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COPIES DE MUSEE

A cette époque, Cézanne commence son pénible travail de copies dans les Musées, travail qui se prolongea pendant toute son existence a Paris et qui occupa une grande partie de la vie du peintre. Ceci, nous semble-t-il, le sépare de presque tous les artistes célébres de son temps, qui remplacaient tout enseignement scolastique par l'inspiration directe et la contemplation de la nature. En vérite, Cezanne n’était pas un anti-académicien : il était, au contraire, un homme qui désirait et ne parvenait pas — partiellement, en tout cas, et au prix de grandes souffrances — a étre vraiment un académicien; il ne voulait pas l’étre a la légere et théatralement, mais comme avaient pu l’étre les grands artistes des temps passés. Loin de rompre avec la tradition, Cézanne veut continuer la tradition; mais il veut la continuer sans risquer son honnéteté et sa sincérite.

Nous savons peu de chose au sujet de ces copies faites par Cézanne dans les musées — il dut aussi visiter ceux de l’étranger, au moins ceux de la Belgique et de la Hollande. — Nous pouvons pourtant facilement nous les imaginer et les rapprocher d’un tableau Les Baigneuses, qui, commencé au début de son deuxieme séjour a Paris, va se renouveler bient6t avec d’autres versions, toujours incompletes, tou-

jours puissantes et étrangement éloignées de « la pleine réalisation ». Comme un rythme qui torture le peintre sa vie entire. Rubens commande, du haut d'un tréne vénéré, l'inspiration de l’ceuvre, mais il n’a pas su lui communiquer la tranquille et douce stireté d’exécution. Les plans, principalement, commencenta absorber, avec les problémes qu'ils suscitent, l’attention du débutant inquiet. La fievre de sa vision exaspérée acheve de les confondre : une volonté obstinée veut trouver la solution a force de modeler la pate, puisqu'il n’y parvient pas par la composition subtile du dessin. Cézanne, inconsciemment, veut réaliser a ce moment l'attraction de la peinture par la sculpture, d’aprés la loi que, nous-mémes, avons appelée la loi de gravitation des arts. Ceci est a signaler particuli¢rement, car a cette €poque existait dans le gotit du public une conception opposée, celle qui acceptait l’attraction de la peinture par la musique, c'est-a-dire l’impressionnisme. Mais notre peintre, merveilleusement doué pour le lyrisme et la musique, comprit des le début qu'il fallait s'opposer péremptoirement a ses propres instincts et arriver, par la construction, a donner un sens éternel et intelligent a ses idées. Pour cela, dés ses premiers essais, il commengait a modeler la peinture; qu’on veuille bien remarquer que modeler la peinture ne veut pas dire peindre gros; au contraire, Cézanne, qui peignit gros pendant quelque temps, rendit sa peinture plus fine et finit par la faire si austére que la couche de couleur ne forme qu'un tout avec la toile. Ses ceuvres ont ainsi une qualité indestructible qui empéche ces émiettements et ces craquelures qui donnent une vieillesse prématurée a d'autres productions de la peinture moderne, ou les couleurs, avec les couches se séchant a différents moments, avec des épaisseurs différentes, hatent l’agonie et la destruction.

PREMIERES GEUVRES CONNUES

Avec plus de liberté que dans ses copies des Musées ou dans son tableau a la Rubens des Baigneuses, Cézanne produit déja a ce moment quelques tres belles esquisses, comme le portrait d’Emile Zola qui est de 1860 et dans lequel se fait sentir l'influence des romantiques et peut-étre aussi, jusqu’a un certain point, celle de Daumier. Nous retrouverons, du reste, plus tard, un demi-siécle aprés, en 1896, cette derniere influence dans La Femme au chapelet ; de cette époque datent aussi quelques fortes caricatures, probablement trés désagréables a contempler, comme cet étrange portrait du peintre Aquiles Emperaire, et peut-étre aussi cette Femme a la puce, aujourd’hui disparue, que Cézanne envoya au Salon pour se moquer du Jury. Vollard parle aussi, parmi les ceuvres de cette époque et ne se trouvant plus a l'Académie, d’un Vidangeur nu, couché sur son lit; dans la collection Pellerin, ou figurent les plus intéressants tableaux des débuts de Cézanne, existe un portrait de son pére qui date de 1863. Le modéle est représenté avec une calotte, assis dans un fauteuil, en train de lire un journal L’Evénement. C'est une ceuvre déja forte

et délicate, avec des traces d’impressionnisme, sans doute, mais de cet impressionnisme postérieur en date et presque notre contemporain, qu’on a appelé dans les milieux artistiques de Paris « l’intimisme ». Le portrait de Cézanne de 1863 montre une évidente et curieuse parenté avec quelques-unes des ceuvres qui, plus tard, allaient a Paris faire la réputation de Vuillard ou de Bonnard. On pourrait dire, — jusqu’a un certain point, — que de méme que toute la poésie antique provenait d’Homere, toute la peinture contemporaine provient de Cézanne.

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