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aujourd'hui, ne doit pas être nommée, elles commencent au mois de janvier 1849 el finissent au mois
d'avril 1850. Ces deux années sont remplies par un amour dans lequel la surexcitation cérébrale est beaucoup plus apparente que la tendresse et l'affection. Aussi Paul de Saint-Victor a-t-il exprimé ses sentiments dans une forme qui n'est que littéraire. La femme, plus Agée que lui, qui inspirait ses belles phrases, avail l'esprit fort ouvert et des idées personnelles en matière de politique et de littérature. Elle était républicaine, ce qui cadrait mal avec les sentiments de Paul de Saint-Victor, et c'était là, entre eux, un sujet de discussion :
« Mon sang royaliste remonte par moments, en fougueux bouillons, à la surface de mes veines, et mes prédilections natives pour l'autorité, le rang, la naissance, la discipline sociale, l'ordonnance sévère des choses et des hommes m'assiègent comme les remords de la vérité méconnue et blasphémée... Le plus sage est de traverser le monde lentement, tranquillement, avec la conscience d'une profonde ignorance, de l'impénétrabilité du destin qui nous pousse, avec un peu de rêverie et de poésie, si l'on pou t. » (15 mars 1850.)
Et une autre lettre, adressée à la même personne, finit par ces mois :
a Sur ce, ô déesse de la liberté, qui planez triomphalement sur les épaules des frères el amis, permis à vous de me jeter, en passant, votre bonnet rouge à la tête, en signe de mépris, pourvu qu'il y ait des moulins derrière et que ce soit votre bonnet de nuit. »
L'indépendance de la maîtresse n'était pas moins grande sur un sujet qui tenait bien plus au cœur de son amant que ce qui avait trait aux choses politiques. Elle ne partageait pas l'admiration de Paul de Saint- Victor pour les ouvrages de Stendhal .
M. Francisque Sarcey raconte, dans les Souvenirs de jeunesse qu'il vient de publier, que le culte de Stendhal est né vers 1848 à l'Ecole normale. Sainte- Beuve, qui n'aimait pas L'auteur de Rouge et Noir, reprochait aux jeunes normaliens d'alors d'exagérer son mérite et de rester aveugles à ses incontestables défauts. 11 reste, dans les papiers de Paul de Saint-Victor, la preuve que, bien avant la révolution de Février, les ouvrages de Stendhal avaient des défenseurs très ardents parmi les jeunes publicistes. Ils parlaient de lui, eela va de soi, a\ee l'exaltation et l'enthousiasme que la jeunesse apporte à toute chose. N'admirer pas Stendhal était, pour eux, la marque d'un esprit lourd et philistin. Paul de Saint-Victor eut longtemps la tristesse de trouver sa maîtresse rebelle à l'initiation :
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« Si Stendhal to laisse froide ou indifférente, ne me le dis pas; tu offenserais le fanatisme sombreinent enthousiaste que j'ai voué à ce redoutable sphinx. La Chartreuse et Rouge et Noir sont des breuvages suprêmes où s'épanchent ma soif et ma lièvre. Je bois, dans ces coupes de bronze, le poison stoïque qui fait, à la fois, vivre et mourir »
« N'accuse pas la sécheresse ardente de ce style. Il a les mirages de sa nudité. C'est une merveille que cette simplicité dans l'art consommé. Ce cœur sublime avait le faux et l'exagération en horreur. As-tu remarqué avec quelle pudeur divine il voile la mort de ses héros? Il jette un manteau sur le corps décapité de Julien ; il souffle sur Fabrice et l'éteint, comme un flambeau. Tout se passe simplement, convenablement, et, de sa part, sans aucune affectation. »
Ils finirent pourtant par s'entendre et Stendhal compta une admiratrice de plus. Au reste, les dissen timents politiques, la froideur pour Rouge et Noir pouvaient être un élément de discussions courtoises entre deux accès d'embrassements; ces sujets de division devaient être emportés bien vite dans l'enivrement d'une passion qui s'abandonne dans ce tourbillon brûlant :
« ... Et maintenant de l'amour, de l'amour, de
l'amour, plein mon écriloireet plein mon cœur! Ta divine lettre m'en a enivré; elle a été, pour moi, la coupe de Psyché. J'y ai bu toute ton âme, dans ce vin généreux d'éloquence et de poésie où tu la noies, comme la perle de Cléopàtre. Je m'en suis abreuvé à perdre haleine. Ah! chère âme, de quel génie de volupté tu es douée! Tes lettres sont comme des cages de colombes; dès que je les ouvre, je battre et frémir autour de moi un vol de baisers et de caresses. Ton style a le feu de tes lèvres et la langueur de ton regard. Tantôt je t'adore comme une sainte, tantôt je te livre aux bêtes de la chair dans le cirque de mon désir. Oui ! je te suspendrai dans cette taverne rouge de mon cœur où boivent et se battent mes passions, comme la madone de Raphaël au chevet des courtisanes italiennes. Mais, de temps en temps, je décrocherai la madone et je la mettrai dans mon lit, n'est-ce pas ? Elle en fera une châsse d'amour céleste.
