peut-être me direz-vous : mais notre charité et notre foi ne sont pas assez ingénieuses pour deviner des besoins que nous ignorons. Que pouvons-nous faire pour le temple, pour les malheureux, et qui soit agréable à Dieu? N’est-ce que cela? ne faut-il que vous indiquer le bien pour que vous l’exécutiez? C’est très-facile, je vous assm’e. Par exemple, dotez l’église d’ornements qui lui manquent : sur l’autel, sur ces murs, placez dé ces pieux ex-voto qui diront à tous votre reconnaissance pour Celle qui voulut bien exaucer vos prières. Fondez une petite rente annuelle qui permette aux ecclésiastiques, venant offrir pour vous le Saint-Sacrifice, de ne pas payer de leur bourse, comme ils le font, le prix du linge qu’ils emploient et l’usure des ornements dont il doivent se revêtir. Car il faut que vous le sachiez bien : chaque prêtre avant de monter à l’autel est obligé de payer au trésorier de la fabrique une indemnité pour la messe qu’il va célébrer.

Vous me demandez ce que vous pouvez faire. Eh ! mon Dieu! quand vous êtes malade, quand les pauvres gisent sur leur grabat, vous ne trouverez pas ici ces charitables sœurs que vous rencontrez partout ailleurs au chevet de ceux qui souffrent. Avec un peu de votre superflu, créez, sur de modestes proportions, un hospice que dirigeront ces anges de dévouement et de miséricorde. Ne vous effrayez pas du prix qu’il vous en coûtera : tous les ans, la charité privée, les quêtes, les dons volontaires viendront aider votre œuvre. Pendant les rigueurs de l’hiver, vos bonnes sœurs donneront aux enfants du village une morale instruction, elles leur apprendront à prier pour les bienfaiteurs du pays, à chanter les louanges du Très-Haut, et leur enseigneront ces travaux d’aiguille si nécessaii’es à la femme

de ménage. Eh bien ! je vous le répète, avec un peu de ce que vous avez de trop, vous obtiendrez tout cela, et vous aurez fait une de ces actions agréables à Dieu, dont il tient compte en ce monde et dans l’autre.

Allons, mettez-vous à l’œuvre ; attachez votre nom à un travail ou à une amélioration quelconque utileau pays; alors seulement je vous permettrai de crier après la lésinerie et l’avidité de nos montagnards. Jusque-là, motus ; car c’est la pelle qui se moque du fourgon.

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