‹ Pau, Eaux-Bonnes, Eaux-ChaudesChapitre 35 sur 46 · UNE ASCENSION NOCTURNE AU PIC DU GER · texte numérisé non relu

UNE ASCENSION NOCTURNE AU PIC DU GER

(( Qui de nous, baigneui’s des Eaux-Bonnes, en flânant le « soir après dîner sur la route de Laruns, quand les cinq (', monts, découpant sur un ciel pur leur magnifique sil- (( houette, projetaient déjà une grande ombre sur la vallée ; « qui de nous n’a pas admiré le Pic du Ger, doré bien longci temps encore par le soleil couchant ? Qui de nous, pour « peu qu’il eût de jeunesse et de santé, ou d’admiration « pour les beautés de la nature, ou même de cet amour- 11 propre qui excite plus que tout le reste, qui de nous « n’a pas pensé qu’il serait beau de fouler cette cime « hardie, et d’étendre de là ses regards sur un immense « horizon? Certes, c’est un projet qu’ont formé un bien « grand nombre d’entre nous, cjue plusieurs ont exécuté « avec succès, et je ne crois pas qu’aucun de ceux qui « ont bien pris leur temps pour cette expédition aient « jamais regretté la peine qu’elle leur a coûtée. Cepen- « dant, comme il est arrivé qu’elle a rapporté quelque- « fois plus de fatigue que de jouissances, et cela par (( suite d’occasions mal choisies, de mesures mal prises, « faute d’une connaissance suffisante de l’entreprise et du

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chemin, je désire faire part ici aux futurs visiteurs du Ger, de ce que m’ont appris plusieurs courses assez heureuses, et en même temps donner le résultat de mes observations à ceux que leur santé retient dans une admiration à distance.

(( Je dirai d’abord que l’heure la plus convenable pour tenter cette course est l’heure même où l’on en a conçu l’idée. Au moment où rentrant aux Eaux-Bonnes vous venez de voir les derniers rayons du soleil s’étendre sur le sommet du Pic, assurez-vous auprès des gens expérimentés que le temps doive se maintenir beau toute la nuit; choisissez un bon guide, gai et chanteur comme Lanusse ou Maucort ; faites préparer le déjeuner du matin, l’eau-de-vie ou le rhum qui doivent soutenir votre courage en route, puis, après vous être reposé une heure, partez gaiement pour la montagne, et soyez sûr qu’ainsi improvisée la partie réussira.

« Je sais bien que ce n’est pas la marche ordinaire. Beaucoup de personnes, pour se déranger moins de leurs habitudes, ne veulent partir que le matin ; d’autres désirent faire à cheval une partie de la route, et cela n’est pas possible la nuit. Je ferai observer d’abord que la route praticable à cheval est plus longue d’au moins trois heures; qu’un soleil brûlant vous y accompagne, et fait un supplice de ce qui devrait n’être qu’une promenade. Vous marchez dans l’espérance d’être récompensé en haut de toutes vos fatigues; mais un brouillard de chaleur répandu sur la plaine fait miroiter l’horizon dans une vapeur éblouissante; les montagnes, frappées d’aplomb par le soleil du midi, effacent toutes leurs formes dans une lumière sans ombre ; exposé vous-même à une chaleur écrasante, vous vous empressez de desas

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(i cendre, sans autre satisfaction que d’en être venu à votre <( honneur, grâce aux jambes d’un cheval. Heureux encore « si les nuages, enveloppant le sommet vers dix heures, « comme cela arrive dans les plus beaux jours, ne vous (( ont pas forcé de rétrograder après quatre ou cinq heures « de fatigues inutiles! A pied, la course faite de jour vous (( présente autant de désavantages. C’est donc la nuit seu- « lement qu’il faut marcher, c’est au lever du soleil qu’il (( faut être sur le sommet, et de cette manière vous pouvez <( compter sur une promenade aussi heureuse et aussi belle « que celle que je fis avec deux de mes amis. En voulant (( bien nous suivre dans notre marche, autant que je pour- (( rai la retracer, vous vous convaincrez, je pense, de l’op- (c portunité de l’heure que nous avions choisie.

(c Je suppose donc que vous vous êtes assuré déjà de « votre jarret et de votre souffle, en montant soit à la Mon- « tagne-Verte, soit à la fontaine Jacqueminot ; bien que la <( nuit, il ne vous faudra pas moins soutenir une marche « de dix heures sur les rochers; je suppose aussi que l’es- (( padrille et le bâton ferré ne vous sont pas inconnus ; pro- (I fitons du clair de lune pour traverser les bois ; partons à « dix heures, nous serons de retour ici demain pour dé- « jeûner.

