DES EAUX-BONNES A OAUTERETS
Je VOUS avoue que j’entreprends avec défiance la description de cette longue et fatigante course. Quelques intrépides amazones l’ont tentée, je le sais, mais vous qui êtes faible, elle vous tuerait; vous qui êtes bien portante, elle peut vous rendre malade. Douze heures au moins à cheval, c’est trop en vérité ; et la constitution masculine même la plus forte doit en éprouver une lassitude profonde.
Vous pouvez, si vous tenez à amour-propre de réaliser ce projet, envoyer à l’avance, ou faire tenir prête une voiture à Argelez ; de cette façon, vous diminuerez de deux heures et demie environ la fatigue de cette course à cheval, ce qui n’est pas à dédaigner.
Comme je ne puis consentir à être le complice d’une folie que les dames voudraient commettre, et que je tiens beaucoup à en décliner la responsabilité, j’entends n’écrire ici que pour ceux qui n’ont pas besoin des Eaux, et pour les touristes (hommes) uniquement; en conséquence, je ne m’adresse qu’à eux.
Avant tout, je serai bref et concis dans mes indications. 11 faut absolument que vous preniez un guide; car mon livre ne vous servira que pour compléter les renseignements que le premier vous donnera, ou ceux qu’il pourrait peut-être oublier.
Nous serons à cheval à cinq heures du matin. Veuille le ciel que nous ayons une belle journée, sans vent et sans nuages ; c’est une condition nécessaire afin de ne rien perdre de la belle vue qui nous attend au col de Torte.
3iB GRANDES PROMENADES.
Emportons des provisions pour le déjeuner, sans oublier un flacon de rhum; au passage du col, il ne sera pas inutile; nous y puiserons du courage et des jambes, puisque dans beaucoup d’endroits nous serons forcés de mettre pied à terre. Ayons soin aussi de garnir suffisamment notoe bourse, si par hasard nous devons nous laisser tenter par le séjour de Cauterets et par le désir d’exécuter quelquesunes des courses intéressantes qu’offrent ses environs.
Partons donc ; franchissons rapidement la route qui passe devant nos vieilles connaissances, le Discoo, le Gros-Hêtre, Laressec ; ne nous arrêtons pas à admirer les hêtres et les sapins, dont le port majestueux mériterait sans doute plus qu’un regard jeté à la dérobée si, au lieu d’un voyage , nous faisions une simple promenade ; ne suivons pas trop complaisamment de l’œil le cours profondément encaissé du Valentin ; le temps presse ; plus haut nous verrons, dans la montagne et successivement, jaillir toutes les sources qui l’alimentent. Nous rencontrerons notamment le Celi, petit ruisseau qui se jette dans notre Valentin, et que des guides eux-mêmes confondent avec ce torrent.
En trois heures environ, nous arriverons de Bonnes au col de Torte; avant d’atteindre l’échancrure, tout en nous reposant de l’alîreuse et bien pénible ascension que nous venons de faire, retournons-nous et admirons ce que nous laissons derrière nous : les belles masses de Gabisous, de Gourette, de Gourzy et du Ger,’ les riches pâturages qui égaient leur pieds et leur flancs, les vastes et sombres forêts qui les enveloppent à mi-côte.
Après nous être remis en marche, franchissons, sans nous amuser, les deux rochers qui surplombent le sentier et qui, suspendus sur nos têtes, semblent nous attendre pour se détacher et nous écraser. Depuis des siècles ces masses
CüUllSES, KXCUHSlüINS.
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GKAISIJES PEÜMEN,
admirer le spectacle qui se développe à nos regards, et que nous offre ce nouveau versant. Mettons encore une fois pied à terre, car nous allons descendre à travers un chaos de calcaire lisse, glissant, où le moindre faux pas entraînerait une chute mortelle.
Plus loin, avant d’atteindre Arbéost, ne marchons pas à l’aventure et comme des étourneaux ; les pâturages qu’on traverse sont affreusement perfides. 11 n’y a pas à craindre d’affreux serpents cachés sous l’herbe, mais des fondrières, dans l’une desquelles, en 1853, un intrépide touriste s’est enfoncé sans pouvoir se dégager, tout comme s’il était tombé dans une cuve de bitume. Je crois, en vérité, qu’il y serait resté jusqu’à l’heure du jugement dernier, si la Providence n’avait envoyé à son secours un guide retournant d’Argelez aux Eaux-Bonnes, et qui, averti par ses cris, l’aida à sortir du bourbier. En vérité, il y a des gens qui ont un bonheur incroyable, et qui sont nés sous une heureuse étoile !
Nous sommes à Arbéost, que nous avons atteint en trois heures de marche à partir du col de ïorte.
Presque en sortant de ce village, disons à notre guide de nous mener à la forge; elle en est distante d’un quart d’heure : visitons-la, puis gagnons Arrens, qui est éloigné d’Arbéost de presque deux heures de route.
Là nous donnerons à nos pauvres montures un instant de repos, dont elles ont besoin, et nous en profiterons pour aller jusqu’à la chapelle de Poeylahunt, placée sur un rocher escarpé ; elle nous offrira des ornements d un goût assez pur, dignes d’attirer notre attention. Si nous avons appétit, èt que le temps ne nous presse pas trop, nous déjeunerons sur la pelouse qui environne ce curieux monument et qui domine la belle vallée d’Arun.
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Après cette halte, continuons notre route en passant d’abord devant Marsous, et ensuite devant Aucun, dont l’église, d’architecture romane, vaut bien la peine que nous la visitions; enfin devant Arras, autre joli petit village; puis nous traverserons la fraîche vallée d’Azun et celle non moins pittoresque d’Argelez, où les noix doivent se vendre bien bon marché, si j’en juge par la quantité innombrable de noyers dont elle est plantée.
Enfin, nous touchons Pierrefitte, après avoir traversé Argelez et mis trois heures à parcourir la distance qui sépare Arrens de ce village. Encore deux heures de route et nous entrerons à Cauterets, où l’aspect de nos montures fatiguées, notre tenue de voyage et tout notre extérieur négligé ne manqueront pas de faire une certaine sensation.
Si dans cette excursion j’ai été laconique jusqu’à la sécheresse, depuis Arrens surtout, c’est que vingt descriptions de ces lieux ont été publiées, c’est qu’on a fait sur ces localités des volumes entiers que je vous conseille de consulter, si le cœur vous en dit. Quant à moi, je trouve que je me suis sufiisamment étendu dans mes détails sur des localités qui ne sont ni de mon département, ni de mon ressort, puisque j’ai intitulé mon livre : Guide aux Eaux- Bonnes et aux Eaux-Chaudes, et non pas Guide universel.
Il faudra donc que vous soyez terriblement exigeant, si vous pensez n’eg pas avoir ici pour votre argent.
GRAKUES PROMENADES.