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Et les représentants les plus considérables de La critique: Sainte-Beuve, M. Renan, M. Taine, M. Schérer et cent autres disaient, dans leurs feuilles, le cas qu'ils faisaient du livre. Les revues anglaises et allemandes, les journaux italiens et hollandais consacraient à l'auteur de Hommes et Dieux des études sérieuses, plus lourdes mais plus ample.- et
souvent d'un ton plus juste que les articles parus dans les journaux de Paris. Il est facile de constater, du reste, et le registre d'envoi de l'éditeur en fait foi, que le nom et L'œuvre de Paul de Saint-Yictor sont fort connus à l'étranger1. Nos voisins avaient devancé le jugement de l'université française qui vient d'inscrire les deux principaux fragments de Hommes et Vieux sur les programmes de la licence pour l'agrégation des langues vivantes. Cet hommage rendu à la valeur littéraire, cette sorte de consécration classique ne sont accordés qu'à deux autres écrivains français contemporains : Victor Hugo et M. Renan. Dans un tout autre cercle d'activité et de talent, mais à une hauteur égale, l'année qui précéda la publication de Hommes et Dieux avait vu naître un livre qui n'est pas indigne de lui être comparé et dans lequel un merveilleux rhéteur avait cueilli, lui aussi, d'une main sévère, les hauts pavots de son œuvre. En 18GG, Jules Favre venait de rassembler, dans un volume modeste, les quatre discours de ses deux bâtonnats, la défense d'Orsini et quelques harangues politiques.
1. Une traduction danoise a été faite de Hommes et Dieux : Guder og Mennesker af Paul de Saint-Victor, orersat fra fransk af Rudolf Sçhmidt, (1 vol. in-12, Copenhague, J. Gandrup, 1878.)
Depuis Yergniaud, la tribune française n'avait pas parlé un langage plus harmonieux, plus châtié et plus littéraire. C'est le même art que celui de Paul de Saint-Victor, il a la même netteté de contour, la même pureté de forme, mais sa magnificence est moins éclatante. L'orateur a répandu sur ses périodes éloquentes la marque de son goût élevé, de sa superbe et de son impeccable éloquence. Hommes et Dieux et les Discours de Jules Favre semblent marqués du sceau des œuvres définitives qui vont témoigner, dans l'avenir, du degré de culture et de la valeur littéraire d'une époque.
C'est une mode charmante que d'illustrer des
livres avec des dessins originaux. Sans remonter aux enlumineurs du moyen âge, aux peintres des manuscrits de la cour de Bourgogne et des princes d'Italie, on se souvient qu'au XVI0 siècle, Michel-Ange avait dessiné, sur les feuillets de sa Comédie de Dante, des croquis qui ont été perdus dans un naufrage. Léonard de Vinci, quand il lisait un livre, donnait
volontiers une forme, sur la marge, aux scènes qui le frappaient. Il y a aussi, à peu près de la même époque, au musée de Bàle, un Éloge de la Folie d'Erasme couvert de dessins à la plume par son ami Hans Holbein.
Les compositions marginales ne sont donc pas nouvelles, mais elles semblaient être tombées en désuétude, quand M. Alexandre Dumas fds, qui venait de publier V Affaire Clemenceau, pria les sculpteurs, les peintres et les dessinateurs qu'il connaissait, d'illustrer autour du texte, un exemplaire sur grand papier. Chaque page fut couverte bientôt d'une composition à la plume ou d'une aquarelle représentant une scène du roman, et l'auteur donna ainsi à son œuvre un cadre de souvenir et d'amitié.
Paul de Saint-Victor feuilletait volontiers, chez ses amis MM. de Goncourt, des volumes illustrés de dessins qui sont des modèles de goût et de magnificence. Dans la petite armoire de sa bibliothèque d'Auteuil, que M. Edmond de Goncourt a décrite amoureusement dans la Maison d'un artiste, sont renfermés, entre autres merveilles, un petit exemplaire de la Lorette, illustré par Gavarni et relié par Lorlic, le maître des plaquettes; l'édition originale de Henriette Maréchal* avec les vers autogra-
phes que Théophile Gautier écrivit pour le prologue et les dessins des costumes pour l'acte du bal de l'Opéra; les deux tomes de Manette Salomon, portant, encastrés dans la reliure, deux émaux de M. Claudius Popelin, représentant l'héroïne du livre posant nue sur sa table de modèle.
Paul de Saint-Victor voulut, lui aussi, faire illustrer Hommes et Dieux et ses amis se prêtèrent bien volontiers à cette fantaisie. Son exemplaire, que nous avons sous les yeux, est encore en feuilles; il contient soixante-huit compositions signées des plus grands noms de l'art contemporain1.
