‹ Paul Didier. Histoire de la conspiration de 1816;Chapitre 3 sur 15 · M. JOSEPH REY · texte numérisé non relu

M. JOSEPH REY

Le 15 janvier 1817, on agitait à la Chambre des Députés la loi du 29 octobre, sur la suspension de la liberté individuelle, loi dont le ministère demandait la prorogation pendant une année encore : une discussion très vive s'était engagée ; M. le comte de Ca union! déclarait que la loi sollicitée n'avait empêché, ni le complot de Lyon, ni l'insurrection de Grenoble. Le lendemain, M. Decazes, président du Conseil, monta à la tribune et répondit ainsi :

« On a parlé de Grenoble et de Lyon ; on a dit que la loi « avait été inutile, parce que, sur un seul point du royaume, « on n'avait pas prévenu un mouvement séditieux : l'excep- « lion ici confirme la règle. Quand il serait vrai que l'admi-

« nislration aurail élé imprévoyante sur un seul point, il ne « serait pas moins vrai dédire qu'elle aurait encore bien mé- « rite de la patrie, par son succès sur tous les autres points « du royaume.

« Mais comment a-t-on pu accuser le gouvernement d'im- « prévoyance sur les événements de Grenoble ? il est au- « dessus de pareilles attaques; je puis ici facilement retracer « les faits.

« L'affaire de Grenoble n'a pas élé imprévue. Sans la pré- » voyance des ministres, le mal aurait été beaucoup plus << grave. L'état de Grenoble était connu depuis trois se- « maines ; des forces imposantes avaient été, sur notre de- « mande, envoyées dans celle ville, et, sans celte précaution, « on ne peut dire quel eût été le sort de Grenoble.

« MM. les députés de l'Isère savent que, la veille de l'at- « laque , sept personnes avaient été arrêtées dans la ville ; « c'est ce qui a empêché que le complot n'éclatât dans les » murs à la fois et hors des murs ; c'est ce qui a permis à » l'autorité prévenue d'envoyer des troupes au devant des « rebelles.

« Quelle a été d'ailleurs cette attaque ? quel est donc ce « besoin de grossir ainsi les dangers? Trois cents paysans « égarés, dont un tiers ignorait le motif pour lequel on leur « avait fait prendre les armes, et croyait (le fait a été posi- <( tivement reconnu) venir assister à des fêles et à des ré- « jouissances, ont été les auteurs de ce mouvement sédi— « lieux (1). Les malheureux étaient entraînés par un chef que

(i) En supposant, — chose impossible, — que M. Decazes ne connût pas d'avance les forces réelles et la nature de la conspiration, il n'avait pu se méprendre sur les termes de la dépêche télégraphique qui avait transmis au ministère la nouvelle de l'insurrection de Grenoble, et sur les renseignements po-

« la police poursuivait depuis Irois mois et qui n'a été arrêté « que par ses soins. »

Après une déclaration si étrange, si solennelle, si imprévue, toute la responsabilité de l'affaire de Grenoble retombait sur ceux qu'on représentait comme ayant, par des rapports mensongers, imprudemment exagéré la vérité aux ministres du roi. Il fallut bien alors faire savoir que si Tétai de Grenoble était connu trois semaines avant l'explosion du complot, le ministère avait constamment refusé les renforts que le général Donnadieu ne cessait de réclamer au nom de la tranquillité publique ; il fallut bien faire savoir que, par une coïncidence des plus significatives, Tordre avait été donné de faire marcher, en même temps, la garnison de Grenoble au devant de la duchesse de Berry, au moment même où, à deux reprises différentes, on cherchait à éloigner le général Donnadieu du chef-lieu de sa division militaire.

Aussi, à peine le Moniteur eut-il apporté à Grenoble les paroles prononcées à la séance du 16 janvier, que le général Donnadieu s'empressa d'adresser au roi un Mémoire dans lequel, répondant aux allégations de M. Decazes, il rétablissait dans leur vérité les circonstances et les faits si étrangement dénaturés par le ministre président du conseil. Livré à la publicité, ce Mémoire fut le commencement d'une longue série d'hostilités et de récriminations entre le général Donnadieu, le préfet Montlivault, le commissaire de police, M. Bastard de l'Etang et le ministre, M. Decazes. M. de Montlivault, dont

sitifs que, pendant huit jours de suite, les autorités de l'Isère avaient fait parvenir à Paris. C'est, d'après cette dépêche télégraphique, portant à quatre cents le nombre des insurgés seulement, que M. Decazes avait adressé la circulaire du 6 mai et ordonné la mise de Grenoble en état de siège.

l'imprévoyance était mise en cause par le général, publia à son tour une apologie de sa conduite et une explication des événements du 4 mai ; enfin, pendant trois ans, la conspiration de Grenoble devint le sujet de la polémique des journaux, et de tous les recueils plus ou moins suspects que le libéralisme avait alors à sa solde et à sa dévotion (1).

Là ne devait pas s'arrêter cette affaire. Le parti de la révolution écrasé par cette sorte de Terreur blanche qui, pendant un mois, avait régné dans les murs de Grenoble, releva la tête aux paroles de M. Decazes. Trois années durant, les haines et les rancunes s'amassèrent dans l'ombre; puis, au moment où les souvenirs de 1816 commençaient à s'effacer, une plainte en accusation d'assassinat judiciaire fut formulée contre le général Donnadieu et le préfet Montlivault.

Cette plainte, adressée au garde-des-sceaux et au procureur du roi de la Seine, était rédigée au nom de quelquesunes des familles des condamnés du k mai, par un avocat de Grenoble, ancien magistrat de l'Empire, disgracié par la Restauration, M. Joseph Rey; le même qui avait fondé la société secrète Y Union, au moment où Didier organisait de son côté la conspiration de V Indépendance nationale. Une adresse des plus singulières, qu'il écrivit de son siège de président de tribunal h Napoléon, pendant les Cent- Jours, avait déjà acquis à M. Rey un renom que devait augmenter plus tard sa participation à certaines intrigues politiques.

Si M. Rey n'est pas aujourd'hui le doyen des conspirateurs de France, il en est à coup sûr le plus honnête. Nous ne croyons pas que les calculs de l'ambition soit jamais entrés

(ï) Au Mémoire du général Donuadieu, M. Decazes opposait, pour le réfuter, le récjt du préfet Montlivault; mais celui-ci a secrètemeul avoué, depuis cette époque, qu'il n'avait pas tout dit.

pour beaucoup dans ses utopies révolutionnaires ni dans l'exécution de ses rêves politiques. Aussi, après une vie de malheurs et d'orages, après avoir été forcé de s'expatrier pour se soustraire à la condamnation capitale qui l'avait frappé, à la suite des désordres du mois d'août 1830, M. Rey, président de tribunal sous l'Empire, a-t-il eu grand peine à arracher h la reconnaissance du gouvernement de juillet une modeste place de conseiller à la Cour royale de Grenoble, poste dans lequel il a su conserver son indépendance d'autrefois.

La plainte portée par le fondateur de VUnion, ou plutôt le manifeste politique auquel M. Rey attacha son nom, est la souche d'où sont parties toutes les discussions parlementaires, judiciaires et historiques de la conspiration de Didier. C'est sous l'autorité des paroles de M. Rey qu'ont éclaté et la polémique acerbe des feuilles libérales et toutes les accusations diverses, dont l'affaire de Grenoble a été le prétexte ou la cause, depuis 1820 jusqu'à nos jours.

