‹ Paul Didier. Histoire de la conspiration de 1816;Chapitre 5 sur 15 · M. J.-J. JULLIEN · texte numérisé non relu

M. J.-J. JULLIEN

Parmi les comparses de Paul Didier , si quelqu'un eût dû réclamer le silence et l'oubli, c'est à coup sûr M. Jullien. Employé de la Restauration, M. Jullien a comploté pour la renverser ; conspirateur, il a trahi ses complices et signalé à l'autorité le fil de l'intrigue qu'il avait lui-même ourdie.

Après avoir ainsi , nouveau Sinon , joué un double jeu que ne pouvait faire excuser ni sa jeunesse, ni l'effervescence des passions politiques; après s'être posé en Gracque dans le camp des séditieux et en serviteur fidèle dans le camp royaliste, M. Jullien, étourdi , aveuglé par le retentissement des souvenirs de 1816 , a voulu , lui aussi , revendiquer sa part dans cette affaire; cédant à un sentiment d'orgueil dont, mieux conseillé, il aurait dû se défendre.

Tout en tirant le voile sur le triste rôle qu'il y avait joué, l'historien le plus bienveillant n'eût accordé à M. Jullien qu'une part assez médiocre dans la conspiration de Paul Didier; mais l'ancien lieutenant des douanes n'a pas voulu qu'il en fui ainsi. A l'ombre prolectrice qui eût enveloppé son nom, il a préféré le grand jour, et l'éclat du premier rang aux profondeurs de la foule, dans laquelle il eût mieux fait de rester ignoré.

Quorum pars magna fui ! telle est donc la devise ambitieuse que M. Jullien a choisie pour épigraphe de ses Souvenirs contemporains, récit apocryphe de la conspiration de Grenoble (1).

M. Jullien était, en 1816, un jeune homme de 23 ans, affectant, comme une grande partie de la jeunesse de celle époque, toute l'exagération des sympathies napoléoniennes ; il accepta donc avec empressement les premières ouvertures qui lui furent faites sur un complot dont le but était, pour lui, la chute des Bourbons et le rétablissement de la dynastie impériale.

Mais, pour parer autant que possible aux inconvénients de la dangereuse position de conspirateur, par une mesure habjle, et qui, à la rigueur, ne pouvait en rien compromettre le succès de l'affaire, M. Jullien jugea prudent d'informer ses supérieurs de l'existence du complot, et cela, au moment où il devait éclater. Destitué quelques mois plus tard, précisément à cause du rôle assez louche qu'il avait joué alors ; aujourd'hui, fonctionnaire du gouvernement élevé sur les ruines de la Restauration, M. Jullien se trouve, pour écrire l'histoire de 1816, dans une position épineuse et perplexe.

(i) Souvenir» contemporaine. La Conspiration de Grenoble^ par M. J. J. Jullien, ancien employé de l'administration des domaines de la Maison d'Orléans, inspecteur divisionnaire des douanes, etc., etc. ; Digne, i-S/, i.

L'auteur des Souvenirs contemporains ne s'arrête pas a toutes ces considérations; dès les premières lignes de son récit, il déclare nettement, « qu'investi du pouvoir d'ac- « corder ou de refuser le concours des douaniers, ce concours « demandé au dernier moment a été nettement refusé. »

Un pareil aveu coûte à M. Jullien : il voudrait pouvoir le modifier ; et n'était un malencontreux avis donné par lui le 4 mai, nul doute que, plus h Taise dans ses souvenirs, il ne se glorifiât aujourd'hui de la part que, sous ses ordres , les douaniers de la vallée de Grenoble auraient prise à l'insurrection de 1816. M. Jullien se venge donc de celle contrainte forcée, en maudissant la Restauration comme une époque « déplorable » « cala miteuse », et en appelant « la flétrissure de l'histoire » et « l'exécration de la postérité » sur les magistrats qui, chargés du maintien de la paix publique, ont sciemment toléré, sinon favorisé, dit-il, l'organisation du complot, afin de se ménager le profit d'une répression à jamais déplorable.

