‹ Paul CézanneChapitre 42 sur 65 · LA « REALISATION · texte numérisé non relu

LA « REALISATION

Les remords troublent le peintre et inquiétent sa conscience tout le long de son apprentissage. Mieux que personne, il connait sa propre difficulté; mieux que personne il ressent une angoisse devant la fatalité de sa propre imperfection. Jusqu’a la fin de sa vie, l’espérance de vaincre le soutient et le rive obstinément a son travail. « Je crois qu’a la fin je touchea la réalisation », disait-il a soixante-dix ans. « Je travaille sans désemparer ; j'apercois la Terre promise; serais-je comme le grand chef des Hébreux ou pourrais-je y entrer? » Cet idéal porte un nom qui, dans le vocabulaire de Cézanne, revient sans cesse et s’enrichit, dans sa signification premiere, des nuances les plus variées et les plus subtiles ; il appelle cet idéal la réalisation. Cézanne voulait réaliser et il arrivait a peine a réaliser; d'autres, par contre, qu’il estimait bien au-dessous de lui, avec leur idéal médiocre, leur roublardise ou leur mauvaise foi, qui ne faisaient qu’une basse besogne, étaient, pourtant, doués du pouvoir de réaliser, d’arriver aux réalisations.

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