Le Mémoire de M. Rey renfermait des accusations très graves contre le général Donnadieu et le préfet Montlivault. Dans l'igorance où il était de la plupart des dépêches, des ordonnances et des actes secrets échangés entre le ministre et les autorités de Grenoble, le rédacteur de ce Mémoire avait dénaturé plusieurs faits qui, s'ils n'eussent pas été conlrouvés et démentis, plaçaient ces deux fonctionnaires dans une triste position. Ainsi accusé devant l'opinion publique, le général Donnadieu confia à l'un des défenseurs du maréchal Ney, à M. Berryer fils, le soin de sa réhabilitation. Quant à M. de Montlivault, il garda le plus profond silence.

Le jeune et brillant avocat, qui devait être plus lard la gloire de la tribune française, comme il était déjà la gloire du barreau, composa une énergique et vigoureuse défense, qui n'était une si éclatante apologie de la conduite de son client,

que parce qu'elle s'inscrivait en même temps comme l'accusation la plus terrible des faits et gestes de l'ancien ministre de la police» M. Decazes (1).

Aux révélations importantes qui formaient le canevas du Mémoire de M. Berryer, venaient se joindre des pièces et des documents, inflexibles comme les faits dont ils étaient la justification. Les positions changèrent aussitôt : d'accusé, le général Donnadieu devint accusateur; c'est le rôle qu'il a constamment gardé jusqu'à ce jour.

La réponse était difficile à M. Decazes; son beau-père, M. de St-Aulaire, la tenta néanmoins (2). Mais, dans une réplique accablante de logique et d'indignation, M. Berryer réduisit au néant les tortueuses argumentations par lesquelles M. de Saint- Aulaire avait essayé de pallier, sinon d'excuser lout-à-fait les allures équivoques et les actes inqualifiables de son gendre (3).

Malgré les instances du général Donnadieu, et les instances plus vives encore des signataires du Mémoire, le garde-dessceaux et le parquet de Paris refusèrent de prêter leur concours à la mise en accusation qu'on exigeait d'eux. M. Rey adressa alors à la Chambre des Députés une Pétition dans laquelle se trouvaient reproduits les accusations et les griefs déjà consignés dans la Plainte. Après une très orageuse séance, la chambre vota le renvoi de cette Pétition au ministre de la justice, et l'a liai re en resta là. Quelque temps après seulement, M. Rey, poursuivi par le général Donnadieu, à cause de la Pétition et du Mémoire rédigés contre lui, fut coo-

(i) Affaire de Grenoble. — Mémoire pour le vicomte Donnadieu; Paris, 1820.

(2) Réponse au Mémoire de M. Berryer, pour le général Donnadieu; Paris,

(3) Lettre a M. le comte de Saint- Aulaire \ Paris, ri octobre i8ao.

damné à dix mille francs de dommages-intérêts envers le général : les juges ayant admis comme calomnieux plusieurs des faits articulés par M. Rey. Proscrit, persécuté, M. Rey avait alors quitté la France ; cette condamnation fut donc prononcée par défaut.

Nous n'avons retracé que les côtés les plus saillants de la polémique soulevée par l'affaire de Grenoble, après l'inconcevable déclaration du ministre Decazes à la tribune de la chambre. — Il serait trop long de ciler tous les épisodes de ces curieux débats, dans lesquels l'histoire doit se borner à constater, la conduite du ministre, à la tête du gouvernement dont il était l'ame et la pensée.

Si donc, après avoir réfléchi sur l'imprévoyance, la quiétude de M. Decazes, à la veille du k mai; sur son opiniâtreté à refuser toute augmentation de forces militaires, malgré la demande réitérée qu'on en faisait ; sur sa persistance à vouloir écarter de son commandement un chef intelligent et dévoué, on songe aux mesures énergiques, rigoureuses, inhumaines dont ce ministre prescrivit l'exécution aussitôt que le complot eût échoué, et si Ton arrive ensuite à cet étrange aveu : « Depuis trois semaines, l'étal de Grenoble était connu , » ne trouvera-t-on pas dans la logique des faits et l'explication naturelle de ces seules circonstances, la clé d'une énigme dont le dernier mot ne peut être qu'une insigne trahison?

M. CLAUSEL DE COUSSKROUBS.

Le Mémoire de M. Berryer, sur l'affaire de Grenoble, ne devait pas être le dernier coup porté à M. Décales. Le lendemain de l'assassinat du due deBerry, au moment où le président de la Chambre des Députés, M. Ravez, se disposait à donner lecture de la lettre, avis officiel de cette triste nouvelle, un député de l'Aveyron, conseiller à la Cour suprême, M. Clausel deCoussergues, s'élançait h la tribune : « Il n'y a point de loi, « disait-il > qui fixe le mode d'accusation des ministres, mais « il est de la nature d'une telle délibération qu'elle ail lieu « en séance publique el à la face de la France. Je propose à « la Chambre de porter un acte d'accusation contre M. De- « cazes, ministre de l'intérieur, comme complice de Tassas-

« sinat du duc de Berry, et je demande à développer ma » proposition.... »

De violents cris à l'ordre ! partis de tous les bancs du centre et de la gauche, interrompirent l'accusateur; il descendit de la tribune, laissant la chambre sous le coup de la plus vive agitation. Le lendemain, cependant, M. Clausel de Coussergues régularisa sa proposition d'une manière plus parlementaire; et, se conformant aux prescriptions de l'article 56 delà charte, il accusa M. Decazes du crime de trahison. Après avoir été une première fois retirée, puis déposée de nouveau sur le bureau de la Chambre, la proposition de M Clausel de Coussergues n'a jamais été soumise aux discussions du parlement ; elle fut néanmoins publiée à plusieurs éditions , et devint alors le résumé le plus complet de tous les griefs qui. depuis cinq ans, s'élevaient contre l'administration corruptrice et immorale de M. Decazes.

La loi du 29 octobre, la loi d'amnistie, le complot de Lyon, celui de Grenoble, l'ordonnance du 5 septembre, les conspirations dites royalistes, organisées par les agents de M. Decazes , les pamphlets grossiers et injurieux secrètement adressés au Neto-Times contre le comte d'Artois et tous les membres de la famille royale, voilà quelles étaient les principales pièces justificatives de l'accusation de M. Clausel de Coussergues.

M. d'Argout se chargea de réfuter le député de f Aveyron: il ne fut pas plus heureux dans son apologie que Af . de Sl- Aulaire ne l'avait été dans sa défense. Mais déjà M. Decazes était tombé, et c'est dans les rangs du parti libéral, c'est dans l'intimité des intrigants des roués et des ambitieux de haut et bas étage qu'on retrouvera désormais le favori de Louis XVIII.

La conspiration de Grenoble, rappelée par les Mémoires

de M. Rey, les accusations de M. Clause! de Coussergues, et les écrits de trente pamphlétaires, est, dès ce moment, assoupie pour ne se réveiller que dix ans plus tard, après le triomphe des hommes au profit desquels cette conspiration avait été préparée.

AMKDEE GABOURD.