« Nous entrons d’abord dans la vallée étroite qui s’ouvre i( derrière la chapelle, et nous remontons le torrent de « la Soude par un chemin que les bûcherons ont tracé. « Bientôt, laissant à droite la gorge de Baloure, nous arri- « vous à la première borne du chemin : c’est un rocher de (( quarante pieds de long, qui, détaché des flancs de la (( montagne, est venu se poser là, presque en équilibre « sur une de ses arêtes ; admirez-le un moment, car nous « avons déjà monté un sentier assez roide, et pour aller

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« loin il faut se ménager d’abord, marcher doucement et (( se reposer de temps à autre. D’ailleurs, à votre gauche,

(( la montagne arrondie en cirque, en face de Baloure,

« vous renvoie un écho qui mérite que vous lui fassiez ré- « péter le cri montagnard. A partir de là nous marcherons « plus d’une heure sans avoir rien à remarquer. Conten- « tons-nous de jouir de la fraîcheur et de la beauté de la « nuit. Notre chemin est facile et sans fatigue ; au lieu de H prendre un ravin fortement incliné, qui nous abrégeait « d’un quart d’heure au plus, en nous fatiguant beaucoup,

« nous avons toujours suivi la gorge principale de La- « coume, et contourné la base de cette montagne qui, de- <( puis la butte du Trésor, forme une arête de plus en plus « élevée jusqu’en face du Ger. Nous reprenons haleine à la <i fontaine de Gesque, dont l’eau, filtrant à travers une « roche tertiaire, est reçue dans un sapin creusé ; regardez- (! la, mais n’en usez pas si vous voulez conserver vos forces « jusqu’au bout : deux gouttes d'eau-de-vie vous feront « plus de bien qu’un verre de cette eau froide et traîtresse. (( A cet endroit, admirez un de ces terribles effets dont, par « cette nuit paisible, au milieu de cette nature verdoyante, « on se fait difficilement l’idée, mais c[ui ne sont que « trop fréquents lorsque la neige remplit le fond de la « gorge et couvre les flancs de la montagne. Voyez des deux (I côtés du ravin ces arbres renversés, brisés et couchés tous « dans le même sens. Pendant l’avant-dernier printemps, (( une avalanche détachée des flancs du Pic a passé par ici, (( et balayé ainsi à droite et à gauche les lisières de la forêt.

<( Tout en admirant cet imposant ravage, nous arrivons « au fond de la gorge. A notre gauche, au-dessus d’une « masse de rochers où l’on voit l’ouverture de plusieurs (( grottes peu profondes, nous entendons sur un plateau

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« élevé les clochettes d’un troupeau et les aboiements des (( chiens depuis longtemps éveillés à notre approche. Le (( pasteur lui-même répond à nos cris à une demi-lieue de (( distance peut-être, tant l’air est pur et la nuit silencieuse. « La conversation s’engage ; malheureusement il nous ap- « prend que nous ne trouverons plus à la cabane du Ger le (( pasteur et le lait qui, dans les courses précédentes, nous (( avaient été d’un si grand secours. En route ! nous pour- (( rons toujours nous reposer à la cabane. Nous avions vu (( déjà depuis longtemps des restes de neige au fond du (( ravin ; ici, nous allons ti’averser, pour la première fois, ", cette masse brillante que le soleil ne peut l’éussir à fondre (( entièrement, mais qui se mine peu à peu en dessous, et « qui se creuse en voûte fragile. Nous entrons ensuite à (( droite dans la forêt de sapins, changeant ainsi brusque- « ment la direction de notre route : c’est qu’arrivés au « pied du pic, comme il est inabordable du côté gauche, « il nous faut passer à droite, en en longeant toute la base, « au pied d’une crête mince et déchiquetée, qu’on appelle « LasquinteUes,ou les aiguilles du Ger. Après avoir marché (( dans le bois environ dix minntes, nons arrivons à ce « passage, et là, on n’a pas trop de toute son attention (( pour chercher une place à ses pieds, dans les anfrac- (( tuosités du rocher, sur l’arête des couches de pierres « relevées le long des flancs de la montagne. Certes, ce « passage, la nuit surtout, n’est pas sans difficulté; la <( pente escarpée qui, à droite, nous transporterait rapide- <( ment au fond de la gorge que nous traversions tout à « l’heure, n’est sans doute pas rassurante ; cependant on (( s’en tire avec un peu d’adresse et de sang froid. Ce que « je redouterais en quelque sorte davantage, c’est la chute « des rochers supérieurs qui ne tiennent vraiment à rien.

