‹ Paul de Saint-VictorChapitre 31 sur 82 · THÉOPHILE GAUTIER · texte numérisé non relu

THÉOPHILE GAUTIER

étiez un paraschite inciscur de cadavres. C'est bien; embaumez la momie de Gléopâtre dans plus de myrrhe, de cinname et de benjoin que n'en contient le 1er Ilasirim. Les montagnes d'aromates de votre style oriental conserveront, quelques mille ans de plus, le corps divin de la belle reine dont, moi aussi, j'ai été amoureux. Mais il ne faut pas négliger, pour cela, lady Ilamilton, Orcagna, Ali- Pacha, ni surtout l'histoire de la juive que vous m'avez contée sur le bienheureux boulevard de Gand, œil et nombril de la terre.

» J'étudie ici, pour vous spécialement, tous les salamalecs que l'on fait au padischah, et vous aurez une litanie de prostrations, d'adorations à ne rien laisser à désirer à un Dieu ou à un pape. Votre goût pour l'autorité sera satisfait, o pompeux Saint- Victor, par la description du Courbam-Baïram. Cette humiliation de l'homme devant l'homme réjouira votre esprit aristocratique.

» Louis me marque que vous allez enchâsser Émaux et Camées dans l'or de vos louanges. La monture vaudra, cette fois, mieux que le bijou...

» Je veux fumer encore quelques cigares devant Tortoni et jouir de votre conversation plusétincelante que tous les feux d'artifice du Uamazan et de votre

amitié plus suave que toutes les essences du bazar d'Egypte.

» Tout à vous de cœur.

)) TIIÉOPHILE GAUTIER. »

A cette lettre, Paul de Saint-Victor répondait :

« Mon cher maître,

« J'ai été touché jusqu'au fond du cœur de votre bienveillant souvenir. L'amitié dont vous m'honorez est le charme et l'orgueil de ma vie. Je vous la rends, croyez-le bien, en un sentiment mêlé de respect, de dévouement et de reconnaissance qu'il me serait bien doux de pouvoir vous prouver un jour. Vous trôniez en maître dans mon esprit dès ma première jeunesse; vous êtes, depuis, descendu en ami dans mon cœur; l'un et l'autre sont à vous, tout à vous...

» J'ai prié Louis1 de vous adresser un exemplaire démon article sur Emaux et Camées. Je l'ai écrit avec une verve enthousiaste, le feu de la Pentecôte dans le corps. Lisez-le avec indulgence et voyez-y

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