En déclarant qu'il refusa de prêter aux conspirateurs lé concours des douaniers, et qu'il ne connut que le 2 mai lé secret du complot, M. Jullien voudrait jeter l'histoire dans une erreur d'autant plus grave, que Didier a déclaré lui-même que, s'il n'eût pas été certain de rengagement pris par les douaniers de la vallée, il eût retardé l'heure de l'attaque de Grenoble. Au moment où le complot éclala, M. Jullien , M. Turbet et M. Adine, leur chef, avaient, depuis quinze jours au moins, reçu les ouvertures de Didier ou de ses affidés; mais, au moment décisif, M. Adine ayant jugé prudent de s'éloigner, en prétextant une grave indisposition, ce fut sur MM. Turbet et Jullien que retomba toute la responsabilité de l'affaire; et ceux-ci, voyant leur chef effacer ainsi le corps, ne se sentirent ni assez influents, ni assez courageux pour sup-

porter un si pesant fardeau. L'assertion de M. Jullien , base de tout son édifice historique, se trouvant donc contraire à la vérité, le récit croule de lui-même, car il n'est plus qu'un tissu d'erreurs volontaires et involontaires, un assemblage hétérogène de suppositions incroyables, de transformations de temps, de lieux et de personnes; le tout entremêlé de périodes déclamatoires contre la Restauration dont le renversement, dit encore M. Jullien, était l'objet de ses plus chers désirs. Après un compte-rendu quelque peu prolixe de la conspiration de 1816, compte-rendu dans lequel l'ancien lieutenant de douanes fait intervenir, au milieu des ruines du Château-Bayard, une jeune et belle dame qui l'honorait, dit-il, d'un vif et pur attachement, M. Jullien se livre à de longues considérations sur l'origine, le but, les instigateurs et les complices de la conspiration, pour conclure ainsi :

« La proclamation du comité de Y Indépendance nationale qui appelait le peuple aux armes, au nom de Napoléon II, et prenait pour devise : point de jacquerie ! point de réaction ! celle de Didier, sa lettre à l'évéquede Grenoble, sont acquises à l'histoire; elles prouvent, comme la procédure de la Cour prévôtale, comme le Moniteur, comme les archives de la police, comme les aveux de M. Peuehet lui-même, que la conspiration n'a eu pour but que le rétablissement de Napoléon II et de l'Empire, proclamés par la Chambre des Cent-Jours. J'ai, d'ailleurs, pour témoin de ce que j'avance, non seulement les personnes citées dans le mémoire, mais la population tout entière du Dauphiné, qui a dû conserver l'ineffaçable souvenir des faits que je viens de citer.

11 est difficile d'accumuler en moins de mots plus de mensonges et d'erreurs.

La Restauration, Louis XV111, M. Decazes, le rétablissement de la dynastie impériale, trouvent donc naturellement

leur place dans les dissertations politiques de M. Jullien. Nous citons :

« Dirigée contre un gouvernement soutenu par 700,000 baïonnettes étrangères, ut qui tenait tous les fils de la conspiration, l'entreprise de Didier a été l'idée la plus folle qui ait jamais traversé le cerveau d'un homme d'esprit et de cœur. Didier a été, sans le savoir, l'appeau dont la police de la Restauration s'est servi pour grouper les mécontentements soulevés , comme à plaisir, parles aveugles fureurs des ultra-royalistes, pour les faire éclater en un complot qu'elle voulait punir, aOn de préparer ainsi le coup de bascule du 5 septembre 1816, qui, en prononçant la dissolution de la chambre introuvable, a chassé les ultra-royalistes du pouvoir et fondé le parti constitutionnel.

M. Decazes a été un roué politique, qui le conteste ? Il n'<i

ignoré ni le départ de Didier, ni ses projets. Sa sagacité a de suite mesuré la portée de l'homme, son influence , l'étendue de ses ressources ; il a compris qu'il avait dans ce chef de complot un admirable appeau

« C'était là, sans doute, envisagé sous le point de vue de la morale et de la probité ordinaire, un abominable calcul; mais, on ne le sait que trop, la politique et surtout la police se croient obligées d'avoir du quod licitum, du quod nef as, des notions du juste ei de l'injuste, d'autres idées que le vulgaire, et elles ne reculent devant aucun moyen, quand il s'agit d'arriver au but qu'elles se proposent. »

Placée entre la défection des royalistes politiques et les conseils imprudents des exaltés, la Restauration, continue M. Jullion , se trouvait acculée en quelque sorte par les tentatives de plus en plus audacieuses de la presse à une impasse d'où elle croyait ne pouvoir sortir que par un coup d'état. Poussée par la fa

talité, elle se montra bientôt disposée à ce moyen extrême, grâce aux conseils imprudents de la faction qui veut aujourd'hui du scandale à tout prix. C'est alors que M. Thiers se rendit à Rochecotte, où M. de Talleyrand devenu suspect à la Cour s'était retiré ; là fut discutée, pour la première fois, l'éventualité prochaine d 9 un changement dans Tordre de succession au trône ; /à, furent arrêtés les moyens d'en hâter le moment , et les mesures à prendre dans le cas où cette hypothèse viendrait à se réaliser.

