PARIS
deux anges, il avait visité les trot* royaume* du Châtiment^ de l'Épreuve et de la Gloire, n'était pas connu en France. Son récit, longtemps perdu entre les feuillets d'un manuscrit de Paul Diacre, dans la bibliothèque des moines de Saint-Benoît, avait été publié pour la première fois, à Rome, en 1814, par l'abbé Cancellieri.
Paul de Saint-Victor traduisit en français le récit du petit visionnaire, et il dressa patiemment une confrontation analytique avec l'ossature et les épisodes de la divine Comédie. La marche parallèle des deux ouvrages, la communauté d'inspiration, l'analogie flagrante amènent à cette croyance, que Dante a connu le récit écrit sous la dictée de l'enfant, dans un pèlerinage au mont Cassin, qu'il a dû faire au temps où il fut envoyé comme ambassadeur à Home.
Paul de Saint-Victor apportait donc en France, sur une des plus hautes questions de théologie et d'histoire littéraire qu'il puisse être donné de traiter, un document inconnu dont il avait pris soin d'indiquer, par ses rapprochements, tout l'intérêt et tout le prix.
Le second article qu'ait publié de lui le Correspondant ('25 mars 1845) est, clans le même ordre d'idées, l'analyse d'un poème singulier, écrit en
français, au commencement du xvnc siècle, et consacré, par un moine d'ordre mendiant Rémi de Beauvais, à la gloire de la Magdeleint1,
Cette rhapsodie de plus de vingt mille vers, ridicule souvent, mais plus souvent admirable par le mouvement, la naïveté, la hardiesse des rythmes, est parfois d'un éclat de couleur qui était bien fait pour séduire le coloriste qui se cherchait encore dans Paul de Saint-Victor. Les confidences d'un confesseur à sa pénitente, que renferme ce poème écrit dans les Pays-Bas, et largement empreint de la saveur flamande, ont aussi indiqué une voie et créé des imitateurs dans la littérature française. En effet, la Magdalénéide du Père Pierre de Saint- Louis, avec ses anagrammes, acrostiches, Jogogriphes et casse-têtes poétiques, a été inspiré par la Magdeleine du Père Rémi de Beauvais, et beaucoup d'autres ouvrages sur la mémo sainte coulent encore de cette source épique.
Ces deux plaquettes (car il a été fait de ces articles des tirés à part, à petit nombre, devenus introu-
1. La Magdeleine, en vingt chants, par Rémi de Beauvaia, capucin, de la province îles Pays-Bas, imprimé à Twirnay, pardi. Martin, imprimeur juré du Saint-Esprit. — 1617. —
(Voir catalogue de la Bibliothèque poétique de Viollet Le duc.)
Vtbles,) sont donc le point de départ littéraire de notre auteur. Dès son début, apparait une méthode de travail qui lui a permis d'écrire, avec compétence, sur des sujets très différents. Il était armé d'une immense lecture en tout sens; il possédait la triture des documents qu'on n'acquiert le plus souvent que par une longue pratique. Bientôt, quand des sujets moins graves solliciteront son esprit, quand son style Fera son entrée dans le monde avec ses diamants, ils jetteront d'autant plus de feux qu'il auront pour repoussoir et pour soutien une instruction générale solide, des dessous correctement construits et savamment articulés.
Mais ces travaux d'obscur savant répondaient mal aux aspirations et à l'impatience du jeune homme. C'était la véritable presse, avec son éclat et sa fragilité, qui l'attirait. Il se sentait préparé h la lutte ou plutôt aux passes d'armes des tournois littéraires. Aussi se livra-t-il tout entier, quand un ami de son père, M. Aimé Leroy, réussit à lui ouvrir les portes de la Semaine. C'était un journal hebdomadaire qui a eu son heure d'importance mais qui, depuis longtemps, n'existe plus.
Le premier article de Paul de Saint- Victor qui avait pour sujet le Carnaval romain (23 novembre 1845). ceux qui suivent sur le Musée de Cluny, sur
le Musée d'Artillerie, sur la Mythologie des eaux en Allemagne1 furent remarqués. On confia bientôt au nouveau rédacteur l'article succinct qui était consacré à la critique dramatique et il fut chargé du compte rendu du Salon de 1848.
A l'époque de la révolution de Février 1848, Lamartine ayant accepté de faire partie du gouvernement provisoire, prit dans le ministère qui s'improvisa à l'hôtel de ville, le portefeuille des Relations extérieures. On a vu plus haut que Paul de Saint- Victor, dont il fit alors un de ses secrétaires, n'était pas plus sérieusement engagé que le nouveau ministre dans le parti républicain qui arrivait au pouvoir. Lamartine, en associant le jeune écrivain de la Semaine a sa nouvelle fortune, payait simplement une dette de reconnaissance qu'il avait contractée envers le père de celui-ci.
En effet, au printemps de 1S-20, quand Lamartine jeune, inconnu, sans relations à Taris, était arrivé
1 . Ces deux derniers articles ont trouvé place clans le volume intitulé Anciens et Modernes.