‹ Paul Didier. Histoire de la conspiration de 1816;Chapitre 8 sur 15 · LES ENFANTS DE PAUL DIDIER ET LES CONSPIRATEURS DE · texte numérisé non relu

LES ENFANTS DE PAUL DIDIER ET LES CONSPIRATEURS DE

Les faveurs dont tous les membres de la famille Didier ont joui, après 1830, les récompenses accordées à celte même époque aux condamnés de 1816, seront toujours une des preuves les plus concluantes contre le parti orléaniste, un puissant motif de ; croire qu'il était le dernier mol de l'entreprise insurrectionnelle de Paul Didier. Isolée de toute autre circonstance , cette assertion ne serait peut-être pas rigoureusement exacte, mais elle se relie si logiquement à tant d'indices accusateurs, qu'il est impossible de ne pas arriver à une conclusion rationnelle et incontestable.

Depuis l'avènement du duc d'Orléans au trône de France, la mémoire de Paul Didier a été, pour tous les hommes com-

prorais en 1816, comme un talisman protecteur; depuis quatorze ans , le nom de Paul Didier est un passeport suffisant pour arriver aux libéralités du pouvoir de juillet ; tous les héros heureux ou malheureux de 1816, leur famille, leurs parents, leurs amis, tous ont eu part au gâteau ; il n'y a pas jusqu'à l'homicide Fieschi qui n'ait profité de cette heureuse veine pour se dire complice de Paul Didier, conspirateur de 1816, et obtenir, à ce titre, un os dans la curée (1).

On dira peut-être qu'au mois de septembre 1830, Louis- Philippe avait reçu avec de trop vives marques de sympathie les conspirateurs de la Restauration que lui présentait M. de La Fayette, se disant un de leurs complices, pour que le gouvernement pût provoquer une exception, précisément contre les hommes de 1816; peut-être, dira-t-on encore que les indemnités accordées à la plupart de ces condamnés le sont en vertu d'une loi spéciale ; qu'importe ! historien impartial, nous devons enregistrer les faits qui se rencontrent sur toute voie menant à la lumière et à la vérité.

Paul Didier a laissé quatre enfants : Louis, Rosalie, Pauline et Simon. Louis, nommé sous l'Empire auditeur au Conseil d'État, préfet des Rasses-Alpes pendant les Cenl-Jours, fut accueilli, après la catastrophe du 4 mai, par M. Flory, banquier à Paris , qui le nomma chef de la maison qu'il avait à Rouen. Il épousa , dans celte ville , une riche héritière , M 116 Guédan, fille d'un architecte de Paris. En 1830, il fut nommé préfet de la Somme; créé bientôt après, secrétaire-général du ministère de l'intérieur, Louis Didier est mort conseiller d'État.

Rosalie et Pauline avaient épousé les deux frères Fluchaire ;

(i) Voir au Supplément du Moniteur du 1 1 décembre IS35, le rapport de M. Portails à la cour des Pairs, sur l'attentat Fieschi.

l'un, avocat à Grenoble l'autre, négociante Lyon. Après 1830, celui-ci fut nommé receveur particulier k Montélimart, et celui-là, procureur-général à Montpellier.

Des indemnités secrètes, assure-l-on, ont été accordées aux deux frères Fluchaire, à Louis, à Simon et à leur mère Rosalie Drevon, veuve de Paul Didier.

Voilà pour la famille Didier : quant aux parents, alliés ou amis, il ne saurait entrer dans notre cadre d'aller compulser le Moniteur pour enregistrer leur étal civil et politique ; sans rien préciser, il suffira de savoir qu'il n'en est pas un qui, de prés ou de loin , directement on indirectement , par lui ou par les siens, n'ait obtenu quelque récompense , quelque faveur ; ce qui a été fait pour les uns donnera la mesure de ce qu'on a pu faire pour les autres.

Il y avait en dehors de la famille Didier, d'autres personnes à récompenser, c'étaient les complices subalternes, les petits après les grands : ceux-là, la reconnaissance du pouvoir de juillet les eût peut-être laissés dans l'oubli, si personne n'eût pris leurs intérêts en main. La somme que le budget alloue chaque année aux condamnés de 1816 , à leurs veuves ou enfants, s'élevait, au 1 er juillet 1841 à 13,601 fr. dans le seul déparlement de l'Isère (1).

Bien des noms manquent à la liste que nous publions plus loin. Dussert et Durif y ont été portés, il y a quelques mois à peine, pour une somme assez considérable. Il nous a été dil que celle récompense élait le prix du silence qu'on avait exigé d'eux lorsque, il y a un an, le parquet de Grenoble eut connaissance du désir où nous étions de recueillir des documents sur J'histoire de 1816. La même promesse, nous

(i) Voir aux Notes.

a-l-on dit encore, a été faite sous la même condition à quelques autres personnes, et, entre autres, au capitaine Joly ; cette promesse a-t-elle été réalisée, nous l'ignorons en ce moment.

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