‹ Paul de Saint-VictorChapitre 24 sur 82 · ARTHUR DE LA GU ÉRONNIÈRE · texte numérisé non relu

ARTHUR DE LA GU ÉRONNIÈRE

Aussitôt qu'il le put, Arthur de la Guéronnière tint sa promesse et ouvrit à son jeune ami les portes du Pays. On l'y chargea de la critique dramatique, des comptes rendus concernant les beaux-arts, et des appréciations littéraires. Sa vie matérielle allait être assurée. Il entrait au Pays après avoir signé un traité pour trois années, aux appointements de 4800 francs pour cinquante-deux feuilletons, et il y fit ses débuts le 2 août 1852.

N'ayant plus d'autre attache à Lamartine que celle de la reconnaissance et de l'affection, il ressort de. l'examen des papiers de Paul de Saint-Victor qu'il rendait encore au poète quelques offices littéraires. Gomme toutes les personnes de son entourage il lui servait parfois de secrétaire. Le billet que voici, écrit par Arthur de la Guéronnière, en fait

foi :

« M. de Saint-Victor trouvera, sous ce pli, la note qu'il m'a demandée. Je le prie de la traduire dans le style de M. de Lamartine et de vouloir bien faire signer la lettre aujourd'hui... »

Paul de Saint-Victor a donc pu adapter à des communications ou à des notes qu'on insérait dans le Pays, ou a des billets sans importance, les formes familières au poète : celle-ci, par exemple, qui lui était commune avec un assez grand nombre de ses contemporains et qui consistait, suivant L'usage diplomatique latin, à commencer une lettre par le nom de Fauteur : « M. de Lamartine remercie... M. de Lamartine envoie ses compliments... » Il y a làune substitution fort autorisée, etdont usent, sans qu'on s'y arrête, la plupart des secrétaires. De là à croire, comme on l'a dit, sans se préoccuper de la vraisemblance et des dates, que Paul de Saint- Victor est l'auteur des portraits les plus éclatants des Girondins, il y a une grande distance à franchir et une impossibilité évidente.

I. Paul de Saint-Victor, homme du monde et causeur. — II. Liaison avec Théophile Gautier. — III. M. Barbey d'Aurevilly. — IV. L'inconnue de 1849. — Vie intime. — Le carnaval.

Paul de Saint-Victor n'a connu que de loin, et de haut en bas, la bohème littéraire qui chantait, le ventre creux, dans les premières années de l'empire, et dont Henri Murger et Gérard de Nerval ont été les victimes et les historiens. Le nom qu'il portait, son éducation aristocratique, la distinction de ses allures lui ouvrirent son monde où il eut bientôt de grands succès. Il n'apportait pourtant, dans les salons où il

bO PAUL DE SAINT-VICTOR.

était reçu, qu'une indifférence apparente. On l'y voyait la tète haute, l'abord glacé, la lèvre silencieuse, ou bien armé, comme une torpille, de réponses acérées de phrases courtes. Lui-même a dit qu'il prenait soin de se répandre au dehors « avec l'abondance et le contour d'une inscription lapidaire1 ». Mais, après minuit, quand la foule s'était éclaircie : quand, à la mode du temps, on servait du chocolat aux intimes, sa timidité dégelait, et il devenait un causeur étincelant.

La mémoire de ses amis fourmille d'idées originales, de jugements typiques, de définitions qu'il tirait au vol avec un bonheur étonnant. Colle-ci, par exemple, qu'il a pris soin de conserver sur un de ses cahiers :

« L'amour est l'étoile fixe qui oriente en brillant et que l'œil devine à travers le nuage même. Ce

1. Cette attitude dans le monde, qui était habituelle aussi à Prosper Mérimée, cachait, chez tous les deux, sous une sécheresse apparente et uu ton cassant, un grand fonds de timidité. Paul de Saint-Victor était de plus a>sez susceptible. En 1S78, une dame qui portait uu nom illustre et qui appartenait au meilleur monde désirait le connaître. Elle lui envoya une invitation gravée sur bristol, portant cette formule, peu courtoise sans doute, mais consacrée par l'usage : Madame M... C, restera chez elle le... »

Paul de Saint-Victor, piqué, écrivit sur le dos de la carte : « M. de Saint-Victor restera chez lui le... » et il renvoya invitation.

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