‹ Paul Didier. Histoire de la conspiration de 1816;Chapitre 4 sur 15 · JULES OLLIVIER · texte numérisé non relu

JULES OLLIVIER

« Un ancien conseiller à la Cour de Cassation vient, en mourant, de léguera son fils , magistrat à la Cour de Grenoble, la cor-

(i) Jules Ollivier est né à Valence, le a4 février 1804. Son père, mort le 10 septembre 1839, avait été successivement juge à la Cour de justice du déparlement de la Drôme, avocat-général à la Cour impériale, membre du Corps législatif et de la Chambre des Députés et conseiller à la Cour de Cassation , poste élevé qu'il abandonna volontairement après la révolution de i83o.

La carrière de la magistrature, dans laquelle Jules Ollivier était entré fort jeune, offrait peu d'attraits à son imagination, à ses goûts qui le portaient vers les études historiques. Recueillir, coordonner tout ce qui reste des anciennes traditions du Dauphiné, tel était le but qu'il s'était proposé.

C'est ainsi que de i83r à 1840, il publia des Essais historiques sur la ville

respoudance et les papiers que son parent, l'infortuné Didier, parvint à lui faire remettre du fonds de sa prison. Ces papiers, d'après la volonté expresse de Didier, sont devenus la propriété du dépositaire qui, à sa mort, en a disposé comme nous Pavons dit. Le plus haut intérêt s'attache à ces documents, dont la publication déchirera enfin le voile que les Mémoires de Peuchet et la Biographie de M. Berryer ont à peine soulevé. Ils feront apprécier la perfidie, l'insatiable ambition et h cupidité des personnages qui devaient recueillir sans péril le bénéfice de ce drame sanglant. lis jetteront aussi utie vive clarté sur l'intérêt qu'ils ont eu à ensevelir le secret de leurs trames dans la mort silencieuse du malheureux qui fut là dupe de leur lâcheté. Enfin, ils apprendront à quel prix le silence fut extorqué à la piété paternelle de la victime, à sa dernière heure. Nous ne doutons pas que la correspondance de Didier n'excité un vif intérêt. Elle nous fera connaître le personnage qui eut l'heu-

de Valence* sur V Origine et la formation dis dialectes vulgaires du Dauphiné, uà mémoire sur les Anciens peuples qui habitaient le territoire du département de la 'Drôme; et une foule d'autres articles disséminés dans le Bulletin de la Société de l'Histoire de France, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires, et autres Vecueils spéciaux.

Jules Ollivier avait projeté, en i835, la publication d'Archives historiques, littéraires et statistiques du Dauphiné; le défaut de souscripteurs ayant fait avorter ce projet, il ne se laissa pas rebuter par cet insuccès, et, en i837, il fonda la Revue du Dauphiné qui, dès son apparition, se plaça au premier rang des revues historiques de la province.

Les deux ouvrages de prédilection de Jules Ollivier sont restés inédits ; le premier, à peine ébauché, était une Biographie générale du Dauphiné, qui devait former 4 volumes in-S°; le second presque entièrement terminé, et qui lui a coûté quinze années de soins et de recherches assidues, est une bibliothèque historique du Dauphiné, qui contient l'indication de tous les ouvrages relatifs à l'histoire de cette province.

D'une figure agréable, d'un esprit caustique, d'un caractère franc et loyal, Jules Ollivier était encore homme de cœur, de courage et d'indépendance. Il est mort à Grenoble le 21 avril 184 1, à l'âge de 37 ans. Sa fin toute oh ré* tienne a consolé de quelques erreurs philosophiques de sa vie.

rcuse idée de placer le mouvement dont Didier n'était que l'inslru? nient, sous la popularité du grand nom de Napoléon.

Ainsi s'exprimait le Capitole du 9 novembre 1839; le mar gistral désigné comme ayant reçu le précieux dépôt de la correspondance et des papiers de Didier, était M. Jules Ollivierjuge au tribunal de première instance de Grenoble; et la seule citation des Mémoires de Peuchet et de la Biographie de M. Berryer, indiquait assez clairement le sens et la portée des documents dont la publication était annoncée.

Cette révélation du Capitole causa dans la presse une vive polémique ; le nom de M. Decazes et celui de quelques me-? nenrs orléanistes de la Restauration furent de nouveau mis en avant : la police s'émut, de hautes influences s'agitèrent dans l'ombre pour empêcher, s'il était possible, la réalisation d'une promesse si positive ; et quelques jours après, une perquisition était faite dans les bureaux du Capitole.

