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ASCENSION AU PIC DU MIDI

(GAÜASJ

J’arrive à la fin de mon œuvre. Encore quelques chapitres , et ma tâche sera remplie. Je déposerai le bâton du guide et je reprendrai mon son de voix habituel, que jadis on trouva quelquefois doux et harmonieux. — A mon grand regret, j’ai été obligé d’échanger cet organe, dont je suis quelque peu fier, contre l’accent de circonstance criard et glapissant du cicerone, qui, à la porte du salon de Curtius, invite à entrer pour voir les figures de cire. — Mais bientôt tout sera dit entre nous ; je vous laisserai dans les mains mon livre, dont je serais heureux de vous voir relire de temps à autre quelque page, quand je ne serai plus avec vous, comme on relit avec je ne sais quel sentiment d’émotion et de regret, une lettre d’amour sur laquelle quelques années d’oubli ont passé ; et moi, cher lecteur, je retomberai tout doucement, mais avec bonheur, dans cette nonchalance du flâneur, qui est la suprême félicité, et qu’avaient troublée un instant ce soin toujours fastidieux de corriger des épreuves, et ces soucis que je ne vous souhaite pas de connaître, ceux de se faire imprimer.

Mais je n’ai pas encore acquis le droit d^me reposer : il me reste à faire avec vous une solennelle et formidable excursion. Nous avons à explorer ensemble le sommet du géant qui se dresse fièrement devant nous et semble défier notre courage. Nous avons à exécuter l’ascension du Pic du Midi.

Gabas. — Si je n’avais senti la nécessité de resserrer un

peu les dernières pages dont je puis disposer, j’aurais fait du voyage à Gabas une course toute spéciale. A la rigueur, il mériterait peut-être bien cet honneur. Cependant, j’ai préféré considérer Gabas et la route qui y mène, comme l’avenue et le péristyle du palais d’Ossau que nous voulons visiter. Je renfermerai donc dans le môme chapitre et Gabas et le Pic du Midi. Ce sera moins long : ni vous ni moi ne nous en plaindrons.

Partons donc. Je ne vous signalerai rien de particulier sur le chemin ; des sites magnifiques, des cascades aux divers aspects, deux murailles de granit pai'allèles qui imitent tous les styles, toutes les figures de l’architecture, voilà ce que vous verrez, des Eaux-Chaudes à Gabas.

Ici tout appartient au désert ; et à quel désert ! pas la moindre culture; la montagne apparaît dans toute son aridité, je dirai presque dans son inutilité. En certains endroits le roc dénudé n’offre aucune trace de végétation ; dans d’autres, les buis et les plantes de la montagne couvrent le sol d’une verdure sombre et épaisse. A votre gauche, se précipite avec fracas le Gave que vous entendez constamment gronder à d’immenses profondeurs, sans cependant l’apercevoir. Faut-il vous avouer que je n’ai jamais pu parcourir ce chemin, pourtant large et facile, sans un sentiment de terreur que je ne savais maîtriser? A cheval, un simple écart de votre monture, race souvent ombrageuse ; en voiture, un timon qui se briserait , un trait qui se détacherait ; en voilà assez pour que vous alliez rouler et vous broyer au fond du gouffre ; car, aux Eaux-Chaudes cessent en partie ces parapets protecteurs qu’une sage prévoyance a établis pour vous garantir et rassurer vos regards. Ces dangers, qui, pendant le trajet jusqu’à Gabas, ne quittent pas un instant les voya-

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geurs, m’ont toujours empêché de permettre cette excur- Ln à ceux qui me sont chers. C’est surtout en voiture qu’il y a péril; il n’est pas rare de rencontrer en chemin ces longues fües de lourds chars à hœufs, pesamment chargés, dont les conducteurs insouciants, quelquefois bêtement malins, se font un sot amusement de ne pas se déranger; vous déplaceriez plus facilement les tours Notre- Dame ou le Pic du Midi, que vous n’obtiendriez de ces paysans la place suffisante pour passer sans danger. Que de fois, témoin de ces guets-apens froidement prémédités contre la sûreté des voyageurs, j’ai regretté le respectable sergent de ville, gardien vigilant de nos rues populeuses, qui sait si bien protéger le bourgeois contre les méchants procédés d’un cocher ou d’un charretier.