Le tome II des Mémoires de Tous, collection de souvenirs contemporains (1), contient une histoire de la conspiration de 1816, par M. Amédée Gabourd, de Grenoble. Cette histoire, premier souvenir, après 1830, du drame du 4 mai, n'est, à part l'interrogatoire et le discours de Didier il la Cour prévcMale, qu'une reproduction servile, un calque fidèle des Mémoires de M. Joseph Rey, avec quelques erreurs el quelques contradictions de plus.

« Paul Didier connaissait-il le secret de la conspiration? « en était-il le chef réel et avoué, c'est ce qu'il est impossible

(i) Paris, Alph. Levasseur ; r 3 3 4 .

« de croire. Quel que fût son zèle inquiet, quelque entier que « fût son dévoûment de fratche date, un tel homme ne pou- « vait avoir ni le bras assez puissant, ni la voix assez forlt» « pour soulever tout un peuple. Mais au nom de qui agis- « sait-il ? Quelle main invisible le faisait mouvoir? C'est ce « que nous ne saurons jamais. Les systèmes ne manquent » pas. Les uns accusent les partisans du duc d'Orléans, et « en donnent pour preuve l'éclatante faveur qui a entoure « la famille de Didier depuis la révolution de 1830. Les au- « très, et le parti légitimiste est de ce nombre, ne connaisse saienl d'au 1res coupables que leduc Decazes et la police dont « il était alors ministre. Personne ne voit en Didier un cons- « pirateur isolé et hardi ; l'opinion générale ne trouve en lui « qu'un séïde. »

Telle est la manière dont M. Amédée Gabourd pose le problème de la conspiration de 1816 ; — ce problème, il se garde bien de le résoudre ; et pour mettre à couvert sa responsabilité d'historien politique, M. Gabourd se borne à donner à son récit une teinte révolutionnaire et bonapartiste.

Voici en quels termes est raconté dans les Mémoires de Tous, l'important aveu de Didier à Dussert, son complice :

« M. Dussert, un des complices de Didier, a déclaré que « celui-ci, en l'engageant à entrer dans son entreprise, lui « avait parlé du duc d'Orléans, mais que sa répugnance vi- « sible lui avait empêché de poursuivre au sujet de ce prince « et de révéler lout son secret. »

Une autre phrase prouverait implicitement encore que M. Gabourd a eu connaissance de la vive altercation de Didier et de Cousseaux, altercation qui provoqua les questions de Dussert et les aveux de Didier ; mais M. Gabourd n'entre dans aucun détail à ce sujei.

Au reste, si M. Gabourd avait h refaire aujourd'hui l'histoire de la conspiration de Grenoble, peut-être l'écrirait-il autrement ; et, en supposant qui! fût encore dans la même disette de documents où il paraît avoir été en 1834, il donnerail au moins à son livre d'autres couleurs et d'autres allures. M. Gabourd, que chacun a pu voir à Grenoble se jetant, en 1831, à travers les processions de la Fête-Dieu, un bonnet rouge sur la tête et un drapeau tricolore à la main, est aujourd'hui converti aux idées religieuses, et expie, dans la pratique d'une foi vive, les erreurs et les entraînements de sa première jeunesse.

Dans ses numéros des 15, 18 et 19 mars 1840, la Gazette des Tribunaux a reproduit, sans nom d'auteur, l'histoire de la conspiration de Grenoble de M. Amédée Gabourd. A part quelques mots, quelques phrases qui diffèrent du récit de ce dernier, celte reproduction est textuelle ; elle forme, par conséquent, une troisième édition des Mémoires de M. Joseph Rey.

Le passage que voici, mis en regard avec celui que nous venons de citer, indiquera suffisamment le genre de compilation auquel la Gazette des Tribunaux a ouvert ses colonnes.

« Paul Didier, cependant, connaissait-il tout le secret de « la conspiration: en était-il le chef réel, avoué? c'est ce « qu'il serait difficile de croire, et, quelque entreprenant cl « aventureux qu'il fût, on ne peut supposer qu'il se crût le « bras assez puissant, la voix assez forle pour soulever un « grand peuple et renverser un gouvernement. Mais alors au « nom de qui agissait-il? Quelle main invisible le faisait « mouvoir? A cet égard les suppositions ne manquent pas, « dans ces derniers temps nous avons vu, avec une égale arec deur, les parlis accuser indistinctement et les amis trop

« impatients, disait-on, du duc d'Orléans, et le ministre qui « dirigeait alors la police. La première de ces versions serait, « ce nous semble, invraisemblable ; la seconde, plus particu- « lièremenl accréditée par le parti légitimiste, n'a peut-être « pas plus de fondement, mais toujours est-il que personne « ne consent h voir dans Didier un conspirateur isolé, et « que de laborieux efforts sont tentés pour le présenter « comme un séide. »

Le plagiat est encore bien moins déguisé que cela, dans les autres passages de la Gazette des Tribunaux. — Des pages entières sont copiées mot pour mot ; ou si, par encontre, la Gazette s'écarte du récit de M. Gabourd, c'est pour tomber dans une erreur, dans une hérésie nouvelle. Ainsi, les quelques lignes de M. Gabourd, relatives aux ouvertures orléanistes faites par Didier à Dussert, sont tout simplement biffées par la Gazette des Tribunaux ; sans doute, pour montrer, comme elle vient de le dire, toute l'invraisemblance des suppositions qu'on pourrait prêter aux amis trop impatients du duc d'Orléans.

Il était évident qu'une plume orléaniste avait rédigé l'histoire prétendue de la Gazette ; mais nul ne songea à démasquer le plagiaire, ni à montrer que la Gazette avait tout emprunté au livre de M. Gabourd, — tout, sauf le passage relatif au duc d'Orléans.

madamf: la dlchkssk d abrantès.

Madame d' Abrantès écrit les Mémoires du lemps comme on cause dans un salon, avec les souvenirs de quelques-uns, les passions de quelques autres et les mensonges de lous.

C'est en disant beaucoup de bien de M. Decazes, beaucoup de mal des royalistes, et en faisant jouer à plusieurs personnages un rôle des plus imaginaires, que, dans ses Mémoires sur la Restauration, Madame d' A branles a raconlé la conspiration de Grenoble. De tous les écrivains qui ont parlé de Paul Didier, Madame d' Abrantès est néanmoins le seul qui ait rapporté avec assez d'exactitude cette scène de violents reproches, au milieu des montagnes de la Savoie, scène dans laquelle Didier avoue implicitement que le but de la conspira-

lion n'était pas le rétablissement de la dynastie impériale. Madame d'Abrantès parle aussi du duc d'Orléans, mais sans se prononcer aucunement ni pour ni contre lui. Voici en quels termes elle s'explique:

« Il courut alors des bruils relativement au duc d'Orléans.

« — On disait que le roi Louis XVIII avait eu quelques révé-

« lations qui disaient que c'était pour lui que voulait travail-

« 1er Didier, sous le nom du roi de France.... Quelque temps

« après arriva son voyage en Angleterre, qui passa auprès

« de beaucoup de gens pour un exil , et que beaucoup

« d'autres regardèrent comme un voyage volontaire, qui dura

« jusqu'en 1816 et 1817. »

Malgré ses sympathies tout orléanistes, Madame d'Abrantès ne juge pas prudent de trancher cette dernière question.

A. BARG1NET (1).

Paris, le 18 septembre 1837.

Au général Donnadieu.