« Un nouveau^l688 apparaissait aux esprits clairvoyants* et nous Pavions déjà talué nous-méme au bruit du canon qui célébrait la conquête d'Alger, que la Restauration, aveuglée par sa victoire, ne voyant pas encore le cercle qui allait chaque jour se resserrant autour d'elle, ne prenait aucune des précautions que la prudence la plus vulgaire aurait dû lui conseiller.

« Muni des instructions de son habile patron , accrédité sans doute auprès du comité directeur; dont celui-ci était le chef, M. Thiers revint à Paris, les fatales ordonnances parurent. »

Telles sont en résumé les curieuses conclusions de l'histoire publiée par M. Jullien en 1841, — et cela malgré l'avis et les prières de plusieurs personnes , qu'il avait cru devoir secrètement consulter. Bien mal en a pris à M. Jullien, car sa brochure lui a valu, dit-on, une assez éclatante disgrâce. On ne s'attaque pas impunément à M. Decazes.

L'ouvrage de M. Jullien renferme d'utiles et précieux enseignements. En le lisant avec attention , en comparant les divers passages entre eux, on y remarquera certaines contradictions qui, à elles seules, peuvent faire connaître le véritable rôle du jeune lieutenant d'ordre en 1816.

Mais l'homme qui était appelé à devenir, comme on le verra tout à l'heure, le protégé de la maison d'Orléans, montre trop de rancune contre la Restauration pour n'avoir pas de graves reproches à se faire envers elle, justifiant en cela peut-être une

des plus trisles anomalies du cœur humain. Serait-ce donc là lout le secret des outrages et des injures que M. Jullien déverse à pleines mains sur celte époque de notre histoire? Voyons.

Le 4 mai, à dix heures du matin, le lieutenant d'ordre Jullien donne è M. Peltier, contrôleur de brigade à Barreaux, avis du complot qui devait éclater le jour même. M. Peltier en informe immédiatement le directeur des douanes à Gre-r noble, M. Badon : par l'effet du hasard, ou plutôt d'une manœuvre habile, la dépêche qui devait arriver dans cette ville à deux heures de l'après-midi, ne fut remise au directeur qu'à huit heures et demie du soir.

Le lundi 6 mai , M. Jullien est appelé à Grenoble pour y donner des éclaircissements sur sa conduite et sur Tavis qu'il a transmis le 4. — M. Jullien qui sentait lout ce qu'avait de perplexe sa position , et qui était bien aise de gagner du temps, répond qu'il s'est foulé le pied et qu'il est dans f impossibilité de se rendre à Grenoble ; puis il ajoute :

Si votre intention est de me demander des renseignements sur les malheureuses affaires qui viennent de se passer , je pourrai vous transmettre quelques détails par le courrier de demain : je me borne à vous dire qu£, sachant qu'une trame était ourdie, et qu'on nous engageait à y prendre part, je fis quelques démarches pour connaître ce que savaient des personnes nulles que Ton faisait mouvoir in secreto ; et que, profitant de la confiance des uns et de la faiblesse des autres, j'en usai pour informer mes chefs de ce qui se passait , fit pour prévenir les autorités locales.

Vous sentez, M. le directeur , qu'après avoir fait mou devoir en concourant à maintenir le repos de mon pays, je ne pourrais, à quel prix que ce fût, devenir {l'accusateur de personne ; il doit suffire que j'aie profité de la réputation d'antiroyaliste dont je jouis daqs pe*

contrées pour opérer un bien, et je suis assez récompensé par votre approbation et celle de tous les honnêtes gens.

Ces protestations ne suffirent pas au préfet ni au directeur des douanes, car, le lendemain, ordre était donné à la gendarmerie duTouvelde conduire M. Jullien à Grenoble, dans le cas où il se refuserait à s'y rendre de son propre mouvement.