Cette perquisition, dont le prétexte avoué était la recherche d'un complot bonapartiste, fut infructueuse ; mais l'opinion publique ne prit pas le change sur les causes secrètes qui rayaient inspirée : la Quotidienne, la France, le Courrier fran : çais, une grande partie de la presse, furent unanimes pour a U ribuer le motif de cette visite moins aux relations supposées du Capitole avec la Russie ou le parti bonapartiste, qu'à la pro-r messe que ce journal avait faite de publier des documents relatifs à la conspiration de 1816.

« Comme la police est adroite ! écrivait le Capitole, on soupçonne tel grand personnage d'avoir organisé la conspiration de Didier : le bruit court que d'affreuses révélations se trouvent à ce sujet dans le Capitole, et voilà la police qui vient faire une perquisition dans no$ papiers! De bonne foi, cette maladresse est-elle bien de nature <j

dissiper les soupçons, et le grand personnage désigné aura t-il beau coup d'obligations à ces messieurs, quoiqu'ils disent être venus dans nos bureau i pour toute autre chose ? »

Bien loin de calmer forage, cette maladroite intervention de la police ne fil qu'activer encore les récriminations de la presse. Ainsi, la France exhumait la trop fameuse dépêche télégraphique qui , à une demande en grâce , ne répondit qu'un seul mot, mot terrible: Exécutez /; l'inexorable circulaire du 6 mai, adressée aux préfets de quinze départements ; la Quotidienne soulevait un coin du voile des révélations que, à son heure dernière, Didier avait faites au général Donnadieu; — pendant que les journaux ministériels. brillaient, comme d'habitude, par leur mutisme significatif.

Envisageant la question à son point de vue de journal judiciaire , la Gazelle des Tribunaux jugea l'occasion favorable pour prendre langue dans les archives des procès politiques , et le 15 mars 1840 . elle publia un récit de l'affaire de Grenoble.

Sauf quelques alinéas tronqués, ce récit, comme nous l'avons dit déjà, n'était qu'une reproduction anonyme, de l'histoire que M. Amédée Gabourd avait écrite six années auparavant dans les Mémoires de Tous. Muette sur les mobiles secrets de la conjuration, sur le parti qui l'avait ourdie, sur le but réel des conspirateurs, eldes roués politiques qui attendaient derrière le rideau le succès de l'affaire afin de l'exploiter, la Gazelle des Tribunaux n'apprenait rien des choses qu'il importait de connaître ; ce qui ne f empêcha pas de dire, en terminant : « Quant à nous qui, pour présenter ce récit impar- « liai, avons soigneusement étudié tout ce qui a été dit et « recueilli sur la conspiration de Grenoble, nous en sommes « encore à nous demander si c'était au service d'une pensée

« ou d'un homme que Didier a sacrifié sa vie ; s'il voulait « affranchir son pays d'une domination imposée par l'étran- « ger, ou si déjà un nom était choisi qu'en cas de succès on « eût présenté à la France. »

Nul ne se douta de la supercherie, et chacun prit au sérieux les oripeaux historiques dont la Gazette des Tribunaux se couvrait. Cependant, il ne fut pas difficile de prouver au Sosie de M. Gabourd, que , dans son évocation du grand drame de 1816, il confondait h plaisir les hommes et les choses, et passait sous silence bien des faits et bien des documents précieux.

La Gazette avait fait son siège; elle ne connaissait de l'affaire Didier que ce que ses ciseaux lui en avaient appris dans la compilation de M. Gabourd ; la Gazette n'eut donc garde de répondre: elle se renferma dans un silence prudent qui convenait parfaitement, d'ailleurs, à la gravité de ses allures magistrales. Mais, arriva le général Donnadieu qui, au rebours de M. Decazes, se présente toujours le front haut, chaque fois qu'on prononce quelque part le seul mol de 1816.

Heureux de trouver, une fois encore, f occasion de combattre les calomnies qui le poursuivent depuis vingt ans, d'arracher les erreurs et les mensonges qui ont poussé à l'affaire Didier comme des plantes parasites au tronc d'un arbre, le général Donnadieu adressa à la Gazette des Tribunaux la lettre justificative dont nous avons extrait un des passages les plus importants.