C'est seulement depuis hier que j'ai connaissance de la lettre que vous avez adressée au journal le Bon Sens, le 10 de ce mois : Je respecte trop en vous une infortune que j'ai éprouvée moi-même, pour rendre publique la réclamation que je vais avoir l'honneur de vous soumettre.

Je regrette que vos souvenirs vous aient mal servi dans le passage de cette lettre, où vous faites allusion à la part que j'ai prise à la déplorable insurrection de 1816, et où vous faites, en quelque sorte, un appel à mon témoignage. Ce n'est point dans une lettre

(i) Ecrivain politique et auteur de plusieurs romans, mort le 18 décembre 1843, à Lyon, où il rédigeait, depuis quelques mois, une feuille non politique, le Journal du Commerce.

que j'ai eu l'occasion de rappeler les tristes événements qui viennent encore de donner lieu à une polémique d'autant plus malheureuse qu'elle est exercée par des écrivains qui ignorent absolument les événements dont ils s'occupent, mais à propos d'un compte rendu de votre ouvrage intitulé : De Vhomme et de Vétat actuel de la société. .Cet article a été inséré dans le Messager du 18 mars 1833. Je n'ai pu faire l'aveu, dans ce document, que j'étais un des principaux fauteurs de l'insurrection. J'avais alors dii -huit ans, et à cet âge on suit une impulsion bonne ou mauvaise, mais on ne la donne pas. Je n'y dis point non plus que j'ai été alors spécialement chargé de mo défaire de vous: seulement, je parle comme d'une circonstance possible d'un acte de violence de ma part dirigé contre vous, en rappelant à mon souvenir le caractère dont vous étiez revêtu à mes yeux et la violente exaltation de mes idées. Le fait est que la pensée de frapper en vous le représentant d'un système exécré m'a souvent alors préoccupé, et je remercie Dieu de n'avoir pas imposé cette triste renommée à ma jeunesse.

Maintenant, Monsieur le général, permettez moi de revenir encore sur ces douloureux souvenirs, mais sous un point de vue qui n'est point du domaine de la polémique, dont je crois sur mon honneur et sur ma conscience que vous avez à vous plaindre. J'ai cru longtemps que le secret des événements de 1816 vous était connu ; la position dans laquelle vous êtes aujourd'hui me prouve que je m'étais singulièrement trompé. Si parmi les hommes du pouvoir, à cette époque, il y a un coupable, évidemment ce n'est pas vous. Dépositaire d'un pouvoir presque absolu, vous avez agi dans les limites de votre mandat, avec une vigueur que vous avez cru nécessaire. S'il y a là un motif de reproche, c'est, je crois, le seul qu'on puisse diriger contre vous.

Voici pourquoi. C'est que les débats publics du procès du malheureux Didier n'ont nullement présenté sous leur véritable jour l'événement désastreux dont il est mort victime. J'avais eu occasion de connaître ce personnage, à Paris, durant les Cent-Jours, et je lui servis alors de secrétaire. J'eus nécessairement des relations avec lui en 18(6, lorsqu'il vint dans nos contrées mettre à exécu-

lion 110 projet dont les principaux fauteurs ignoraient le véritable but. Ce que j'écris là, Monsieur le général, c'est de l'histoire. Pour remuer nos patriotiques populations des montagnes, on fut obligé d'évoquer tour à-tour les souvenirs de la République et ceui de Napoléon, alors encore si palpitants dans un pays, qu'une année auparavant le grand homme avait traversé en triomphateur. Mais il ne s'agissait ni de la République, ni de Napoléon ; le caractère bien connu du monarchique Didier s'oppose à cette explication du complot.

Mais quelle est. donc la vérité? II n'y a plus en France que trois hommes qui la connaissent, puisque vous n'êtes pas de ce nombre. Il y a un de ces hommes qui gardera ce secret aussi fidèlement que la tombe qui renferme Didier, et cet homme, c'est moi. Quant aux deux autres, je n'ai pointa m'en occuper. Ils m'importent peu qu'ils n'apprécient pas, dans la haute position où ils sont placés, une discrétion que je crois utile, ne fût-ce que pour prouver que l'ambition personnelle n'est pas toujours le seul mobile des hommes qui se jettent avec leur conscience dans les mouvements révolutionnaires ; et celui de 1816 en était un, grand, national, digne' d'une issue plus glorieuse.

Je serai heureux, Monsieur le général, que cette loyafe déclaration, qui m'est dictée par mon amour pour la vérité, adoucisse l'amertume du chagrin que doivent vous causer les accusations exagérées dont vous êtes l'objet. Cette déclaration ne peut être suspecte ni à vos yeux, ni à ceux de vos amis ; elle vient d'un homme entiè rement dévoué à la dyuastie régnante, parce qu'elle a été appelée par la Providence à fermer réellement l'abîme du passé et à harmoniser, dans la vie sociale de l'Europe, le principe sacré de notre grande révolution. Je dois ajouter que mon dévoûment à la royauté de juillet est entièrement consciencieux et libre, car je ne tiens d'elle aucun de ces grands bienfaits, aucune de ces faveurs qui s'accumulent sur les fidélités d'apparat. Avant la révolution de juillet, j'étais pauvre et je vivais de mes travaux littéraires: aujourd'hui, je suis encore plus pauvre, si cela est possible, et j'ai de moins l'espérance et l'énergie de ces belles années, que je ne me repends pas, même

au prix de mes infortunes, d'avoir consacrées à la sainte cause de la liberté.

J'ai l'honneur , etc.

Barginet, (de Grenoble.)

Barginet n'avait que seize ou dix-sept ans, lorsque, pendant les Cenl-Jours, Didier remploya dans son cabinet, en qualité de secrétaire ou plutôt de copiste.

Malgré son extrême jeunesse, et quelque peu initié qu'il fût alors aux choses politiques, Barginet a-t-il été à portée de pouvoir connaître assez de la pensée et des allures de Didier, pour écrire la lettre du 18 septembre 1837, en laissant toutefois de côté la forme dont cette lettre est revêtue, forme par trop solennelle pour des souvenirs de seize ans? la chose n'est pas matériellement impossible ; mais, en déclarant d'une manière si positive que Didier ne conspirait ni pour Napoléon, ni pour la République, Barginet a-t-il voulu présenter le duc d'Orléans, comme seule issue possible à la solution de son problème? Non, car dans les conGdences que, malgré la solennité de son serment, il ne demandera pas mieux de vous faire, Barginet, serviteur entièrement dévoué à la dynastie régnante, comme il le dit lui-même, vous parlera peut-être aujourd'hui d'un tout autre personnage que du duc d'Orléans: Guillaume, prince d'Orange, aujourd'hui roi de Hollande, sera, dans la bouche de Barginet, le prétendant pour lequel Talleyrand, Fouché et Didier auront conspiré.

Les prétentions de la maison de Nassau au trône de France ont élé en 1815 assez ostensibles, la candidature de Guillaume a été assez clairement posée au congrès pour autoriser une pareille supposition, et l'excuser chez Barginet.

