LA GENEALOGIE ARTISTIOUE DE CLAUDE LANTIER
Claude, du reste, tient a souligner lui-méme son affinité avec Courbet, que, d’apres les tendances de L’C£uvre il considere évidemment comme son prédeécesseur immédiat, comme un des maillons de la chaine, unique au XIX siecle, qui unirait leurs deux noms a celui d'Ingres, en passant par Delacroix. Quant au reste, cela n’existe pas. « Tous des barbouilleurs d’images a deux sous, des réputations volées, des imbéciles ou des malins a genoux devant la bétise publique! Pas un gaillard qui flanque une gifle aux bourgeois!... Tiens! le pére Ingres, tu sais sil me tourne sur le coeur, celui-la, avec sa peinture glaireuse ? Eh bien! C'est tout de méme un sacré bonhomme, et je le trouve trés crane, et je lui tire mon chapeau, car il se fichait de tout, il avait un dessin du tonnerre de Dieu, qu'il a fait avaler de force aux idiots qui croient aujourd’hui le comprendre... Aprés ¢a, entends-tu! ils ne sont que deux, Delacroix et Courbet. Le reste, c’est de la fripouille... Hein? Le vieux lion romantique, quelle fiére allure! En voila un
décorateur qui faisait flamber les tons! Et quelle poigne ! Il aurait couvert les murs de Paris si on les lui avait donnés : sa palette bouillait et débordait. Je sais bien, ce n’était que de la fantasmagorie ; mais, tant pis! ga me gratte, il fallait ga, pour incendier lU’Ecole.:. Puis, l'autre est venu, un rude ouvrier, le plus vraiment peintre du siécle et d’un métier absolument classique, ce que pas un de ces crétins n’a senti. Ils ont hurlé, parbleu! Ils ont crié a la profanation, au réalisme, lorsque ce fameux réalisme n’était guére que dans les sujets; tandis que la vision restait celle des vieux maitres et que la facture reprenait et conttnuait les beaux morceaux de nos Musées... Tous les deux, Delacroix et Courbet, se sont produits a UVheure voulue. Ils ont fait chacun son pas en avant. Et maintenant, oh! maintenant... » Telle est, d’aprés Claude Lantier, l'histoire de la peinture francaise au XIX° siecle.
On sera peut-étre tenté de faire une confrontation, certainement bien curieuse, des opinions du faux Cézanne, composé par Zola, et de celles du vrai Cézanne, dont on ne nous a dévoilé les pensées intimes que bien plus tard. A la rigueur, la profession de foi de Claude Lantier aurait pu étre celle de Cézanne. Il ne faut pas oublier, toutefois, que dans la réalité, le maitre d’Aix est allé beaucoup plus loin, dans son combat contre le romantisme.