Soit calcul, soit ignorance absolue des faits, la Gazette des Tribunaux continua à garder le silence, et l'affaire en resta là. Après avoir occupé pendant cinq mois la polémique des journaux de Paris et de la province, la conspiration de 1816 fut emportée dans le tourbillon des discussions du jour , pour reparaître , une année après, plus vive , plus irritante que jamais.

Cette polémique, dont Jules Ollivier était la cause première et volontaire, avait merveilleusement préparé le terrain dans lequel devait germer le récit de ce sanglant épisode des premières années de la Restauration; malheureusement la mort le surprit au moment où il s'occupait à rassembler les documents d'une histoire dont, mieux que personne, il aurait pu révéler les incidents ignorés. Neveu de Didier, à la famille duquel le rattachaient encore tous les liens de l'amitié , Jules Ollivier, bien avant qu'il formât le projet d'écrire l'histoire du k mai, en connaissait certainement déjà tous les secrets ; la correspondance que son père lui légua au lit de mort, compléta sa pensée et affermit l'opinion que lui avaient faite les confidences de la famille et de l'amitié. Eclos des aveux et de l'intimité de la famille Didier, le témoignage de Jules Ollivier sur les causes et le but de la conspiration de 1816, doit donc être d'un grand poids dans les appréciations de l'histoire. Or , les notes manuscrites qui nous ont été remises après la mort de cet écrivain, ne laissent aucune incertitude , aucun doute sur sa pensée.

Il y a dans ces notes éparpillées çà et là, tantôt raturées, surchargées, tantôt nettes et correctes, une assez grande exhubérance d'indices et de premiers jets, pour que nous puissions conserver aux idées de Jules Ollivier leurs couleurs et leurs allures, et tracer hardiment le récit de l'histoire dont il avait déjà posé quelques jalons.

La pensée de Jules Ollivier sur les causes secrètes de la catastrophe de 1816, était tellement fixée dans son esprit, qu'en parcourant les vestiges manuscrits qu'il nous a laissés, on retrouve cette pensée qui se plie, à chaque phrase, s'enchevêtre dans chaque ligne. Malheureusement , ces noies sont d'une franchise fort peu parlementaire ; il faut donc se garder d'une reproduction qui ne serait pas sans danger : les

.deux seules citations qu'il soit possible de faire , étant d'ailleurs suffisantes pour donner la clef des dispositions politiques de Jules Ollivier et faire connaître quelle* inspirations présidaient aux recherches historiques qu'il avait entreprises. C'est ainsi que les idées révolutionnaires du neveu de Paul Didier se dessinent nettement dans ces lignes destinées, sans doute, à servir d'introduction au récit de la catastrophe de 1816.

« Lorsqu'on se rappelle les conditions sociales au milieu desquelles s'écroulèrent en 1814 les grandeurs et la gloire de la France, i) est facile de comprendre combien d'inquiètes agitations, de répulsions énergiques, de convoitises désordonnées furent fermenter dans Jes esprits qui tous regrettaient le passé, se méfiaient du présent, ou espéraient de l'avenir. L'Empire entraînait dans sa chute tous les éléments de force, d'ordre et de gloire que Napoléon avait fécondés 4e la puissance de son admirable génie , tandis que sur ses ruines .s'élevait un trône vermoulu entouré de passions décrépites et miné sourdement par des ambitions sans noblesse et sans dignité. Au bruit de la guerre , à l'éclat des conquêtes , au triomphe de la victoire , allait succéder le calme d'une paix mendiée à prix d'argent, la honte d'une invasion, l'humiliation d'un joug imposé par ^'Europe. A l'Empereur dont la glorieuse épée avait pesé de tout le poids de 1? victoire dans la balance des destinées européennes, succédait un monarque impotent dont Pinoffensive épée ne connaissait d'autre champ de bataille que le parquet des antichambres ; à l'homme enfin .dont le nom, profondément empreint dans les sympathies populaires, est devenu pour la France civilisée le symbole de la plus noble et de la plus glorieuse période de ses annales »

Passons ce cliquetis de phrases creuses et redondantes, cette exagération de boursouflures politiques qu'expliquent suffisamment les accointances de Jules Ollivier avec le Capitule .et le parti bonapartiste, et arrivons à des assertions d'une nature différente, et des accusations plus directes. Une lettre

à M. Madier-Montjau, conseiller à la cour de cassation, servira admirablement bien pour cela.