Victor Hugo fut un des premiers auxquels Fauteur s'adressa. Le 10 août, le poète lit à la demande de Paul de Saint-Victor la réponse que voici :
« Cher et admirable écrivain, prenez-vous-en à vous: tibi culpa.Je le relis, ce livre, et je n'ose y toucher. Voilà ce que c'est que de me mettre un beau
1. Cette illustration, originale et inédite, est assez curieuse pour que nous croyions devoir la décrire. Elle a été laite sur un exemplaire en grand papier de Hollande, de la 1'° édition (Paris, Michel Lévy, 1807) :
Bida, cinq dessina à la plume pour la Vénus </<' Mdo. Eugène Guillaume, trois dessins à la plume pour Diane. Harpignies, un dessin à la plume pour Diane, Français, un dessin à la plume pour Diane. Élic Delaunay, un dessin à la plume pour Diane.
livre cnlre les mains! Je vous obéirai cependant, mais je veux causer avec vous. Je veux savoir ce que vous desirez.
» Je fais mieux une ruine qu'un visage et la masure de pierre que la masure de chair. Je cherche le sujet. Quelle belle prose et digne d'être sculptée dans le marbre de Paros.
» A vous, ex imo.
)) VICTOR HUGO
Autour d'une page de Méléagre, Victor Hugo profila à la plume des feuilles de lierre grimpant, et, sur le titre de la Cour d'Espagne sous Charles H,
J. Breton, un dessin à la plume pour Cérès. Puvis de Chavanne, un dessin à la plume pour Cérès. Victor Hugo, lierre montant autour du Méléagre. Firmin Delangles, onze aquarelles pour la Momie. J. Silvestre, une composition à la plume pour Xéron. H. Chapu, un dessin à la plume pour Mmc-Aurclc. G. Doré, une composition à la plume pour Attila. G. Doré, trois compositions à la plume pour Louis XL G. Doré, une composition à la plume pour DenvenutoCellini. Hédouin,unc composition au crayon pour Diane de Poitiers. G. Doré, une composition à la plume pour Diane de Poitiers. G. Doré, deux compositions à la plume pour Henri III. V.Hugo,une composition à la plume pour la Cour d'Espagne. J.-P. Laurens,une composition à la plume pour la Cour d'Espagne.
il laissa tomber une de ces taches d'encre tragiques qui donnent l'impression d'un coup de soleil dans le chaos. Il a représenté une femme à genoux, couverte d'un voile noir et priant sur l'Espagne, au milieu d'un décor aux nuages sombres et tragiques que la lumière déchire.
Le volume s'ouvre par quatre compositions de M. Bida sur la Venus de Milo: M. Élie Delaunay dessina ensuite, à l'encre, une Diane d'une sveltesse et d'une chasteté admirables; Gustave Doré, inépuisable, inventa de nouvelles scènes pour le Don Quichotte; Louis Leloir, le jeune peintre qui vient de mourir si malheureusement, aposta, à l'aquarelle, dans les marges du Gil Blas, le brigand qui va
Eugène Lami, deux aquarelles pour la Cour d'Espagne. A"., une composition au crayon pour les Comédies de la mùrt. Munkacsy, une composition au crayon pour Ut Bohén Sain, une composition à la plume pour les Yocératrices de
la Corse.
G. Doré, trois compositions pour l'Argent. G. Dore, une composition pour Roland.
G. Doré, deux compositions pour les Contes de lloccace. Paul Dubois, une composition pour les Contes de Uoccace. G. Doré, dix compositions pour Don Quichotte. Louis Leloir, une aquarelle pour Gil Blat. G. Doréy une composition pour les Contes îles fées. G. I>oré, trois aquarelles pour les Contes des fées. Lalauze, une composition pour Manon Lescaut. E. Lami, une composition pour Manon Lescaut. Lalauze, une composition pour Swift,
l'alléger de ses pistoles; M. Eugène Lami prit pour sujets lui aussi, à côté de Victor Hugo, les maîtresses scènes de la Cour d'Espagne et apporta dans ces mignonnes vignettes d'une couleur charmante, toute la fantaisie de son talent et la conscience du peintre d'histoire. Les scènes qu'il semble avoir improvisées sont aussi sérieusement traitées que de grandes toiles. Qu'on en juge : voici le commentaire que M. Eugène Lami attache aux trois feuillets qu'il a couverts de ses aquarelles :
(Lundi, 29 juin 187-4).
« Combien je regrette, mon cher ami, de vous avoir manqué... Voilà Hommes et Dieux. J'ai fait de mon mieux. Bien heureux si j'ai pu faire quelque chose qui vous soit agréable. Un M. Courtois, attaché d'ambassade à Madrid, m'avait prêté anciennement une petite miniature de Charles II dont je me suis servi pour faire le Roi se rendant chez la Reine. Il sera peut-être assez curieux d'avoir une image fidèle de ce funèbre monarque.
» Je crains que vous ne trouviez l'autodafé un peu confus; mais il élait assez difficile qu'il en fut autrement, lorsqu'on veut faire entrer toute une cérémonie dans une si petite marge.
» Quant à ce mauvais sujet de Manon, j'ai répété le petit dessin que vous avez accueilli avec tant de bienveillance.
» Croyez-moi toujours à votre disposition, et, si j'ai le bonheur de réussir, dépêchez-vous de finir vos études sur Beaumarchais pour que j'en fasse autant.
» Mille bien affectueux souvenirs.