La maison de Hollande voulait calviniser la France : à ce litre, elle complail sur le concours et la protection de l'Angle-

terre el des autres puissances chez lesquelles domine le protestantisme; c'est à cela que se bornait à peu près toute la politique de cette maison. En 1815, dans celle course au clocher dont le trône de France était le but et l'enjeu, les prétentions de la maison de Nassau n'avaient rien que de très ordinaire, appuyées d'ailleurs qu'elles étaient par une grande partie du jacobinisme de France , qui , se voyant forcé d'accepter une monarchie, implorait des étrangers — inqualifiable sentiment de nationalité! — un étranger pour roi, un Brunswick, un Anglais, le premier venu qui n'eût pas été un Bourbon de la branche aînée.

On sait que ce fut en épousant les intérêts du prince d'Orange, et en conspirant pour lui, que les Français proscrits par Fouché payèrent l'hospitalité qu'ils trouvèrent à Bruxelles, et firent de cette ville un foyer d'intrigues , de libelles et de pamphlets.

C'est à Bruxelles que l'avocat Teste, ex-agent spécial de police à Lyon pendant les Cent- Jours, s'essayait dans les conspirations qui plus tard devaient faire de lui un garde-d essceaux de Louis-Philippe ; c'est à Bruxelles que M. Cauchois- Lemaire écrivait pour le prince d'Orange, en attendant qu'il écrivît pour le duc d'Orléans et qu'il lui adressât, en 1827, sa trop fameuse lettre ; c'est à Bruxelles que se publiait le Nain faune réfugié, journal rédigé par des écrivains français qui, continuant l'œuvre de la chambre de 1815, demandaient sérieusement au congrès qu'une lige protestante de la maison de Nassau fût substituée à la dynastie des Bourbons sur le trône de France (1).

On sait comment fut étouffée en 1821 la sourde conspiration organisée par les réfugiés de Bruxelles en faveur du prince

(r) Voir aux Notes.

d'Orange, et comment en 1830 les patriotes français, réfugié* de 1815, payèrent l'hospitalité et les faveurs de la maison de Nassau en battant des mains à la révolution de septembre, révolution qui devait dépouiller de la moitié de son royaume le roi des Pays-Bas.

Paul Didier aurait-il été , en connaissance de cause , ou même, sans le savoir, un instrument de la faction orangiste; aurait-il tenu dans une main les intrigues du parti d'Orléans et la candidature du prince d'Orange dans l'autre, sauf à faire vérifier, après le succès , les droits et les pouvoirs de chacun? — Gela n'est pas absolument impossible; d'autant plus que l'oratorien Fouché , de ministre , passé plénipotentiaire à Dresde, avait lui-même ajouté un nouveau levier d'intrigues à toutes celles qu'il menait déjà de front : la candidature du prince d'Orange au trône de France.

Nous ne croyons cependant pas que cette dernière hypothèse ait été le principal but des intrigues de Didier. Quelque ulcéré qu'il fût contre les Bourbons, quelque grande que fût son ambition, il n'est guère probable que le patriotique, que le religieux Didier eût sciemment consenti à changer la croyance de ses pères, ni à imposer è son pays un étranger pour roi.

Enfin, s'il n'avait voulu désigner que le prince d'Orange, Barginet n'avait pas besoin d'entourer sa lettre de précautions oratoires si solennelles; les termes mêmes de cette lettre s'opposent h l'interprétation que Barginet voudrait lui donner ; car si l'intrigue orangiste a existé, elle n'a pu entrer dans la conspiration du 4 mai que reléguée sur le second plan, avec cinq ou six autres intrigues du même genre et de même nature. Que dans son amour pour la dynastie régnante, que par un calcul dont nous ne voulons pas sonder les mystères, Barginet ail cherché à enlever tout prétexte aux accusations dirigées contre les orléanistes, il n'y a rien d'étonnant à cela;

mais que les explications secrètes de Barginet soient absolument vraies, voilà ce que l'histoire n'admettra jamais, lorsqu'elle n'aura d'autres preuves que la parole doublement équivoque de Barginet.

Ces lignes étaient écrites lorsque Barginet est mort misérablement h Lyon. Quelques journaux prenant au sérieux les serments solennels de la lettre de 1837 déclarèrent alors très gravement que Barginet emportait dans la tombe le secret de la conspiration de 1816. Les personnes qui ont connu l'ancien rédacteur du Champ de Mai (1) ont dû beaucoup rire de cette naïveté : Barginet n'était pas homme à emporter un secret avec lui, si jamais un secret avait pu lui être confié : ce que nous venons de dire le prouve d'ailleurs assez.

(i) Journal qu'il écrivit, pendant quelques mois, en faveur du prince Louis Bonaparte, aujourd'hui prisonnier au fort de Ham, et qui fut rendu à son premier titre de Journal du Commerce, le jour même où Ton apprit l'arrestation du prince.

J. Peuchet.

• C'est en 1838 qu'ont été publiés les Mémoires tirés des Archives de la police, œuvre à laquelle J. Peuchet, ancien archiviste de la police de Paris, travaillait depuis plusieurs années, lorsque la mort vint le surprendre, après une carrière pleine d'utiles et d'honorables labeurs. Nul mieux que Peuchet ne pouvait parler des hommes et des choses secrètes de l'époque; car, après avoir été, sous la République, directeur du bureau des lois et des matières contentieuses sur les émigrés, les prêtres et les conspirateurs, il avait passé dix années de sa vie dans les Archives de la Préfecture de police de Paris, vaste réceptacle où viennent chaque jour s'enfouir tant de mystères, tant de choses inconnues. Aussi

les révélations de Peuchel ont-elles éclairé d'un jour toul à fait nouveau plusieurs épisodes de l'histoire moderne, la conspiration de 1816, entre autres. Le récit que, dans le tome V de ses Mémoires, l'ancien archiviste de la police de Paris a fait de ce complot, mérite de fixer l'attention, non seulement par les curieux détails qu'on y trouve , mais encore à cause de la position toute spéciale de celui qui écrivait. Malgré quelques erreurs, les révélations de l'ancien archiviste offrent des traces ineffaçables de vérité et de probabilité historique ; d'autre part, Peuchel est le premier qui ait publié sur cette affaire certaines particularités, certains détails ignorés avant lui, et dont les cartons de la police, seuls, ont pu lui apprendre le secret.

Voici donc le récit de Peuchel.

Qui n'a pas entendu parler de Didier, de celle ame de feu daos un corps de fer, de cet homme taillé sur des patrons antiques, et si peu en rapport avec son époque et surtout ses concitoyens? Je vais le montrer sous un autre jour qu'il n'a été vu jusqu'à ce moment, et je ferai prévaloir mon opinion au moyen des documents nombreux et certains qui l'instituent et la dégagent de tous les mensonges dont en vain on la voudrait entacher. Voici des faits inconnus et vrais.

Paul Didier naquit à Upie, département de la Drôme en 1758. Né dans la classe bourgeoise, mais au-dessus de sa position par la grandeur de son caractère, il étudia le droit, fut reçu avocat, plaida avec succès, et jeta, dès ce moment, par son énergique éloquence et le déploiement de sa haute capacité, les fondements de cette influence, qui depuis lui fit croire qu'il pourrait lutter contre le pouvoir royal.

m Dès 1788, et pendant le ministère déplorable de Brieone, Paul Didier se signala parmi tes agitateurs de la province. L'an d'après, il assista à la célèbre assemblée de Vizille, regardée par

beaucoup comme le berceau de la révolution française, et cela no* sans quelque raison ; il fut l'un de signataires des mesures anticonstitutionnelles qui furent adoptées à cette époque.