C’est sur les montagnes qui s’élèvent à droite et à gauche, qu'on exploitait autrefois les sapins destinés au service de la marine. Ces arbres géants, une fois abattus, étaient livrés à eux-mêmes, à leur force d’impulsion, et venaient souvent, au grand risque des voyageurs, rouler de chute en chute sur le chemin, d’où on les transportait à Bayonne, lieu de leur destination.

Tout en marchant, admirez le pont de Bitet : c’est une des plus magnifiques horreurs que je connaisse. A deux grandes lieues des Eaux-Chaudes vous trouverez enfin, après une route qui vous semblera bien longue parce que l’aspect en est triste, Cabas placé au confluent des deux Gaves de Broussette et de Bious, qui, réunis, prennent le nom de Gave d’Ossau. Cette pauvre bourgade, composée de quelques rares et chétives habitations, m’a toujours produit l’effet d’une petite colonie d’exilés en Sibérie. C’est le dernier poste de la douane française, et je plains, en vérité, les cinq ou six représentants de cette administration ,

condamnés à y faire, pendant toute l’année, et surtout pendant l’hiver, une dure pénitence de leurs péchés. Si, à exercer leur pénible métier, ils ne gagnent pas le ciel, il ne faut plus croire à cette maxime pourtant bien conso-

Gabas.

lante : Le royaume des deux sera à ceux qui souffrent ici-bas. — Ils ne sont pourtant pas par trop malheureux les pauvres abandonnés si, à l’auberge de Baylou ils trouvent encore, pour égayer ce désert cette belle Marie, qui vint s’installer chez son frère il y a quelques années. Honnête et aimable fille! ton souvenir nous suivit à Paris; un jour même chez Bignon, au café Foy, il nous arriva de boire à toi la belle absente, au malaga, aux fines côtelettes de mouton d’Espagne, aux délicieuses pommes de terre rouges que ta jolie main nous avait servis.

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Aujourd’hui, touristes et baigneurs, vous avez une nou- .velle auberge qui porte pompeusement, je ne dis pas à tort (remarquez-le, je vous prie), le nom Hôtel du Pic du Midi. Salenave, son propriétaire, fait toujours de son mieux pour satisfaire les appétits voyageurs ; et ce mieux, m’a-t-on dit, est très-voisin du bien.

J’ai parlé de malaga ; n’oubliez pas d’en demander; quoique sentant un peu l’outre de peau de bouc dans laquelle on le transporte à travers la montagne, il est pourtant vraiment bon. Comme il n’est pas censé être encore en France, puisqu’il n’a pas dépassé la ligne de la douane, on le boit et on le paie sans entrées. Les douaniers, la conscience pure et sans remords, puisqu’ils sont dans la limite de leurs devoirs, ne se feront pas prier pour vous aider à en vider quelques bouteilles, tout en vous donnant, avec une extrême obligeance, les renseignements les plus intéressants sur les habitudes, les ruses et la vie des contrebandiers.

Lorsqu’on est en guerre ou en délicatesse, comme vous voudrez, avec l’Espagne nôtre voisine, on détache toujours une compagnie d’avant-garde à Gabas, et une autre aux Eaux-Chaudes ; le reste du bataillon est cantonné à Laruns. Un officier de mes amis, qui commandait en 1823 le poste d’observation de Gabas, a écrit quelques pages sur son séjour de près de deux mois dans ce pays. Je regrette que l’espace me manque pour vous donner au moins un extrait de son manuscrit, dont la lecture m’a singulièrement attaché.

11 y avait autrefois, non loin de là, des fonderies de cuivre, établies et exploitées par des Allemands. J’avoue que j’ai toujours négligé de m’enquérir si elles existaient enpore; je ne les ai donc pas visitées; ne commettez pas à votre tour la même faute que moi.