Cette lettre dont, bien à regret, nous ne pouvons citer que quelques passages, est du 7 mai 1840 :

<« Me permettrez vous de réclamer de votre bienveillance des conseils et des appréciations que, par des circonstances particulières, je ne puis trouver qu'auprès de vous seul? Ayant dessein de mettre au jour une biographie du Dauphiné, dans laquelle doit entrer la notice de Paul Didier , mon oncle, j'ai dû m'adresser à celui qui éfani l'ami de sa famille, doit nécessairement être le dépositaire de bien des confidences propres i guider ma plume. Vous avez lu, sans doute, Monsieur, tout ce qui a été publié sur la conspiration de Grenoble et les jugements divers qui ont été formulés sur les motifs de cette entreprise. Il est bien établi aujourd'hui que Didier ne pouvait agir ni pour le compte de Napoléon ni pour le triomphe de la république. Deux opinions partagent les esprits : l'une

; l'autre laisse le duc d'Orléans en dehors

de l'action, mais elle affirme que Didier et ses complices agissaient dans son intérêt, sans sa participation, avec le fermo dessein de le placer sur le trône.

« C'est l'une de ses deux opinions que je dois choisir, mais dans le doute où me jette la diversité des jugements, je me suis fait un devoir de soumettre mes appréciations aux vôtres, si vous daignez m'en faire part.

« Vous m'avez fait l'honneur de me dire que dans le cours d'une conversation qui a eu lieu entrée. . . . et vous, en 1817,1e *%<aX^ au sujet peut-être de l'affaire Didier, formula sa pensée sur les conspirations en ces termes : Les conspirations sont des loteries dont il faut gagner le gros lot sans mise de fonds.

* Ou,

L'opiuion qui s'appuie principalement sur les Mémoires de Peuchei , tend à démontrer que les résultats de la conspiration de Grenoble, si elle eût été couronnée de succès, devaient amener nécessairement le duc d'Orléans au trône. Les restrictions de Didier, lorsqu'on lui demanda de révéler le nom des instigateurs de l'œuvre dont il avait été l'agent, les confidences mystérieuses que le général Donnadieu pféieud lui avoir été faites par lui, la dépêche, introuvable aujourd'hui, dans laquelle ce général signalait à Louis XVIII quelques

membres de . comme ses plus daugereux enuemis, et une

foule d'autres circonstances semblent donner à ce système une grande force de probabilité. Cette opinion d'ailleurs fût-elle vraie, en quoi serait-elle offensante pour le roi? Son nom etjsa personne étaient un levier dont on se servait à sou inçu.7^ » ff**^tt%Vts

Malgré la teinte de condescendance politique et d'abnégation individuelle donnée à cette lettre, M. Madier-Monljau ne garda pas moins un silence absolu; c'était la réponse la plus péremptoire que sa position officielle lui permît de faire; — le courtisan heureux de la royauté de 1830 n'était plus le magistrat frondeur de 1819. Peut-être aujourd'hui M. Madier-Monljau serait-il moins discret, et le public attend encore, en ce moment, les révélations solennellement annoncées et promises, il y a trois mois à peine, par cet ancien ami du Palais-Royal.

Ces fragments de lettre ne laissent aucun doute sur la pensée de Jules Ollivier ; cette pensée est renfermée dans un dilemme qu'il se réservait de trancher plus tard, mais dont chaque côté est contraire à l'hypothèse d'une conspiration bonapartiste.

En cherchant h pénétrer les mystères des premières années de la Restauration, Jules Ollivier n'avait pas seulement en vue la solution d'une importante question historique, il voulait

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encore élever un monument de réhabilitation à la mémoire de son parent. C'était une pieuse entreprise à laquelle il convia les fils et les gendres de Paul Didier : mais, par un refus que peuvent seules expliquer certaines exigences secrètes, corollaire obligé des faveurs du gouvernement de juillet, tous, à l'exception de Simon Didier, déclinèrent cette coopération; un d'eux, M. André Flucbaire, formulait ainsi son refus :

« Mon cher cousin , votre lettre est venu me rappeler une con versatlonsur laquelle j'avais déjà plusieurs fois réfléchi et dont j'avais déjà parlé à mon frère. Notre désir à tous les deux , est de ne concourir en aucune manière à votre projet d'écrire sur les événements de Grenoble, et, en cela, nous croyons être fidèles aux derniers vœux de mon grand-père et aux recommandations que ma mère avait reçues de lui dans sa prison. Sans doute, comme vous l'exprimez, il ne pourrait que gagner à ce que nous dirions. Toute vérité sur lui tournera à son profit, et le récit des causes de sa mort deviendrait plus intéressant encore dans votre style ferme et coloré. Mais justice lui sera rendue sans nous. Déjà bien des hommes revenant de leurs animosités politiques, tiennent un langage plus vrai et plus juste.

