De Cormeuiu
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surtout L'émotion sincère d'une admiration passionnée.
» Louis et moi vous attendons avec nostalgie. Vous faites partie de notre vie de cœur et d'intelligence; elle languit quand vous n'êtes plus là. Revenez-nous bien vite et rapportez-nous l'Orient. Il ne saurait être plus beau que celui que vous avez deviné et peint tant de fois.
» Je reçois votre lettre une heure seulement avant la dernière poste pour Constantinople. Le temps me presse. Adieu donc, mon cher maître; je vais compter les jours. Croyez à ma respectueuse affection et à mon dévouement absolu.
(Paris, 19 août 1852.)
Les relations bientôt très intimes qui s'étaient formées entre Théophile Gautier et Paul de Saint- Victor avaient un peu refroidi les rapports de celuici avec M. Barbey d'Aurevilly, qui ne partageait pas
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l'admiration, assez générale parmi les dandys et les Jeunes-France d'alors, pour l'auteur tf Albert u< et de Mademoiselle de Maupin. L'amitié, elle aussi, a parfois ses inquiétudes et quelques prétentions à être exclusive. Le partage est rarement de son goût.
Il y avait encore, entre les deux voisins, une autre cause d'éloigné ment. Paul de Saint-Victor, dans la prime fleur de son succès, cédait a son goût pour les relations du monde. M. Barbey d'Aurevilly, au contraire, s'était fait une habitude d'un cercle tout intime et terminait brillamment, chaque soi] journées laborieuses devant la même table d'un très modeste café. Il avait établi là sa véritable tribune. Entouré de quelques adversaires charmés ou réduits au silence, il parlait d'une voix mordante, avec de grands gestes qui sabraient l'air: sa tête maigre et inspirée, ses cheveux au vent, ses yeux étincelants, ses altitudes impérieuses et dominatrices, surtout les sujets qu'il traitait le plus volontiers, l'eussent fait prendre pour un dompteur de femmes ou pour un tribun littéraire.
Mais, bien que séparés par un genre de vie et des habitudes contraires, les deux amis demeurèrent liés par le souvenir de leurs prou t, quand il
publia le roman qui a pour litre ï Ensorcelée,
M. Barbey d'Aurevilly écrivit à celui qu'il appelait son vengeur d'obscurité :
(Paris, U octobre 1851.)
« Mon cher Saint-Victor,
)) Voici mon Ensorcelée. Vous n'auriez pas, dans la main droite, celte plume éblouissante qui fait feu de diamant sur tout ce qu'elle touche, que je vous enverrais tout de même ces deux volumes, en souvenir des jours passés!
» Je ne, les offre pas au feuilletoniste, mais à l'ami, et — que le diable emporte entre nous les bêtises de la modestie ! — au parent intellectuel que j'aime le plus de tous mes cousins. Quand je vous lis, mon très cher, j'ai des sympathies trémoussantes dans le cours de mon sang qui me font croire que c'est la même chose que nous avons dans le cerveau et dans les veines...
» Voici mon livre, ma main et mon cœur.
» Tout à vous.
Et, quelques mois après, en juillet 1855, il lui adressait une plaquette, tirée à un très petit nombre et qui ne se vendait pas. Cette rareté bibliogra-
phiquo "porte, pour simple titre, les armoiries de l'auteur. Elle est dédiée à M. Trébutieu, de Caen, qui avait pris l'initiative et le soin de la publication. et l'exemplaire que nous avons sous les yeux porte, d'une écriture rouge et magistrale, adornée de panaches, ces quatre lignes d'hommage :
« A mon spirituel et étincelant ami Paul de Saint-Victor.
» Les Riens de la plume sont quelquefois les Toiits du cœur!