M. Jullien dut alors se décider ; arrivé à Grenoble , il fut conduit chez le préfet.

Que se passa-l-il dans cette entrevue et dans plusieurs autres qui la suivirent; nous l'ignorons, mais voici ce que le directeur des douanes écrivait, le 10 mai, à M. de Sl-Cricq, directeur-général à Paris :

M. Jullien, lieutenant d'ordre àSte-Marie,qui m'avait écrit le 4ao soir pour me prévenir de ce qui devait arriver pendant la nuit, et à qui je donnai le lendemain l'ordre de se rendre de suite auprès de moi, n'a pu arriver qu'hier dans la matinée à cause d'une blessure qu'il s'est faite à la jambe. Je l'ai accompagné chez M. le préfet qui attendait de lui des renseignements essentiels. Effectivement, M. Jullien a fait, en ma présence, à ce magistrat des révélations importantes qui le mettront à même d'atteindre une partie des chefs de la conspiration.

Une autre lettre, postérieure de quelques jours seulement, renferme les lignes que voici :

Je vous remets ci jointe, M. le directeur-général, copie des noies que M. Jullien a fournies à M. le préfet; vous y verrez la conduite qu'a tenue ce lieutenant d'ordre et l'importance des renseignements qu'il a donnés.

Sa démarche auprès de ce magistrat étant connue de plusieurs

autorités des communes, particulièrement sur la rive gauche de l'Isère, et pouvant l'être par conséquent de quelques individus qui ont participé à la conspiration, mais qui ne sont point encore atteints par l'instruction de l'affaire, il ne serait pas prudent que M. Jullien restât dans le pays où il serait exposé à des vengeances; il demande, d'après ces motifs, à êtreautorisé à se rendre provisoirement à Cluny,dans le Charolais, où il attendrait avec sûreté que vous le fissiez passer dans une autre direction avec un avancement qu'il mérite incontestablement.

Et voilà comme « profilant de la confiance des uns, de la faiblesse des autres, » et faisant à ses chefs « d'importantes révélations, » le jeune conspirateur Jullien donl « le plus cher désir était le renversement de la Restauration, » se faisait des protecteurs et des amis de ceux même qui appelaient en ce moment les rigueurs de la loi sur la tête de ses complices, moins prudents et moins habiles que lui.

Le directeur des douanes et le préfet s'étaient réellement engoués du jeune lieutenant d'ordre : leur prédilection pour M. Jullien avaitgagné jusqu'à M. de St-Cricqà Paris; aussi, pendant que MM. Badon et Montlivault ne cessaient de répéter que, sans les avis de MM. Ghuzin et Jullien, Grenoble eût été perdu, M. de St-Cricq acceptait-il, les yeux fermés, toutes les propositions qui lui étaient faites en faveur de ce dernier.

Il faut dire que, de son côté, M. Jullien ne négligeait rien de ce qui pouvait attirer sur lui la bienveillance de ses chefs et les faveurs du pouvoir : révélations importantes, protestations verbales et écrites de sa fidélité , de son dévoûment à toute épreuve, adroites insinuations, rien par lui n'était oublié. Lorsque, dernier acte d'un drame sanglant, la tête de Didier eut tombé sur l'échafaud, M. Jullien jugea l'occasion favorable pour frapper un grand coup ; le 16 juin, il adressa donc à tous les inspecteurs-généraux des douanes un mémoire

A»t des notes justificatives sur les événements du 4 mai ; à ce mémoire était jointe une lettre-circulaire confidentielle, dont voici les dernières lignes :

Vous avez déjà pu vous convaincre, MM. , de l'exagération des rapports faits à JLa .cou? pr,éyotale: cette exagération a été sans doute salutaire dans l'esprit du peuple qu'elle a instruit de l'affermissement du trône légitime, de la rapidité des châtiments qui atteignent les factieux, et de la récompense des sujets fidèles. Mais .était-il utile d'ajouter après cela que mille préposés de douanes avaient trempé dans le complot, lorsqu'il est constant que l'inspection de Pontcbarra (1) a donné les premiers avis, a maintenu la tranquillité dans une vallée populeuse et assuré la garde d'une des clés du royaume, qui n'avait que 22 baïonnettes pour toute garnison? Cette inspection pouvait, par l'influence de ses baïonnettes et de l'exemple, assurer le succès du premier attentat de Didier : le devoir, l'honneur, les réflexions, les serments l'ont dirigée ; ce fie pouvait être la crainte.

