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VOYAGE EN ESPAGNE

par Charles Blanc et par Paul de Saint-Victor, et nous ne Pavons vue relevée nulle part.

Dans le tableau des Moi lues, dont l'effet est obtenu par une coloration générale de gris rompu sur un noir léger, Vélasquez s'est représente luimême debout, terminant son ouvrage. Il tient, de la main droite, sa palette chargée de couleurs, et celte palette, il semble l'avoir peinte soigneusement, d'après nature. Elle est très petite et chargée seulement de plusieurs rouges, de blancs et de noirs, sans jaune ni bleu. M. Ifenner, dès la première visite que nous fîmes au Prado, fut très frappé de cette frugalité de moyens. Sur celte donnée première, il étudia longuement les procédés de Vélasquez et en vint à cette croyance qu'il n'usait à l'ordinaire que des couleurs que nous venons d'énumérer et qu'elles pouvaient suffire pour peindre la plupart des tableaux qu'on a de lui au Musée de Madrid. Pour compléter cette observation, nous ajouterons que Vélasquez qui, dans les Menines, est en train de peindre une très grande toile, se sert d'un appui-main et seulement de très petits pinceaux.

Nous aurons l'occasion plus tard de réimprimer, en les rapprochant, les éludes que Paul de Saint- Victor a écrites sur la peinture espagnole. Le carnet de poche qu'il couvrait de notes au crayon pendant

ce voyage et que nous avons sous les yeux est fort curieux à déchiffrer. Trois mots qu'il griffonnait à la hâte, d'une écriture tremblante et difficilement lisible, lui suffisaient pour fixer ses impressions. Ces indications rapides contiennent, en germe, les longs développements qu'il donnera plus tard à sa pensée. La peinture espagnole — car les autres arts n'ont pas été aussi brillamment pratiqués, en Espagne — l'ont toujours vivement préoccupé. 11 revenait volontiers à cette école contrastée, brutale le plus souvent, mais originale et puissante.

On comprendra facilement que nous ne puissions pas suivre notre auteur dans toutes ses excursions. Nous nous arrêterons seulement à celles qui présentent le plus d'intérêt, dont il a conservé îles notes manuscrites sur ses calepins, ou dont ses lettres nous ont fourni quelques détails intéressants. Le voyage qu'il lit, au mois de juillet 1865, avec M. Philippe Burty, sur les bords du Léman, à Vé?ey, en Suisse, pour assister aux Fêtes des Vignerons,

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