‹ Pau, Eaux-Bonnes, Eaux-ChaudesChapitre 5 sur 46 · ROUTE DE PAU · texte numérisé non relu

ROUTE DE PAU

lU VIE.

aimait à prendre le frais sous le quinconce de vieux arbres qui s’étend jusque sur le bord du Gave. On était pourtant obligé quelquefois d’y disputer la place à des troupeaux de jambons de Bayonne vivants, qui, en véritables sybarites, y paissaient innocemment sans penser à mal, y dormaient à l’ombre, et qui, quand on venait les déranger, défendaient courageusement le terrain. D’après l’ancienne méthode peu généi’euse, mais commode et universellement répandue, de se parer des plumes du paon, usage connu des Romains et que Virgile signale dans ces vers ; Sic vos nonvobis, etc., Bayonne ne se fait pas scrupule de venir s’approvisionner dans certaines localités du département, surtout à Pau et à Louvie, de ces précieux jambons auxquels elle doit une partie de sa colossale réputation, et qui, quand ils sont d’une nature tendre et douce, offrent le plus délicieux manger... surtout aux épinards.

Je ne veux pas déshériter Bayonne d’une gloire séculaire ; je ne veux pas lui enlever un des plus beaux fleurons de sa couronne, mais, animé du sentiment du juste, je veux rendre à César ce qui appartient à César... Donc, en repassant à Pau, si vous aimez à emporter un jambon de Bayonne bien fin, adressez-vous au maître de l’hôtel chez lequel vous serez descendu; il connaît les bons fournisseurs, il vous procurera à meilleur compte le même peut-être que vous auriez fait venir de Bayonne, et qui, étant originaire de Pau, aurait eu pour s’y rendre à subir un port que vous auriez payé en plus.

J’espère que les habitants de Bayonne ne se trouveront pas offensés de mon observation : tout en signalant ce qui est, j’approuve ce qu’ils font, et je trouve quils agissent en gens d’esprit, en empruntant aux localités environnantes, et vendant comme étant du cru, de fort bonnes

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