(( et dont vous voyez à vos pieds les débris encore tout (( blancs, tandis qu’en haut la lune, frappant sur cette mu- « raille en ruine, vous montre toute brillante aussi la place « qu’ils occupaient. Toutefois, je vous engage à ne pas le- (( culer pour si peu, quand bien même votre guide insis- « terait pour suivre le ravin dont je vous ai parlé plus « haut. Le passage de Lasquintettes, l’un des plus curieux (( du chemin, vous conduira d’ailleurs très-doucement à « la cabane de Ger. C’est là que nous eûmes à repousser « avec nos bâtons ferrés l’attaque de trois vigoureux chiens « de montagne plus habitués, la nuit, à voir l’ours et le (( loup, que des promeneurs inoffensifs ; mais en revanche,

(( nous y trouvâmes encore le pasteur avec du lait chaud et (( du feu. Aujourd’hui, sans doute, la cabane est vide et <( froide ; les pluies et les brouillards en ont chassé le ber- (( ger et son troupeau, et la saison est trop avancée pour « que, malgré le beau temps, ils y remontent. Entrons « néanmoins dans la hutte ; il n’est qu’une heure, et nous (( avons le temps de vérifier cette parole philosophique de « notre guide, qu’on dort aussi bien là que sur le meilleur « lit de plume. Je crois que, pour cette fois, la marche et (( l’heure lui donneront raison. Si vous trouvez cependant la couche trop dure et l’abri trop à jour, occupqz-vous « à considérer la structure de cette demeure sauvage : Du (( côté le plus élevé, le toit s’appuie sur un gros rocher, de « l’autre, il repose, àdeux pieds et demi de terre, sur un « mur en pierres sèches; c’est sur cette face qu’est la porte « ou plutôt l’ouverture toujours béante par où l’on se glisse « à quatre pattes dans l’intérieur ; les deux pignons, le toit, « supportés par trois grosses branches montées ici à grand - K peine (car nous sommes au-dessus de la région des ar- « bres), tout cela est fait en pierres sèches qui laissent pas-

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« ser la brise du dehors et la fumée du dedans. Un fagot « pour traversin , deux ou trois couvertures, et quelques « tisons sur lesquels on a presque les pieds quand on est (( étendu dans la longueur de l’édifice, des pots pour le « lait, un vieux fusil et une marmite complètent, quand « le pasteur s’y trouve, l’ameublement de cette hutte qui « ne le cède en rien à celles du Groënland. Ajoutez, pour « compléter la ressemblance, qu’à vingt pas à peine est un « grand cirque tout couvert de neige, et que vous entendez « siffler sur votre tête un vent de décembre : vous aurez (I alors une idée de la maison de plaisance où le pasteur « vient passer la belle saison ; cependant, c’est son bon- (( heur d’être là, et, en descendant dans la plaine, il « chante, sur un ton triste et lent, cette vieille chanson « du pays :

O Dieu de ces montagnes!

Qui les a pu quitter Sans pleurer ?

Je vais par les campagues Jlon bétail promener Sans tarder :

Comment me consoler ?

« Mais c’est assez de temps passé à la cabane ; il est deux « heures, il faut partir; si nous arrivions au sommet, moins « d’une demi-heure avant le lever du soleil, notre pro- « menade serait manquée, et nous avons à peine fait la « moitié du chemin.

« La partie de la route qui nous reste à parcourir est de « beaucoup la plus escarpée et la plus fatigante : c’est, d’ait bord, pendant trois quarts d’heure, une rude pente où nous « marchons, tantôt sur le gazon, tantôt sur des nappes de « rochers polis, blanchis, sillonnés par les eaux, et qui.