Gaston IV, souverain du Béarn, prince vaillant parmi les plus braves, un des plus beaux noms de toute la chevalerie du XII® siècle, fonda en 1120 à Gabas un hôpital, maison de refuge bâtie dans un désert entre des montagnes, et destinée à recevoir les pauvres voyageurs. Depuis la révolution, cet asile est devenu une auberge, et aujourd’hui l’hospitalité se vend cher, là où elle se donnait jadis gratuitement. Les religieux chargés du service de l’hospice avaient, en arrivant, payé leur bienvenue au pays en y construisant une chapelle ouverte aux pèlerins d’Espagne et de France. La chapelle, comme vous le verrez, est abandonnée, elle tombe en ruines. J’en dis quelques mots au chapitre de l’Archéologie.

Il est temps, cher lecteur, après nous être amusés à la bagatelle de la porte, d’aborder enfin ce fameux Pic du Midi. Nous sommes bien décidés, n’est-ce pas? à lui porter notre carte; il n’y a donc plus à reculer. J’ai l’air de faire une mauvaise plaisanterie en vous parlant de carte de visite, et cependant on n’en agit jamais autrement avec lui; seulement, au lieu d’un petit carré de carton-porcelaine sur lequel votre nom et votre adresse sont gravés ou lithographiés, c’est une ardoise comprenant ces indications, qu’on dépose entre les mains de son concierge, à la porte de son hôtel; je me trompe, je veux dire sur la terrasse la plus élevée de son palais. Je n’ai pas encore entendu dire que l’usage se fût introduit chez lui de corner sa carte, pour lui indiquer qu’on est venu en personne. Il ne sera pourtant pas fâché, j’en suis sûr, d’être au courant de cette nouvelle mode ; quoiqu’il puisse penser en lui-même que cette coutume est tant soit peu absurde, du moment qu’on peut lui faire remettre par un domestique ou un commissionnaire sa carte cornée ou non cornée.

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De Gabas à Bious-Artigue, au plateau qui est au pied du Pic, on trouve aujourd’hui une route très-bonne, que je serais tenté d’appelêr carrossable, quoique je n’y aie jusqu’ici vu passer que des charrettes ; elle est pour la scierie et ses produits d’un incomparable avantage, et j’ai peine à comprendre pourquoi Laruns à mis si longtemps à l’éaliser ce progrès.

Cette ascension au Pic, cette visite au grand vicomte d’Ossau, au cadran solaire du Béarn, était autrefois considérée comme une entreprise des plus périlleuses. Palassou, dans son Essai sur la minéralogie, va même jusqu’à dire qu’elle est impraticable.

M. de Caudale, qui, après avoir gravi ce Pic en 15'52, écrivit la relation de son voyage reproduite dans les mémoires de M. de Thou, fait de cette excursion une peinture effrayante ; et encore Ramon de Carbonnières, connu par ses explorations dans les Pyrénées, prétend-il que l’écrivain n’alla que jusqu’à une station voisine de son sommet.

Cayet, lecteur d’Henri IV, pendant un séjour de la cour de Navarre aux Eaux-Chaudes, fit cette ascension en 1591, « et ne put, dit-il, monter qu’en un jour et demi, encore (( bien las ; et, pour descendre, il fallut s’écouler d’asséant; » ce qui veut dire que quand il revint, ce n’est pas sur ses jambes qu’il se portait, et qu’il fallut des réparations à certaines parties du vêtement qui commence à la ceinture, finit aux genoux, et dont je n’ose écrire le nom ; car, à ce mot seul, une Anglaise qui me lirait se trouverait mal.

Depuis cette époque, Delfau, en 1796 ; d’Angosse et Augerot, en 1802 ; Venat, alors officier à la légion de l’Orne, en 1818 ; Pécoul naturaliste, en 1823 ; de Laussat, en 1829, tentèrent et exécutèrent cette ascension.

