‹ Paul de Saint-VictorChapitre 13 sur 82 · LE CABINET DE LAMARTINE · texte numérisé non relu

LE CABINET DE LAMARTINE

sous prétexte qu'ils admiraient les Méditations et les

Harmonies, croyaient avoir des titres à la bienveillance du ministre et lui demandaient une place. Les poètes des deux sexes s'adressaient naturellement aussi, en vers et même en prose, à leur frère, pour obtenir de lui une fonction commode qui leur permît d'accomplir en paix la mission de poésie qu'ils avaient reçue du ciel. Nous avons sous les yeux les formules de réponses presque invariables que les jeune- secrétaires adressaient à ces suppliques. Elles commençaient ainsi : « M. de Lamartine a lu avec reconnaissance... ou avec attendrissement », ou seulement « avec un vif intérêt... » et se terminaient par ces pbrases évasives : « M. de Lamartine aurait été heureux de répondre efficacement... » ou « M. de Lamartine regrette de ne pas répondre comme il le voudrait... »

Cet apprentissage des manœuvres naïves faites pour parer aux habiletés des solliciteurs, dut fatiguer bien vite deux jeunes gens très ardents et d'une imagination très vive. 11 faut croire qu'ils en prenaient un peu à leur aise avec les postulants auxquels ils devaient répondre ; car nous trouvons à ce sujet, dans les papiers de Paul de Saint- Victor, une lettre qu'il avait soigneusement conservée. Elle lui avait été adressée, ainsi qu'à son collègue Charles Hugo,

parle colonel Callier (aujourd'hui général en retraite) que Lamartine avait connu en Orient et qui ne remplit jamais auprès de lui de fonctions officielles; car son nom ne se trouve pas dans V Annuaire diplomatique de 1848. Le colonel Callier avait été improvisé bénévolement chef du cabinet de Lamartine, et les deux jeunes gens avaient été mis sous sa direction. Voici ce qu'il leur écrivait :

« M. Callier regrette infiniment de voir ces messieurs s'échapper, comme des écoliers, aussitôt qu'il sort lui-même. Vous avez l'un et l'autre un grand nombre de lettres en retard. Venez donc de bonne heure demain. Mettez-vous au courant. Faites, chaque jour, le travail de chaque jour, et promenezvous ensuite; mais ne vous mettez pas ainsi volontairement en retard; ça n'est pas bien (7 juin lsis, quatre heures un quart). »

Demeurer enfermés quand on a vingt ans, quand le printemps fleurit au dehors, quand de graves événements se passent dans les rues, M. Callier comprenait (pie c'était bien difficile. Aussi sa férule est légère, el son rappel à Tordre d'une forme paternelle et d'une bonhomie charmante... Les grands enfants qui l'avaient mérité durent sourire, en le trouvant au retour sur leur bureau, et se hâter à la besogne...

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