J. 1!. D'AUREVILLY
Cette plaquette, contenant seulement douze pièces de vers, renferme des strophes marquantes intitulées la Maîtresse rousse.
Une femme... je crus que c'était une femme, Mais depuis... Ali! j'ai vu combien je me trompais! Et que c'était un auge ! et que c'était une àme De rafraîchissement, de lumière et de paix! Au milieu de nous tous, charmante solitaire. Elle avait les yeux pleins de toutes les pitiés. Elle prit ses gants blancs el les mit dans mou verre Et me dit, en riant, de sa VOiX douce et claire: i ne veux pas que vois buviez ! »
Et ce simple mot-là décida de ma vie,
Et fut le coup de Dieu qui changea mou destin!
Et, quand elle le dit, sûre d'être obéie
Sa main vint chastement s'appuyer sur ma mainl
l.i, depuis ce temps-là, j'allai chercher l'ivresse Ailleurs... que dans la coupe où bouillait ton poison, Sorcière abandonnée ! fl ma rousse maîtresse ! — Bel exemple de plus que Dieu, dans sa sagesse, Mit l'ange au-dessus du démon !
Ces vers, à la confusion de l'absinthe, étaient accompagnés de la lettre que voici, écrite, elle aussi, d'une écriture sabrée de parafes, avec de l'encre rouge sur du papier rose :
(Paris, mercredi, juillet 1855.)
«Mon cher Saint-Yictor,
>> Voici ces vers que je vous ai promis. Ce n'est pas de la littérature, c'est de la vie. Ça n'a pas de nom. Ça a été tiré à trente-six exemplaires. 11 n'y en aurait que trois que vous auriez eu le premier...
» Je ne vous vois plus ; mais je n'oublierai jamais nos parties de conversation d'autrefois.
» Tout à vous.