LE PREMIER MARCHAND DE CEZANNE
Avant ces premiéres tentatives de M. Vollard, Cézanne avait pour principal acheteur un modeste marchand de couleurs de la rue Clausel, dont les caractéristiques paraissent bien coincider avec celles du pére Malgras de L’uvre qui, sale et négligé, avait pourtant le gott et le flair de la bonne peinture, en la marchandant férocement, mais qui se contentait d’un modeste bénéfice, ayant basé son affaire sur le renouvellement rapide de son petit capital, n'achetant jamais le matin sans savoir auquel de ses amateurs il vendrait le soir. Du pére Malgras a MM. Durand-Ruel la distance est grande; cette distance, pourtant, grace au coup des impressionnistes, fut vite franchie. Tanguy vendait encore les Cézanne quand de temps en temps un amateur se présentait a l’atelier, car il possédait une clef qui lui permettait d'introduire l'acheteur éventuel sans avoir a déranger ni a distraire le peintre; il y avait la des monceaux de tableaux dont le prix était fixé une fois pour toutes a raison de cent francs pour les grands et de quarante francs pour les petits. Pour ceux qui n’étaient pas en mesure de payer ni cent francs, ni méme quarante, Cézanne avait des toiles sur lesquelles s’assemblaient, sans séparations, différentes études; Tanguy était chargé de les détailler en les coupant avec des ciseaux; ainsi, des petits intérieurs, des esquisses rapides de paysages furent payés vingt francs, moins encore. :