Ami de Mounier, de Barnave, Didier partagea tout ensemble leurs illusions et leur désappointement. Détrompé comme eux par le spectacle des désastres que lui-même avait appelés sur la patrie, il revint, ainsi que ces deux hommes d'état, à de plus saines idées. Poursuivi par les Jacobins, qui voulaient uniquement des complices, il fut contraint d'émigrer en 1793, ne reparut à Grenoble qu'après le 9 thermidor, mais alors pour poursuivre sans relâche et sans pitié les sans-culottes, ses ennemis. Didier ne savait rien faire à demi.

Il fut, à cette époque, investi des pouvoirs de commissaire royal ; il correspondit un instant avec le cabinet ambulant de Louis XVIII ; mais ces bons sentiments durèrent peu : la mobilité de son caractère se tourna vers le soleil levant. Après le 18 brumaire, il multiplia ses voyages à Paris. Porialis alors le protégeait, mais cependant cette protection était stérile. Didier, impatient de cette condition mixte, et dans l'espoir d'obtenir peut-être, par des révélations, l'importance qu'on semblait dénier à sa personne, s'adressa sans intermédiaire à Bonaparte. Celui-ci fut satisfait apparemment, car, après une audience accordée à Didier, l'ancien avocat reçut sa nomination de professeur à l'Ecole de droit de Grenoble. Ceci eut lieu tprès qu'en 1802, il eut mis au jour une brochure qui fit beaucoup de bruit. Elle était intitulée Retour à la Religion. Des personnes qui se croient bien instruites prétendent que le ministère de la police donna le plan et paya la forme de l'ouvrage.

Pourquoi Didier fut-jl destitué à l'époque de la création de l'université impériale? On n'en a jamais connu la cause. Les mêmes documents que j'ai cités plus haut veulent qu'jà cette époque il reçut, pour la première fois, la visite d'un agent de la /action dite d'Orléans, qui, lié avec Didier dès son premier voyage à Paris, l'engagea à travailler dans les intérêts du cidevant duc de Chartres, devenu duc d'Orléans à la mort de son

père.

La police impériale eut vent de cette intrigue. Paul Didier fut dénoncé, et, sans vouloir trop l'inquiéter, on se contenta de lui enlever ses fonctions. Rentré dans la vie privée avec peu de ressources pécuniaires, il chercha la fortune en s'associant à des travaux de mines et dessèchements d'étangs qui ne lui réussirent pas. II empira sa position, et, en 1814, il se préparait à faire uo voyage à Palermc, espérant que le duc d'Orléans lui tiendrait une partie des promesses que l'on avait faites en se servant de son nom.

Mais les événements changèrent la face des choses. Didier, à la nouvelle de la chute de l'empereur, accourut à Paris, se targuant de sa destitution, s'en faisant un titre exaltant son royalisme et en même temps se rapprochant de MM. L..., V...,0..., D...., B... et autres qui, dans cette époque, reconstituèrent le parti dit orléaniste. Didier, que le charge de maître des requêtes qu'on lui accorda et la promesse de la première place vacante à la cour de cassation ne satisût point, passa, vers la fin de Tannée, dans les rangs naissants des libéraux. Je l'ai entendu se plaindre souvent du gouvernement royal et prétendre qu'on ne faisait rien pour lui ; mais, depuis que j'ai pu lire dans les archives de la police, l'audace de ses plaintes m'a bien étonné.

Aux Cent- Jours, il afficha un bonapartisme exagéré : c'était on leurre. Ce nouveau masque lui procura la préfecture des Basses- Alpes (t). Didier cependant s'était rapproché de Fouché, chef alors des Orléanistes. Fouché qui voulait donner la couronne au duc d'Orléans, chargea celui-là d'aller en traiter avec les alliés à Vienne, avant l'entrée en campagne. Mais une barrière infranchissable retint ce messager en deçà des frontières de la France qu'il ne put passer.

On sait avec quclle~rapidité le malheureux Napoléon alla du golfe Juan à Waterloo, et de là à Rochefort. La promptitude de sa chute déjoua toute combinaison. Fouché, pris au dépourvu, n'eut

( r) Ce n'est pas Paul Didier, mais bien son fils Louis, qui fut nommé préfet des Basses-Alpes.

que le temps de se retourner vers Louis XVIII. Aussi par la -t- il comme un dévoué serviteur au roi, lorsque Didier vint prendre ses ordres.

Dieu s'en mêle, dit le jacobin émérite ; pourquoi lutter plus longtemps? Nul de nous n'a le bras assez fort pour retarder d'un instant le rétablissement de l'ancienne dynastie. Pour moi, je me rallie sincèrement ; je suis cette fois bien décidé.

Didier, surpris de ce changement de scène, ne répondît pas, et Foucbé poursuivit, quoiqu'en ayant l'air de rire:

Or ça, mon cher, prenez- y garde ; ne m'obligez pas à tirer sur mes vieux amis. Ne complotez pas; tenez-vous tranquille, je vous ferai donner quelque fiche de consolation. D'ailleurs, nous n'avons pas les destinées entre les mains ; et si, de même qu'aujourd'hui le ciel se déclare pour l'un, plus tard il s'éclaircfssait pour Vautre, eh! bien, nous verrions; dans tous les cas, attendez mes avis.

Didier se témoigna vaincu par cette logique, et laissa Fouché persuadé de sa docilité à toute épreuve. Cependant il courut chez M. V..., auquel il conta ce qui venait de se passer.

— Àh! le vieux renard, s'écria le lourd personnage, il nous.... plante là. Eh! bien, tâchons de nous passer de lui.

Didier, à cette époque proposa au comité orléaniste, composé de D..., de V... t de L...,de L...d'0...,de R... et de G..., un plan qui devait nécessairement enfanter une nouvelle révolution. Il s'agissait de prêter la main aux imprudences des royalistes et d'alarmer les acquéreurs des biens nationaux, puis de soulever les restes de l'armée de la Loire au nom de Napoléon. Comme il était sérieusement impossible que celui-ci reparût, on parviendrait facilement à déterminer les officiers compromis dans cette tentative et sans espoir de grâce à se tourner vers S. A. S. le duc d'Orléans. Les républicains, ne pouvant reconstituer leur forme chérie de gouvernement, consentiraient à reconnaître l'autorité du fils d'un des leurs ; et les propriétaires des domaines d'église, des biens d'émigrés et dé condamnés, ne seraient pas les derniers à se tourner vers un prince qui leur offrirait une garantie positive.

Tout ce plan plus détaillé, et que je donne en extrait d'après l'original que je tiens en mes mains, obtint l'assentiment des chefs. Dans ces entrefaites, le cabinet de Londres, s'apercevant que le roi de France penchait vers une alliance plus intime avec la Russie, imagina une autre fois do troubler la paix dont nous commencions à jouir. Un agent mystérieux vint à Paris et insinua que la Grande- Bretagne ne s'opposerait pas à un changement dans l'ordre de succession au trône; que l'Angleterre combattrait sans doute une restauration bonapartiste, mais n'interviendrait pas si la maison d'Orléans remplaçait celle des Bourbons.

Cette ouverture, dont on a profilé quinze ans plus tard, et dont la sincérité a reçu une éclatante manifestation, donna du courage aux orléanistes. II fut décidé que l'on tenterait un coup de main ; mais, pour l'entreprendre avec succès, il fallait, dès ce début occuper une ville importante, une place de guerre dont la conservation fût un gage de sûreté.

