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Chapitre VI

Le commerce. — La richesse publique.

A son grand étonnement, M. Paul Bert trouva, en arrivant au Tonkin, un commerce déjà considérable, avec un corps de commerçants en grande majorité sérieux, honorables, sachant leur métier, suffisamment munis de capitaux, et attendant non sans impatience le moment de s’élancer et d’exploiter leur nouveau domaine.

Le traité de 1874 avait bien ouvert au commerce européen le Tonkin et le Fleuve-R,ouge, mais l’accueil des autorités annamites, les dangers de toutes sortes, l’exigence probable du trafic avaient découragé les négociants de toutes les nations. Ni Français ni Anglais n'avaient profité des clauses du traité ; les* Chinois étaient

demeurés en possession du grand commerce, et les indigènes, du petit, jusqu’au jour où la guerre, éedatant entre la Chine et la France, éloigna les nationaux de la première. A la suite de notre armée, marchèrent et prirent pied dans le pays de nombreux Français qui vendaient aux troupes les objets de consommation et de première nécessité. Leurs opérations furent fructueuses ; beaucoup gagnèrent assez d’argent pour s’élever dans la hiérarchie ; beaucoup, venus avec des vues plus ambitieuses et des dessins plus vastes que ceux de « marchands de goutte » , comme on disait, s’établirent à demeure, fondèrent des maisons d’importation, et, indépendamment de celles qu’amenait la prolongation de la guerre, commencèrent des affaires normales et régulières. Le commerce au Tonkin avait désormais droit de cité.

L’année 1883 en vit la naissance ; les années suivantes en virent le rapide développement. En 1884, il était entré au Tonkin, autant qü’on peut savoir avec des statistiques forcément imparfaites, 130 navires jaugeant 7 1 ,000 tonnes ; il en était sorti 127 en jaugeant 70,000 ; la valeur des marchandises importées s’était élevée à 9,225,000 francs ; exportées à 4, 500,000 ; et les droits perçus (5 0/q sur les marchandises d’ori-

gine étrangère, 2 1/2 0/q sur les marchandises françaises) avaient été de 800,000 francs. En 1885, il était entré 410 navires jaugeant 102,000 tonnes ; il en était sorti 370 en jaugeant 186,000; les importations avaient été de 21,500,000 fr. ; et les exportations de 8,000,000 ; enfin les douanes avaient donné des recettes de 2, 100,000 fr.

Pour une deuxième année d'exercice, c'était un véritable succès. Il ne faudrait point cependant exagérer. D’abord une partie de ce trafic était fait par les Chinois, qui n’avaient jamais cessé d’explorer les côtes, et qui, après la paix, étaient revenus en foule. Les produits exportés, coton égrené, cunao, cannelle, huile à laquer, huile d’arachides, médecines, nids d’hirondelles, porcs vivants, sel, sucre, soie et déchets de soie, etc... venaient la plupart de l’Annam où le commerce français était alors à peine représenté, et étaient tous à destination de la Chine.

De plus, parmi les produits importés en 1885, une certaine quantité était destinée à l'alimentation ou aux besoins journaliers des troupes ou des officiers. C’étaient notamment la bière, 30(3,000 francs ; les conserves 640,000 ; les pommes de terre, 288,000 ; les tabacs, 445,000 ; le vin, 600,000 francs.

Toutefois, à côté de cette importation, qui for-*

cément finirait avec la guerre, il y en avait une, qui, elle, croîtrait avec la paix. C’était l’importation des produits à l’usage des colons permanents et des indigènes. Dans cette même année 1885, je relève 7,000.000 de francs de coton filé,

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