» Ne fais plus si cruellement résonner à mes oreilles la lente clepsydre de la veille des vierges sages attendant l'époux qui ne revient pas. Il me semble entendre ûltrer des pleurs ou s'égoutter le sang d'une blessure. Prends plutôt le battement de mon cœur pour horloge. Il avancera toujours, et toujours il sonnera l'heure prédestinée d'une
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immortelle espérance » ('20 décembre 1849.) Que n'avons-nous les répliques à ces épîtres enflammées. La série des lettres d'amour d'où nous extrayons ce morceau et qu'on trouvera dans la (lorrespondance de Paul de Saint-Victor dont nous préparons la publication, marque les étapes d'une liaison qui a eu ses vicissitudes, ses injustices et aussi ses désillusions. Elle n'aura pas échappé à la loi commune : « Mon enveloppe est glacée, dis-tu ? — Plût à Dieu que mon àme le fût aussi et que les douleurs, les ennuis et les tristesses tombassent dans mon cœur comme dans un abîme de froid condensé ! Ghamfort, ce grand esprit, a dit: a A vingt-cinq ans, il faut que le cœur se bronze ou se brise. » J'ai bientôt vingtcinq ans et le mien n'est pas encore bronzé ! Mais j'y travaille, il est dans le moule, la fusion se refroidit, et, par tous les diables, il en sortira trempé comme une armure et invulnérable à la vie. Toi, qui es en dehors de ce champ de bataille et qui ne te bats qu'avec toi-même, tu ne sais pas que le premier vêtement parisien, c'est une cuirasse de stoïcisme. Les Amazones, pour combattre, se coupaient la mamelle gauche; ici, pour vivre, il faut s'extirper le cœur.
» Je charge le vent, qui faisait l'amour aujourd'hui à travers Paris, de {,'apporter une brise de baisers. » ("20 février IX.Vi.)
« Tu me demandes des détails sur ma vie privée. Que veux-tu que je te dise? — Elle vivote. Je lis, je fume, je flâne, je travaille, et la journée se passe. Le soir, je vais à des sabbats d'amis et m'amuse à jeter des épigrammes dans la conversation, comme on fait des ricochets sur l'eau avec des écus. « Tout est vanité, » dit VEcclésiaste, et je commence à croire que ce damné livre a raison.
» Parfois, la nuit, l'insomnie vient coucher dans mon lit. Alors le spleen me prend, et je déchire ce lambeau de cœur déjà tant de fois mis en pi Les nuits sans sommeil ont une fécondité terrible. Elles enfantent les souvenirs, les vampires doux et féroces dont nous sommes les pélicans. Un poète grec a dit que l'Amour nu, aveugle et sagittaire était sorti d'un œuf couvé par la nuit. Terrible et saisissant symbole !
» Mais ces crises sont rares, et, à force de les tendre, je finirai bien par harmoniser mes nerfs. Je veux qu'ils soient la lyre esclave et docile qui ne sonne que sous le doigt qui la touche et non la harpe éolienne prostituée au souffle qui passe et au temps qu'il fait. «
Cette passion montée de ton, dans laquelle rainant apportait une nervosité inquiétante, parait s'être apaisée d'elle-même au commencement de