Vinrent ensuite les ingénieurs géographes chargés par le

gouvernement de la constatation trigonométrique de cette partie des Pyrénées; puis M. de Rippert, à deux reprises, en 1833 et 1840 ; M. Radé, en 1842, et S. A.R. Monseigneur le duc de Montpensier, en 1843.

Si le Pic, depuis ces nombreuses tentatives, a perdu une partie de son prestige effrayant, le danger et la fatigue n’en sont pas moindres. Pour ma part, je dois vous avouer, avec toute ma franchise, et quoi qu’il en puisse coûter à mon amour-propre, que je ne suis pas allé jusqu’au sommet. Mes jambes n’ont pas mesuré les 1,400 toises de développement que présente le Pic. Je faisais cependant cette ascension avec des amis intrépides : arrivés au Rein de Pombie, nous délibérâmes si nous irions plus loin, et l’avis unanime fut d’en rester là. Si tout le monde mettait la main sur sa conscience, je suis sûr que beaucoup de touristes qui, à force de se dire et de répéter aux autres qu’ils ont atteint le sommet le plus élevé du Pic, ont fini par.le croire, avoueraient qu’il leur restait bien encore deux ou trois bons petits rochers à gravir. •

On n’est pas d’accord sur la hauteur du Pic du Midi. Suivant les uns, il a de 1,471 à 1,487 toises; suivant d’autres, enfin, 1,531. Pour peu que vous ne vous sentiez pas capable d’aller vous-même, en le mesurant, recommencer une opération dont le résultat très-probablement ne cadrerait avec aucun des calculs déjà faits, je vous engage à additionner les diverses hauteurs trouvées, à en faire une commune, et vous aurez peut-être la chance d’approcher de la vérité. Au surplus, moi profane, en voyant les hésitations et les erreurs de la science, je n’attache aucune importance à la solution de cette question. Cette discussion me rappelle involontairement la scène de l’Ours et le Pacha, entre Schaabaam, Marecot et Lagingeole. — Demande. Un petit coup

r,RA.NDES PROMENA

donné avec l’extrémité du doigt sur le bout du nez, est-ce une chiquenaude ou une pichenette? Réponse. Non, c’est une croquignole.

Quoi qu’il en soit de l’élévation précise du Pic, dont je n’ai pu, et pour cause, m’assurer par moi-même, elle fait peu de chose à l’atïaire. Il faut toujours que je vous indique le chemin pour parvenir au spmmet ; car on aui’ait raison de me dire : « Si vous ne vous en souciez pas, du moins n’en dégoûtez pas les autoes. » Dans mon zèle consciencieux, j’ai consulté avec soin toutes les descriptions qu’on a faites de cette ascension ; je les ai lues à un congrès de guides des Eaux-Bonnes et des Eaux-Chaudes, réunis exprès , et qui avaient eux-mêmes fait cette ascension. Celle qu’ils ont trouvée le mieux tracée, la plus intelligible, c’est la relation qu’en a publiée Gaston Sacaze, de Bagès- Béost, dans l’Album pyrénéen, livraison d’août 1840, revue locale intéressante, qui malheureusement a cessé de paraître. Il ne faut pas chercher dans cette description un style travaillé et ‘fleuri ; c’est le langage naïf d’un pasteur, qui dépose un instant le bâton de la montagne pour prendre la plume et écrire ses impressions.

Gaston Sacaze s’exprime ainsi ;

.(( Ascension du Pic du Midi : 5 août 1840. (Le thermo- <( mètre marque 15“ Réaumur sur le pré, à onze heures « du matin).

« Un herboriste-pasteur qui, pour la première fois, fait « l’ascension du Pic du Midi d’Ossau, part à six heures <■ du matin de Gabas : il passe par le chemin de Bious-Ar- (1 tigue, par Magne-Baïg, arrive sur la crête de Pombie à <( neuf heui’es, se repose une demi-heure dans ce lieu (tout «près du Pic), puis s’approche du rocher perpendicu- « laire qui est tout formé de granit ; il dépose son sac.

