‹ Paul de Saint-VictorChapitre 7 sur 82 · Confiseurs de Fribour · texte numérisé non relu

Confiseurs de Fribour

prirent leur train. Le mardi gras arriva. Mardi gras! Ce nom seul fait trépigner de joie depuis les princes sur leurs trônes jusqu'aux jeunes écoliers... Ce temps heureux s'écoule, hélas ! hien vite, et, le lendemain, comme je me promenais sur la place de Grève, je vis le pauvre Mardi gisant et mort. Mais console-toi, mon fils; il renaît tous les ans.

» Alors je vis arriver un homme à la face austère ; sa tète et ses cheveux étaient couverts de cendres. Il était d'une maigreur effrayante. Son nom était Carême. Il saisit Mardi gras et le déposa ou plutôt le jeta dans une fosse profonde qu'il couvrit de terre, et, accompagné de ses courtisans, il revint dans son palais qui était bâti de beurre et de pain. Bientôt le nouveau monarque publia un édit conçu en ces termes :

<i Nous, monarque souverain de l'univers, ordonnons à moutons bêlants, bœufs ruminants, fricandeaux lardés, cochons grognards, chapons du Mans, etc., etc., de se retirer, pour faire place à beurre salé, poisson bouilli, pommes de terre frites, laitage caillé, œufs à toutes sauces, et cela jusqu'à Pâques.

» Signé :

I CARÊU 1:

» Son chancelier:

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