‹ Paul CézanneChapitre 15 sur 65 · CEZANNE, SUJET DE MYTHE · texte numérisé non relu

CEZANNE, SUJET DE MYTHE

Cézanne, avec les étrangetés de son caractére, était une proie facile pour une campagne bien organisée. Quand Ambroise Vollard, vers la fin du siécle, commenca a s'occuper de lui, le principal obstacle qu'il eut 4 surmonter pour organiser la premiére exposition de ses ceuvres fut l’impossibilité de trouver l’artiste. Cézanne avait disparu; personne a Paris ne connaissait son domicile. Aprés plusieurs essais infructueux, on sut, par hasard, que quelqu’un l’avait vu peindre dans la forét de Fontainebleau. Vollard, — c’est lui-méme qui a raconté l’anecdote, — partit immédiatement explorer la région, et ce ne fut pas chose aisée, car il fallait demander des renseignements dans chaque bourg et dans chaque village. A la fin, dans un petit hameau, a Avon, on trouva des traces de I’artiste : il avait, en effet, habité la, mais il y avait trois mois qu’il en était parti, sans laisser d’adresse. Nouvelles recherches, avec une diligence et une habilité véritablement policiéres; comme Vollard demandait si Cézanne fréquentait personnellement la région, on lui répondit qu’on avait recu une fois un petit paquet provenant d’une papeterie de Fontainebleau; on fait encore des investigations dans les papeteries de Fontainebleau; on découvre a la fin l’expéditeur; on apprend de lui que Cézanne possédait en effet un atelier, mais le propriétaire de l’atelier, interrogé, répond que le peintre a da rentrer a Paris, qu'il ne se rappelle plus l’adresse; la seule chose dont il se souvienne encore est que la rue habitée maintenant par Cézanne porte un nom de saint accolé a un nom d’animal. Vollard rentre a Paris : on devine facilement la longueur des recherches et le temps passé. Un hasard le met sur la bonne voie. Un de mes amis, raconte Vollard, habitait rue des Jardins; je me suis rappelé que cette rue était connue sous le nom de rue des Jardins Saint-Paul, a cause de sa proximité avec l’église du méme nom; non loin de la débouchait la rue des Lions; je commengai a espérer ; le nom de I’animal était la, et, ce qui était vraisemblable, a ce nom s’ajoutait, dans le vocabulaire populaire, le nom du Saint Patron de l’église voisine. Je projetais déja de parcourir de porte en porte toute la rue des Lions Saint-Paul, quand au numéro 2, j’eus l’agréable surprise de m’entendre répondre : « Monsieur Cézanne? c’est ici. » Mais je ne devais pas encore le rencontrer; il était retourné a Aix. Son fils, pourtant, me promit de lui écrire le méme jour.

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