«ses souliers, son bâton ferré et attaque le l’ocherparsa « face nord-est. A vingt ou trente pas du lieu d’où il est (( parti, il trouve une excavation creusée par le choc des « avalanches ; il aperçoit les traces du saut des isards, qui ont (( laissé l’empreinte de leurs pieds dans certains creux du « roc, où se trouvent quelques décompositions ou humus « provenant de crottes et de lichens pourris ; quoique (( environ trente mètres de rocher perpendiculaire soient (( le premier escalier de cette pyramide, il surmonte cet (( obstacle, en s’aidant des mains et des pieds, souvent « même des genoux et du dos, à la façon des ramoneurs.

« Il rencontre au-dessus de ce premier et grand escalier (c une pente moins inclinée, d’une longueur d’environ « 100 mètres, où le granit n’est pas uni, mais plus ou H moins chargé d’aspérités, et se présente même par blocs (( détachés de différentes grandeurs, se soutenant les uns « sur les autres ; cette pente est inclinée à i5 degrés du (( quart de cercle.

« Successivement, il attaque un autre escalier plus diffi- « cile que le premier, mais de même direction perpendicu- « laire et de même orientation; parvenu au-dessus, il « grimpe une seconde pente moins inclinée, au sommet de « laquelle il rencontre un troisième grand escalier moins (( difficile que les deux précédents. Jusque-là, il a toujours « suivi la même orientation. Ici il trouve une pente transie versale d’environ 200 mètres du sud au nord. Cette « pente est inclinée de 30 degrés, et se trouve placée enti’e « deux grands rochers à parois perpendiculaires (l’un au- « dessous de celui que l’on vient de monter, l’autre au- « dessus), qu’après environ 100 mètres de trajet, il faut se « disposer à gravir. — On a alors devant soi trois espèces « de ravines peu profondes ; celle du milieu est la plus

ÜKANDKS PI

hNADKS.

C( large, et par conséquent c’est par elle qu’il faut monter ;

« elle est inclinée au moins de 60 degrés, et présente place sieurs zigzags. En arrivant au sommet, on trouve un (, mur rond haut d’un demi-mètre, que des chasseurs ont (( construit pour que, en revenant du haut du Pic, l’on « puisse se reconnaître. De ce lieu, on suit une pente très- « longue et assez large, sans gazon, à travers des crevasses .( et des hlocs de différentes grandeurs. Quelques tas de « neige qu’on y rencontre sont là comme tout exprès place cés, pour que le voyageur fatigué puisse en prendre cc quelques petites poignées, qu’il porte dans la houche cc avec plaisir afin de se désaltérer, et qu’au bout de quelcc ques secondes il doit rejeter à cause de sa glaciale temcc pérature.

cc Bientôt oh arrive au haut du Pic. — Ici je me tais, et ne cc dis rien de ce qu’on voit, de ce qu’on entend, de ce qu’on cc pense; de savants écrivains l’ont déjà fait avant moi. cc On trouve en cet endroit une quantité d’ardoises de cc différentes grandeurs, portant signatures de plusieurs cc grands et de plusieurs savants. Ces ardoises sont en cc pile, et posées les unes sur les autres, contenant des ,c noms illustres mêlés à ceux des guides. Après avoir fait cc cette lecture, le même pasteur d’Ossau fouille sa poche, cc en fait sortir un niveau à bulle d’air, le pose sur la cc petite tourelle ou pyramide, construite pour servir cc autrefois aux ingénieurs-géographes, et ayant regardé (c tous les sommets des montagnes qui sont à la ronde, d cc constate que tous sont au-dessous du niveau, à l’excepcc lion de deux hautes montagnes qui s’élèvent dans la « direction de l’ouest; ces deux sommités sont très-supécc rieures à notre Pic. Je juge qu’elles doivent avoisiner cc Cauterels et Gavarnie.

COUBSES, EXCURSIONS

« En résumé, je suis monté au haut du Pic du Midi (( d’Ossau en une heure trois quarts et suis descendu en (( deux heures.

