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VOYAGE EN ESPAGNE

Le temps était donc favorable à une excursion en Espagne. Charles Blanc et Paul de Saint- Victor, irrivés à Madrid, se mirent à parcourir ensemble et à étudier le merveilleux musée du Prado.

Au xve et au xvie siècle, les rois d'Espagne, maître- d'une partie de l'Italie, des Flandres et des Pays- Bas, c'est-à-dire des régions qui ont produit, ta ces deux époques, les artistes les plus grands et les plus féconds, avaient été, tout autant que les Médicis, des protecteurs éclairés et magnifiques des arts. Maîtres de l'or du Pérou, ils avaient accumulé et entassé dans tous les palais du royaume, mais surtout à l'Escurial et à l'Aranjuez, les peintures de toute sorte qu'ils recevaient en présents des autres souverains ou qu'ils faisaient faire pour euxmêmes. 11 a suffi de réunir les toiles ainsi dispersées pour composer une des collections les plus riches et les plus variées que l'Europe possède aujourd'hui.

Là, à côté de Raphaël, de Corrège, de Titien, de Rubens, « dieux de la peinture », trône Vélasquez, ce Van Dyck moins banal, ou plutôt ce Saint-Simon sans fiel de la cour d'Espagne. Paul de Saint-Victor a apprécié son mérite avec une grande justesse. 11 dit de lui qu'il est le premier des peintres au second rang, et, s'arr étant devant la Reddition de Bréda,

dont nous avons, à l'École des Beaux Arts, une bonne copie peinte par Henri Regnault, il loue justement l'agencement delà scène principale où figurent Justin de Nassau et le général Spinola : «Il n'y a pas, — dit-il, — une scène de Corneille ou de Calderon qui vaille la haute bonne grâce, l'affabilité magnanime, la consolation généreuse qu'exprime, par son seul mouvement, cette noble figure de Spinola. Admirons encore le contraste si fortement exprimé des deux armées en présence : d'un côté, les cavaliers espagnols nerveux et sveltes, avec leurs visages accentués et leurs yeux île flamme; de l'autre, les soldats flamands, lourds et flegmatiques, assistant à la prise de leur ville, comme à une parade. » {Pi 16 avril 18GG).

Mais le critique n'a pas remarqué, et c'est là une singularité qui semble avoir échappé aussi à Charles Blanc, que les acteurs de cette scène sont éclairés de côtés différents, et que Vélasquez qui ne pouvait [»as. sans doute, l'aire poser les modèles, contenté de reproduire d'anciens portraits, recevant la lumière en sens opposés.

Las Meninas (les Filles d'honneur) présentent aussi une particularité intéressante. On ytrouve une indication inattendue des procédés que Vélasquei employait pour peindre. Elle n'a pas été remarquée

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