Dans cette occurence, Paul Didier se mit en avant : et, ayant reçu les lettres-patentes de sa nomination à la charge de chancelier du royaume, dans le cas où la tentative réussirait, un diplôme de duc et pair héréditaire, une concossion de 200,000 fr. de rentes en biens fonds, de 200 autres mille en rentes 5 0/o, avec promesse d'un traitement annuel de 200,000 fr. et enfin le grand cordon delà Légion-d'Honneur, partit muni d'une très forte somme en or et en billets de banque pour aller préparer les voies.

Les conspirateurs n'auraient pas été fâchés de reculer jusqu'en 1817 l'ouverture de leurs opérations, parce qu'à cette époque il y aurait eu moins de troupes étrangères en France; mais aussitôt que le comité-chef eut connaissance, du mariage prochain de S.A. R. monseigneur le duc de Berry, il ne balança plus, comprenant combien il était important d'empêcher la conclusion de cet hymen. En conséquence, M... et P..., les émissaires accoutumés, reçurent ordre de presser Didier. En effet, ils intimèrent une telle hâte, que beaucoup de ses démarches furent entachées d'imprévoyance, résultat inévitable de cette conduite d'affaires.

II fallait, par un coup de main hardi, s'emparer de Grenoble,

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dominer l'esprit des soldats, entraîner la population, et pour ceïfr feindre un nouveau débarquement de Bonaparte qui, cette fois serait supposé à Brest. Le Dauphiné soulevé, on marcherait rapidement sur Lyon, et là, dans cette seconde ville du royaume, on convoquerait les états-généraux. Ceux-ci créeraient un gouvernement provisoire composé du général Gérard, du duc de Choiseul, du duc d'O trame, de Dupont de l'Eure et de Didier. On continuerait la guerre si la révolution n'était pas spontanée, et, après fa première bataille gagnée, le duc d'Orléans serait déclaré lieutenant-général du royaume, et le marquis de Lafayette commandant de toutes les gardes nationales.

Le» fonds étaient faits en partie pour payer les premiers frais ; c'étaient les banquiers Q..., D... et L..., qui les fourniraient sur des mandats signés de Didier et d'O... Chaque lieutenant-général en activité qui passerait au parti recevrait une dotation de 30,000 livres de rentes, le titre de duc, le grand cordon de la Légion-d'Honneur. On ferait marquis avec un majorât de 12,000 francs et la plaque de grand officier de la Légion d'Honneur, tout maréchal de camp dont la défection serait utile. Le litre de comte, 12,000 fr. de pension et pareillement la croix de commandeur seraient acquis à tout colonel qui passerait au nouveau gouvernement, en entraînant son régiment. Des récompenses inférieures seraient réservées aux moindres grades-, enfin cette révolution, tramée par des hommes d'affaires qui connaissaient la valeur de l'or, aurait coûté une somme énorme à la France.

Des renseignements trompeurs parvenus à Didier, dans la semaine même où eut lieu l'exécution du maréchal Ney, 16 décembre 1815, lui firent espérer de pouvoir plus facilement s'emparer de Lyon que de Grenoble. Il se transporta donc à Lyon en janvier 1816, et faillit en effet s'en rendre maître. Un incident bizarre dévoila la conspiration.

Parmi les nombreuses ouvrières en soie que Lyon renferme, il y avait alors une pauvre orpheline, candide, jolie et pieuse extraordinairement. La dévotion de cette créature angélique lui avait fait repousser les offres de séduction d'une foule de jeunes élégants on

de vieillards riches et corrupteurs. Les ouvriers, ses égaux, n'étaient pas mieux reçus dans leurs avances galantes, et l'insensibilité de la jolie Lyonnaise la faisait désigner sous le double sobriquet de Paulette, et Vierge- et Martyre.

Cependant l'heure de la défaîte de ce chaste cœur sonna. Un pauvre canut, maigre, pâle, souffreteux et visiblement attaqué de la poitrine, vint loger dans une chambre voisine de celle habitée par Paulette. L'air languissant, les formes réservées du jeune homme, l'intérêt qu'inspire une vie prêle de s'éteindre lorsqu'à peine elle commence, émurent la V ter ge-et- Martyre. Elle s'attacha à celui qui la regardait avec des yeux si tendres, sans que ses propos ou ses actes alarmassent sa pudeur, elle se mit ostensiblement à soigner le pauvre malade ; ces deux enfants se firent la mutuelle promesse de s'épouser. Infortunés qui ne voyaient pas la mort.

André, de jour en jour devenait plus amoureux de Paulette; il était au nombre des insensés que Didier avait gagnés, et dont il devait se servir pour opérer un mouvement. Un soir qu'il s'était endormi, tandis que la jeune vierge travaillait près de lui, on frappa à la porte : Paulette craignant d'être aperçue par des étrangers chez son amant, se jeta si prestement dans un étroit cabinet voi-> sin, qu'André en se réveillant put se croire seul. On entra ; c'était Didier. — Pour dérouler, dit-il à André, les limiers de la police, c'est chez vous que j'ai donné rendez-vous à un envoyé du comité de Paris.

Didier et André causèrent librement, familièrement comme gens que nul ne peut entendre. Le personnage attendu arriva, et Paulette ouït dans toute son étendu le plan d'une conspiration qui allait replonger la France dans les horreurs dont l'heureux retour de Louis XVIII, en juillet passé, l'avait si miraculeusement préservée. Peut- être le fait politique aurait laissé Paulette indifférente; mais le parisien, en digne fils de la grande ville, étala tant d'impiété, manifesta une telle haine des prêtres, insista tant pour que le calvinisme devînt la religion dominante en France, que la pauvre fille, délestant cet infâme complot, jura devant Dieu de le révéler.

Elle se tint tranquille, laissa partir les étrangers, et lorsque la respiration plus égale de son amant lui eut appris qu'il s'était rendormi, elle quitta doucement son asile, gagna la porte, sortit, et, parvenue dans sa chambre, tomba à genoux, promettant à Dieu, dont elle se reconnaissait l'instrument visible, de ne pas laisser arriver à bien cet attentat sacrilège. Le lendemain, elle courut à l'église de sa paroisse, se présenta au tribunal de la pénitence, et là, avant sa confession, déclara au prêtre tout«e qu'elle savait.

Dans sa simplicité, Paulette avait cru qu'en sévissant contre les coupables, on lui laisserait son amant. Cruellement détrompée lorsqu'elle le vit enlever et conduire en prison, elle se .livra à un désespoir si violent que, huit jours plus tard, elle était morte. André lui survécut peu ; le chagrin de l'avoir perdue hâta sa fin, déterminée d'ailleurs par les progrès rapides de la pulmonie.

Didier aurait été arrêté, si le gendarme, chargé de le surveiller, n'eût pas été aussi de la conspiration ; mais comme cet homme était lui-même au nombre des conjurés, il dépécha sa maîtresse, qui prévint Didier de son péril. Celui-ci, toujours prêt à la fuite, sortit de Lyon furtivement, courut à l'extrémité du faubourg de la Guillotière, du côté de la campagne, et la trouva un cheval harnaché, qui le conduisit à la frontière de Savoie. Ou ne rencontra point Didier quand on vint le saisir.