(( Si Palassou considérait cette pyramide comme inacces- <( sible, nous dirons avec lui qu’il avait raison, parce que « quiconque gravit le Pic du Midi doit être regardé comme (( téméraire. Ici, nous ne prétendons pas qu’on ne puisse (( en faire l’ascension ; mais combien d’obstacles à surmon- (( ter, et combien de dangers à éviter ! »

Après ce récit peu engageant d’un pasteur, vigoureux enfant de la montagne, si yous voulez tenter l’ascension du Pic du Midi, si vous vous sentez le jarret assez solide, le pied assez ferme, la tête assez sûre, goûtez-en, sauf à y renoncer, comme moi et comme bien d'autres, au beau milieu du chemin ; car là il y a vraiment à prendre et à laisser.

Je ne finirai pas ce chapitre, sans vous donner le sommaire du récit de M. de Rippert; il pourra vous aider aussi au besoin :

(( Partis des Eaux-Chaudes à six heures du matin, dit ce « voyageur, nous sommes arrivés à dix heures aux caba- « nés de Magnes-Baig ; à onze heures et demie au col de « Suzeon (ou Suzeou), tout à l’extrémité du Rein de Pombie; « et à deux heures à la cime, que nous avons quittée à « trois heures et demie. A huit heures nous étions de retour « aux Eaux-Chaudes. Ce temps est indispensable aux tou- « ristes les plus vigoureux. )>

11 est une autre route que celle dont parlent MM. de Rippert et Sacaze. Elle consiste à passer par la Case de Broussette, chemin plus long il est vrai, mais plus facile, puisqu’on peut ainsi arriver à cheval jusqu’au Rein de Pombie. Ces parages furent témoins jadis d’un triste événement; en effet, c’est à peu de distance que M. Daupe,

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curé d’Ogenne,.fuyant la fureur de nos discordes politiques, et cherchant à passer en Espagne, fut surpris par une tourmente et périt.

Un dernier avis, ami lecteur, pour en finir avec le Pic du Midi. L’époque favorable pour cette ascension est dans les premiers jours d’août ; à ce moment, presque toute la partie qu’il vous faudra gravir se trouve dépouillée de neige.

COXJR3ES, EXCURSIONS,

Ici je dois me borner à des indications sommaires ; autrement mon petit volume dépasserait le cadre que je me suis tracé.

Je vous dirai donc en peu de mots : Allez voir :

— La grotte de Mailly dont les curieuses cavernes sont traversées par un torrent qui produit un bruit formidable. Elle est située dans la vallée d’Aspe à deux kilomètres seulement de la cascade de Sesque, à six heures de route des Eaux-Chaudes ;

— La belle cascade de Sesque, alimentée par les neiges éternelles qui couronnent la montagne d’où elle jaillit;

— Les précipices de Combiel ;

— Les prairies d’Anouillas ;

— Le col de Lurdet. Observatoire magique d’où l’on découvre isolé le Pic du Midi.

Si vous ne devez pas, un jour ou l’autre, entreprendre l’ascension de ce même Pic ou le voyage de Penticosa, ce qui vous permettrait de voir en une fois les lieux dont je vous ai parlé tout à l’heure, et que je me contente seulement de vous nommer ici, allez, soit de Bonnes soit des

Eaux-Chaudes, à Gabas et à la Case de Broussette. Que vous soyez en voiture ou à cheval, vous pourrez faire cette promenade, aller et retour, dans la même journée.

N’oubliez pas Bious, avec ses vieilles forêts de pins, ses vastes pâturages élevés de 700 toises, que dominent le lac d’Aule, et les cimes de Gazie, couvertes d’une neige presque permanente.

Cette énumération rapide n’a pour but que de signaler aux touristes bien portants les excursions qu’ils ne doivent pas négliger ; pour le temps qu’elles nécessitent, les moyens de transport à employer, pour tous les détails accessoires, en un mot, je les renvoie aux guides patentés des Eaux- Chaudes et des Eaux-Bonnes, devant la vieille expérience desquels je baisse pavillon.

DE BONNES

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