EDMOND DE CONCOURT
Mais à ces causes littéraires de division étaient venus se joindre, après 1870, des dissentiments politiques. Paul de Saint-Victor et M. Edmond de GoncOurt portaient des jugements opposés sur l'Empire tombé. Tous deux ils avaient connu, au temps de leur éclat, des personnes impériales et ils n'avaient pas conservé pour elles les mêmes sentiments.
A la suite d'une longue maladie d'où sortait M. de Concourt, Paul de Saint- Victor, un jour qu'il lui faisait visite, vit arriver chez lui une personne
chez laquelle il avait été reçu autrefois, mais qu'il avait prise en grippe. Paul de Saint-Victor crut que cette rencontre avait été préméditée ; il se leva et sortit. On trouve trace de la scène un peu pénible qui se produisit dans la lettre que voici. Elle fut envoyée à Paul de Saint- Victor avec un petit livre paru chez Dentu, et qui a pour titre V Amour au xviii* siècle. Elle clôt définitivement les relations entre les deux écrivains.
o 13 avril 1875.
» Mon cher ami,
» Je vous envoie ce volume pour lequel je ne vous demande absolument rien. Cela me mel à l'aise pour vous interroger sur la froideur que vous me témoignez depuis le mois de janvier. Il me semble qu'alors je vous ai reçu aussi aimablement, vous et votre fille, que me le permettait mon état de souffrance.
)> Si une visite qui m'a paru vous être désagréable . est tombée chez moi, comme un boulel île canon, vous ne pouvez pas plus justement m 'accuser du désagrément qu'elle vous a causé que si je vous gardais rancune d'un individu antipathique rencontré par hasard chez vous.
LKS AMITIÉS LITTÉRAIRES. 139
i Je regrette do voir une amitié nouée depuis si longtemps entrer dans la période do glace où les amitiés meurent misérablement, et je vous dis : « Fâchons-nous toutà fait ou aimons-nous... ce que pour ma part je préfère de beaucoup. »