H perçant la verdure çà et là, ressemblent, à la clai-té de la « lune, à de grands ossements décharnés. Nous remontons « ainsi une vaste prairie en amphithéâtre, qui, entre les « murailles du Ger à gauche, et de Pombassie à droite, (( s’élève de la cabane jusqu’au pied de la crête par où (( nous devons tourner le Pic. En face de nous se dresse le « Capéran, qui, vu dans cette direction, semble une borne (( isolée ; nous passons au pied, où nous trouvons la der- « nière source, et nous allons à droite attaquer plus loin la « crête. C’est alors que nous commençons à grimper sur (( les pierres roulantes, débris des parties supérieures de la « montagne; nous avions laissé derrière nous, avant la ca- « bane, les derniers arbres ; ici, nous sortons même des « prairies; nous ne trouverons plus que des mousses, qui (( s’abritent dans le creux des l’ocbers, ou qui végètent de «l’autre côté sur la pente méridionale. Courage donc! « déjà nous avons poussé loin l’entreprise ; en gravissant la (( crête en écharpe, nous sommes arrivés au-dessus du « Capéran, et bientôt nous parvenons sur cette crête même, « d’où se découvre, de l’autre côté, un monde inconnu (( aux Eaux-Bonnes : des rochers nus, des pentes neigeuses, « des pics plus ou moins éloignés, le désert enfin. L’arête « où nous sommes, qui relie la masse de Pombassie au « sommet du Ger, et qui forme, pour ainsi dire, le bassin « des Eaux-Bonnes, est comme la limite de ces deux mon- « des. A gauche, du côté où nous devons la suivre, elle se (( redresse de plus en plus et aboutit à une croupe large et « rapide, base du Pic. A mesure que nous nous élevons de « ce côté, la prairie, où nous marchions tout à l’heure, de- « vient à notre gauche un abîme ; en face, la montagne « semble à peine accessible, et nous oppose une pente i( très-inclinée, couverte de pierres brisées qui cèdent et

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« roulent sous nos pas. Mais notre courage redouble, en (( voyant le ciel blanchir vers l’Orient; nous approchons de « notre but; déjà même nous croyons le toucher, lorsque, « arrivés en haut de'cette dernière pente, nous trouvons X devant nous deux sommets plus élevés, derniers étages « du Ger. Celui de droite, invisible des Eaux-Bonnes, a la (( forme conique, et supporte vraiment le Pic du Ger : il est (( facile à grimper, et c’est à lui que se bornent beaucoup (( de promeneurs. Le second sommet, qui cache le premier « à Bonnes, et y usurpe le nom de Pic, n’est qu’une longue (( crête contournée, aussi élevée que le Pic dans une partie, « mais s’abaissant progressivement du côté où elle est « tournée vers Bonnes. On y parvient en suivant la base « du sommet de droite, par un passage très-étroit, et pre- (( nant ensuite à gauche une espèce de pont, muraille fort « mince qui, entre .les deux abîmes, réunit les deux som- « mets: on se hisse alors jusqu’à une plate-forme appelée « le salon : c’est la partie la plus haute de la crête, bien (; que de Bonnes, dont elle est plus éloignée que tout son « prolongement, elle semble moins élevée. C’est donc sur « ce point que je fis l’observation barométrique destinée à (( nous apprendre la hauteur exacte du sommet, tandis « qu’un habitant des Eaux-Bonnes avait la bonté d’y noter (c la hauteur du baromètre et du thermomètre, qui mar- (( quaient alors : l’un 703 millimètres, l’autre 20 degrés « centigrades; j’avais, de mon côté, 563 millimètres seule- « ment et 9 degrés. C’est d’après ces données, dont je né- (( glige les fractions, que je calculai l’élévation du Pic au- (', dessus de Bonnes (maison Fourcade), à 1,865 mètres; ce « qui lui donnerait, en admettant la hauteur de 748 mètres (( comme étant celle de Bonnes, au-dessus de la mer, une « élévation absolue de 2,613 mètres ou 1,340 toises.

(( Après cette observation, nous pûmes nous livrer entiè- (( rement au magnifique spectacle qui se déroulait sous nos « yeux ; les trois quarts de l’horizon étaient occupés par des « montagnes; une partie seulement, vers le nord, était ou- (( verte, et s’allongeait dans une immense étendue dont les U limites se confondaient avec le ciel. C’est dans cette par- « tie, à droite, près du Pic de Gabisous, qui, le premier, se (( découpait sur le ciel, c’est au-dessus de cet horizon sans « bornes, que le soleil s’éleva, et bientôt projeta ses rayons a sur tout ce monde désert que nous avions autour de ' « nous. Ce jour-là, le ciel était pur et sans nuages; mais '( pendant longtemps nous ne distinguâmes rien dans la « plaine, encore toute baignée d’ombre, tandis que toutes « les montagnes paraissaient déjà brillantes et distinctes.

