‹ Paul de Saint-VictorChapitre 51 sur 82 · GEORGE SAND · texte numérisé non relu

GEORGE SAND

Puis vint M. Cuvillier-Fleury :

«Paris-Passy, A, avenue Raphaël, le 4 février 18G7.

» Mon cher confrère,

» Je vous lis souvent; vous voulez que je vous relise. C'est une bonne pensée dont je vous sais un gré infini. Vous m'avez écrit un jour : « Nous servons le même Dieu, dans deux chapelles différentes. » La votre jette, au loin, un éclat qui attire; elle renferme un charme qui retient. Vous êtes un vrai croyant de la couleur; vous ne l'employez pourtant que comme un moyen, même si vous lui donnez beaucoup. Votre esprit, votre goût, votre érudition donnent bien davantage à ce que vous faites. En tout, j'aime votre manière, qui a seulement le tort d'être séduisante aux yeux des novices; ils courent à ce qui brille, impuissants à juger ce qui esl lide.

ï> Vous n'avez réussi auprès des lettrés sérieux que par des qualités dont votre livre gardera la trace durable. Ce mot-là, je l'écris avec confiance. Il est impossible que l'histoire de notre littérature ne tienne pas grand compte de tout ce que votre

imagination a prêté à votre savoir, sans rien ôter au bon sens, clans un genre et dans une école qui n'ont pas toujours réuni on concilié ces aptitudes si diverses.

» Pardon, cher confrère, oui, pardon de cette causerie que votre obligeance a provoquée et qu'elle est bien capable d'excuser. Croyez que votre souvenir ne m'a pas été moins sensible que flatteur, et permettez que j'y réponde par le double suffrage de mon cœur et de mon esprit.

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