Ayant ainsi manqué le coup qui devait le rendre mai Ire de Lyon, et qui éclata néanmoins sans succès le 21 janvier 1816, Didier se replia sur le Dauphiné, et spécialement sur le département de l'Jsère. Le préfet de ce département était le comte de Montlivault, depuis préfet du Calvados, royaliste «à toute épreuve, incapable de pactiser avec la révolte et l'usurpation. On deyait croire qu'il leur ferait bonne guerre. Du reste, homme de sens, de cœur, administrateur intègre : on ne lui reprochait aucune odieuse concession.

Le général Donnadieu, protestant, et néanmoins bourbonnien de pied ei> cap, il n'était pas non plus de ceux que l'on pouvait

séduire. On lui a reproché, justement peut-être, ud immense désir de se mettre en vue à tout prix, même au moyen d'une sévérité outrée; mais il a plus parlé qu'agi. Il n'en est pas de même du ducDecazes; celui-ci doit savoir quel est le véritable instigateur de l'épouvantable boucherie dont Grenoble fut le théâtre. Nul n'aurait osé parler au général Bonnadieu en faveur de la conspiration; dès qu'elle lui fut connue, il l'écrasa. C'était là son devoir; Il leflt, et ne s'embarassâ point des interprétations qu'on tirerait de sa conduite.

Bonnadieu et Decazes ! voilà donc les deux hommes que Biclier avait à combattre : il ne les craignait pas ; tranquille dans sa retraite, il employait l'argent qu'on lui envoyait de Paris, et qu'il recevait par l'intermédiaire d'un banquier de Lyon et d'un de Grenoble, à faire des approvisionnements d'armes, de munitions de guerre et de bouche, à acheter des bateaux qui le rendraient maitre du Rhône, à enrôler dans les montagnes du Bauphiné et du Vivarais d'anciens militaires grognards de l'empire; impatients de combattre ; car ces mains qui ont si longtemps porté le fusil, dédaignent la charrue et les travaux rustiques de la campagne.

C'était par de telles mesures qu'il répondait à l'impatience de ses amis de Paris; mais tant de démarches ne pouvaient longtemps demeurer secrètes. Un bruit sourd, dès le mois de janvier 1816, se répandit dans le Bauphiné; cette inconsistante rumeur reposait sur des on dit les plus contradictoires : aussi la proclamation de M. de MontIivault,du 21 janvier, fut- elle une de ces pièces d'apparat dont l'autorité couvre son ignorance. Au reste, le préfet, en cas de tentative coupable, pouvait compter sur la garde nationale tant à pied qu'à cheval. Organisé par un royalisme éclairé et intelligent, ce corps ne renfermait que des hommes dévoués à la maison régnante. Les deux légions des troupes de ligne, celle de l'Isère et de l'Hérault, le régiment des dragons de la Seine, la gendarmerie, étaient animés également des meilleures dispositions pour la cause de S. M. Louis XVIII. Certes, ce n'était pas sur l'appui ou la neutralité de 'ces forces que les rebelles devaient compter ; mais la demi-soïde, les

militaires de l'ancienne armée, les montagnards, le vieux levain de la république, le caput mortuum des Grenoblois présentaient des chances que Didier s'empressa de saisir.

Peu satisfait de son ouvrage, il courut au dehors chercher des secours, et rançonner la famille Bonaparte. Il sut persuader a quelques membres de cette famille qu'il ne travaillait que pour la cause napoléonienne ; il alla soit à Parme, soit à Milan, soit à Lausanne, où il se mit en rapport avec le général comte d'Erlon, celui-là aussi rangé sous les bannières de Porléanisme, quc-iqu'en apparence ne songeant qu'à Napoléon lî. D'Erlon, peu auparavant, était v'ebu à Grenoble, lorsqu'on avait cru à la possibilité du soulèvement de Lyon. Là, caché chez un ancien député, le sieur Perrin, il se préparait à se mettre à la tête des troupes insurgées ; mais la ruine momentanée du complot lui avait fait prendre la fuite, et à Lausanne il promit de nouveau à Didier d'accourir au premier signal.

A mesure que le moment décisif approchait, Didier parlait moins xle Bonaparte, et prononçait plus souvent le nom du duc d'Orléans. Un de ses complices, M. Dussert, à qui il vanta par trop ce prince, lui répliqua : « Ne me vantez donc pas cet homme! Bourbon pour Bourbon, autant vaut conserver celui qui règne. S'il s'agit de la famille d'Egalité, je me retire; je ne veux pas d'un ci devant à demi italianisé. »

Sur ces entrefaites, Didier répandit dans tout le Dauphiné et les départements voisins une proclamation propre à égarer les esprits ; il la fît suivre d'un journal allemand qui contenait une proclamation menteuse de l'empereur d'Autriche en faveur de Napoléon II, son petit-fils. Enfin deux derniers émissaires, parlis de Paris, apportèrent dans leur voiture 200,000 francs en or, que Didier distribua avec une générosité digne d'une meilleure cause.

Il n'est point dans mon insention de poursuivre le récit de faits trop connus. Je n'ai cherché qu'à fournir de nouveaux documents à ceux qui écriront cette épisode de notre histoire moderne. Je dirai seulement que la levée des boucliers eut lieu le 4 et le 5 mai 1816;

que les insurgés, reçus vigoureusement par des troupes dévouées, furent battus sur tous les points, et que la conspiration fut pleine ment déjouée. Certains chefs furent tués; Didier prit la fuite. Je reviendrai bientôt à lui.

Je ne peux concevoir comment on a laissé arriver ce complot à sa maturité, lorsque je vois les archives de la simple préfecture de police regorger de renseignements précis sur les conspirateurs, de dénonciations venues de cent endroits pour dévoiler ce qui se tramait dans le Dauphiné. Je sais que les lumières parvinrent de toute s parts au comte Decazes, et que le ministre ferma constamment les yeux. Avant 1830, cette conduite me paraissait inexplicable; depuis, j'ai eu le mot de l'énigme. M. Decazes eût pu prévenir de. longue main ce coup d'éclat, et ménager le sang français, qui coula. Il savait tout, ou, s'il n'a rieu su, il faut que, par une fatalité singulière, ce qui était à la connaissance de l'universalité de la police se soit arrêté à la porte de l'hôtel du ministre.

Didier, qui, un sabre à la main, avait essayé, sous le feu de la mousqueterie, de rallier les insurgés, voyant leur pleine déroute, tenta de se sauver, et, après une suite d'aventures et d'alertes incroyables, il toucha le territoire piémontais. Mais, reconnu et arrêté par les carabinier» du roi de Sardaigne, il fut livré à la justice pré vôtale du roi de France.

Didier, ramené devant ses juges, essaya sans succès de se défen dre; condamné à mort, il fut exécuté le 10 juin 1816.

Dès ce moment, sa famille, qui se trouvait réduite au dernier degré du malheur, reçut des secours d'une main inconnue. La révolution de 1830 est venue en partie lever le voile qui pesait sur ce mystère. La constante faveur dont M. Didier fils n'a cessé de jouir, et qu'il mérite à tous égards d'ailleurs, les fonctions importantes qu'on lui a confiées successivement jusqu'à l'heure de sa mort, témoignent d'une manière éclatante qu'elle cause son père a suivie.

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