« Que des partis cherchent à expliquer, dans des intérêts du moment, des événements dont certains caractères leur restent inconnus. Qu'importe aux descendants de Didier ? L'état de la France, au moment où il conspira, ne prouve-t-il pas que son dessein était noble, puisqu'il avait pour but l'indépendance nationale et l'expulsion des étrangers? Les moyens qu'il voulait employer étaient purs. Sa vie et sa mort le proclament.

« Je ne mettrai donc pas dans une lettre, mon cher cousin, ce que j'ai pu vous dire à Grenoble. Ces particularités étaient toutes confidentielles et ne sortaient pas du cercle des souvenirs destinés à la famille seulement.

il est d'autres considérations qui nous paraissent importantes et que nous tous exprimerons de vive voix, l'un ou l'autre, à notre prochain passage à Grenoble. »

6 octobre 1840.

Privé de la toute-puissante autorité qu'auraient encore ajouté à ses paroles et aux documents dont il était possesseur, le témoignage écrit, la coopération active des enfants de Paul Didier, Jules Ollivier dut se résoudre h marcher seul : il se mit à l'œuvre, demanda au greffe et au parquet de la Cour royale de Grenoble communication des procédures prévôlales de 1816 ; cette communication lui fut refusée ; il s'adressa au garde -des- sceaux ; le garde - des - sceaux rejeta sa demande.

La mort surprit Jules Ollivier au milieu de ces dispositions, et si elle ne lui laissa pas le temps d'accomplir son projet, elle ne sut pas même faire respecter le précieux dépôt qu'il avait reçu des mains de son père. C'est, en effet, au lit de mort de Jules Ollivier que nous rencontrerons encore un épisode de plus à ajouter aux mystérieux souvenirs de la conspiration de 1816,

Depuis la visite domiciliaire faite dans les bureaux du Capitule , plusieurs autres perquisitions avaient eu lieu chez les personnes à tort ou à raison soupçonnées d'avoir trempé dans le complot bonapartiste, complot dont, peut-être, raconteronsnous un jour les singularités. Jules Ollivier compta parmi ces personnes ; le parquet et la police de Grenoble se transportèrent un soir dans la maison qu'il habitait aux portes de la ville; tous les appartements furent minutieusement explorés, les papiers examinés. Prévenu d'avance des causes secrètes et du but de cette visite par un avis confidentiel, reçu le malin du même jour, Jules Ollivier se tenait sur ses gardes : la visite

fut sflps résultai, comme devait l'être la comparution personnelle, qui était en môme temps donnée devant le parquet de Paris.

Peu de temps après , Jules Ollivier se mit au lit en proie aux atteintes de la cruelle maladie qui devait l'emporter, et que n'avaient que trop hâtée les persécutions, les tracasseries de toute nature auxquelles il était en butte depuis plusieurs mois. Bientôt, sentant sa fin prochaine, il appela près de lui sa jeune femme : « J'ai confié à l'un de mes meilleurs amis, lui dit— « il, les lettres et les papiers de Didier que m'a laissés « mon père , et qui t'ont déjà causé tant de tourments et « d'ennuis. Après ma mort, ce dépôt le sera fidèlement « rendu : soit que tu conserves ces papiers , soit que tu « trouves une occasion honorable de t'en dessaisir, j'ap- « prouve el je ratifie d'avance tout ce que tu croirasdevoîr faire « dans ton intérêt, comme dans l'intérêt de notre enfant. »

Ces paroles, preuve de l'attachement et de la confiance que Jules Ollivier avait toujours montré pour sa femme, ne furent pas les dernières qu'il prononça sur ce grave spjet; car, le lendemain, il faisait à l'un de ses amis, arrivé le jour même de Paris, une déclaration plus explicite, plus positive encore.

Quelques jours après, Jules Ollivier mourut ; — et sa veuve n'a jamais revu le dépôt, qu'à son heure dernière il déclarait avoir confié à l'un de ses meilleurs amis.

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