CEZANNE, SUJET DE MYTHE
Cézanne, avec les étrangetés de son caractére, était une proie facile pour une campagne bien organisée. Quand Ambroise Vollard, vers la fin du siécle, commenca a s'occuper de lui, le principal obstacle qu'il eut 4 surmonter pour organiser la premiére exposition de ses ceuvres fut l’impossibilité de trouver l’artiste. Cézanne avait disparu; personne a Paris ne connaissait son domicile. Aprés plusieurs essais infructueux, on sut, par hasard, que quelqu’un l’avait vu peindre dans la forét de Fontainebleau. Vollard, — c’est lui-méme qui a raconté l’anecdote, — partit immédiatement explorer la région, et ce ne fut pas chose aisée, car il fallait demander des renseignements dans chaque bourg et dans chaque village. A la fin, dans un petit hameau, a Avon, on trouva des traces de I’artiste : il avait, en effet, habité la, mais il y avait trois mois qu’il en était parti, sans laisser d’adresse. Nouvelles recherches, avec une diligence et une habilité véritablement policiéres; comme Vollard demandait si Cézanne fréquentait personnellement la région, on lui répondit qu’on avait recu une fois un petit paquet provenant d’une papeterie de Fontainebleau; on fait encore des investigations dans les papeteries de Fontainebleau; on découvre a la fin l’expéditeur; on apprend de lui que Cézanne possédait en effet un atelier, mais le propriétaire de l’atelier, interrogé, répond que le peintre a da rentrer a Paris, qu'il ne se rappelle plus l’adresse; la seule chose dont il se souvienne encore est que la rue habitée maintenant par Cézanne porte un nom de saint accolé a un nom d’animal. Vollard rentre a Paris : on devine facilement la longueur des recherches et le temps passé. Un hasard le met sur la bonne voie. Un de mes amis, raconte Vollard, habitait rue des Jardins; je me suis rappelé que cette rue était connue sous le nom de rue des Jardins Saint-Paul, a cause de sa proximité avec l’église du méme nom; non loin de la débouchait la rue des Lions; je commengai a espérer ; le nom de I’animal était la, et, ce qui était vraisemblable, a ce nom s’ajoutait, dans le vocabulaire populaire, le nom du Saint Patron de l’église voisine. Je projetais déja de parcourir de porte en porte toute la rue des Lions Saint-Paul, quand au numéro 2, j’eus l’agréable surprise de m’entendre répondre : « Monsieur Cézanne? c’est ici. » Mais je ne devais pas encore le rencontrer; il était retourné a Aix. Son fils, pourtant, me promit de lui écrire le méme jour.
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