Ce n'est qu'au moment où l'on a jeté des doutes sur notre conduite, que nous avons dû chercher à pous en faire un mérite ; jusque là nous avions assez d'avoir prouvé notre amour pour le souverain et d'avoir contribué à sauver notre patrie des horreurs d'uo èrigandage, ou d'une invasion étrangère.

Invariable dans notre dévouement au roi, à la patrie et au mainlien de la paix intérieure, nous ne demandons d'autre récompense que l'occasion de prouver encore les sentiments qui nous anjment.

Tant de protestations, tant d'adroite? manœuvres furent cependant infructueuses; des rapports secrets d'autant plus positifs qu'ils avaient eu d'abord h combattre les opinions

(i) Barreaux, Sainte-Marie, le Touvet, Poiitcharra, communes voisines, dans la vallée de l'Isère, près des frontières de Savoie.

toutes favorables de MM. Badon et de Montlivaull, firent enfin connaître à l'autorité supérieure quel avait été le véritable rôle joué par M. Jullien, pendant l'organisation du complot. On eut alors égard à l'hésitation du jeune lieutenant dédouanes au moment décisif; l'avis tardif et illusoire du 4 mai, Tardent royalisme qu'il affichait depuis plusieurs mois, tout cela lui fut compté comme manifestation de repentir, et, le 30 novembre 1816, M. de Sl-Oicq adressa à son subordonné la lettre suivante, toute empreinte d'un sentiment de paternelle bienveillance, dont il n'eût tenu qu'à M. Jullien de savoir profiler:

La conduite que vous avez suivie , Monsieur, à l'occasion des mouvements séditieux qui ont eu lieu dans le département de l'I s ère, et notamment du 1 er au 4 mai, a été vérifiée avec le plus grand soin. Le résultat de cette vérification, d'accord avec les notions parvenues d'ailleurs au gouvernement, a donné la preuve que si vous n'avez pas favorisé les conjurés, vous n'avez pas fait non plus ce que vous pouviez, et ce qui dès lors était pour vous du devoir le plus absolu, pour déjouer à temps leurs projets, d'après ce que vous en connaissiez.

Ce tort est tellement grave que j'ai dû soumettre à son excellence le ministre des finances, la détermination qu'il convenait de prendre à votre égard, en lui annonçant que, depuis le mois de juillet, vous aviez cessé d'être employé. S. E. a décidé sur ma proposition, que vous resteriez suspendu de vos fonctions indéfiniment, et au moins jusqu'à ce que le temps vous ait fourni l'occasion de manifester des sentiments que vous avez justement rendus suspects au gouvernement.

En vous trouvant ainsi écarté de l'administration, vous devez vous estimer heureux de conserver l'espoir d'y rentrer, si, par une fidélité suffisamment éprouvée et exemplaire de vos devoirs comme Français, vous lui donnez un jour la certitude qu'elle peut vous rendre sa confiance.

i M. Jullien se savait trop coupable pour ne pas s'incli-

ner devant cet arrêt, dont il ne fut nullement tenté d'accuser la rigueur : aussi, dans ses Souvenirs, ne peut-il se défendre de reconnaître que sa révocation a été un acte de justice et d'équité.

M. Jullien a-t-il jamais tenté de mettre à profit la bienveillance que ses supérieurs accordaient aux épreuves de la fidélité et de l'expiation ; on l'ignore : tout ce que M. Jullien nous apprend ù ce sujet, c'est que, après sa destitution, il fut immédiatement accueilli par M. le chevalier de Broval , pour être employé dans l'administration des Domaines de la maison d'Orléans, dont M. de Broval était le directeur. Après la révolution de Juillet, le protégé de la maison d'Orléans rentra dans les douanes , et bientôt il y parvint aux emplois les plus élevés.

M. Jullien eût dil cacher à tous jusqu'au souvenir de son nom dans la fatale époque de 1816, et demander ainsi l'oubli par le silence. Il a mieux aimé semer le mensonge et l'injure : l'histoire pouvait-elle accepter une atteinte si grave faite à la morale et à la vérité, alors surtout que nous avions les mains pleines de preuves et de témoignages accusateurs contre l'imprudent auteur des Souvenirs contemporains ?

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