LE CA R NAVAL
sonl de vastes rêves que ces soirées délirantes. Je me disais que tu devais être là, parmi ces dominos dont la ronde glissante m'effleurait de ses plis de soie, et je sondais avidement ces milliers d'yeux qui brûlent si étrangement sons les trous du masque, pour rechercher la flamme de ton regard, a Méphisto »
— demandais-je au démon railleur de mon illusion,
— « vois, là-bas, une jeune femme pale qui se lient 1 seule dans l'éloignemcnt. Il faut que j'en con- » vienne, tiens ! Je trouve qu'elle ressemble à Elle... » — Mais lui me soufflait à l'oreille : « Laisse » cela; on ne s'en trouve jamais bien. C'est une image » fantastique, un fantôme!... »
» Hélas ! oui, c'était un fantôme, celui que je traîne sans cesseaprès moi, comme l'ombre et aussi comme le rayon de ma vie.
» Tant il y a qu'à quatre heures, nous fûmes souper et qu'à six, je m'attelais, faute de voiture, à un de mes compagnons qui divaguait des deux jambes. Les rues étaient glissantes et le drôle y dansait, sans balancier, des polkas posthumes. Mais la Providence, qui aime autant les ivrognes que si elle tenait un cabaret, nous protégea. Je parvins à le rendre à la vie privée, et j'allai cuver mes larmes plutôt que mon vin dans le sommeil dont je viens de me réveiller sous tes célestes caresses.
» Merci, mille fois merci de te? deux lettres, de ces torrents d'enthousiame et d'effusion qui roulent, intarissables, dans le lit de ton amour. Ils submergent mon âme de fraîcheur et de fécondité; ils y sèment tout un printemps de fleurs idéales. C'est le débordement des grandes eaux du cœur. Qui m'exposera sur le Nil? — Fille de Pharaon, descends au fleuve et viens recueillir cette pauvre âme flottante qui t'appelle et te tend les bras. » (30 décembre 1849.)
A cette vie d'excitation célébrale et de dissipation manquerait une note caractéristique de l'époque si Paul de Saint-Victor, toujours a l'exemple d'Alfred de Musset, de Théophile Gautier, de M. Barbey d'Aurevilly et de bien d'autres, n'avait pas eu maille à partir avec le conseil de discipline de la garde nationale. L'Hôtel des Haricots est célèbre. Une salle d'honneur (la cellule 7) dont les murs étaient couverts île fresques, de dessins, de verset de réflexions humoristiques, était réservée aux artistes et aux t'vrivains. Paul de Saint-Victor, au sortir d'un souper, fil connaissance avec ce qu'il appelle assez drôlement 0 la prison bourgeoise >, el c'est assis sur la paille des cachots qu'il l'ait part à la bien-aimée de aventure et des consolations qu'il a trouvées:
« Je revenais, à sis heures du matin, du bal de