<( Le Pic du Midi de Bagnères, à droite du Gabisous,

« et celui d’Ossau, dont nous admirions les reins vigou- (( reux , terminaient, l’un à l’orient, l’autre au midi, la (( série principale de montagnes où nous distinguions toutes U les sommités de la haute chaîne : la Maladetta, le Mont- (( Perdu, le Vignemale, couverts encore de leur neige de (( l’hiver, semblaient se presser l’un l’autre comme les (( vagues de l’Océan ; leur teinte violacée nous révélait le U granit, solide fondement de cette chaîne centrale, dont (( notre Pic du Midi est le dernier anneau remarquable, a Derrière, lui se prolongeaient les montagnes d’Espagne,

« dont les noms, excepté celui de la Cano-Rouge, ne sont « guère connus de nos guides ; plus près de nous, les val- (I lées de Broussette et de Gabas se montraient entre les « pics plus rapprochés d’Arcisset et de Hernat ; et à droite,

« à demi cachés par le col de Lurdet, les fonds verdoyants « de Gahas, qui, de là-haut, nous apparaissaient comme « une continuation immédiate de la vallée d’Ossau. Enfin, à

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<( l’ouest, derritîre la montagne de Laruns, derrière l’autre (( chaîne d’Aspe, une masse indistincte de sommets arrondis « nous indiquait la chaîne plus adoucie des Pyrénées s’ahais- « sant vers la mer. A nos pieds, de ce côté, la gorge des Eaux- (( Bonnes dont nous distinguions les maisons et la route ; la (( Montagne-Verte, Aas, Laruns où il semble que l’on pour- « rait jeter une pierre ; la vallée d’Ossau et, au delà, la plaine « immense où le soleil, en s’élevant, nous découvrait une (c foule de villages. La ville de Pau apparaissait aussi à demi « cachée par la pointe de la montagne de Louvie. Derrière, « s’étendaient et l’immense plaine verte des landes, et vers « la droite, au-dessus de l’horizon, une grande ligne jaune, « formée par les plaines moissonnées de l’Adour. Après (( avoir suffisamment admiré ce sublime spectacle, nous « songeâmes à la retraite, emportant pour souvenir quel- « ques fragments du marbre grisâtre, veiné de blanc, « qui compose le sommet, et que la gelée délite conti- « nuellement ; nous cueillîmes aussi quelques-unes des « plantes fort remarquables qui s’y trouvent, les staticées « aux houppes roses, la valériane hétérophylla aux déli- (( cates fleurs blanches, la touffe d’or du ligusticum splen- <! dens, la fleur de velours rouge du sempervivum arach- « noïdes ; et en trouvant là-haut la potentilla glacialis et le « saxifrage du Groenland, nous qui avions cueilli en bas les « fleurs des contrées les plus méridionales, nous pûmes <( vérifier ce que dit Gaston Sacaze : « Que dans la vallée « d’Ossau se trouvent les végétaux de toutes les latitudes. » « Notre provision faite, nous allâmes sans encombre re- « joindre notre déjeuner à la fontaine du Capéran, où nous « arrivâmes en trois quarts d’heure environ. Un mois aupa- « ravanl, nous avions eu bien plus de fatigue et de dan- « gers pour descendre : un vent très-fort s’était élevé, qui,

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« nous prenant en flanc sur la première crête, en quittant « le sommet, nous forçait tous à nous tenir courbés et ac- (( crochés avec les mains aux rochers, sous peine d’être « renversés dans l’abîme. Ce jour-là aussi, un brouillard (( épais couvrait au loin la plaine vers l’ouest : nous le « vîmes s’avancer peu à peu, entrer dans la vallée d’Ossau, (( s’y enfoncer, la remplir, puis remonter la gorge des (( Eaux-Bonnes, où nous le trouvâmes en descendant.

(( Cette arrivée du mauvais temps, pendant que nous « jouissions d’un soleil magnifique, était fort curieuse; et i( quoique je préfère le beau temps qui favorisa notre der- « nier voyage, elle me sert cependant à démontrer ce que (( je disais en commençant : qu’en partant le soir on est (( sûr d’arriver au Pic le matin, avant le brouillard qui ne (1 s’élève guère avant neuf heures dans la plaine, et qui, « ce jour-là, ne nous gêna en rien, parce que nous l’avions « devancé.

<( Voilà ce que nous avons fait, ce que nous avons vu ; « je n’ambitionne pas de donner dans ces lignes une idée « qui approche assez de la réalité, pour en tenir lieu à ceux (I qui ne peuvent pas la voir par eux-mêmes ; mais je serais « heureux, si j’ai pu engager quelque touriste à suivre nos (( traces, et lui fournir, par ce tableau fidèle du chemin, « quelques renseignements utiles. »

Vous me saurez gré, sans doute, ami lecteur, de vous avoir donné dans son entier cette relation intéressante. Ainsi que le dit l’auteur ; faites comme nous, essayez-en, et, conscrits, marchez sur les traces de vos anciens.

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