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Chapitre iv

La politique de pacification au Tonkin.

Au Tonkin, la pacification rencontrait cV autres difficultés qui demandaient l’emploi de procédés différents.

Les ennemis que nous trouvions devant nous n’étaient pas, comme en Annam, tout un peuple soulevé, docile instrument des haines de ses chefs. C’étaient, au milieu d’une population généralement paisible, des bandes isolées, d’Annamites ou plus souvent de Chinois, que le goût du pillage poussait contre les indigènes et à l’occasion contre les Français. La politique n’était cependant pas absolument étrangère à leurs agissements : quelques unes d’entre elles, les plus fortes et les mieux organisées, étaient sous main excitées et peut être payées par les mandarins amis de Hué.

Ainsi nous avions à combattre trois sortes d’adversaires : les bandes chinoises, les pillards annamites, et les chefs qui les lançaient contre nous. En outre, nous devions amener la population indigène à persévérer en masse dans ses dispositions pacifiques.

Si le Tonkin eut été isolé et laissé à ses seules inspirations, la tâche eCit été relativement simple. Mais il avait deux voisins mal disposés pour nous.

Le contact des révoltés d’Annam était danere-

reux. Leurs forces, d’abord disséminées, s'éloignaient par étapes de l’Annam central, et sc concentraient, pour un suprême effort, au Thanlloa, d’où leurs cris de guerre allaient éveiller des échos sympathiques dans les provinces limitrophes. On sentait dans le Delta, jusqu’alors à peu près tranquille, une vague inquiétude ; on remarquait des allées et venues inusitées, des conciliai mies et des assemblées. Des villages, ralliés ou du moins indifférents, passaient â i’ennemi. Ils aidaient les « pirates » à razzier le village voisin, ou à piller quelque convoi marchand ; puis, le coup fait et le profit partagé, ils favorisaient leur fuite en égarant nos soldats sur une fausse piste.

Les pirates eux-mêmes devenaient plus nombreux et plus audacieux.

Ceux que nous appelons pirates sont tout simplement des paysans qui, par tempérament, par entraînement après des années de guerre, par nécessité après une mauvaise récolte ou une série malheureuse au bac-huan ou aux trentesix bêtes , vont demander à la réserve du voisin do quoi les nourrir, eux et leur famille. L’expédition dure une nuit; le jour venu, le pirate nocturne retourne à sa rizière, que lui-même à son tour devra bientôt défendre contre le village pillé la nuit précédente. Si l’ordre tarde à se rétablir, ces attaques réciproques ruinent toute la région ; et les ennemis de la veille, désertant ensemble le théâtre de leurs luttes, s’unissent pour opérer au loin, dans des pays plus riches et plus paisibles. Voilà une bande formée. Le pirate d’occasion devient pirate de profession. Le village n’est pas pour cela déserté. Il y reste les femmes, les enfants, les vieillards, et quelques adultes, en nombre infime, juste assez pour ne pas attirer les soupçons des Français. D’ailleurs la complicité volontaire ou forcée des chefs indigènes leur est acquise.

Or, grâce à cette complicité, devenue plus active et plus efficace, depuis que les insurgés

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