LE CABINET DE LAMARTINE
de Maçon, cherchant à mettre en lumière son second recueil de poésies, — il avait jeté au feu le premier, — le comte de Saint-Victor et l'abbé de Rohan1, avaient patronné le poète, prédit et préparé le succès des Méditations. Avant les autres, ils avaient subi l'émotion, reconnu et vanté le mérite du Lac, du Vallon et de l'Isolement. Ils avaient déterminé un libraire fort obscur, nommé Nicolle, dont le nom n'est plus guère cité aujourd'hui que par son attache au premier ouvrage de Lamartine, à faire les frais de l'impression.
Mais l'orthodoxie, chaque jour plus sévère, du comte de Saint- Victor, l'avait éloigné, peu à peu, de l'auteur de Jocelyn et de la Chute d'un Ange. La beauté et le succès de ces ouvrages les rendaient encore plus haïssables à ses yeux, Les esprits religieux d'alors trouvaient romanesque le catholicisme de Lamartine; le comte de Saint-Victor lui reprochait « d'avoir abandonné les dogmes positifs de la religion, pour les livrer aux hasards de l'improvisation et de la poésie».
Les poèmes de Lamartine éveillaient donc, dans
'• Les i remières Méditation» furent recueillies par l'abbé «le Rohan et choisies entre plusieurs albums où elles étaient dispersées avec d'autres. » (Note manuscrite de Sainte-Beuve, sur son exemplaire des Méditations).
le monde catholique, le genre de méfiance et même de réprobation qui avait accueilli, trente ans plus tôt, le Génie du christianisme de Chateaubriand. Le succès des Girondins, sans précédent pour un livre d'histoire, avait encore accentué le désaccord, et, presque chaque matin, le vieux royaliste lisait avec tristesse, dans les gazettes, les discours que le député île Bergues prononçait à la Chambre, et il suivait de l'œil, avec effroi, les idées libérales auxquelles le poule déliait les ailes, dans sou magnifique lang ig Les travaux, les soucis de la vie publique avaient rendu plus rares, pour tous les deux, les occasions de se rencontrer. Mais, quand Lamartine arriva au pouvoir, il se souvint». Et c'est ainsi que, sans l'avoir demandé, Paul de Saint-Victor se trouva attaché au cabinet du ministre des Relations extérieures.
Il avait alors vingt-trois ans. Le ministre lui donna pour collègue et associa au travail dont il le chargeait, un jeune homme de son âge, d'une grande beauté, d'une intelligence d'élite. Charles Hugo et lui Turent occupés — et ce n'était pas une sinécure, — à répondre gracieusement, sans trop promettre, aux lettres des électeurs de Bergues et de Maçon, et aussi de tous les autres collèges électoraux de- France qui voulaient devenir fonctionnaires, et qui,